18 février 2011

Egypte: comment nous avons vaincu l apeur

Catégorie actualité, interview

Hossam Barghat Directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne

L’armée est-elle  irréprochable sur le plan des droits de l’homme ?

Depuis que l’armée a pris le pouvoir, sa principale décision a été de nommer le comité chargé de modifier Constitution.  A part cela, l’armée s’est contentée de publier différents communiqués. Cependant, depuis le 28 janvier jusqu’au jour du renversement du président, nous  avons documenté une centaine de cas de détention et de tortures dans lesquels des  officiers et des membres de la police militaire ont été impliqués. Depuis la démission de Moubarak, nous n’avons pas enregistré de nouvelles arrestations et  l’armée s’est engagée à libérer dans les prochains jours tous ceux qui avaient été arrêtés au cours des évènements.

Quant au passé, il n’y a pas de bilan de l’armée pour ce qui concerne les droits de l’homme, ce qui est une bonne chose. Depuis que  Moubarak est arrivé au pouvoir, l’armée a été écartée de la vie politique, elle est donc relativement vierge… lire la suite

27 janvier 2011

Habitat: planifier la croissance des villes d’Afrique

Catégorie actualité, interview

Rencontré : Joan Clos, directeur général de Habitat

Pourquoi cette rencontre avec les représentants de l’Union européenne ? Qu’est ce que l’Europe peut apporter à une agence onusienne comme Habitat, qui se soucie surtout des villes du Sud ?

Voici dix ans que Habitat est représenté à Bruxelles, nous sommes connus des institutions européennes…Le soutien financier n’est pas l’aspect le plus important.  Ce qui compte c’est que c’est l’Europe qui a donné naissance à l’urbanisation. Nous assistons actuellement à une accélération du processus d’urbanisation à travers le monde. Cette situation requiert la collaboration de tous afin qu’un bon diagnostic soit posé et que les bonnes mesures soient adoptées.  L’urbanisation est toujours au départ un phénomène local et en Afrique, on constate un  vaste mouvement de population : les gens se dirigent vers les villes sans être assurés d’y avoir u lire la suite

26 janvier 2011

Lumumba: un sort scellé par les Belges

Catégorie interview

Interview de l’historien Jean-Marie Mutamba(1)(professeur à l’université de Kinshasa, auteur de recherches sur « Lumumba journaliste »)

L’assassinat de Lumumba était-il inévitable, compte  tenu du personnage et de ses positions politiques ?

Lumumba disait parfois:«je mourrai comme Gandhi »… Il pressentait que ce qu’il faisait ne plaisait pas à tout le monde et pouvait le mener à la mort. Il aurait pu éviter tout cela mais ne l’a pas voulu… Ainsi, lorsqu’il s’est rendu aux Etats Unis en août 1960,  on lui aurait fait certaines propositions, mais il ne les a pas acceptées, ce qui a scellé son sort…Quant aux Belges, il comptait des amis parmi eux et il a reçu un peu d’argent de tout le monde, car les donateurs misaient sur tous les Congolais qui étaient en vue. Mais il tenait à sa ligne politique, tout comme plus tard Laurent-Désiré Kabila ; il répétait qu’il n’allait « jamais trahir le Congo » et s’en tenir aux principes.

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7 décembre 2010

Entretien exclusif avec Kabila, chef de chantier

Catégorie actualité, interview

Interview du président Joseph Kabila, réalisée à Kinshasa le 4 décembre

Kinshasa a accueilli le 20eme sommet ACP Union européenne, en 2012, la ville abritera le sommet de la francophonie… Le Congo est-il de retour sur la scène internationale ?

Dans la ville, il y a eu de petits changements c’est vrai, mais il faut rester modeste. Petit à petit, le Congo reprend sa place au centre du continent, une place stratégique. Ce pays doit être un pont entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud. Il doit aussi être le vrai moteur du développement du continent. Nous sommes sur la bonne voie, même si cela nous a pris beaucoup de temps, d’énergie, de sacrifices…

En janvier il y aura dix ans que vous avez succédé au Mzee Laurent Désiré Kabila, votre père. Quel bilan tirez vous de cette décennie ?

Il est difficile de parler d’un bilan maintenant…En 2001, le pays était dans un état de guerre, de division. L’assassinat de Mzee fut un coup dur pour la famille certes, mais la plus grande famille de Mzee, c’était le Congo tout entier.
De 2001 à 2003, nous avons connu les négociations de paix. De 2003 à 2006, nous étions en période de transition. 2007 fut une année de planification, de négociation avec les partenaires, principalement la Chine. C’est seulement à partir de 2008 que la reconstruction a effectivement commencé. Cela ne fait finalement que deux ans ; on a perdu huit ans à cause des négociations, à cause de la guerre à l’Est.
Ce qui me satisfait, c’est qu’on n’a pas commencé uniquement par Kinshasa. Ceux qui arrivent dans la capitale oublient que Kinshasa, siège des institutions, ce n’est pas tout le Congo. Ce qui compte c’est que les travaux ont commencé sur toute l’étendue du territoire national. Mais le Congo c’est 2.345.000 Km2. Si nous avons réalisé 60 ou 100 kilomètres de route asphaltée, ce n’est rien encore, il reste beaucoup à faire…

Réunification du pays, élections, reconstruction… Quelles sont vos prochaines priorités ?

On va faire plusieurs choses à la fois, et d’abord continuer à consolider la démocratie, renforcer la paix et la stabilité. Car sans la paix, le développement ne sera qu’une illusion. La démocratie, cela signifie que les élections auront lieu comme prévu, dans les délais prévus. J’y tiens beaucoup. Ces élections doivent avoir lieu avant la fin de l’année 2011.

D’aucuns parlent d’une réforme de la Constitution, d’un troisième mandat…

Mais on n’en est pas encore là ! Je crois qu’ il faudra introduire quelques réformes, principalement dans la loi électorale. Ce qui compte c’est d’aller aux élections, le reste viendra après. A propos de la Constitution, qui date de 2006, il y a quatre ou cinq articles à revoir, à propos du découpage territorial, du Conseil supérieur de la magistrature, mais la priorité absolue, ce sont les prochaines élections, il faut enraciner la démocratie.

La campagne a-t-elle déjà commencé ?

Non pas du tout, elle ne commencera pas avant juillet ou septembre 2012, on n’a pas encore arrêté la date.

Mais déjà vous circulez beaucoup dans le pays, on vous voit partout…

Cela, c’est mon travail. Un président de la république qui ne prendrait pas le temps de circuler partout ne pourrait se faire une idée des vrais défis à relever. J’ai déjà fait deux fois le tour du pays et je suis conscient du défi de la pauvreté, de la misère que connaît la population. C’est cette connaissance de la situation qui me permet de rechercher des solutions.

Avez-vous, au cours de ces déplacements, découvert des situations que vous ne connaissiez pas ?

Certainement : la misère, l’enclavement, mais aussi l’espoir qui anime notre peuple. L’espoir de voir la situation s’améliorer, la certitude que cela ira de mieux en mieux…

Même s’ils apprécient les nouvelles routes, les gens estiment que le « social » n’est toujours pas au rendez vous, et la faim est toujours là…

Il faut décortiquer ce qu’est le social. Le social c’est quoi ? Je pense que c’est mettre à la disposition de la population les soins de santé, ce qui signifie la réhabilitation des dispensaires, des hôpitaux. Le social, ce sont aussi les écoles. Que nos enfants puissent aller à l’école, étudier dans de très bonnes conditions, c’est cela l’avenir du Congo. Tercio : il faut que le Congo soit vraiment autosuffisant sur le plan alimentaire. Il nous faut aussi veiller à payer les salaires de nos fonctionnaires, de nos enseignants, de nos militaires. On y travaille. La situation, par rapport à ce qu’elle était en 2001 ou même il y a vingt ans ne souffre pas de comparaison. Voici quinze ans, le taux d’inflation dans ce pays était à quatre chiffres. L’argent circulait dans des valises, des camionnettes… Aujourd’hui il y a une vraie stabilité monétaire. Le social, on y travaille, avec des objectifs à long terme.

Quelles sont vos priorités ?

L‘agriculture, c’est la priorité des priorités : 65 % de la population vit en milieu rural. Mais il ne s’agît pas de n’importe quelle agriculture : nous avons pour objectif de mécaniser cette agriculture, de lui apporter un plus. C’est pourquoi nous avons entamé un programme de mécanisation, mille tracteurs ont déjà été commandés cette année, mille autres sont prévus pour 2011.
En outre, nous devons reprendre la plupart des plantations qui existaient naguère dans l’Equateur, le Maniéma, le Bas Congo. Alors qu’à l’époque coloniale nous exportions de l‘huile de palme, du cacao, aujourd’hui nous sommes devenus importateurs. Le Congo a la capacité de devenir le premier producteur de ces produits, mais nous devons avancer méthodiquement, avec une bonne planification.

Pourquoi avez-vous suspendu la commercialisation des produits miniers dans les provinces de l’Est du pays ? Depuis lors l’économie tourne au ralenti…

Mais de quelle économie s’agît il ? L’économie de la fraude, peut-être… Il est souvent question des richesses de notre pays. Mais il faut aussi que nous puissions contrôler à 100% nos ressources. Or nous n’avions pas ce contrôle. L’objectif de la suspension de l’exploitation et de l’exportation des produits miniers est donc de nous permettre de faire une étude afin de voir comment la RDC et sa population pourraient mieux profiter de ces ressources. On ne me convaincra pas du fait que c’est en exportant des matières brutes que l’on crée des richesses. Voyez Walikale, la plus grande zone de production minière du Nord Kivu : là bas, il n’y a pas d’hôpitaux, pas d’écoles, rien, zero. Mais chaque jour une vingtaine d’avions atterrissent pour évacuer les minerais ! Il y a un problème, et il faut équilibrer tout cela. Certes, nous allons continuer à exporter nos minerais. Mais parallèlement, nous avons besoin aussi d’hôpitaux, d’écoles. En ce qui concerne l’or, le diamant, c’est la même chose… Au Kasaï, je suis allé à Tshikapa et Mbuji Mai, à deux reprises. On y exporte beaucoup de diamants, mais cela ne se reflète pas dans le développement sur le terrain…

Chassés des carrés miniers, les creuseurs pensent que vous leur êtes hostile…

Il est vrai que je suis contre cette histoire de creuseurs. Mais il est vrai aussi que l’on ne peut pas demander d’emblée à tout le monde de quitter, il faut une transition. Voyez le Botswana, la Namibie, eux aussi exportent des diamants mais là bas, il n’y a pas de creuseurs, pas plus qu’en Angola, ou qu’au Canada…
Ici, on avait libéralisé l’exploitation dans les années 80, mais maintenant, il est temps de se demander si cette exploitation ouverte à tous a été bénéfique pour la population ou si, au contraire, elle a été contreproductive. Nous allons apporter les corrections nécessaires et avancer ensuite. Ce type d’exploitation n’a rien apporté, ni en termes d’infrastructures ni en termes de développement.
La transition devrait durer quelques mois et peut-être deux ou trois ans…

Durant combien de temps allez vous maintenir la mesure de suspension ?

Les études sur les mesures à mettre en place sont maintenant terminées, la suspension des activités minières dans l’Est devrait durer encore un mois ou deux…

Si les civils sont effectivement bloqués, tout le monde assure, au Nord Kivu en tous cas, que les militaires continuent à exploiter les mines…Avez-vous les moyens de les maîtriser ?

Nous disposons de ces moyens, à 100%. D’ailleurs il est beaucoup plus facile de contrôler les militaires que les civils: ils ne peuvent creuser et aller à la frontière pour exporter, ils sont obligés de vendre…

Mais les militaires, à raison d’un dollar le kilo, embarquent le minerai dans leur véhicule et l’amènent à la frontière…

C’est à vérifier. Le jour où on les attrapera, ils seront certainement sanctionnés. On accuse les militaires de faire du business, mais il faut en apporter la preuve. Nous avons une armée de plus de 100.000 hommes, déployés sur toute l’étendue du territoire national ; or je n’ai jamais vu aucun rapport accusant les militaires déployés au Katanga, au Bas Congo ou au Kasaï, de faire du business…
Ce qui est vrai, c’est que durant la transition nous avons du intégrer dans nos forces armées des éléments qui n’auraient pas du s’y trouver car ils ne remplissaient pas du tout les critères requis, entre autres la discipline. Mais comme il nous fallait faire la paix, nous les avons intégrés ; c’est une situation que nous corrigeons petit à petit.

Certains militaires refusent d’être déplacés dans d’autres régions du pays…

Jusqu’à présent, on n’a pas encore donné l’ordre aux militaires de se déplacer. Mais le jour où, dans le cadre de la réorganisation de l’armée, on leur en donnera l’ordre, je suis convaincu du fait que la plupart de nos unités accepteront de partir, sans résistance. D’autres unités seront alors déployées à l’Est…

Discutez vous de la situation sécuritaire à l’Est avec vos homologues les présidents des pays voisins ? Avec le Rwanda l’entente semble bonne…

Oui, mais pas seulement avec le Rwanda. Avec tous les pays voisins, nous entretenons de très bonnes relations, qu’il s’agisse de l’Angola, de la République centrafricaine, de l’Ouganda. Avec tous nos voisins, cela va de mieux en mieux. Tous, y compris les belligérants d’hier, ont compris qu’avoir la stabilité dans la région, c’était notre intérêt à tous.

La situation au Soudan ou un referendum aura lieu dans le Sud en janvier risque-t-elle d’avoir des répercussions au Congo ?

La situation au Sud Soudan nous interpelle, nous la suivons de très près. Vu l’étendue du territoire national, il y aura toujours des problèmes dans un coin ou l’autre…
Actuellement le contentieux avec l’Ouganda concerne la LRA (Lords resistance army) et l’ADF Nalu. C’est un problème que nous sommes en train d’évacuer, c’est une question de temps. Mais il est vrai qu’à l’Est du pays on n’est plus très patient…Et cela alors que la situation s’est améliorée. Par rapport à ce quelle était voici deux ans, c’est le jour et la nuit…
Il faut voir les évolutions. Ceux qui critiquent le Congo ce sont ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur le terrain. Si vous ne connaissez pas la RDC vous pouvez tout dire. C’est un pays qui avance, qui a encore beaucoup de défis à relever mais la détermination est là. La population se réveille…

Cette année, la mort de Floribert Chebeya a secoué l’opinion. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

Lorsque, à la veille du Cinquantenaire j’ai été informé de cette affaire, le premier rapport que j’avais reçu parlait d’un accident, il était question de crise cardiaque, d’infarctus. Finalement les enquêtes ont montré autre chose. Ce n’était pas du tout le moment de perdre quelqu’ un comme Chebeya. L’essentiel est que le procès est maintenant en cours, espérons que la vérité va éclater. A la veille du 30 juin, cette affaire a été un très grand choc pour moi…

Cependant Chebeya se montrait très critique à votre égard…

Oui, il était critique, mais il ne faisait que son travail…

Cette mort a effrayé les autres défenseurs des droits de l’homme…

Ils ne doivent pas avoir peur. J’ai toujours dit aux défenseurs des droits de l’homme que j’étais leur premier allié. Je serai toujours là pour les défendre.

Les journalistes aussi ont peur, certains d’entre eux ont été assassinés…

Ils ne doivent pas avoir peur. On a besoin d’eux pour qu’ils dénoncent ce qui ne va pas, et ce que nous ne savons peut-être pas, ni moi, ni mes services de renseignement, ce que peut-être on nous cache…Il est bon de révéler les choses, mais il faut avoir les éléments et pas se baser sur des rumeurs…

Vous aviez promis la tolérance zero face à la corruption, à l’illégalité.. Or plusieurs contrats avec des sociétés étrangères ont été mis en question…

Au moment de la revisitation des contrats miniers, sur une soixantaine de dossiers examinés, deux sociétés n’ont pas accepté de renégocier avec l’Etat congolais, First Quantum et Tenke Fungurume. Avec cette dernière, le dialogue s’est maintenu et voici deux mois, nous sommes arrivés à une conclusion.
Mais avec KMT c’était l’arrogance ; ils étaient catégoriques, refusaient de négocier. Cette arrogance, je la refuse : on ne peut pas venir au Congo et chercher à nous imposer ainsi des desiderata ; c’est inadmissible, nous ne pouvions accepter. Ils sont allés en justice, et ont fait beaucoup de bruit. Ce qui donne l’impression que cela ne va pas dans l’ensemble du pays alors qu’il ne s’agît que d’une seule société…Un autre cas est aussi celui de la société Tullow qui veut exploiter le pétrole dans le lac Albert. Cette société, qui était déjà implantée en Ouganda est revenue après la guerre mais entretemps nous avons trouvé mieux. Nous avons demandé aux gens de Tullow d’améliorer leur offre et ils ont refusé. Il faut aussi savoir que pour avoir accès au bloc pétrolier dans le lac Albert, il faut disposer d’une ordonnance signée, ce que Tullow n’avait pas. Une autre société nous a proposé une meilleure offre et nous lui avons accordé l’exploitation. Ce contrat là est meilleur pour le pays même si, au fur et à mesure il faudra l’améliorer.
Nous allons aussi bientôt adopter le code pétrolier…

Comment appliquez vous la « tolérance zero » face aux cas de corruption ?

A l’époque où j’ai parlé de cela, on a compris que le président allait devenir, en même temps, le policier qui arrête les gens, le procureur, le tribunal…J’ai énoncé le principe selon lequel, dans ce pays, personne ne sera au dessus de la loi. Mais il appartient à nos institutions, à nos organes compétents de faire leur travail. C’est là que nous rencontrons beaucoup de difficultés, de faiblesses. Ce n’est pas pour rien que l’on a déjà changé à deux reprises les responsables au niveau de la justice, qu’on les adjure sans cesse de faire leur travail. Ma volonté, c’est que soit effectivement pratiquée la tolérance zero vis-à-vis des criminels dans ce pays. Mais je ne peux pas tout faire, être contremaître sur les chantiers, jouer au justicier…

Avez vous quelquefois du temps libre ?

Ces derniers temps, pas du tout. D’ailleurs ca se voit : je vieillis beaucoup plus vite que la plupart des gens…

Ce que vous aimez en guise de loisir, c’est conduire vous-même sur les pistes de brousse?

Si je fais cela, c’est aussi pour vivre la même situation que tout le monde, que tous les usagers de nos routes et nos pistes. Je n’appellerais pas cela des loisirs…
Comment voudriez vous que je m’offre le luxe de prendre des vacances ? Ce n’est pas ma façon de faire, de voir les choses. Le Congo a besoin de moi ! Tant que j’ai encore cette énergie, que je suis encore en bonne santé, c’est le moment de travailler, de donner 110% pour ce pays, pour le relever…Ce qui me pousse à aller de l’avant, c’est que j’ai toujours de l’amour pour ce pays, le Congo…

Pourrait on imaginer au Congo un scenario comme celui de la Côte d’Ivoire ?

Je ne crois pas. Il y chez nous une autre culture politique, d’autres coutumes et traditions. Chez nous, il a y a eu cette volonté de démocratiser le pays, d’aller de l’avant, cela a beaucoup joué. Les choses ont beaucoup avancé. Je ne dirais pas que l’on a atteint le point de non retour, mais on est arrivé loin, très loin. A l’avenir il sera beaucoup plus difficile de ramener le pays, le peuple congolais, à la case de départ, à la guerre, à la partition du pays. Je ne crois pas un tel scenario chez nous…Ce qui nous lie est beaucoup plus fort que ce qui peut nous diviser.
Le peuple congolais l’a démontré : il est impossible de diviser ce pays. Les élections vont nous aider à renforcer davantage cette unité, elles représenteront un pas en avant..D’ici une quinzaine d’années, le Congo occupera l’un des premiers rangs en Afrique, c’est faisable. Pour cela, nous avons besoin de stabilité, nous devons contrôler nos ressources, ce que nous sommes en train de faire. Ajoutons y une bonne utilisation de nos ressources humaines et d’ici dix ou quinze ans, c’est parti…
D’autres pays ont aussi des ressources, c’est vrai, mais nous, en plus, nous avons la population. Et quelle population ! Dynamique, capable de se débrouiller…

Avec le recul, vous réjouissez vous d’avoir conclu des contrats avec les Chinois ?

Certainement : malgré la résistance de beaucoup de nos partenaires, due sans doute au manque de communication, nous sommes allés de l’avant. Mais aujourd’hui, qui peut venir ici et nous convaincre du fait que le Congo aurait eu tort…Les Chinois certes, nous ont beaucoup aidés, mais nous-mêmes nous avons aussi mis des moyens en œuvre : nous avons continué à consolider notre armée, à renforcer notre capacité de défense mais au lieu d’acheter des chars de combat, nous avons donné priorité à la reconstruction. Avant le début des travaux, personne n’y croyait vraiment. Aujourd’hui les gens voient ce qui se fait, la confiance est là, ils constatent que c’était une bonne décision…
La reconstruction de ce pays, c’est un travail de longue haleine, il y aura toujours des chantiers, même après nous. Ceux qui viendront après nous seront obligés de continuer… Il nous faut aussi souligner la forte participation du secteur privé : à Kinshasa le secteur privé contribue pour 40% à la reconstruction de la ville ! La capitale change à toute vitesse, à nous de veiller à être plus rigoureux en matière d’urbanisme, de planification. La ville compte de 7 à 8 millions d’habitants, ce sera peut être le double d’ici 5 ou 10 ans… Il nous faudra donc aller plus beaucoup plus vite en matière d’urbanisme, à Kinshasa mais aussi dans d’autres villes comme Bukavu ou Goma. On va bientôt constituer la « réserve stratégique de l’Etat », afin de planifier l’extension de la plupart de nos villes…Pendant une vingtaine d’années, on a complètement oublié qu’il y avait un Etat à gérer, puis il y a eu la guerre…Maintenant le temps est venu de réglementer, de remettre de l’ordre dans ce pays…

1 décembre 2010

La Monusco doit protéger et stabiliser

Catégorie actualité, interview

Richard Meece, représentant spécial de l’ONU à Kinshasa et chef de la Monusco

Quelle est la portée du nouveau mandat de la mission des Nations unies au Congo ?

La résolution 1924 définit très concrètement les priorités dont en premier lieu la protection des civils.
S’y ajoute aussi la stabilisation, car le Congo est un pays post conflit, il faut renforcer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays. Aussi bien la Monusco que les différentes agences de l’ONU, nous avons pour mission d’épauler les institutions étatiques. Entraîner la police, qui doit remplacer l’armée dans les villes et jouer un rôle très important, renforcer la justice, civile et militaire.

En matière de protection des civils, la force de l’ONU encourt beaucoup de reproches, au Kivu on lui jette même des pierres…

Elle fait face à une tâche très difficile car le territoire à couvrir est immense. Parmi les groupes armés, il y a certes les rebelles hutus des FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) mais aussi les Ougandais ADF Nalu, de l’armée de résistance du seigneur sans oublier les multiples groupes congolais qui ont leurs propres agendas. Depuis le début des opérations militaires voici un an, la capacité des FDLR a diminué, leur nombre aussi ; ils opèrent désormais par petits groupes, dans des régions plus isolées et faute de commandement unifié ils sont obligés de s’allier avec des groupes congolais. L’arrestation de leurs chefs en Europe a joué un grand rôle. Il faut maintenir la pression militaire et poursuivre les rapatriements vers le Rwanda.

Vous êtes allé à Luvungi, Kibwa, où ont eu lieu des viols massifs. Pourquoi la Monusco n’est elle pas intervenue ?

Nous n’avions reçu aucune information, pas plus que les autorités congolaises, ce qui est très frustrant. Il faut aussi savoir que dans cette région couverte de forêts très denses il n’y a pas de routes, les communications ne passent pas, même pas par radio, tout déplacement est extrêmement difficile, nous perdons le contact avec nos véhicules. A la suite de ce drame nous avons renforcé nos communications avec la population civile, avec les chefs de communauté, multiplié les interprètes.

Comment fonctionne ce que vous appelez le « bouclier de protection » ?

Le commandant militaire, tout comme moi, pense qu’il nous faut adopter une attitude plus dynamique, plus résolue. Au Sud Kivu, le long du lac et dans les montagnes, nous essayons d’être plus visibles, aux côtés des forces gouvernementales. Nous multiplions les patrouilles sur les marchés, où nous accompagnons les femmes. Les jours de marché, ces concentrations de population représentent des cibles pour les groupes armés et là, les Casques bleus se déploient pour protéger les civils.
Quant aux opérations militaires des forces gouvernementales, nous essayons de les aider, entre autres sur le plan logistique. Le partenariat avec l’armée gouvernementale et avec la police est crucial pour nous mais évidemment nous avons des limites et ne pouvons soutenir des unités dont les chefs sont accusés de sérieuses violations des droits de l’homme. Ceux là doivent être présentés à la justice ; mais il est clair que les Forces armées gouvernementales doivent faire partie de toute solution à long terme dans ce pays et nous étendons notre soutien au lieu de le réduire.
En outre à Kapalata près de Kisangani, nous avons un important programme de formation de 800 éléments de la police nationale, entièrement financé par la coopération japonaise. La Belgique aussi veut nous aider sur ce plan.

Le prochain referendum au Soudan aura-t-il des répercussions au Congo ?

Ce pays a une très longue frontière avec le Soudan, le potentiel de déstabilisation existe car l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) opère presque librement dans ces zones du Nord ainsi qu’en Centrafrique. C’est pourquoi nous avons fortement renforcé notre base militaire à Dungu, dans le Haut Uélé, nous sommes très préoccupés par la situation là bas. Si vous additionnez le Nord et le Sud Kivu, les Uele, vous avez une zone plus vaste que l’Afghanistan. Pour la sécuriser, nous n’avons que 18.000 hommes, et en plus de cela il n’y a pas de routes… Il faut relativiser la portée de nos moyens…

Etes-vous prêts à soutenir les élections de 2011 ?

Certainement, dans la mesure de nos moyens, et le PNUD jouera également un grand rôle. Nous avons déjà planifié tout notre support logistique, déplacé du matériel électoral. Certes, nous bénéficions de l’acquis des élections de 2006 et dans ce sens ce sera peut-être plus facile et moins coûteux, car les Congolais participeront davantage au budget de l’opération. Ces élections sont au moins aussi importantes que les précédentes, elles vont consolider le processus démocratique et les progrès déjà réalisés.

Combien de temps la Monusco va-t-elle encore rester dans le pays ?

La résolution 1924 établit clairement que tout dépendra de la situation sur le terrain. L’objectif serait que la sécurité soit suffisante et que nos forces puissent quitter le pays avec succès. Mais il est trop tôt pour spéculer sur une date du départ…

5 octobre 2010

La mémoire d’Aldo Ajello: des massacres oui, mais un génocide, non

Catégorie actualité, interview

Votre première mission internationale s’est déroulée au Mozambique, où vous étiez le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU. Quelle était la recette du succès que vous y avez enregistré ?

Ma première chance de succès a été un bon accord de paix, bien négocié, avec en plus des partenaires qui étaient décidés à l’appliquer. J’avais un mandat clair dans lequel le rôle des Nations unies, que je représentais, était bien défini comme acteur de l’accord de paix, et non comme observateur. Ce rôle d’observateur, que les représentants de l’ONU acceptent souvent, est un piège : en cas d’échec, l’ONU devient automatiquement le bouc émissaire…Blâmée pour tour ce qui me marche pas, mais sans aucun pouvoir. Moi j’avais un vrai pouvoir d’initiative.
Deuxième point, je n’ai pas suivi les règles et les procédures des Nations unies où en principe celui qui est sur le terrain n’est que l’exécutant de toutes les décisions prises à New York. Le représentant sur le terrain se couvre derrière une montagne de prescriptions venues de New York et fait parfois n’importe quoi. Moi je me suis bagarré tout de suite avec le département des affaires politiques de l’ONU et j’ai demandé au secrétaire général de l’époque Boutros-Boutros Ghali de pouvoir gérer la situation en fonction des exigences sur le terrain et non des prescriptions venues de New York. J’ai pu utiliser à 150 % la marge de manœuvre dont je disposais… lire la suite

24 juin 2010

Congo retro: le point de vue d’un politologue. Pas d’au revoir et merci…

Catégorie interview

Interview de Wamu Oyatambwe, politologue, chercheur à la VUB

Le député SPA Dirk Van der Maelen estime qu’au Congo la Belgique a toujours soutenu les mauvais dirigeants, et qu’il faut plutôt prendre « le parti du peuple »…

Il faut situer à partir de quel moment il considère que la Belgique soutient les mauvais leaders : le premier leader congolais sacrifié sur l’autel des intérêts économiques, c’est Patrice Lumumba. Si la Belgique l’avait soutenu, l’histoire du Congo aurait pu être différente…On a, c’est vrai soutenu de mauvais leaders au détriment de la population : dire cela et l’assumer, c’est une chose, mais le dire et culpabiliser les Congolais c’en est une autre…Il n’y a pas d’un côté les leaders et de l’autre le peuple. Comment soutenir un peuple indépendamment de ses leaders, un peuple qui ne serait pas dirigé ? Les leaders congolais sont aussi l’émanation de la société congolaise telle qu’elle est. Au lieu de telles déclarations, il faut faire une évaluation froide de tout ce qui a été fait jusqu’ici, voir où on s’est trompé, où on peut aller de l’avant…
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24 juin 2010

Congo retro: François Perin,un homme de l’ombre

Catégorie interview

Des conseillers belges ont-ils joué un rôle déterminant dans les coulisses des négociations belgo congolaises ?

Certainement : au moment de la Table ronde, début 1960, toutes les universités belges ont fourni des experts aux délégués congolais, et ce qui frappait, c’était la rivalité entre Liège et Bruxelles. A Bruxelles, l’Institut Solvay apparaissait comme plutôt laïc, tandis que Liège, université d’Etat, était présentée comme « neutre » mais avec, en son sein, des représentants de la «droite extrême », c’est-à-dire des gens plutôt catholiques et conservateurs. Il y a toujours eu un lien entre la bourgeoisie conservatrice, liée aux intérêts économiques et financiers, et ce monde catholique de la droite extrême. Chacun savait que le Katanga était la province minière dont le sous sol contenait d’ incalculables richesses ; c’était la seule partie du Congo qui intéressait la bourgeoisie belge, peu importe si elle habitait Bruxelles, Gand ou Knokke. La rentabilité économique d’une province dont le sous sol était un miracle minier, voilà ce qui intéressait ces gens. La droite extrême pensait donc que le Congo, cela ne tenait pas debout, que les puissances coloniales s’étaient taillée des zones au Congrès de Berlin, en 1885, dans une rivalité qui frisait la guerre…
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29 avril 2010

Congo retro: les enfants de Save, sauvés “pour leur bien”…

Catégorie interview, Non classé

Lorsque Jacqui parle de sa mère, ses yeux se voilent : « j’aurais du lui montrer plus d’affection, essayer de mieux la comprendre. Mais lorsque je l’ai retrouvée, après tant d’années de séparation, nos relations étaient gâchées par ce fichu sentiment de supériorité qu’on m’avait inculqué. Pour ma sœur aînée, les lire la suite

28 avril 2010

Congo retro: des origines de l’”aliénation” des Congolais

Catégorie interview, Non classé

Le Professeur Michel Ange Mupapa Say est Docteur en psychologie (Sorbonne 1973) et ancien directeur de cabinet du président Kabila. Il donne quelques clés à propos des complexes nourris par les Congolais…
Les Congolais ont-ils été aliénés par la colonisation ?
Sans aucun doute : le Blanc a été pris (et imposé) pour modèle. On vit comme lui, on l’imite, on modifie son nom. Quelqu‘un qui s’appellait « Dibuka » changera son nom en « De Boeck », d’autres en « Dericoyard », afin de gommer les connotations du terroir…La situation coloniale englobait à la fois le vécu du Blanc, qui s’identifiait au meilleur, à tout ce qui était propre. Le Noir, lui, c’était l’autre pan, une noirceur qui évoquait Satan. Cette dichotomie imprégnait l’ambiance coloniale ; le Blanc était identifié à l’intelligence, à la beauté, le Noir était son contraire. Tout ce qui était culturel dans l’héritage des Congolais a été nié : les « fétiches »étaient mauvais, la statuaire devait être détruite, les langues indigènes devaient être remplacées par celle du colonisateur, il fallait adopter le mode de vie de l’Européen, considéré comme supérieur. Cette distinction, peu à peu, est entrée dans la tête des Congolais… lire la suite