10 décembre 2017

A Beni, des morts qui posent question

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A Beni, Le plus grave assaut contre l’ONU (15 morts) pose question

Les jeunes de la ville de Beni haussent le ton : ils ont appelé à une opération Ville Morte lundi et mardi et réclamé la démission du maire de la ville, du commandant de la police et de l’armée qu’ils accusent d’avoir été incapables d’établir la sécurité et de prévenir la pire attaque jamais menée contre la Monusco depuis son déploiement au Congo.
Le bilan de l’attaque menée jeudi soir contre un camp de militaires tanzaniens installé le long de la rivière Semliki est très lourd : quinze Casques bleus tués, une cinquantaine de blessés, trois disparus. De New York jusque Kinshasa tous les responsables onusiens ont exprimé leur indignation, leur volonté de réagir énergiquement, en coordination avec les forces congolaises. Mais sur place, au-delà de la colère et de la peur, bien des questions se posent. Alors que l’attaque a été officiellement attribuée à des rebelles musulmans d’origine ougandaise la violence de l’assaut a surpris tous les observateurs. Alors que le contingent tanzanien est l’un des plus motivés au sein des forces onusiennes, il a été surpris par une attaque menée avec un armement inhabituel : des mitrailleuses lourdes, des grenades d’assaut. Mais surtout, les assaillants ont déployé des capacités opérationnelles qui cadrent mal avec la réputation de rebelles qui, depuis vingt ans, campent dans le parc des Virunga où ils exploitent l’or gisant dans la rivière Semliki, qu’ils commercialisent en Ouganda avec la complicité de commerçants locaux. C’est en 2014 que ces « rebelles résiduels » globalement qualifiés d’ADF Nalu (Allied democratic forces), un mouvement d’opposition au président ougandais Museveni, sont passés à la vitesse supérieure lorsque l’armée congolaise, par l’opération Sukola 1, a entrepris de les réduire par la force et de les chasser de leurs bastions. Les massacres de civils se sont alors succédé dans la région de Beni et même dans la ville, faisant plus de 800 morts. Depuis quelque temps cependant, c’est la force onusienne elle-même qui est visée, comme si les assaillants, provoquant de lourdes pertes, souhaitaient précipiter son départ à l’instar de ce qui s’était passé au Rwanda en 1994 après la mort des dix casques bleus belges. Comme au Rwanda à l’époque, l’inefficience des troupes onusiennes, recourant beaucoup trop tard aux hélicoptères de combat, a frappé les observateurs. La nationalité des Casques bleus attaqués pose également question : les Tanzaniens sont les plus aguerris et les plus populaires des soldats de la paix et ils font partie d’une force africaine de 3000 hommes qui avaient été fournis par le Malawi, l’Afrique du Sud et la Tanzanie pour aider Kinshasa, en 2012, à vaincre les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Or aujourd’hui, Human Rights Watch assure que des éléments du M23, réfugiés en Ouganda, seraient employés par les autorités congolaises et intégrés dans l’armée pour réprimer les manifestations populaires ! Ces recoupements étayent la première des hypothèses, avancée parmi les milieux de l’opposition congolaise, selon laquelle l’attaque de la base de Casques bleus ressemblerait plus à une opération visant le noyau dur de la force onusienne afin qu’elle quitte le pays.
Mais par ailleurs, les ADF représentent une menace croissante qui monte en puissance : selon le journaliste congolaise Nicaise Kibel Oka, le mouvement, jadis originaire d’ Ouganda, a été rejoint par des recrues venues du Burundi, du Kenya, de Somalie, de Tanzanie et du Soudan, auxquelles se sont ajoutés de jeunes Congolais recrutés dans les nombreuses mosquées qui se sont ouvertes dans l’Est du Congo. Ces rebelles se réclament de la « Muslim Defense International » un mouvement musulman radical fondé par Jamil Mukulu, aujourd’hui détenu en Tanzanie. Leur camp de base, installé dans le parc des Virunga, s’appelle « Madina » en référence à la ville sainte de Medine, et il était précisément la cible des opérations de la force onusienne…

10 décembre 2017

Pierre-Claver Mbonimpa, le “Mandela” du Burundi

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Interview de Pierre-Claver Mbonimpa, le « Mandela burundais », défenseur des droits de l’homme et fondateur de l’APRODH(association pour la défense des prisonniers et la promotion des droits de l’homme)

Fils d’agriculteur, géomètre, fonctionnaire, vous devenu le doyen des défenseurs des droits de l’homme au Burundi et votre compatriote, le journaliste Antoine Kaburahe, vous a consacré un livre d’entretiens. A quel moment vous êtes-vous engagé ?

En 1994, alors que l’assassinat du président Ndadaye, le premier Hutu élu démocratiquement au Burundi, avait plongé le pays dans la violence, j’ai été emprisonné à la prison de Mpimba, à Bujumbura. J’y ai découvert des conditions de détention insupportables, les mauvais traitements, les morts en détention. Après deux mois, des détenus m’ont expliqué que certains d’entre eux avaient passé cinq ans sans avoir été appelés chez le juge et moi-même je n’ai été convoqué qu’après 14 mois. J’ai été condamné à cinq ans de prison et on m’a conseillé de payer si je voulais alléger ma peine…Au vu de tout cela, après deux ans de prison, j’ai décidé de m’engager et c’est ainsi qu’est née l’APRODH, afin de défendre les droits des prisonniers…Comme j’avais moi-même été torturé, je me suis penché sur cet aspect et découvert qu’au Burundi, des aveux obtenus sous la torture étaient recevables en justice!
Peu à peu au-delà du cas des prisonniers j’ai élargi mon champ d’action à la défense des droits de l’homme en général.

Dans votre livre, (1) vous rappelez que, du temps de jeunesse, les problèmes entre Hutus et Tutsis n’existaient pas. De quand date le dérapage vers l’ethnisme ?

Ce n’est qu’en 1972 que j’ai commencé à entendre parler de l’ethnisme, alors que j’étais encore à l’école secondaire. Des élèves ont été raflés au prétexte qu’ils étaient Hutus. Auparavant on partageait tout, on étudiait ensemble et alors qu’on m’a expliqué que j’appartenais à l’ethnie Hutu. Alors qu’ on faisait la chasse aux Hutus, ce sont des Tutsis qui m’ont gardé, protégé…
Plus tard, en 1993, l’argument ethnique est revenu lorsque les politiciens du Frodebu se sont focalisés sur l‘ethnie hutu et ont expliqué qu’ils luttaient pour la démocratie, exigeant que des Hutus soient intégrés dans la police, l’armée, la magistrature…Après l’assassinat du président Ndadaye en 1993 et la guerre qui a suivi sont venues les négociations d’Arusha où il fut prévu de veiller partout aux équilibres ethniques. Depuis 2005 on pouvait considérer comme réglée cette question ethnique, il y avait une vraie pacification, dans les défilés de fête nationale, Hutus et Tutsis marchaient ensemble…Ce qui nous a étonnés, c’est qu’après dix ans passés ainsi, Pierre Nkurunziza, le président actuel, soit revenu sur cette question ethnique, remettant en cause les accords d’Arusha qui avaient institué un compromis politique et ramené la paix.

Ce retour à l’ethnisme faisait il l‘unanimité au sein du parti au pouvoir ?

Pas du tout, beaucoup étaient contre cette dérive et les opposants ont été appelés les » frondeurs ». Ensuite, une pétition a été signée par 82 personnes, s’opposant au désir du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat. A part trois Tutsis, tous les signataires étaient des Hutus…Même à l’Assemblée nationale , où les Hutus étaient les plus nombreux, il n’y a pas eu de majorité pour modifier la loi en faveur d’un troisième mandat. Autrement dit, la question ethnique était bel et bien dépassée et aujourd’hui, parmi les opposants, parmi les Burundais en exil, (plus de 500.000, en Ouganda, au Rwanda, en Tanzanie) il y a des Hutus et des Tutsis.

Comment expliquer que, malgré une aussi large opposition, le président Nkurunziza soit toujours au pouvoir ?

En tant que défenseurs des droits de l’homme, nous n’avons pas voulu recourir à la violence, mener des attaques armées, qui feraient souffrir la population civile davantage encore.

Sur le plan international, alors que le troisième mandat du président Nkurunziza est déjà largement entamé et que les sanctions internationales se sont avérées sans effet, quelle serait la mesure qui frapperait réellement le régime ?

Plus de 8000 militaires burundais engagées dans les forces de paix internationales (en Somalie entre autres) sont payés en devises et une partie de leur solde alimente les caisses du régime. C’est pourquoi nous avons demandé que la solde de nos soldats leur soit versée individuellement, sans passer par les autorités de Bujumbura. Mais comme cela créerait un précédent pour d’autres pays comme l’Ouganda, cela n’a pas été accepté jusqu’à présent. Si nos militaires étaient ramenés au pays, touchant à nouveau des salaires de misère, leur mécontentement affaiblirait le régime…A l’intérieur du pays, malgré les sanctions décidées à Bruxelles l’Union européenne poursuit ses programmes d’aide à la population et donc soutient encore indirectement les autorités car les fonds de ces programmes passent toujours par la banque centrale. Même indirectement, toute aide internationale contribue à financer le pouvoir.
Sur le plan international, la Chine et la Russie appuient toujours Bujumbura, pour des raisons d’intérêt et aussi par défi à l’égard des Etats Unis, tandis que des pays sont intéressés à l’exploitation des ressources minérales. Il faut dire aussi que la production de bière par la Brarudi (filiale du groupe Heineken) génère beaucoup d’argent au profit du gouvernement. N’oublions pas non plus les pays voisins, la Tanzanien, le Kenya et en particulier la République démocratique du Congo… Tous les présidents africains souffrent de la même maladie, ils veulent s’éterniser au pouvoir. Même le médiateur du Malawi, Benjamin Mkapa, m’a dit « avec un troisième mandat, je n’ai pas de problème, mais je suis contre un président qui tue son peuple… »
La Tanzanie aussi est du côté du pouvoir et l’Union africaine ne bouge même pas…

La Cour pénale internationale s’est saisie du cas du Burundi même si Bujumbura ne reconnaît plus sa juridiction. Est-ce que cela effraie le régime ?
Qui n’aurait pas peur de la CPI ? En Afrique, tout le monde a suivi le cas de Laurent Gbagbo, l’ancien président de Côte d’Ivoire et d’autres… A Bujumbura, on s’informe pour savoir qui est sur la liste de la CPI, qui sera interdit de déplacement et les enquêtes font peur au pouvoir, cela seul peut le faire bouger…

Quels sont les dossiers que vous, personnellement, avez déposés à la CPI ?
Il y en a plusieurs, et d’abord le mien : le pouvoir a tenté de m’assassiner, un motard a tiré sur moi à bout portant et quelques jours après il a été lui-même abattu. Par la suite on a tué mon fils on a tué mon gendre…
Pour les cas qui se situent à partir du 26 avril 2015 jusqu’au 27 octobre 2017, je vais rappeler le dossier du journaliste de la télévision nationale dont on a décimé toute la famille ; je me suis aussi beaucoup documenté sur le dossier des familles qui ont perdu les leurs lorsqu’on a tué plus de 200 personnes en une nuit, dans le quartier de Nyakabiga, victimes des policiers et des militaires. J’ai aussi le dossier des femmes qui ont été violées, puis tuées…
Dans tous ces cas, y compris le mien, ceux que je vise, ce ne sont pas les exécutants mais les commanditaires. Un autre dossier important est celui de la formation de milices au Congo : dans la forêt de la Kibira, au Sud Kivu, ont été formées des unités paramilitaires qui ont été ensuite installées à Muramvia, à Gitega et ailleurs encore… Il y aussi des dossiers de disparitions d’assassinats, de viols…Quelque part, on me rend responsable de l’intervention de la CPI au Burundi, et ce n’est pas faux, dans certains cas, j’étais là, j’ai tous les dossiers…

Si des miliciens Imbonerakure (des jeunes appartenant au parti du président) ont été formés au Congo, quel fut leur rôle par la suite ?

Nkurunziza est allé dans le sens de Hitler qui, lui aussi, avait formé une milice de jeunes. Protégés par le pouvoir, formés au Congo, les Imbonerakure sont aujourd’hui très forts, ils peuvent même désarmer des policiers…Au Congo, le pouvoir soutient ces formations de jeunes Burundais, mais la corruption joue aussi. Avec 500 dollars on obtient tout ce que j’on veut…Tout est possible…

Comment le Burundi va-t-il s’en sortir ?
Lorsque nous aurons à la tête de l’Etat une autorité reconnue par tout le monde, un rassembleur, cela pourrait aller vite…Y a-t-il une personnalité qui émerge ? C’est cela le combat que nous sommes en train de mener…Le président n’est plus soutenu que par les Imbonerakure et les services de renseignements, il ne dirige que grâce à la peur et la menace…

(1)Pierre-Clavec Mbonimpa, Rester debout, Entretiens avec Antoine Kaburahe, éditions Iwacu

29 novembre 2017

Grâce à David Minor Ilunga, la voix de Kin fait vibrer Bruxelles

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Découvert par Roland Mahauden puis coaché par lui au Théâtre de Poche, David Minor Ilunga est une pépite, un artiste complet. Il écrit, raconte, bouge, change de rôle et d’intonation, il est tour à tour le fonctionnaire et le demandeur d’asile, le brutal et l’effrayé, le rêveur et le questionneur voire l’inquisiteur. Mais aussi, surtout, il est un magicien. Par la force de son verbe, de son corps élastique, de son visage mobile, nous emmène à Kin. Pas vraiment Kin la belle, mais Kin la cruelle, Kin où pour vivre il faut se battre et risquer d’être tué.
Ainsi qu’Il le clame à son garde chiourme, le demandeur d’asile habile à Uccle, dans la propriété d’un compatriote dont le père, -ne demandez pas comment- a fait fortune. Il raconte le silence d’Uccle, confortable, ouaté, mais c’est Kin qui le peuple ses nuits et ses rêves. Kinshasa, dure aux miséreux, hantée par les kulunas, ces bandits qui vous dépiautent à la machette pour quelques dollars, Kinshasa où vivre au jour le jour est une leçon de courage, où les familles doivent choisir lequel des enfants ira à l’école, le garçon, la fille ou bien un seul, le plus doué, pour lequel on sacrifiera tout, en espérant que, diplôme conquis, il soutiendra tous les autres…A KIn, on mange à tour de rôle, les parents un jour, les enfants le lendemain. A Kin, c’est dans un bus appelé « Esprit de mort » que l’on regagne les cités lointaines, Ndjili, Masina, « Chine populaire » car tout le monde n’a pas les quatre sous qu’il faut pour prendre les nouveaux transports « Esprit de vie »…
A Kin, on parle haut et fort à son voisin, comme si on se disputait alors qu’il n‘en est rien, on revendique, comme si sa vie en dépendait, on discute politique et on s’empoigne avec passion, en sachant que cela ne servira sans doute pas à grand-chose. En lingala pur jus, une langue descendue de l’Equateur par le fleuve ou dans un français métissé, serti d’expressions chaque jour réinventées on commente la vie, on se raconte l’espoir qui s’accroche et la révolte qui couve sans jamais éclore vraiment.
Magie de la langue, magie du verbe qui s’incarne dans un corps souple, magie d’une mise en scène où, avec rien, une chaise, une lampe, une lumière changeante, un homme qui crie dans ses souvenirs et ses rêves, une ville apparaît, s’incarne….Kin l’immense, la dure, la folle, la drôle, la résistante… On la déteste, et on a envie d’y aller, d’y retourner ou de la découvrir. .. On se glisse entre les pages de « Congo Inc » ou « Mathématiques congolaises » : David Minor Ilunga est bien le digne fils spirituel de Jean Bofane. A son tour, il nous fait entendre la voix de la cité, les battements de cœur d’un pays…

28 novembre 2017

Frédéric François, le “gamin” qui posait les bonnes questions

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Frédéric François était une légende du journalisme. Alors qu’à la RTBf il fut très vite une vedette, ses anciens collègues du journal La Cité l’appelèrent durant longtemps « le gamin ». Car c’est dans les locaux du quotidien démocrate chrétien que Freddy avait grandi : sa maman y travaillait, lui, à seize ans, rêvait de devenir journaliste et il hantait les locaux de la rédaction, disponible pour toutes les tâches. D’ailleurs lorsque l’insurrection éclata en Hongrie en 1958 , le « gamin » s’y envoya lui-même, voyageant à bord des camions, ramenant d’incomparables reportages de terrain et démontrant qu’il était prêt pour toutes les aventures, à Chypre, en Algérie, mais surtout, dès 1960, au Congo belge.
D’autres journalistes l‘avaient précédé dans notre chère colonie, mais « Freddy » lui, y allait avec fougue, n’avait peur de personne et fréquentait tout le monde, les Belges en partance, les aventuriers de tout poil et surtout les Congolais qu’il écoutait parler, rêver tout haut et fourbir leurs armes. C’est ainsi qu’il rencontra un jeune officier, un homme qui avait lui aussi suivi des cours de journalisme à la Maison de la presse rue au Beurre, qui aimait autant l’écriture, qu’il avait facile et brillante, que l’action, qui n’allait pas manquer. Bref, « Freddy » et celui qui allait devenir le colonel Mobutu, avaient tout, sinon pour s’entendre du moins pour se comprendre : ils partaient de rien et leurs rêves, leurs ambitions n’avaient pas de limites. Lorsqu’après avoir « couvert » l’indépendance puis les guerres, les rebellions, Frédéric François passa à la RTBF il disposait déjà d’un solide carnet d’adresses et il couvrit le Rwanda et le Burundi qui connaissaient déjà leurs premiers affrontements ethniques. Mais très vite, il quitta les écrans radar de l’international, il se spécialisa en politique intérieure, avec une manière bien à lui de mettre les hommes politiques sur le gril. Le détour par la Belgique fut long, il passa même par une carrière politique mais au début des années 80, il était clair que le « ketje », le gamin, s’ennuyait sur les travées et que tenir sa langue, obéir aux consignes, ce n’était pas son genre. Lorsqu’il décida de regagner la « maison » c’est-à-dire la RTBF, il y eut des sourires narquois : comme tant d’autres avant lui, n’allait-il pas rentrer imbu de sa personne, conscient de son importance passée et, dédaignant les tâches ingrates et les horaires quotidiens, terminer sa carrière dans un placard doré, honoré et embaumé avant l’heure ?
C’était mal connaître Freddy : journaliste avant tout, il était aussi un homme simple, humble quand il le fallait. Il se proposa comme éditeur, une tâche ingrate, au service des autres, avec des horaires contraignants et les jeunes journalistes se souviennent encore de ses conseils, des anecdotes qu’il lâchait impromptu…La seule chose qu’il demandait, il l’obtint sans devoir insister : retourner au Congo devenu Zaïre, y retrouver ses interlocuteurs d’antan et surtout un certain colonel devenu maréchal, devenu président, devenu dictateur. « Ah Monsieur François, vous revoilà enfin » s’exclama l’ancien « Joseph Désiré » devenu Sese Seko wa za Banga, se préparant à reprendre une conversation interrompue vingt cinq ans plus tôt. Mais les temps avaient changé, les fonctions aussi : Frédéric François, aguerri, affûté, posait désormais des questions dérangeantes à un homme qui se croyait tout puissant et, jouant avec l’agenda des Grands, se permettait de chercher querelle à la petite et mesquine Belgique. Non content d’interviewer le président ou Tshisekedi son irréductible opposant, le reporter ne se privait pas de guider ses équipes à travers les cités de Kinshasa, filmant la misère ambiante, enregistrant critiques et protestations. Des incidents émaillaient chaque voyage où, suivi par les services de sécurité, Freddy se voyait embarqué au poste, confisquer son « nagra » (enregistreur). Et alors qu’il était « cuisiné » » par les sbires du régime, des représentants de l’ambassade de Belgique se précipitaient pour tirer du guêpier l’ancien sénateur et il arrivait que le président lui-même se mobilisât pour freiner le zèle de ses services…
Frédéric François aimait l’Afrique, il aimait s’y rendre, parler avec les gens, qu’ils soient modestes ou puissants, il nourrissait encore des illusions à leur sujet et son éducation chrétienne le poussait à l’optimisme. Mais en 1994, lorsqu’il se retrouva à Kigali, qu’il interrogea les Européens terrorisés qui racontaient l’enfer, qu’il vit, au-delà de l’ aéroport, des hommes courir en brandissant des machettes, lorsqu’il recueillit les premiers témoignages sur les massacres, sur ce qui allait devenir le dernier génocide du 20 e siècle, Frédéric François fut, littéralement, malade. Ecoeuré, effondré, marqué à vie. Par la suite, il rêva encore du Congo, caressant l’espoir de recueillir la dernière interview du président Mobutu, même après sa chute, de refaire, sur le fleuve, le voyage de la mémoire.
Jusqu’au bout, Frédéric François demeura intéressé par le Congo, il aimait partager ses souvenirs avec de jeunes collègues et demandait aux autres de leur raconter leurs voyages. Mais surtout, c’est par la vie elle-même que le « gamin » d’avant-hier était resté passionné, l’esprit vif, la curiosité intacte…Allez Freddy, bon voyage…

25 novembre 2017

“Guinée is back” pour le pire ou le meilleur

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Les assisses de l’Union de la presse francophone ont réuni plus de 300 professionnels

Conakry

Président en exercice de l’Union africaine, le chef d’Etat guinéen Alpha Conde a clôturé avec éclat les 46e assises de l’Union de la presse francophone qui avaient réuni plus de 300 journalistes à Conakry. Durant près d’une semaine, journalistes européens et africains, mais aussi professionnels venus de Moldavie, d’Arménie où se tiendra le prochain sommet, du Vietnam et des Caraïbes ont débattu avec passion de thèmes qui se posent partout avec la même acuité, l’investigation, la transparence, l’inflation du web, bref la grandeur et les limites du métier d’informer. Après des jours et des jours de discussions publiques et d’apartés privés, où il a été question des nouveaux défis posés par les réseaux sociaux et le web, des nouvelles méthodes du journalisme d’investigation où des enquêteurs réunis en consortium débusquent des filières d’évasions fiscales et visitent les paradis du même nom, le chef de l’Etat a brutalement rappelé les limites de ce type d’exercice et remis les journalistes à leur place.
Posé sur une chaise, occupant seul le milieu de la scène, ne cachant guère son agacement, Alpha Conde a brisé le ronronnement des discours convenus et le réconfortant rappel des grands principes. « Je ne suis impressionné par personne » a-t-il asséné « et toute radio qui passera les communiqués de Sama (des grévistes exprimant le point de vue des syndicats), sera fermée, car elle aura enfreint la loi… »Le menaces et l’exaspération du président s’expliquent par une situation sociale tendue n Guinée, marquée par une grève prolongée des enseignants. S’y ajoute un conflit avec une radio qui avait imprudemment suscité une rumeur évoquant le décès possible du chef de l’Etat, et cela tout simplement parce quelle avait diffusé des hymnes funèbres en hommage à un collaborateur du président, qui venait de décéder ! Se « lâchant » devant la presse nationale et internationale, dans un discours visiblement improvisé, Alpha Condé déclara alors qu’aucune des radios guinéennes n’était en règle d’autorisation et que nul ne doit se croire au dessus de la loi.
Par la suite, des confrères devaient nous expliquer qu’en réalité, la plupart des radios du pays s’étaient bel et bien acquitté des redevances dues, mais que les fonctionnaires avaient tardé, par négligence, à leur délivrer les autorisations exigées.
Au sortir de cette algarade, alors que le représentant de Reporters sans Frontières demandait un rendez vous d’urgence avec le président afin de demander des clarifications, la plupart des journalistes guinéens refusaient de dramatiser et tempéraient les réactions de leurs confrères : «Alpha Conde est ainsi, il ne pratique pas la langue de bois, et là, il s’est énervé… »
Il n’empêche que cette scène nous a paru d’un autre âge : l’actuel président de l’Union africaine, qui venait de rentrer de Paris où la France et diverses instances lui avaient promis des crédits pour un montant total de plus de 20 milliards de dollars, semblait « remonté » par ses soutiens internationaux et proclamait fièrement, à l’occasion de ce sommet réunissant des journalistes francophones, que « Guinea is back ».
Le défi lancé à la presse, qui rappelait le président Mobutu dans ses meilleures années, n’était pas le seul anachronisme relevé cette semaine : l’état de la capitale, Conakry, paralysée par les embouteillages chroniques et se affichant un état de vétusté et d’insalubrité alarmant, évoquait lui aussi une Afrique d’un autre âge, comme un continent oublié qui s’enfoncerait lentement dans une lagune polluée…
Malgré les apparences, telle n’est cependant pas la réalité du pays de Sekou Touré, -celui qui fut le seul à dire « non » au général de Gaulle et à refuser l’association avec la France- un acte de souveraineté qui fut payé au plus haut prix.
La Guinée d’aujourd’hui, même si elle n’a pas rejoint la monnaie commune le franc CFA, est très courtisée, pour ses richesses (le fer, le bauxite, la forêt) pour sa situation stratégique, en bordure des pays sahéliens menacés par Boko Haram et la vague islamiste. Dans la capitale, les entreprises françaises, Bolloré, Orange et autres tiennent le haut du pavé, mais ce sont les Chinois qui construisent les banques, des hôtels, les gratte ciels qui poussent à côté des bidonville et dans le port, on distinguent des marins asiatiques qui manoeuvrent des empilement de containers…Dans cette capitale chaotique, qui semble émerger avec peine du temps difficile de l’indépendance, on retrouve encore des vestiges de l’histoire, dont un musée national dont les statues entourées d’herbes folles rappellent les héros de l’histoire, ceux qui résistèrent à l’occupation française, et ceux qui, Sekou Touré en tête, s’employèrent à construire un pays libre. On y découvre aussi une vaste cathédrale construite dans les années 30 et en voie de rénovation, des mosquées flambant neuves, des boîtes de nuit où se déchaînent koras et balafons. Mais aussi, omniprésent, un rêve qui hante la jeunesse et devrait inquiéter le président de l’Union africaine : la jeunesse ne songe qu’à une chose, prendre la route de l’Europe, de cet ailleurs qui, malgré les dangers de la traversée, semble à portée de mains. Le moindre contact, la moindre conversation révèlent cette obsession : « je cherche de l’argent pour venir en Belgique » proclame le moto-taxi au final de sa course, « emmenez moi dans votre pays » supplie le policier en s’interrompant de régler la circulation et en baissant son bras levé au milieu du flot des voitures…
Pourquoi cette envie d’un ailleurs, d’une autre existence ? La réponse se trouve peut-être dans les contrastes sociaux: après avoir traversé des quartiers pourris, insalubres, envahis par une musique tonitruante, les journalistes eurent la surprise de découvrir la propriété de l’un des hommes les plus riches du pays, M. Kerfalla Camara, PDG du groupe Guicopres, ami personnel du chef de l’Etat et financier de la Fondation KPC pour l’humanitaire. Ayant fait fortune dans l’immobilier, entre autres, bénéficiant des faveurs de l’armée, son principal client, M. Kerfalla Camara offrit à la presse internationale une réception dont la prodigalité était elle aussi d’un autre âge, rappelant les largesses d’Houphouet Boigny en côte d’Ivoire ou du président Mobutu au sommet de sa gloire et ne lésinant pas sur le champagne rosé…
Face à de tels contrastes, les journalistes guinéens, même si le président n’hésite pas à les critiquer voire les menacer en public, et si leur profession est pleine d’aléas, gardent un sang froid un professionnalisme étonnant : tout au long des assisses, ils intervinrent dans les débats avec mesure, démontrèrent leurs qualités d’investigateurs ainsi que leur capacité d’ironie, à l’instar du journal satirique le Lynx, déchaîné contre la perspective d’un troisième mandat présidentiel et publiant des caricatures d’une rare violence, n’hésitant pas à recourir à l’image d’un Hitler africain !

21 novembre 2017

Le baobab du Zimbabwe est désouché

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Le désouchage du vieux baobab aura pris du temps. Trop sans doute mais au moins l’irréparable ne s’est-il pas produit : maîtrisant leur impatience, leur aspiration au changement, les Zimbabwéens ont permis aux pressions politiques d’opérer leurs effets et tout a été mis en œuvre pour que ne soit pas humilié un homme qui, malgré les errements de son grand âge, appartient à l’histoire de son pays et de l’Afrique.
En Europe, on a surtout retenu contre Mugabe l’ire des Britanniques solidaires des colons dépossédés de leurs terres, oubliant que la réforme agraire ne fut mise en œuvre qu’après plus de dix années de patience et sans pouvoir compter sur les fonds d’indemnisation que Londres et Washington avaient promis de verser…On se souviendra de Mugabe comme un ami de la première heure des Chinois, des Nord Coréens, on se rappellera l’implacable répression exercée contre l’ethnie des Ndebele qui soutenaient son adversaire Josuah Nkomo (soutenu par Moscou), on soulignera la tentative pitoyable de propulser à la présidence une épouse dépensière et peu aimée.. Certes, Robert Gabriel Mugabe n’est pas Nelson Mandela. Il n’a jamais eu ni son charisme, ni sa bienveillance, et n’a jamais été courtisé par les Occidentaux. Ces derniers se sont toujours méfiés de cet homme austère, peu loquace, même si lui aussi a connu la prison et le combat militaire puis politique, même si lui aussi avait eu le courage, au lendemain de l’indépendance, de se réconcilier avec Ian Smith, le Premier Ministre de la Rhodésie sécessionniste qui l’avait combattu sans pitié…
Si Mugabe n’a pas eu bonne presse en Occident, ce n’était pas uniquement à cause de son intransigeance, de sa lucidité politique, de ses redoutables facultés intellectuelles (il avait mis à profit ses années de prison pour collectionner les diplômes..) C’est aussi parce que l’homme était un militant panafricaniste convaincu, qui mit plusieurs fois en échec les manœuvres ou les duplicités occidentales.
En Afrique, même si pour les jeunes il appartient déjà aux livres d’histoire, on a de lui une vision bien différente : chacun sait que si, finalement, le peuple sud africain fut libéré de l’apartheid, si la Namibie accéda à l’indépendance, c’est à son engagement qu’il le doit, lorsque le Zimbabwe, durant les années 80, ouvrit son territoire aux bases et aux camps de réfugiés de l’ANC et en paya le prix fort, les attaques au sol, les bombardements menés par l’armée sud africaine…
En Afrique centrale, chacun sait aussi que c’est Mugabe qui fit échouer les projets de balkanisation du Congo, lorsqu’il engagea ses troupes aux côtés de Kinshasa afin de stopper l’avancée des rebelles venus de l’Est. Et sur le plan intérieur, même si les terres arrachées aux colons blancs furent moins distribuées aux cultivateurs noirs qu’aux amis politiques du régime et aux militaires, la réforme agraire menée au Zimbabwe fut suivie par tous les pays d’Afrique australe, de l’Afrique du Sud jusqu’au Kénya, où des propriétaires blancs occupent aujourd’hui encore de vastes domaines voués à l’agriculture ou au tourisme tandis que les populations africaines manquent de terres cultivables.
Avec la disparition de Mugabe, une page se tourne en Afrique, celle des guerres de libération, des luttes idéologiques. On voudrait pouvoir dire aussi que sa mise à l’écart sans violence est un signal envoyé à tous les chefs d’Etat, quel que soit leur âge, qui s’accrochent au pouvoir en dépit de la volonté de leur peuple et sans présenter les mêmes lettres de créance…

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17 novembre 2017

Robert Mugabe, vétéran du panafricanisme et parrain du régime Kabila

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C’est avec passion que les Congolais, toutes générations confondues, suivent les évènements du Zimbabwe. Pour les plus jeunes, qui n’étaient pas nés au moment des luttes de libération en Afrique australe et même pour ceux qui n’ont pas vécu les deux guerres du Congo à la fin du siècle dernier (1996-1997 et 1998-2002) la tentative de déposition d’un chef d’Etat âgé de 93 ans qui s’accroche au pouvoir en dépit du bon sens est un évènement qui « colle » à l’actualité de leur propre pays, où le président Kabila, quoique beaucoup plus jeune que le vétéran ne semble pas désireux, lui non plus, de céder le terrain… Chacun à sa manière tire les enseignements de ce qui se passe à Harare : le rôle de l’armée, l’échec de la tentative de placer aux commandes Grace Mugabe, l’épouse du président, l’absence de troubles publics et de répression, l’attention portée par tous les pays d ’Afrique australe au déracinement de ce baobab qu’ était Mugabe.
Dans les cercles du pouvoir aussi, l’effacement probable de Mugabe de la scène politique est suivi de très près, non seulement parce qu’il représente un précédent, mais aussi parce que le maître du Zimbabwe était l’un des « parrains » du régime Kabila. Pour le comprendre, il faut remonter quelques décennies en arrière. Il faut se rappeler que, lorsque le Zimbabwe accède à l’indépendance en 1980 après une longue guerre contre le régime de Ian Smith qui dirigeait une Rhodésie qui s’était débarrassée de la tutelle coloniale britannique, Robert Mugabe, « Comrade Bob », aux côtés de son allié puis rival puis adversaire Josuah Nkomo, était le symbole de la lutte de libération dans une Afrique australe encore dominée par le régime sud africain d’apartheid, l’icône du panafricanisme incarné par le président tanzanien Julius Nyerere. Dans cette mouvance, on retrouvait le MPLA angolais avec le Dr Agostinho Neto et Eduardo dos Santos, la Swapo de Namibie et son leader Sam Nujoma, le Frelimo du Mozambique et son leader charismatique Joachim Chissano. Alors que tous étaient, en cette période de guerre froide, soutenus par l’Union soviétique, Robert Mugabe quant à lui affichait clairement ses sympathies pro chinoises et nord coréennes. Ces personnages qui allaient tour à tour remporter les guerres de libération et devenir les premiers présidents de leur pays indépendants connaissaient l’un des protégés et amis de Nyerere : Laurent Désiré Kabila, qui avait également voyagé en Chine. Ce dernier, appuyé par la Tanzanie, entretenait un petit maquis du côté de Fizi Baraka sur le lac Tanganyika d’où il défiait le président Mobutu. Un homme considéré comme un allié de l’Occident et qui brisait volontiers l’embargo international frappant le régime d’apartheid.
Lors de ses aller retour à Dar es Salaam, pour des raisons politiques ou commerciales, le Congolais Kabila, qui se réclamait de patrice Lumumba, retrouvait dans la capitale tanzanienne les héros des luttes d’indépendance, mais aussi un certain Yoweri Museveni, l’Ougandais qui rêvait de détrôner Idi Amin Dada puis Obote ainsi que ses compagnons d’armes et amis, eux aussi officiers dans la NRA (National resistance army) Fred Rwigema et Paul Kagame, des réfugiés rwandais servant l’Ouganda mais rêvant de retourner un jour dans leur pays, de gré ou de force.
Lorsque, un quart de siècle plus tard, Laurent Désiré Kabila, sur le conseil de Julius Nyerere, fut placé à la tête de l’AFDL, (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) un mouvement armé composite créé par le Rwanda et le Rwanda et recrutant parmi les opposants congolais, c’est tout naturellement qu’il put compter sur la solidarité de ses anciens amis d’Afrique australe : l’Angola lui prêta des troupes et des avions, le Zimbabwe lui apporta un soutien logistique. Cette union sacrée, nouée détruire les camps de réfugiés rwandais massés sur la frontière et chasser Mobutu, n’allait pas durer : un an après son entrée triomphale dans Kinshasa, le 17 mai 1997, Kabila décida de congédier les alliés rwandais et ougandais qui entendaient gouverner (et exploiter) le Congo à sa place. Désireux d’occuper pleinement les fonctions présidentielles au lieu d’être un simple porte parole et exécutant, Laurent Désiré Kabila fit alors face à la deuxième guerre du Congo qui allait faire exploser le front africain qui l’avait mené au pouvoir. En effet, alors que Kigali et Kampala soutenaient activement des mouvements rebelles congolais créés pour la circonstance, le RCD Goma et le MLC de Jean-Pierre Bemba, l’Angola et surtout le Zimbabwe apportèrent un soutien décisif au président Kabila et, plus largement, aux autorités de Kinshasa et à la préservation de l’unité d’un Congo menacé de balkanisation. Ce sont les troupes angolaises qui, soutenues par la résistance des quartiers populaires, barrèrent la route de Kinshasa à un corps expéditionnaire rwandais débarqué à Kitona, ce sont les troupes du Zimbabwe qui bloquèrent la progression des rebelles vers le Kasaï et qui prirent position dans l’Equateur.
Le Congo devint alors l’enjeu de ce que l’on appela la « première guerre mondiale africaine » où des armées de plusieurs pays du continent se battaient sur son sol et se payaient « sur la bête », finançant l’effort de guerre en exploitant les ressources locales. Si la prédation du Rwanda et de l’Ouganda fut amplement documentée, celle de l’Angola et du Zimbabwe exista aussi : Luanda exigea l’accès aux ressources pétrolières du plateau continental et Harare obtint l’exploitation de mines de diamant dans le Kasaï…C’est alors que le nom d’Emerson Mnangagwa, qui veut aujourd’hui succéder au président Mugabe, fut cité dans plusieurs rapports de l’ONU.
Cette internationalisation de la guerre provoqua aussi son enlisement et il fallut qu’en 2001 Laurent Désiré Kabila soit assassiné, à l’issue d’un complot encore mal éclairci, pour que la situation se débloque. Mais lorsque, le 17 janvier 2001, son garde du corps Rachidi Kasereka tira sur lui à bout portant avant d’être abattu lui-même par Edy Kapend, c’est Robert Mugabe qui, depuis Harare, prit les choses en mains : le corps, mortellement blessé, -ou peut-être déjà le cadavre-, de Laurent Désiré Kabila fut emmené dans un hôpital du Zimbabwe, tandis que, depuis Harare et Luanda, des troupes d’élite étaient dépêchées à Kinshasa pour maintenir l’ordre dans la capitale et maîtriser la fureur populaire qui tenait les Occidentaux pour responsables du complot.
Lorsque la « famille politique » de Laurent Désiré Kabila, en l’occurrence son cousin Gaëtan Kakudji, son fidèle ami Kazadi, le général Lwecha, entre autres, décidèrent de la succession du défunt, le Zimbabwe fut étroitement associé aux délibérations dont finalement émergea le nom de celui qui allait remplacer le Mzee, son fils Joseph Kabila. Ce dernier, qui se trouvait à Lubumbashi au moment de l’assassinat de son père, fut mis en contact avec le président Mugabe et peut-être se rendit-il à Harare réceptionner le corps du défunt. Lorsqu’il revint à Kinshasa, la population découvrit un jeune officier de 28 ans, taiseux et secret et, à l’époque, nul n’aurait parié sur sa longévité politique.
Par la suite, Joseph Kabila garda contact avec ses mentors du Zimbabwe et de Tanzanie autant qu’avec l’Angola. Autant lors des négociations de paix de Sun City qui, en 2002, menèrent au départ de toutes les troupes étrangères que lors des premières élections démocratiques en 2006, le président congolais put toujours compter sur le soutien politique, logistique, militaire, de ses alliés d’Afrique australe qui finirent par décider de créer un bataillon africain de 3000 hommes (Malawi, Afrique du Sud, Tanzanie), intégré dans l’inefficace Monusco, afin de venir à bout de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda.
Lorsqu’en 2010, en présence du roi Albert II, le Congo réunifié et relativement pacifié célébra le 50 e anniversaire de son indépendance, l’immense ovation qui accueillit le vieux Robert Mugabe lorsqu’il apparut à la tribune officielle ne surprit que ceux qui avaient oublié qu’en Afrique aussi, les peuples ont de la mémoire…

16 novembre 2017

La nouvelle ambassade de Belgique à Kinshasa sera une “maison passive”

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L’inauguration de la nouvelle ambassade à Kinshasa a failli devenir une « histoire belge », qui aurait vu le déménagement de l’ancienne chancellerie se faire en catimini, mais finalement tout rentre dans l’ordre des choses diplomatiques : le 27 novembre prochain, le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders inaugurera officiellement le vaste bâtiment situé au mitan du Boulevard du 30 juin et qui aura coûté 10,5 millions d’euros. Terminé depuis plusieurs mois, cet immeuble de 4000 mètres carrés est à la fois classique dans sa facture et remarquable dans sa conception, car l’entrepreneur Willemen et ses architectes, jouant sur la ventilation, ont voulu en faire l’équivalent tropical des « maisons passives », sauf qu’ici on a tenté de se passer autant que possible non pas du chauffage mais de la climatisation…
Depuis plusieurs mois, le climat politique entre Kinshasa et Bruxelles n’a pas besoin de climatisation pour être glacial et des proches conseillers du président Kabila nous assuraient encore, voici peu, que si le ministre voulait inaugurer « son » ambassade, il serait libre de le faire, mais que « ce sera sans nous », donc sans aucun représentant de l’Etat congolais. L’aller retour à Kinshasa, en moins d’une journée, laissera de toutes manières peu de place pour d’éventuels contacts officiels, pour lesquels le ministre Reynders n’a d’ailleurs pas reçu mandat du « kern » qui a décidé son déplacement.
La brouille remonte à l’époque où la Belgique et son ministre des Affaires étrangères se sont vus reprocher les critiques émises à propos de la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre. L’ascension de ce transfuge de l’UDPS, longtemps proche conseiller d’Etienne Tshisekedi, avait été jugée en contradiction avec l’esprit des accords de la Saint Sylvestre qui prévoyaient que le futur chef de gouvernement serait issu de l’opposition et devrait avoir obtenu son aval. Plus largement, la majorité présidentielle reprochait à la diplomatie belge de soutenir trop ouvertement l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi ainsi que Felix Tshisekedi et surtout, soupçonnait l’ancienne puissance coloniale d’avoir manœuvré en coulisses pour soutenir sinon inspirer les sanctions ciblées décidées par l’Union européenne et visant quelques dignitaires du régime. Depuis lors, même si rien n’a changé sur le fond, des émissaires de Kinshasa, dont l’ancien gouverneur du Sud Kivu Cishambo sont passés par Bruxelles, le ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende a obtenu un visa « humanitaire » pour la Belgique et surtout, la « communauté internationale », Etats Unis en tête, prenant au mot l’engagement de la Commission électorale, a accepté la date des élections, fixée du 28 décembre 2018, en dépit du scepticisme de l’opinion congolaise.
L’inauguration du nouveau bâtiment se déroulera dans un climat bien différent de celui de la pose de la première pierre en 2014. A l’époque, le ministre Reynders qualifiait d’ « excellentes » les relations bilatérales entre les deux pays et la taille de la future chancellerie, sa situation stratégique, démontraient que dans un Congo en voie de redressement, l’ancienne métropole entendait reprendre son rang.
Bâti sur des terrains rachetés à la curatelle de la défunte compagnie Sabena, l’imposant bâtiment accueillera aussi, sur un étage, l’ambassade des Pays Bas, qui représentera les intérêts du Luxembourg, ce qui pourrait augurer d’une future politique commune au niveau du Benelux. Autour de l’ambassade, l’Etat belge a également racheté à la curatelle de la Sabena des terrains arborés, sur lesquels ont été construits des logements destinés à une quinzaine de diplomates.
Cet ensemble sera situé dans la partie la plus « cossue » de la Gombe, le quartier de Kinshasa consacré aux affaires et à la politique et parfois appelé la « République de la Gombe » tant il est coupé du reste de la ville. Le modernisme de la nouvelle chancellerie devrait faire rapidement oublier la vétusté de l’ancien immeuble, situé sur la place du 27 octobre, anciennement place Braconnier, entouré de grilles plus hautes d’année en année mais qui ne dissimulaient guère la dégradation des lieux.
A noter que, sur le plan sécuritaire, la nouvelle ambassade, un immeuble de verre et de béton apparaît beaucoup plus vulnérable, en cas de troubles, que le « camp retranché » rébarbatif qui abrita nos diplomates durant des décennies…

16 novembre 2017

La publication du calendrier électoral a désarçonné l’opposition congolaise

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En publiant le calendrier électoral, qui prévoit que les élections auront lieu à plusieurs niveaux (législatif, provincial et présidentiel) le 23 décembre 2018, la Commission électorale indépendante a tenté de calmer les tensions internes, essayé de gagner du temps en accordant un nouveau délai alors que le mandat du président Kabila est caduc depuis décembre 2016. Mais surtout, elle a voulu faire baisser la pression internationale et désamorcer les sanctions déjà exercées par l’Union européenne et les Etats Unis.
1. Face au nouveau calendrier proposé, quelle est la réponse de l’Europe et des Etats Unis ?
Prenant au mot les engagements de la CENI et passant au dessus des difficultés d’exécution, Washington et l’Union européenne saluent l’engagement pris et le qualifient de « pas significatif » en vue d’une transition pacifique. Le département d’Etat relève que le président Kabila s’est engagé à respecter la Constitution et l’accord de la Saint Sylvestre et a promis de ne pas briguer de troisième mandat. Mais derrière les encouragements perce aussi l’inquiétude : Kinshasa se voit prié, entre autres, de libérer les prisonniers politiques, de garantir la liberté de réunion et d’association. Tous les Occidentaux, y compris l’Union européenne et la Belgique, insistent aussi sur le fait que la date désormais proclamée sera la dernière à être acceptée. Bruxelles met également l’accent sur la nécessité d’atteindre un consensus entre le pouvoir et l’opposition.
2. Quelle est la position de l’Union africaine ?
Dans une déclaration commune, l’Union africaine et le représentant des Nations unies à Kinshasa, de même que les organisations régionales africaines, saluent également la publication du calendrier électoral. Le feu vert n’est cependant pas inconditionnel : les autorités congolaises sont priées de prendre toutes les mesures, y compris logistiques, financières, sécuritaires pour permettre l’organisation des élections sur tout le territoire. Appel est également lancé en faveur des « mesures de décrispation », comme la libération des prisonniers politiques.
3. Pourquoi la » communauté internationale » accepte-t-elle que Kinshasa prolonge ainsi les délais en dépit des engagements pris ?
La première raison est l’impuissance : en dépit des sanctions financières, des mesures ciblant des individus proches du pouvoir, Kinshasa a les moyens de déjouer les pressions, comptant sur d’autres partenaires plus conciliants, la Chine, la Russie, l’Afrique du Sud, entre autres. Une autre raison est la cohérence : est- t- il bien raisonnable de durcir le ton à l’égard d’un seul pays alors que tant d’autres chefs d’Etat africains sont au pouvoir depuis bien plus longtemps que M. Kabila ? En plus d’un certain « souverainisme » africain, habilement ranimé par le Ministre des Affaires étrangères She Okintundu, joue aussi la peur du désordre : les neuf voisins du Congo (qui tirent profit de la situation actuelle en exploitant, chacun à sa manière, la faiblesse de Kinshasa) redoutent aussi les effets d’une guerre civile qui provoquerait des exodes de réfugiés.
4. L’opposition est-elle en difficulté ?
Oui et non. Alors que la principale revendication des opposants, toutes tendances confondues, est d’exiger le départ de l’actuel chef de l’Etat d’ici la fin 2018, chacun sait que les partis d’opposition n’ont pas les moyens de mener campagne dans un aussi bref délai et ne se sont pas réellement mis d’accord sur la formule d’une « transition sans Kabila ». Si cette solution, qui vient d’être torpillée par la communauté internationale, devait être adoptée, il n’y a guère de consensus ni sur la direction de cette opposition, ni sur sa durée. Même s’ils ne l’avoueront jamais publiquement, les partis d’opposition sont peut-être secrètement soulagés de voir apparaître un nouveau « glissement » propice à toutes les manœuvres, sinon à l’émergence d’un nouveau leadership qui bousculerait les têtes de liste aujourd’hui assez discréditées. En effet, Jean Pierre Bemba est toujours en prison, Vital Kamerhe a perdu de sa crédibilité en participant au premier dialogue, Félix Tshisekedi est loin d’avoir l’aura de son père et se limite à inciter ses partisans à venir l’accueillir lorsqu’il revient de province ou de l’étranger. Quant aux Opérations Ville Morte, où chacun est invité à ne pas sortir de chez soi pour se rendre au travail, elles ont montré leurs limites dans ce pays où l’on vit au jour le jour.
5. D’où vient la contestation ?
Si la société civile traditionnelle demeure prudente les mouvements citoyens ont le vent en poupe : Lucha, Filimbi, Telema Ekoki, d’innombrables groupes de jeunes, d’étudiants sont prêts à descendre dans la rue. Ils appellent à une première journée de protestation le 15 novembre avec un mot d’ordre unique : Kabila doit partir. Mais la répression s’annonce implacable, menée par la police, l’armée et aussi des unités spéciales, difficilement identifiables. Une question cruelle et cynique s’impose : combien de morts la répression devra-t-elle faire pour que les pays voisins, les Occidentaux et l’opinion internationale s’émeuvent vraiment de la descente aux enfers du Congo et la jugent inacceptable ? Le fait que les guerres du Kivu, avec leur cortège de pillages, de viols, de massacres, aient été tolérés pendant d’aussi longues années incite au pessimisme : face à l’insoutenable, le seul de tolérance, au Congo, est plus élevé qu’ailleurs.
Reste l’imprévu : au Congo, provoquée plus par les injustices sociales et les exactions économiques que par les exigences constitutionnelles, l’exaspération populaire est telle que la moindre étincelle pourrait provoquer l’ explosion. Mais comme en tant d’autres occasions, lorsque la patience aura vraiment atteint ses limites, personne n’aura rien vu venir.

12 novembre 2017

Louis Michel annonce qu’il va quitter la politique

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Créant la surprise, Louis Michel, ancien Ministre des Affaires étrangères, parlementaire européen après avoir été Commissaire au développement et poids lourd du parti réformateur (libéral) a annoncé qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections. Autrement dit, dans un délai assez court, il quittera cette carrière politique à laquelle il a consacré sa vie.
En Belgique, les éloges, les souvenirs ne manqueront pas. Mais au Congo aussi on se souviendra de lui. En effet, lorsque Louis Michel, en 1999, reçoit le portefeuille des Affaires étrangères, il y a presque dix ans que la Belgique, sous la pression des socialistes flamands, découragés par les frasques du régime Mobutu, ont suspendu la coopération avec l’ancienne colonie et réduit au strict minimum les relations diplomatiques. L’histoire dira qui fut réellement frappé par ces mesures : le richissime dictateur ou la population qui vit se détériorer l’organisation des soins de santé, l’encadrement de l’enseignement… L’histoire dira aussi combien la fin de la coopération militaire eut pour effet d’affaiblir une armée déjà divisée, désorganisée, minée par le favoritisme et la corruption… Mais les témoins de l’époque peuvent déjà assurer que ce relatif abandon fut aussi synonyme d’indifférence lorsque le Zaïre devenu la République démocratique du Congo fut, en 1998, attaqué par ses voisins, ceux là même qui avaient contribué à la chute de Mobutu : la Belgique, puissance tutélaire, traumatisée par le génocide des Tutsis au Rwanda , ne sonna pas le tocsin…
Lorsque Louis Michel, fraîchement nommé, débarqua au Congo pour la première fois, et se rendit à Kinshasa et aussi à Kisangani, il fut frappé par l’état d’abandon du pays, par son démembrement de fait, les rebelles contrôlant de larges parties du territoire, tandis que Laurent Désiré Kabila, l’ancien révolutionnaire arrivé dans le sillage des armées étrangères dénonçait en vain l’invasion, la tentative de balkanisation, le pillage des ressources. Louis Michel, guidé par le cœur et la raison, s’employa à remettre le Congo à l’agenda de la communauté internationale. Ce qui le motiva ? La raison d’abord, sinon le calcul : à l’époque, déconsidérée par la crise du poulet à la dioxine (ancêtres des œufs au fribronyl…) la Belgique était la cible sinon la risée de l’Europe, sa diplomatie, après l’échec tragique du Rwanda, n’était plus guère audible. Où était l’expertise d’antan ? Louis Michel s’employa à la restaurer et mit la crise congolaise en tête de son agenda diplomatique, imposant le sujet aux alliés européens. Mais avant tout, au-delà des arguments de raison, il y eut les élans du cœur : voyageant dans le pays, et en particulier au Kivu, le ministre fut sincèrement touché par la multitude des témoignages qui lui furent adressés. Des femmes, à l’hôpital de Panzi, mais aussi dans le secret de conversations privées, expliquèrent les viols, les mutilations, les exodes forcés, les humiliations. Des paysans chassés de leurs terres racontèrent leur exode, la société civile, longuement écoutée, multiplia les appels à l’aide. A ce cri d’un peuple, qui appelait à son secours l’ancienne métropole, l’humaniste qu’était Louis Michel ne pouvait demeurer sourd. Il multiplia les navettes diplomatiques, entre les Nations unies, les capitales européennes, les Etats Unis. Partout, il rappela cette guerre oubliée, les risques de déstabilisation régionale et surtout le terrible coût humain de ce conflit qui avait fait des millions de morts. Les uns après les autres, il rencontra les dirigeants africains, les voisins du Congo, et aussi les autres, Nelson Mandela, Eduardo dos Santos, Omar Bongo, sans oublier le médiateur de l’époque, l’ex-président Masire du Botswana qui fut quelquefois secoué par le belge volontariste. Nul n’a fait le compte du nombre d’heures passées dans les avions, des entretiens en tête à tête, des apartés privés avec les uns et les autres et il faudra un jour raconter quelques unes des anecdotes les plus significatives, comme cet avion de la Défense aérienne se posant au Botswana quelques minutes seulement avant que son réservoir d’huile soit complètement vidé à cause d’une fuite, ou l’entretien glacial avec le président Kagame après que Louis Michel ait dénoncé sans ambages le comportement des troupes rwandaises au Kivu… Il y eut aussi quelques imprudences, comme l’annonce, tôt matin, de la mort de Laurent Désiré Kabila qui, officiellement, était encore soigné au Zimbabwe (l’information était exacte car le président, assassiné dans son bureau, était mort depuis longtemps mais il fallait encore, avant d’annoncer solennellement son décès, régler sa succession ). Par la suite, Louis Michel rattrapa son imprudence en prodiguant de judicieux conseils à Joseph Kabila et en suivant de très près les accords de Sun City qui devaient mener à la réunification du pays et, après une période de transition, à la préparation des premières élections de 2006.
Lorsque Joseph Kabila fut solidement installé au pouvoir, Louis Michel ne cacha pas certaines déceptions, le nouveau président congolais oubliait de l’appeler, de le consulter, il modifia la Constitution en réduisant à un tour l’élection présidentielle sans prendre l’avis de son ex mentor. Ce qui n’empêcha pas l’homme politique belge d’encore se mouiller lors de certaines crises : averti par le président Kagame du « lâchage » de Laurent Nkunda, Louis Michel n’hésita pas, à bord d’un avion de la Monusco, à se rendre à Kitchanga, le fief du chef rebelle pour lui signifier la fin de l’appui rwandais et lui conseiller, sans trop de précautions, d’abandonner une rébellion vouée à l’échec.
Avec sa barbe, son rire, son franc parler, sa bonne volonté, son carnet d’adresses et sa capacité d’écouter, Louis Michel a touché le cœur des Congolais, il fait désormais partie de leur histoire et même lorsqu’il sera officiellement retiré de la politique active (ce que nul n’arrive à croire) il sera encore un homme dont, à Kinshasa, on recherchera les conseils, quitte à ne pas les suivre…