22 juin 2018

La “douce diplomatie” et les informations de Maman Gege

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« Maman Gege » l’énergique dirigeante de l’association de femmes SOFADI à Uvira (Sud Kivu) pratique ce qu’elle appelle la « douce diplomatie » : résolution de conflits via les femmes, initiatives de développement, coopératives, mais aussi récolte d’informations de première main, qui annoncent quelquefois, à la surprise générale et bien avant tout le monde, des préparatifs de guerre ou de « coups fourrés ». C’est ainsi que maman Gege opère parfois des rapprochements surprenants. Pour elle, la mort de Luc Nkulula, le militant de la Lucha qui a péri voici deux semaines dans l’incendie de sa maison à Goma doit être mise en relation avec d’autres évènements, comme l’attentat contre un autre militant des droits de l’homme à Kinshasa, qui a lui aussi vu sa maison disparaître en fumée. Maman Gege se rappelle que brûler les maisons des opposants était naguère une pratique courante au Burundi : « les services de renseignement disposaient d’une poudre appelée « napalm ». Ils en déposaient une poignée devant la maison des opposants politiques et un incendie impossible à éteindre éclatait à la moindre étincelle… Il semble que le procédé aujourd’hui utilisé au Congo est similaire… »
Pour Maman Gege, tout semble indiquer qu’aune autre guerre se prépare, une fois de plus, dans les contreforts montagneux du Sud Kivu, là même où éclatèrent voici vingt ans, la première puis la deuxième guerre du Congo : « des groupes armés se sont installés à Bijombo, au dessus d’Uvira, des combattants inconnus de la population, qui ne parlent pas les langues locales mais s’expriment en swahili… » Radio Okapi a confirmé cette information, révélant qu’une dizaine de personnes avaient trouvé la mort dans des combats opposant différents groupes armés sur les plateaux de Bijombo au dessus d’Uvira. Selon la radio onusienne les combattants seraient d’une part des Tutsis Banyamulenge qui auraient reçu le renfort d’un groupe armé rwandais venu de Bijabo et de l’autre des miliciens locaux appartenant aux groupes ethniques Bafulero, Babembe et Banyindu, qui auraient établi leur quartier général à Masango et seraient soutenus par un groupe armé burundais. Plusieurs villages de la région ont été désertés de leurs habitants qui ont demandé secours et protection aux forces armées congolaises. Maisons détruites, civils en fuite, biens pillés : de tels incidents sont fréquents dans la région, mais en cette période politiquement troublée, alors que Kinshasa attend toujours que le président Kabila annonce ses intentions et, peut-être le nom de son dauphin, aucune source de tension ne peut être négligée. En ces temps d’incertitude, l’internationalisation de la crise congolaise est toujours à redouter…

21 juin 2018

L’Afrique, terrain de manoeuvre des opérations de maintien de la paix

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L’Afrique, terrain de manœuvre des opérations de maintien de la paix

Rabat,

Voici un quart de siècle, le départ des Casques bleus du Rwanda, qui rendit possible le génocide, représenta pour les Nations unies un échec absolu, dont bien des leçons ont été tirées.
Depuis lors cependant, les missions de paix se sont multipliées, au nombre de 13 au total, dont 7 en Afrique, parmi les plus difficiles comme la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) ou la plus ancienne, la Monusco en République démocratique du Congo. Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’un exercice d’évaluation de ces missions soit mené à New York ou dans un pays du Nord, contributeur financier aux opérations de paix, c’est un « think thank marocain, l’OCP Policy center, basé à Rabat, qui a pris l’initiative de rassembler durant deux jours plus de 150 personnalités qui se sont livrées à des débats d’une grande franchise. Ont ainsi dialogué d’anciens ministres des affaires étrangères, de hauts fonctionnaires de l’ONU, des représentants des organisations régionales mais surtout une impressionnante brochettes de militaires haut gradés, anciens commandants des forces onusiennes et africaines et tous, à condition de ne pas être nommément cités, ont fait preuve d’une grande lucidité.
Les chiffres d’abord : les opérations de maintien de la paix, de plus en plus nombreuses, coûtent au total entre 6, 2 et 7 milliards de dollars par an. Cette somme est certainement inférieure au coût du seul engagement américain en Irak, mais au vu des résultats, elle représente cependant un montant élevé, que certains pays contributeurs, comme les Etats Unis de Donald Trump, commencent à remettre en question. C’est que le concept même de «maintien de la paix » est ambigu : il suppose que les forces onusiennes ont pour mission de garantir une paix qui aurait été conclue entre les parties belligérantes, ce qui est de moins en moins souvent le cas. En outre la « communauté internationale » présente différents niveaux d’implication : les pays du Nord assurent la plus grande partie des financements (quoique la Chine soit devenue le deuxième contributeur) mais ce sont les pays du Sud qui envoient des hommes sur le terrain, parmi lesquels l’Ethiopie, le Bangla desh, l’Inde, le Pakistan, qui y trouvent un avantage économique certain, tandis que le Rwanda, la Tanzanie, le Malawi se montrent désireux d’éteindre le feu qui brûle chez leurs voisins. Si les contributions diffèrent, les voix au chapitre ne sont pas les mêmes elles non plus : les pays qui décident réellement sont les cinq membres du Conseil de sécurité, ainsi que les pays qui occupent un siège non permanent (comme la Belgique en ce moment). Même si sept opérations se déroulent sur le continent, l’Afrique est loin de figurer dans le groupe des décideurs, car même lorsque des Etats africains occupent des sièges temporaires ils négligent d’envoyer des diplomates de poids porter leur parole. Sur le terrain non plus, il n’y a pas d’égalité entre les nations engagées : dans des situations dangereuses comme le Mali ou l’Est du Congo, troupes et officiers européens sont cantonnés dans les bureaux, dans des tâches de planification loin du front, tandis que les soldats venus du Sud sont placés en première ligne et font face aux situations les plus dangereuses. Quant aux Français, ils opèrent avec autorisation du Conseil de sécurité mais de manière autonome. Cette disparité est frappante au Mali, où les Casques bleus ne sont pas des forces d’interposition, mais des cibles délibérément visées par les groupes terroristes, ce qui explique qu’il y ait déjà eu 200 morts au sein de la mission, un nombre particulièrement élevé. C’est que là aussi il y a division des tâches ; les militaires français de l’opération Barkhane font directement la guerre aux terroristes et ils agissent en coordination avec la Minusma mais sans dépendre d’elle, tandis que des embuscades meurtrières sont régulièrement tendues aux forces onusiennes « c’est le maillon faible que l’on vise à faire sauter » commente un officier de terrain. En outre, au Mali comme en Centrafrique, voire en RDC, des forces onusiennes souvent déployées loin de leurs bases ont bien du mal à ne pas être soupçonnées de sympathie pour l’une ou l’autre faction belligérante, surtout lorsqu’elles partagent la même religion, musulmane en l’occurrence…Dans les missions de maintien de la paix comme dans d’autres initiatives de l’Onu, constatent des participants, il y a trop de centralisation, de bureaucratie, on ne fait pas assez confiance aux commandants déployés sur le terrain dont la capacité d’initiative est trop réduite. Ce qui mène à des guerres totalement asymétriques entre d’un côté des Casques bleus peu soucieux de risquer leur vie et paralysés par les règles d’engagement souvent très rigides et, en face d’eux, des groupes armés très mobiles, qui ne respectent pas les lois de la guerre et se confondent volontiers avec les populations civiles.
Ces réalités dérangeantes, soulignées par les militaires venus du terrain, ont contrasté, tout au long du colloque, avec les discours des personnalités civiles, représentant des organisations internationales ou des think thank. Ainsi par exemple ces dernières ont-elles longuement souligné la nécessité de coopérer avec la « société civile » et les organisations qui se présentent en son nom. Mais en Afrique, chacun sait que cette « société civile » évoluant dans le sillage des opérations onusiennes a souvent peu d’impact sur le terrain, étant plus habile à répercuter vers la base les « mantras » venus de New York ou d’ailleurs qu’à faire remonter les attentes réelles des populations concernées. Il est vrai aussi que la langue contribue à creuser le fossé : si les notables, les personnes influentes ou âgées qui suscitent le respect au sein des populations et même des combattants s’expriment dans les langues locales, la société civile, elle, maîtrise le français ou l’anglais et apparaît ainsi comme un interlocuteur plus facile. La dualité français-anglais représente elle aussi un problème : il arrive que des contingents francophones soient écartés, alors qu’ils pourraient être déployés dans un pays francophone comme le Congo ou la RCA, pour la simple raison que leurs chefs ne pourraient communiquer en anglais avec la hiérarchie à New York ou dans la capitale du pays…
L’appui d’organisations régionales, comme l’Union africaine, ou de groupes ad hoc comme le G5 Sahel pourrait alléger le fardeau des missions onusiennes, à condition que soient respectées des règles d’engagement communes et qu’une meilleure coordination soit mise au point.
A cet égard tous les participants ont souligné la nécessité de préserver une sorte de mémoire institutionnelle, c’est-à-dire les archives et les bilans des opérations de paix, qu’elles aient été ou non des réussites, et de conceptualiser davantage les méthodes mises en œuvre. « Après tant d’années, il serait temps de cesser de naviguer à vue » devait conclure un chef d’état major, plaidant en faveur d’une « école africaine de gestion des crises »…

17 juin 2018

Affaire Bemba: Me Gillissen défend l’indépendance de la CPI

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Acquitté en appel, après dix années de prison ! La remise en liberté de Jean-Pierre Bemba a fait l’effet d’un coup de tonnerre, au Congo, au sein des ONG spécialisées comme Human Rights Watch et aussi dans les milieux judiciaires. Nous avons demandé à Me Jean-Louis Gilissen, avocat à Liège et spécialiste de la Cour pénale internationale où il a déjà défendu plusieurs prévenus mais aussi des victimes, de commenter l’issue surprenante de ce procès qui se voulait exemplaire.
Avant tout, l’avocat rappelle que « la CPI fonctionne comme un « animal à trois pattes » totalement indépendantes les unes des autres : le greffe du tribunal, qui veille à l’organisation et au fonctionnement de la Cour et de ses nombreux services, le bureau du Procureur qui opère des enquêtes, propose des poursuites et les assume lors des procès, et enfin les juges eux-mêmes. »
Pour Me Gilissen, « le Procureur actuel , Mme. Fatou Bensouda, a hérité du dossier constitué par le premier procureur de la CPI, le juge argentin Luis Moreno Ocampo. Ce dossier, inspiré par l’idée qu’il fallait « faire un exemple » et juger « un gros poisson » comportait de graves faiblesses sur des sujets fondamentaux alors que l’affaire était bien plus complexe. Les problèmes étaient multiples mais concernaient principalement l’identification du titulaire réel et effectif de l’autorité hiérarchique ainsi que les conséquences qu’une délégation de cette autoritépeut avoir sur la responsabilité des uns et des autres. Rappelons que les troupes de Jean-Pierre Bemba avaient été mises à la disposition du président de la République centrafricaine de l’époque, Ange Patassé, un président élu, qui était menacé par une rébellion, celle du général François Bozizé. Ces troupes du MLC étaient donc placées sous le commandement de responsables centrafricains… Si je peux me permettre une comparaison, c’est un peu comme si un entrepreneur en construction avait mis sa propre main d’œuvre à la disposition d’une autre entreprise qui serait , elle, « maître de l’ouvrage » et, donc, responsable de travaux décidés et réalisés par elle et des éventuelles malfaçons qui y seraient commises.
Comment expliquer alors que, tout au long du procès, qui a tout de même abouti à une condamnation de Bemba en première instance, ce vice initial n’ait pas été rédhibitoire ?
Je crois qu’au vu de l’importance et de la gravité des crimes commis mais aussi du nombre de victimes et de leurs souffrances, personne n’a souhaité désavouer le Procureur et risquer de donner une impression d’impunité… Il fallait un responsable, tant ce que s’est passé en Centrafrique était horrible. Cependant, l’acquittement d’un autre chef de guerre, Mathieu Ndudjolo, survenu dans un autre procès du fait des faiblesses du dossier du Procureur, aurait dû représenter un avertissement.
Il me semble que durant toute la procédure, certaines des ONG spécialisées qui examinaient les charges contre le prévenu et défendaient les victimes, auraient pu aussi s’intéresser au travail du bureau du Procureur, en dénoncer les insuffisances et se montrer plus exigeantes avec le contenu des enquêtes ; cette vigilance aurait peut-être permis d’éviter un tel gâchis. Comment d’ailleurs le Procureur a-t-il pu ne poursuivre qu’une seule personne dans une telle affaire ? Pourquoi avoir pris un tel risque face aux difficultés qui se posaient?
Comment expliquer le revirement de la Chambre d’appel ? Beaucoup de Congolais sont d’avis qu’il s’agît d’une manœuvre politique, qui n’a rien à voir avec le droit…
Ils se trompent. Ce qui s’est passé, c’est que plusieurs des juges d’appel, dont la juge Van den Wyngaert , une juriste rigoureuse et peu influençable, ont tout simplement eu le courage de dire tout haut ce que tout le monde savait : « Le roi est nu ! ». Autrement dit, sur le plan probatoire, le dossier du Procureur était insuffisant. Il présentait de graves faiblesses qui n’ont jamais été compensées. C’est cela qui a mené à l’acquittement de M. Bemba (ndlr. qui est cependant encore inculpé pour une affaire de subordination de témoins). Ce faisant, les jugesont démontré l’indépendance et l’impartialité de la Cour, le haut degré de compétence de celle-ci et, contrairement à ce que j’entends affirmer très légèrement, c’est en cela que réside l’honneur de la Cour pénale internationale. Il s’agissait de l’avenir d’un homme, mais ce qui était en jeu, c’était aussi la qualité de la réponse et des explications auxquelles ont droit les victimes. Or celles-ci, quelle que soit leur déception actuelle, méritent beaucoup mieux qu’une erreur judiciaire !
Qui sont les responsables de cette déception ? La décision de la Chambre d’appel, qui n’a pas du être facile à prendre, devrait être saluée pour son courage ! Au lieu de cela, certaines ONG spécialisées accablent la CPI de critiques, confondant les défauts du travail effectué par le bureau du Procureur, ses erreurs et ses manquements, avec le sérieux de l’exigence des juges. Elles auraient été mieux inspirées, dès le début, de respecter la présomption d’innocence, de surveiller le travail des enquêteurs du Procureur et de veiller à ce que le dossier soit complet et inattaquable…
Ce qui est terrible, c’est l’impression que tout cela peut produire sur les victimes. Dès lors, les ONG qui aujourd’hui attaquent injustement les juges et tentent de mettre en cause la crédibilité de la CPI devraient faire preuve de plus d’humilité car, d’une certaine manière, l’échec du Procureur est aussi le leur.
La Cour pénale internationale vient de prouver qu’elle n’entend pas condamner n’importe qui n’importe comment, quels que soient la gravité ou l’horreur des crimes commis. En ce, pour tous ceux qui luttent pour une justice pénale internationale impartiale et de qualité, l’arrêt prononcé dans l’affaire de Jean-Pierre Bemba est une excellente nouvelle. Et, n’en déplaise à d’aucuns, c’est la crédibilité de la CPI qui en sort renforcée.

15 juin 2018

Le rêve calciné de Luc Nkuluna

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Les militants du mouvement La Lucha, les jeunes de Goma, tous les artisans de paix du Nord et du Sud Kivu, pleurent la disparition tragique de Luc Nkuluna, englouti par les flammes dans sa maison de Goma et inhumé jeudi avec beaucoup d’émotion. Samedi dernier, cet architecte de 33 ans avait passé sa journée à former 87 jeunes issus des quartiers populaires de la ville. Il leur avait enseigné l’engagement citoyen, la lutte non violente, le refus de la corruption. Proche du Docteur Mukwege, il avait soutenu l’initiative de ce dernier « les chemins de la paix ». Voici un an et demi, à l’occasion du festival Amani à Goma, nous avions longuement rencontré Luc Nkulula. Il insistait sur le combat social, sur l’engagement des jeunes, sur leur aspiration au changement politique mais surtout au changement moral. Il citait son propre exemple : « j’ai un travail, modeste certes, mais qui me permet de vivre, de résister aux sollicitations du pouvoir. Lorsque je rencontre un homme politique, et qu’il veut payer mon « transport » ou me faire un cadeau, je lui réponds que, s’il défend les intérêts de ses électeurs, ce serait plutôt à moi de le remercier comme je peux… » Intransigeant, Luc insistait : « la corruption a détruit ce pays. Nous, les militants de la Lucha, nous refusons absolument d’entrer dans ce système… » A Kinshasa, à la même époque, un ministre de Kinshasa nous confiait : « ces jeunes là, ceux de La Lucha, de tous ces mouvements citoyens, représentent un véritable péril, nous n’avons aucune prise sur eux… »
C’est pour cela sans doute que, quelques mois plus tard, lors de son passage à Goma, le président Kabila tint à s’entretenir avec ces jeunes irréductibles. Luc Nkuluna participait à la délégation et l’entretien fut poli mais ferme : les représentants de La Lucha luttaient pour le « social » de leurs compatriotes, ils demandaient que les habitants de Goma soient approvisionnés en eau potable, que les routes soient refaites , que des emplois soient créés, bref ils plaidaient pour leur province et pour les simples citoyens. Mais à l’issue de l’entretien ils refusèrent poliment, catégoriquement, d’accepter un éventuel « souvenir ».
Pour Luc Nkuluna et ses compagnons, le seul modèle c’était Patrice Lumumba, le père de l’indépendance, dont ils vantaient l’engagement, le patriotisme, le combat désintéressé, dont ils connaissaient par cœur les discours…
Samedi soir, Luc était fatigué, et il travaillait encore dans sa chambre lorsque sa sœur, qui était au téléphone, aperçut une moto qui s’arrêtait devant la modeste maison de bois. Dans ce quartier privé d’électricité elle ne put distinguer les visages du conducteur et de son passager.
La suite se résume en quelques mots: deux inconnus casqués qui opèrent dans l’obscurité, un grand bruit d’explosion, des flammes qui jaillissent, qui bloquent la porte de la maison…Incapable de desceller les barreaux de la chambre où il est enfermé, Luc jette par la fenêtre son ordinateur, ses dossiers. Il crie, mais en vain. Les voisins appellent la Monusco qui arrivera une heure plus tard, alors que la maison s’est déjà effondrée sur le jeune homme.
Aujourd’hui, les jeunes de Goma ne sont pas seuls à porter le deuil. Le Docteur Mukwege pleure la disparition d’un ami proche, d’un collaborateur. A Kinshasa aussi le Comité des laïcs déplore la disparition d’un homme qui, à l’instar de Rossy Mukendi, abattu lors d’une manifestation à KInshasa, luttait pour un Congo enfin démocratique. Les ombres s’allongent, et sur le panthéon des martyrs, qui n’existe encore que dans la mémoire du peuple, un nouveau nom s’est inscrit.

12 juin 2018

Bemba libéré secouera autant l’opposition que le pouvoir

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Au-delà de la stupeur de ses adversaires et de l’explosion de joie de ses partisans, l’acquittement de Jean-Pierre Bemba, qui va revenir dans le jeu politique congolais après dix années de détention, pose beaucoup de questions. La première porte sur le fonctionnement de la Cour pénale internationale : en faisant du président du MLC le seul accusé pour les crimes biens réels commis par les troupes congolaises prêtées à la Centrafrique, la Cour ne s’est-elle pas montrée imprudente en épargnant des responsables plus directs, qui étaient présents sur le terrain. Ne s’est-elle pas exposée aux critiques de ceux qui, nombreux en Afrique, considèrent que la justice internationale est avant tout un instrument aux mains des Occidentaux ?
C’est aujourd’hui ce que murmurent les partisans de Kabila : ils sont persuadés du fait que le président, tombé en disgrâce depuis son épreuve de force avec les géants miniers auxquels il a imposé une forte augmentation des redevances, se voit aujourd’hui confronté à un adversaire autrement plus coriace et plus populaire que les leaders actuels de l’opposition. En effet, Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux aux élections présidentielles de 2006, ancien rebelle, ancien vice-président n’est pas sorti du « sérail » kabiliste, au contraire de Moïse Katumbi, d’Olivier Kamitatu, de Vital Kamerhe, de Pierre Lumbi…. Cependant, croire que l’acquittement de Bemba aujourd’hui serait dicté par des considérations politiques c’est, à posteriori, valider les soupçons selon lesquels l’arrestation du « chairman » fut, à l’époque, un « cadeau » offert à un Joseph Kabila qui était alors soutenu par la communauté internationale.En 2016 encore, deux tiers des Congolais considéraient que Bemba avait été injustement condamné !
Au-delà des procès d’intention portant sur le passé, il y a les réalités actuelles : si Jean Pierre Bemba revient dans le jeu politique, que ce soit comme candidat lui-même ou comme «faiseur de roi », sa réapparition en homme libre bousculera autant le pouvoir que l’opposition. En effet, durant ses dix années de détention, il a réussi à rester le véritable chef de son parti, le Mouvement pour la libération du Congo, bien tenu en mains par sa « patronne par interim » Eve Bazaiba. Le MLC ayant gardé sa force dans l’Equateur, un candidat issu de ses rangs aurait le soutien de l’Ouest du pays qui estime avoir été trop longtemps écarté du pouvoir. Quant à Kinshasa, seul Etienne Tshisekedi aurait pu tenir tête au « chairman » tandis que son fils Felix est loin d’avoir la même envergure. Certes, le dernier meeting qui s’est tenu dans la capitale a rameuté du monde autour de la personne de Moïse Katumbi et de sa plate forme Ensemble, mais il est certain que Bemba, -son auréole de martyr éclipsant désormais sa réputation de chef de guerre- rassemblerait une foule bien différente.
Du côté de Kabila, la sérénité officiellement affichée masque une certaine inquiétude : Jean-Pierre Bemba est un tribun redoutable, il réveille la nostalgie des anciens mobutistes et se pare d’une sorte de légitimité d’«enfant du pays » nourrie de nationalisme. En outre, sauf si les années de prison l’ont assagi, on le connaît comme un homme aimant l’argent et le pouvoir, un chef que la violence n’effraie pas : ses hommes portèrent la guerre dans Kinshasa et, dans les territoires qu’ils contrôlaient, ils pratiquèrent le pillage, les viols et les exactions en tout genre, y compris des actes de cannibalisme à l’encontre des Pygmées de l’Ituri.
Le retour de Bemba sur la scène politique pourrait enflammer davantage encore un pays qui compte déjà trois millions de déplacés internes, où se multiplient les foyers de tension, de l’Ituri jusqu’au Kasaï et qui abrite des dizaines de groupes armés…

10 juin 2018

L’acquittement de Bemba brouille les cartes du poker congolais

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Durantses dix années de détention dans la prison de la CPI à Scheveningen, Jean-Pierre Bemba ne s’est jamais considéré comme un homme fini. Non content d’entretenir sa forme physique et de jouer régulièrement au tennis, il a gardé, jour après jour, le contact avec l’actualité congolaise et surtout avec son parti, le Mouvement pour la libération du Congo. Pour les cadres du MLC, pour ses militants, il était resté, incontestablement, le « chairman », le challenger malheureux du président Kabila attendant son retour au pays. Tous ceux qui l’ont rencontré à La Haye s’accordent pour affirmer que l’homme, très soutenu par sa famille et ses amis proches, a gardé son énergie et qu’il n’a jamais cessé de croire qu’un jour justice lui serait rendue.
Si Jean-Pierre Bemba a gardé tant de répondant, c’est qu’il a trouvé dans son berceau un double héritage, celui des affaires et de la politique. Son père, Jeannot Bemba Saolona, était le « patron des patrons », dont la fortune se développa dans l’Equateur et dans l’Ituri, lorsque furent « zaïrianisées » de grandes plantations appartenant à des colons belges. Métis d’origine portugaise, Jeannot Bemba, un homme d’affaires avisé, était très proche du président Mobutu, dont il gérait les affaires et l’une de ses filles épousa Nzanga Mobutu, l’un des fils du président. Jean-Pierre, un colosse d’un mètre 90, fut lui aussi un intime du « Léopard » dont il avait la dégaine, l’assurance et la même capacité de galvaniser les foules par sa parole. Dans les dernières années du règne de Mobutu, alors que ce dernier était affaibli par la maladie, Jean-Pierre Bemba se rapprocha de lui plus encore, participant à la gestion de ses affaires et apparaissant quelquefois comme son fils spirituel, au grand dam des héritiers directs du Guide.
Après des études secondaires au collège Boboto à Kinshasa, tenu par les Jésuites, Bemba est envoyé en Belgique où il mène des études de sciences commerciales et consulaires à l’ICHEC, aux côtés d’Olivier Kamitatu, fils de l’homme politique CléophasKamitatu. Les deux hommes seront longtemps liés jusqu’à ce qu’Olivier Kamitatu rejoigne Kabila puis aujourd’hui Moïse Katumbi.
Lorsqu’à la fin de ses études, Jean-Pierre Bemba rentre à Kinshasa il se lance dans les affaires avec des fortunes diverses. Mais au début des années 90, alors que le pouvoir de Mobutu s’affaiblit, c’est surtout la politique qui l’intéresse. A tel point que, présenté comme un « mobutiste » il choisit l’exil lorsque Laurent Désiré Kabila, en 1997 s’empare du pouvoir à la tête des forces de l’AFDL (alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). Un an plus tard, alors que les premiers alliés de Kabila, le Rwanda et l’Ouganda, déçus par le nationalisme du vieux rebelle, décident de le chasser du pouvoir, Jean-Pierre Bemba crée son propre parti, le Mouvement pour la libération du Congo, qui sera au départ une rébellion armée, soutenue par l’armée ougandaise.
De manière très symbolique, Bemba et son état major s’installent alors à Gbadolite, la ville construite par Mobutu sur les lieux de son village natal, mais ils n’entretiendront guère les palais ou la copie de la Cité interdite construite sur les rives du fleuve Oubangui, car c’est surtout la guerre qui les absorbe. L’armée de libération du Congo guerroie dans l’Ituri et ses combattants devront faire face à de graves accusations : dans la région de Mambasa, ils auraient attaqué massacré et même mangé des Pygmées ! De l’avis de tous les observateurs, ce dossier là pèse très lourd, mais les témoins sont rares et controversés et la Cour pénale internationale préférera se saisir d’une autre charge. En 2002, répondant à l’appel du président élu de République centrafricaine Ange Félix Patassé, qui fait face à la rébellion du général François Bozize, les troupes de Bemba sont envoyées à Bangui, de l’autre côté du fleuve Oubangui, où elles seront accusées d’exactions diverses mais aussi de viols commis en pleine ville, entre autres dans le périmètre de l’ambassade de France, ce qui suscitera la colère de Paris. Cette affaire nourrira plus tard le dossier de la CPI, même si au moment des faits Jean-Pierre Bemba ne se trouve pas sur place et que ses troupes sont placées sous commandement centrafricain. Durant dix ans la notion de « responsabilité pénale individuelle » sera au cœur du procès et même s’il se trouvait à plus de 1000 kilomètres du terrain des opérations, Jean-Pierre Bemba fut tenu pour responsable des crimes commis par ses troupes. Quant au président centrafricain Patassé il ne fut même pas inquiété, faute de preuves…
C’est que Bemba, par la suite, avait poursuivi sa carrière politique en RDC : après avoir été nommé vice-président du gouvernement de transition dans la formule dite « un plus quatre » adoptée à la fin de la guerre en 2002, il se porte candidat à l’élection présidentielle de 2006 et, avec plus de 20% des suffrages exprimés, il arrive derrière Joseph Kabila. La campagne pour le second tour est violente, passionnée : Bemba fait campagne dans l’Equateur et les provinces de l’Ouest, il rameute les quartiers populaires de Kinshasa en se présentant sous le nom d’ « Igwe », l’enfant du pays, en opposition à Kabila présenté comme un étranger et appelé le « mupaya » l’enfant illégitime ! Possédant plusieurs stations de télévision, Bemba se révèle un orateur redoutable et il enflamme les rues de la capitale. A tel point que sa défaite au deuxième tour, avec 42 % des voix, n’est pas acceptée par la population et lorsqu’il proclame les résultats, l’abbé MaluMalu, qui préside la Commission électorale, est entouré de chars chargés d’assurer sa protection. Les troupes de Bemba, elles portent la guerre dans Kinshasa : la résidence du « chairman », au milieu du boulevard du 30 juin devient un camp retranché, les enfants des rues se barricadent dans le cimetière de la Gombe. Kabila quant à lui, n’hésite pas à utiliser la manière forte : alors même que Bemba est en réunion dans le sous sol de sa résidence avec les ambassadeurs occidentaux et le chef de la mission de l’ONU William Swing, les troupes du général Numbi bombardentle bâtiment et pulvérisent l’hélicoptère personnel du candidat malheureux.
Alors qu’il s’était engagé à mener une « opposition républicaine », Bemba refuse par la suite de fondre sa garde personnelle dans l’armée nationale et en mars 2007 des combats extrêmement violents opposent ses hommes à l’armée régulière et font plus de 200 morts dans une ville qui, jusque là, n’avait pas connu la guerre. Par la suite, tout ira très vite : Bemba se réfugie à l’ambassade d’Afrique du Sud, un mandat d’arrêt est lancé contre lui, il est accusé de haute trahison. Il se rend ensuite au Portugal puis retrouve sa famille dans sa résidence située à Rhode Saint Genèse. C’est là que, le 24 mai 2008, la police bruxelloise viendra le cueillir pour l’envoyer à La Haye où la Cour pénale réclame un homme qui est alors décrit comme « un gros poisson » par le procureur de l’époque Luis Moreno Ocampo qui, par la suite, aura lui-même quelques démêlés judiciaires…
A l’époque, Joseph Kabila croyait en avoir fini avec son plus pugnace adversaire, mais après une traversée du désert de dix ans, Jean-Pierre Bemba, qui n’a pas été oublié dans son pays, se prépare à refaire surface. S’il devait se relancer en politique, ce « joker » coriace, que ses partisans ne manqueront pas de transformer en martyr, pourrait bien bouleverser un jeu qui jusqu’ici semblait étrangement bloqué…

5 juin 2018

Burundi: un rectificatif éclairant

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Les excuses présentées par la BBC au gouvernement burundais après la diffusion par le journaliste François Misser d’une interview de Pierre Claver Mbonimpa, le célèbre militant des droits de l’homme et docteur honoris causa de l’ULB, ont fait couler beaucoup d’encre.
M. Mamadou Moussa Ba, rédacteur en chef du service français de la BBC nous a prié, au sujet de cette interview, de publier le rectificatif suivant : « contrairement à ce que vous écrivez, cette interview n’a pas été retirée du site de la BBC après publication, elle n’a en réalité jamais été diffusée. »
Voilà qui est plus éclairant encore.

4 juin 2018

Bruxelles capitale diplomatique africaine

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Serait ce pour préparer un très probable siège au Conseil de Sécurité ou pour oublier les déboires avec un Congo qui menace de mettre à l’index les entreprises belges et de frapper le secteur du diamant ? Toujours est il que cette semaine, à l’occasion des Journées internationales du développement organisées par l’Union européenne, Bruxelles est devenue capitale de l’Afrique et haut lieu de la diplomatie régionale. Le président angolais Joao Lourenço a été le premier à débarquer dans la capitale, accompagné d’une importante délégation de ministres et d’hommes d’affaires. Il sera reçu par le Roi Albert II de même que Paul Kagame, le président du Rwanda qui lui succèdera dès mardi. Les présidents du Niger et du Nigeria ainsi que du Ghana seront également présents au cours de la semaine, rejoints par le président de Guinée Alpha Conde.
Les nombreux hommes d’affaires belges qui ont accueilli le président angolais, qui a succédé en 2017 à José Eduardo dos Santos, ont été frappés par sa volonté d’intensifier les relations commerciales entre les deux pays et d’attirer d’éventuels investisseurs. C’est que Joao Lourenço, -parfois appelé le « liquidateur implacable »- entend balayer la corruption qui a terni les 36 ans de règne de son prédécesseur et, sur le plan diplomatique, il veut ouvrir une nouvelle page des relations entre l’Angola et les Etats européens dont la Belgique.
Non seulement il entend créer un climat favorable aux investissements et privatiser certaines entreprises d’Etat mais d’entrée de jeu, il a proposé des accords de réciprocité qui supprimeraient l’obligation de visa entre les deux pays. Pour les hommes d’affaires belges, qui déplorent la glaciation des relations avec Kinshasa et ne sont pas loin d’en faire grief à Didier Reynders, la chaleur des Angolais a représenté un peu de réconfort. Chacun sait aussi qu’à Luanda, où 70% des revenus du pétrole servent à rembourser les grands travaux effectués par les Chinois, un retour des Européens, Portugal en tête, serait bien vu par une opinion qui n’a pas oublié que jamais, même aux pires moments de la guerre civile, ni la Sabena ni Brussels Airlines n’ont interrompu leurs vols hebdomadaires vers l’Angola.
A l’instar de Paul Kagame qui entamera ses entretiens bruxellois dès mardi, les Angolais se montrent soucieux de l’évolution de la situation à Kinshasa et ils craignent de devoir accueillir des flux de réfugiés. Le président Joao Lourenço répète lui aussi que, sans donner ordre ou conseil à quiconque, il soutient la mise en œuvre des accords de la Saint Sylvestre et souhaite une stabilisation de son grand voisin. Celle-ci permettrait, enfin, de mettre en service le chemin de fer qui naguère reliait le Katanga au port angolais de Lobito et qui a été entièrement réhabilité du côté angolais. Selon un homme d’affaires familier de l’Angola la « diplomatie tranquille » de Joao Lourenço a des chances de réussir car cet ancien général n’est pas homme à se laisser impressionner par un Kabila qui, sur toutes ses affiches, arbore désormais une tenue militaire…
Quant aux diplomates belges, ils voient dans cet afflux de chefs d’Etat africains à Bruxelles autant que dans les récentes initiatives d’Emmanuel Macron un soutien discrètement apporté à la fermeté de leur politique congolaise. Intransigeante à l’égard de Kinshasa, exigeant des élections crédibles auxquelles le président sortant ne participerait pas, la Belgique n’a pas ménagé ses efforts pour défendre le bien fondé de sa position de principe et de hauts diplomates belges se sont rendus dans tous les pays voisins du Congo. Le succès des journées du développement et les nombreuses rencontres bilatérales qui accompagneront la présence à Bruxelles de cinq chefs d’Etat africains sont un autre volet de cette diplomatie active qui agace tant l’entourage de Kabila…

4 juin 2018

Joao Lourenco, le nouveau visage de l’Angola

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Après Paris, Bruxelles…Alors que durant des années, l’Angola, puissance régionale et deuxième producteur de pétrole d’Afrique, avait pratiqué une diplomatie discrète sinon inexistante, son nouveau président, Joao Lourenço, 63 ans, entend à nouveau inscrire son pays sur l’agenda international, au grand dam de Kinshasa. A Paris en effet, le président Macron, recevant successivement le président rwandais Kagame puis le nouveau président angolais, élu en septembre 2017 avait apporté son soutien à une éventuelle initiative de ces deux pays par rapport à la République démocratique du Congo.
Cette fois, c’est à l’occasion des Journées du développement que se croiseront à Bruxelles ces deux voisins qui pèsent : Kagame préside l’Union africaine, Lourenço se trouve à la tête du Comité de sécurité de la SADC , qui réunit les pays d’Afrique australe. Si Joao Lourenço inquiète, c’est parce que ce général formé à Moscou après avoir participé à la lutte contre le pouvoir colonial portugais et qui fut secrétaire général du MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l’Angola), a déjà démontré que, même s’il fut présenté comme le dauphin du président sortant José Eduardo dos Santos, il entend bien rompre avec le passé.
C’est ainsi qu’il s’est attaqué au népotisme de son prédécesseur : Isabel dos Santos, considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, a perdu la présidence de la Sonangol, la société pétrolière nationale et son époux Sindika N’Dokolo, d’origine congolaise, actif dans le commerce des diamants et militant pour le rapatriement des oeuvres d’art africain a du freiner ses ambitions tandis que José Filomeno le fils de Dos Santos a été évincé de la présidence du Fonds souverain angolais. Autrement dit, le nouveau président, loin d’être le docile « Medvedev » de son prédécesseur, entend bien mener sa propre politique et cette leçon est suivie de près par un Joseph Kabila sommé de se trouver un dauphin.
La politique de Joao Lourenço passe par une réorganisation du parti, mais aussi par une diplomatie plus active : alors que dos Santos, un homme secret, fatigué par ses 36 ans de règne, ne voyageait plus que pour se faire soigner, le nouveau président multiplie les contacts en Occident, avec le Portugal et l’Italie, avec la France, -ce qui a permis à la société Total de signer de nouveaux contrats-, tandis que son premier voyage en Belgique le mettra en rapport avec l’industrie du diamant et le port d’Anvers. Quant à Ana Dias, l’épouse de Joao Lourenço, elle représente le lien avec les Etats Unis depuis qu’elle fut économiste à la Banque mondiale.
Ce rapprochement avec les pays occidentaux, cette concertation à propos de la RDC, ne devraient cependant pas faire oublier l’essentiel : Joao Lourenço, même qualifié de modéré, a gardé des liens très étroits avec Moscou, son premier allié militaire, et avec la Chine qui a investi de 40 à 60 milliards de dollars dans l’économie du pays au temps où l’Europe faisait grise mine…

4 juin 2018

La BBC présente des excuses à Bujumbura pour une interview de Mbonimpa

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Parfois appelé le Mandela du Burundi, Pierre Claver Mbonimpa est un homme unanimement respecté, qui vient de se voir décerner le titre de Docteur Honoris Causa par l’ULB et la VUB en même temps que Ken Loach et Sihem Benhedrine.
A la veille du referendum constitutionnel au Burundi, François Misser, correspondant de la BBC à Bruxelles depuis 1984 et couvrant particulièrement l’Afrique des Grands Lacs, avait interviewé Mbonimpa durant quinze minutes. L’opposant avait dénoncé le maintien au pouvoir du président Pierre Nkurunziza et rappelé à quel point lui-même et sa famille avaient été victimes de l’appareil d’Etat : après avoir échappé de justesse à une tentative d’assassinat à Bujumbura, (il avait reçu une balle dans la tête qui l’a laissé défiguré…)lMbonimpa avait vu son fils et son beau fils être assassinés au Burundi, de même qu’un ancien membre des services de sécurité.
Diffusée le 28 avril sur les ondes de la BBC (une radio très suivie au Burundi) cette interview allait susciter la vive réaction du Conseil national de la Communication, qui décida de suspendre pour six mois les émissions de la BBC.
Au lieu de proposer au CNC de répondre aux accusations de M. Mbonimpa, la BBC , non seulement décida de faire disparaître cette interview de son site Internet mais elle présenta ses excuses au Conseil national de la communication du Burundi, dont les membres sont nommés par la présidence.
A la suite de cette capitulation d’une radio internationale naguère connue pour son indépendance, le journaliste François Misser a décidé de présenter sa démission, estimant que dans les circonstances actuelles il ne lui était plus possible de contribuer à un service (BBC Afrique) qui avait terni la réputation de la BBC en cédant aux intimidations d’une dictature.
Cette pénible affaire a suscité de nombreux remous dans tous les bureaux de la BBC à l’étranger et particulièrement en Afrique, où les pressions et les menaces sur la presse sont monnaie courante…