24 avril 2017

De Montreuil à Belleville, le désarroi des amis de Melenchon

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Danton, Robespierre, et aussi Baudin, héros des barricades… A Montreuil, aux portes de Paris, les rues évoquent un passé glorieux et combatif. Les électeurs d’aujourd’hui ne sont pas moins militants et les affiches de la « France insoumise » hurlent sur tous les murs. Devant la petite école du quartier, les militants, dimanche matin, observaient avec confiance le mouvement des électeurs, la victoire de Melenchon leur paraissait acquise et le succès de leur candidat arrivé en tête dans les Dom Tom leur paraissait de bon augure. Un signe cependant aurait lu les alerter : puisqu’il était interdit de se rendre dans l’isoloir avec un seul nom à glisser dans l’enveloppe brune, la plupart des votants, en plus de s’emparer du bulletin portant le nom du héros du quartier, prenaient plusieurs feuilles et passaient de longues minutes dans l’isoloir, comme pour rebattre les cartes encore une fois, réfléchir avant de se prononcer définitivement.
Olivier L. retrouvé ici à Montreuil, est un ami de très longue date . Tout en observant le va et vient des électeurs, en déambulant devant les « murs à pêches » ces longues murailles blanches, orientées au sud, sur lesquels aujourd’hui encore, comme dans les villages, on fait pousser en espaliers des pêchers qui donneront des fruits à la disposition de tous, nous évoquons les inoubliables moments de 1981. C’est alors que le parti socialiste, avec François Mitterrand comme candidat, avait remporté le scrutin contre Giscard. A cette époque, nous marchions en direction de la Bastille ou de République portés par une foule en délire, nous avions suivi l’ « homme à la rose » jusqu’au Panthéon. Comment le PS a-t-il pu décliner, rétrécir comme une peau de chagrin, comment la gauche, malgré les Nuits debout, les grandes manifs place de la République, a-t-elle pu laisser se développer les discours lepénistes ?
Ces questions occupent notre journée et il est question de la responsabilité de Jospin, qui renonça par orgueil, de Strauss Kahn, préparé pour le combat et la première place mais qui fut victime de sa vie privée. Nous évoquons aussi François Hollande, le « rainman » , celui qui attirait les pluies et qui, grand absent de toute cette journée, semble déjà rangé au rayon des souvenirs.
Jusqu’en dernière minute, Olivier et quelques uns de ses amis plus jeunes que lui ont cru aux chances du candidat de la France insoumise : « Melenchon, a changé, peaufiné ses discours, quitté le communisme pur et dur pour la pensée internationaliste de Chantal Mouffe,( une philosophe belge qu’Olivier connut naguère à Louvant et qui fut l’inspiratrice de Chavez au Venezuela, de Correa en Equateur et qui enseigne aujourd’hui en Grande Bretagne). De tous les candidats il est le plus structuré, le meilleur des orateurs… »
Notre confiance dans les chances de Melenchon est telle que nous décidons, en début de soirée, de mettre le cap sur Belleville, où Rebecca, une réalisatrice de documentaires et son compagnon Khelill ont décidé de réunir quelques amis autour d’un barbecue sur la terrasse. Une petite fête improvisée, avec des brochettes, des salades, du vin rouge en verres puis en gobelets, des enfants qui dansent devant la télé et que l’on chasse en souriant, des SMS qui semblent voler à travers l’appartement. Dehors, les cerisiers du Japon ont hâte de fleurir, les rosiers des jardins publics grimpent à l’assaut des fenêtres, des rires montent depuis les terrasses des bistrots.
Les premiers sondages, publiés sur les sites belges, brisent l’omerta qui règne jusque 20 heures et finalement, la confirmation du tandem de tête, Macron et Le Pen, ne secoue pas vraiment. L’essentiel, dit Rebecca, c’est que Fillon soit écarté… Ici, on n’aime guère Macron, considéré comme un avatar de la droite, rajeunie, bien coiffée mais après tout, il est peut-être un moindre mal, et l’appel lancé par Hamon, vient conforter ce sentiment. Va donc pour Macron, on préparera les législatives, et après tout Melenchon s’est bien défendu…
Alors que les bouteilles se vident, que les premiers invités commencent à s’éclipser, on se demande pourquoi le héros de la soirée, celui pour lequel tout le monde ici s’est mobilisé, tarde tant à apparaître.
Lorsqu’enfin, la mine grave, le regard abattu, la vaste boutonnée jusqu’au col, JLM apparaît, le silence s’impose. Certes, le vaincu reconnaît sa défaite, mais à contre cœur, comme si, fort du suffrage des villes, encore inconnu avant minuit, il ne voulait pas reconnaître l’échec et invoquait une hypothétique marge d’erreur. Jusqu’à la fin de l’adresse de Melenchon aux « gens » à ceux qui ont voté pour lui et aux autres qui l’aimaient bien quand même, Rebecca, Olivier, Khelill, Christophe, ont retenu leur souffle, attendu la consigne « tous contre l’extrême droite » « tous unis contre Le Pen » espéré des mots historiques, du genre Castro « l’histoire m’absoudra » ou « Venceremos », si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain….
Mais rien de tout cela n’est venu. Les yeux cernés, le souffle court, le tribun d’hier, soudain transformé en animal politique au poil gris, a refusé de se prononcer, de donner des consignes claires. « C’est normal, « le défend encore un anarcho-écolo au poil blanc, « il laisse chacun prendre ses responsabilités, c’est à la base de décider… » Les autres éructent, traitent Mélenchon de mauvais perdant, l’accusent de se comporter comme un enfant dont le jouet se serait brisé. Christophe » résume son sentiment d’une voix saccadée : « cet homme est un magicien, il vient de transformer une victoire en défaite ». Une victoire, vraiment, où çà ?
Un autre intervenant, sous le coup de l’émotion,avale la moitié de ses syllabes: “rendez vous compte, c’est la première fois que le PS obtient un score aussi bas, il est au tapis et nous, les insurgés, les révolutionnaires, nous frisons les 20%…Quelque chose se passe en France… Il faut continuer à mobiliser, préparer les législatives, si une bataille a été perdue, -et encore…-, il faut poursuivre la guerre. Mais voilà, Melenchon ne pense qu’à lui, à son échec personnel. Jouet cassé, espoir brisé…Et il nous laisse en plan… »
D’autres reconnaissent cependant que la position de Melenchon, à la veille du second tour, est délicate: certes, il s’oppose à fond au Front national, mais il entend aussi combattre l’ultra libéralisme de Macron. Pour lui comme pour ses partisans, la bataille des législatives ne se fera pas seulement contre le FN et elle aura aussi pour cible le libéralisme de Macron, de LR et de la droite du PS, que Valls rêve de regrouper…
Soudain, puisque la défaite est orpheline, les langues se délient. Chacun convoque ses souvenirs personnels, ses reproches à l’encontre de l’Insoumis: « son ego n’a pas diminué, il joue perso » Et, plus grave encore «c’est à tort qu’on le croyait changé, plus ouvert, plus tolérant. En réalité il est demeuré proche des lambertistes…»
Nous apprenons alors que les lambertistes, relativement peu connus en Belgique, sont les disciples de Pierre Boussel, alias Pierre Lambert, lui-même disciple de Léon Trotsky, qui fonda l’ «Organisation communiste internationale » membre de la Quatrième internationale, en rupture avec les communistes orthodoxes. Honte à ceux qui pensaient que les « lambertistes » parmi lesquels on compta Nadine Trintignant, Jean-Christophe Cambadelis, Lionel Jospin, plusieurs journalistes et écrivains de gauche, auraient quasiment disparu, perdu de leur influence. « Plus que jamais ils ont gardé le goût du secret, voire de la clandestinité » précisent quelques interlocuteurs…Ils ont une autre vision que nous de la défaite et de la victoire… »
Ah bon ? Avec le recul, je comprends mieux pourquoi d’autres vieux amis, absents à cette soirée bellevillloise, ont confessé avoir voté Macron, même à leur corps défendant, en prononçant ces paroles elliptiques « d’accord, c’est un saut dans l’inconnu. Mais Melenchon, lui, on sait, on connaît, et c’est non… »
Dans la nuit de Belleville, alors qu’aux terrasses s’éteignent les dernières lumières, je me dis que c’est compliqué, la gauche, presque autant que la France elle-même et que ce n’est pas demain qu’Olivier et les autres marcheront à nouveau sur la Bastille avec à la main une rose et… un portable…

19 avril 2017

L’assassinat du Dr Byamungu bouleverse Bukavu

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L’assassinat d’un médecin proche du Dr Mukwege bouleverse Bukavu

Conduit par le Docteur Mukwege, un important cortège funéraire on en provenance de l’hôpital de Panzi a traversé toute la ville de Bukavu pour se rendre au siège du gouvernorat de la province du Sud Kivu.Avant d’être amené au Cercle sportif, le corps du Docteur Gildo Byamungu est passé par la place Munzihirwa, du nom de l’évêque assassiné en 1996 où une foule nombreuse était rassemblée. Par la suite, un memorandum a été déposé entre les mains des autorités, dénonçant l’insécurité croissante dans la région. Les manifestants ont également exigé une enquête approfondie sur les circonstances du décès du jeune médecin. Gynécologue obstétricien, le docteur Gildo Byamungu avait été formé à l’hôpital de Panzi par le Dr Mukwege. Par la suite, ce dernier l’avait aidé à parachever sa formation à l’Université d’Orléans en France.
Après son retour au Congo, le Dr Byamungu avait été nommé directeur de l’hôpital général de Kasonga, une structure médicale dépendant de Panzi et situé non loin de la ville d’Uvira, sur la frontière du Burundi et où sévissent de nombreux groupes armés.
L’hôpital avait déjà été attaqué à plusieurs reprises l’année dernière et le Docteur Byamungu lui-même avait reçu des menaces de mort. Cette situation qui avait incité les autorités locales à doter le médecin chef d’une escorte de police, mais cette protection avait été récemment retirée.
Dans la nuit du jeudi au vendredi, alors que le docteur Byamungu travaillait chez lui, des assassins pénétrèrent dans la concession de l’hôpital, escaladant le mur de clôture et le médecin fut abattu de trois balles. Les assassins réussirent à s’enfuir et la victime, grièvement blessée, fut acheminée à l’hôpital de référence d’Uvira où il fut décidé de la conduire à l’hôpital de Bujumbura, mieux équipé. Mais le convoi ne réussira pas à franchir la frontière et le Docteur Byamungu succombera à ses blessures durant le trajet.
L’Ordre des médecins du Sud Kivu a rencontré le procureur et demandé qu’une enquête soit rapidement menée.
La grande question porte évidemment sur les mobiles du crime : si beaucoup d’observateurs y voient un avertissement lancé au docteur Mukwege lui-même, déjà visé par des tentatives d’attentat et dont la voix dérange de plus en plus les tenants du pouvoir, d’autres sources font état de motivations plus locales. Qualifié de « zone rouge » le Sud du Sud Kivu, voisin du Burundi, est en proie à une grande insécurité et les groupes armés y prolifèrent. En outre, le «tribalisme » fait également des ravages, chacun privilégiant les intérêts de son groupe ethnique. Venu de Kalehe, dans le Bushi et donc considéré comme « non originaire » de la région, le Dr Byamungu avait déjà eu maille à partir avec les Bafuleros, le plus important des groupes ethniques de la région de Kasenga, dont sont issus de nombreux « Mai Mai » qui entretiennent une insécurité constante. « Il n’était pas d’ici, on ne voulait pas de lui » devait nous résumer un interlocuteur originaire de la région, révélant ainsi combien, en plus des failles de la justice et de l’impunité, le Congo sombre aussi dans les rivalités ethniques exacerbées…

17 avril 2017

Un médecin proche du Dr Mukwege abattu au Sud Kivu

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Le médecin gynécologue Gildo Byamungu Magaju, proche collaborateur du Docteur Mukwege, a trouvé la mort à la veille de Pâques dans des circonstances qui rappellent étrangement l’attentat qui faillit coûter la vie au médecin chef de Panzi en novembre 2012. En effet, alors que le Docteur Byamungu se trouvait dans l’enceinte de l’hôpital de Kasonga, une structure dépendant de l’hôpital de Panzi, des inconnus réussirent à escalader la clôture et à pénétrer dans la concession. Ils abattirent le Dr Byamungu de trois balles avant de prendre la fuite sans avoir été rattrapés ou identifiés. Grièvement blessé, le Dr Byamungu fut dirigé vers l’hôpital d’Uvira où, vu son état, il fut jugé plus sûr de l’envoyer d’urgence au Burundi. Mais le médecin de Kasonga ne réussit pas à franchir la frontière : les agents de sécurité refusèrent d’ouvrir la barrière et, ayant perdu beaucoup de sang durant le transport, le Dr Byamungu ne put revenir vivant à l’hôpital d’Uvira.
Ayant plusieurs fois reçu des menaces de mort, le Dr Byamungu avait bénéficié d’une escorte de la police, mais cette protection lui avait été récemment retirée. La veille de sa mort encore, au cours d’une réunion avec le Dr Mukwege, la sécurité avait été évoquée, d’autant plus que l’hôpital de Kasonga, l’an dernier, avait été attaqué par des hommes en armes…
Cet assassinat a vivement ému le corps médical du Sud Kivu et le Conseil de l’Ordre a été reçu par le Procureur. Le Dr Byamungu, un jeune médecin formé à l’Université d’Orléans en France secondait activement le Dr Mukwege, médecin chef de l’hôpital de Panzi. Ce dernier, depuis la tentative d’assassinat dont il fut victime, vit toujours reclus dans l’enceinte de son hôpital. Une bien faible protection, comme on a pu le constater à Kasonga…

15 avril 2017

Retenir son souffle… et sa voix…

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Lorsqu’il a dénoncé, dans un communiqué très dur, la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre, Didier Reynders s’est peut-être départi de sa prudence habituelle. Bien sûr, Tshibala n’ est pas le fruit d’un accord à l’amiable entre la majorité présidentielle et l’opposition, mais durant trois mois ce consensus s’est avéré introuvable, tant à cause des rivalités politiques que des blocages opposés par Joseph Kabila lui-même, qui refusait catégoriquement de composer avec Felix Tshisekedi ou avec Pierre Lumbi son ancien conseiller spécial, des hommes qui sont censés « rouler » pour Moïse Katumbi, désormais le principal adversaire du chef de l’Etat. Qualifié de traître, de transfuge par ses anciens alliés qui le traitent de « vendu » (mais qui ne l’est pas ? )Tshibalan’en est pas moins un Kasaïen, qui fut longtemps membre de l’UDPS et porte parole d’Etienne Tshisekedi (le leader charismatique que son fils, qui veut diriger le pays, n’a même pas réussi à enterrer dignement)
Au lieu de prendre parti dans ces « pinaillages » à la congolaise et de donner l’impression de s’engager du côté de l’ancien gouverneur du Katanga (ami de longue date des libéraux), le ministre Reynders, au nom de la Belgique, n’aurait-il pas été mieux inspiré de garder le cap sur l’essentiel, c’est-à-dire la tâche qui incombe au Premier ministre quel qu’il soit : organiser les élections dans les meilleures conditions et dans les délais convenus, c’est-à-dire d’ici la fin de l’année ou en tous cas le plus rapidement possible et persuader le président Kabila de renoncer officiellement à se présenter ou de jouer les prolongations.
Le Congo d’aujourd’hui est celui des blocages multiples, de la méfiance généralisée, des coups tordus, des ambitions exacerbées. Tout est possible, y compris le pire, une dérive à la burundaise, une regain de violence voire un coup de force. Face au feu qui couve, il faut retenir son souffle, rassurer et respecter les acteurs congolais, mettre l’accent sur la marche à suivre au lieu de compter les cailloux du chemin…

15 avril 2017

Le Congo suspend sa coopération militaire avec la Belgique

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Très irrité par les déclarations de Didier Reynders, qui avait déclaré que « la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre « ne correspondait ni à la lettre ni à l’esprit de l’accord de la Saint Sylvestre », le président Kabila aurait été prêt à rompre les relations diplomatiques avec l’ancienne métropole et il fallut l’intervention de plusieurs ministres pour limiter les dégâts : seule la coopération militaire entre les deux pays sera suspendue. Dans un courrier daté du 11 avril, cette décision a été notifiée à l’attaché militaire belge en poste à Kinshasa. Une trentaine de militaires belges se trouvent en ce moment au Congo, assurant des missions de formation. Des missions d’instruction ont également été assurées au profit de l’école du génie des FARDC située à Likasi. (Katanga). C’est en 2004, au début du « règne » de Joseph Kabila, qu’avaient été signés des accords de coopération militaire portant principalement sur la formation. De nombreux officiers congolais ont ainsi été envoyés à l’Ecole royale militaire, mais surtout, des instructeurs belges ont entrepris de former, à Kindu, deux bataillons de réaction rapide. Ces derniers ont été engagés avec succès dans les opérations qui ont entraîné en 2013 la déroute des rebelles du M23 (un mouvement allié du Rwanda dont les membres se sont ensuite réfugiés en Ouganda et qui menacent à nouveau de revenir au Nord Kivu). Des officiers belges pourraient commencer à quitter le pays d’ici fin avril.
Selon nos informations, les militaires belges retraités qui forment les gardes nationaux congolais chargés de la protection du parc des Virunga , avec des contrats privés passés avec l’ICCN (Institut congolais pour la conservation de la nature) pourraient également être victimes de la méfiance des autorités de Kinshasa.
Si le Congo maintient sa coopération militaire avec la France (dans le domaine de la formation et des forces navales) et avec les Etats Unis qui entendent lutter contre les rebelles ougandais de la LRA (Lords resistancearmy) la mesure prise à l’encontre de la Belgique risque d’aggraver un certain isolement du régime Kabila, ce qui inquiète tous ceux qui redoutent une évolution « à la burundaise »

6 avril 2017

Les souvenirs de Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique au Rwanda en 1994

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Après avoir quitté ses fonctions diplomatiques, Johan Swinnen, qui fut ambassadeur de Belgique au Rwanda en 1994 et fut évacué avec les derniers civils, a eu le sentiment que, 23 ans après le génocide « on ne savait pas encore tout, qu’il était important de remettre sur la table toutes les pièces du puzzle. » C’est pourquoi il s’est attelé à la rédaction d’un livre inspiré par ses souvenirs personnels, mais nourri aussi par des dépêches diplomatiques, des documents tirés des archives des Affaires étrangères, des articles de presse de l’époque…Encouragé à écrire cette histoire, son histoire, par son éditeur, par le public de ses conférences, l’ambassadeur à la retraite, se mettant au travail, s’est rendu compte que « les passions sont toujours intactes . Il nous faut encore nous libérer des explications simplistes, des clichés…Tout le monde devrait pouvoir porter son deuil… Il faut, avec humilité, en recherchant les nuances, continuer à poursuivre la vérité… Mon livre est aussi l’histoire d’un diplomate, celle d’un homme accompagné de sa femme, de ses enfants, qui vit aussi la situation d’un pays en crise avec son cœur, ses émotions… » (1)
Au début de votre prise de fonctions, quelle était l’ambiance au Rwanda ? Que saviez vous de ce pays ?
A l’époque, les relations étaient difficiles avec le Burundi, en crise permanente avec le Zaïre de Mobutu. Par comparaison, le Rwanda était bien considéré, notre coopération se construisait sur la base de la co-gestion. Cependant, le pouvoir commençait à s’user, il y avait un début de corruption. La question du retour des réfugiés, les Tutsis vivant en Ouganda, suscitait beaucoup de réticences… En janvier 1989 cependant, le temps était aux réformes : Habyarimana avait lancé la commission nationale de synthèse et on discutait du retour des réfugiés. Le plus critique des hommes politiques belges était Jean Gol, qui parlait d’une « dictature cléricale ». Après qu’en octobre le FPR ait déclenché la guerre depuis la frontière ougandaise, on a assisté les 4 et 5 octobre, à un simulacre d’attaque sur la capitale et surtout à l’arrestation de milliers de civils qui se sont retrouvés au stade de Kigali.
Décelait on déjà un certain radicalisme ?
Dans les premiers jours de la guerre, des centaines de personnes furent massacrées à Kibilira et la présence de troupes belges, qui restèrent au Rwanda jusque fin octobre, joua un rôle positif. A l’époque, je croyais aux « forces positives » je pensais qu’il était possible de faire la paix avec les rebelles, de permettre leur retour et la réintégration politique, culturelle, sociale, des Tutsis vivant à l’extérieur. Il fallait concilier la paix et la réforme démocratique…La question qui me hante toujours est de comprendre pourquoi tant de Rwandais sont tombés dans le piège de la radicalisation, avions-nous vraiment compris tous les agendas ?
Nous les Belges nous étions des croyants, nous pensions que le compromis pouvait réussir…Il y avait un potentiel pour la paix et j’ai été très déçu lorsque j’ai vu imploser le « centre »…Cependant, le compromis intervenu à Arusha n’était pas mauvais pour le Front patriotique, il n’avait que 5 ministres mais avait obtenu 50% des postes de commandement.
La grande inconnue, c’est l’agenda véritable de toutes les parties en présence…

Vous-même, comme ambassadeur, aviez vous connaissance des messages diffusés par la Radio des Mille Collines et même par Radio Rwanda ? Le double langage était constant, en étiez-vous conscient ?

Une collaboratrice de l’ambassade, Tutsie, venait régulièrement me trouver pour rapporter ce qu’ elle avait entendu en kinyarwanda. Mon collaborateur Bruno Angelet avait aussi pour tâche d’écouter les émissions de RTLM en français. Même si nous ne comprenions pas tout ce qui se disait en kinyarwanda, nous en savions suffisamment pour mesurer le danger. Tous nos contacts rwandais exprimaient leur inquiétude. Je mesurais le risque de ce que j’appelais «une déstabilisation tragique ». Les composantes en étaient l’opposition au compromis d’Arusha, la présence, aux portes de Kigali, d’un million de réfugiés qui avaient été chassés de la région de Byumba par les combats et les attaques du FPR ce qui nourrissait la haine et radicalisait l’opinion publique…A cela s’ajoutait la méfiance suscitée par l’assassinat, au Burundi, du président démocratiquement élu, le Hutu Melchior Ndadaye…
A l’époque, je suppliais le président Habyarimana de mieux expliquer le compromis d’Arusha et je lui disais : « comptez sur nous pour dire au FPR qu’eux aussi doivent faire un effort »…
Avec le temps, je me demande si, au lieu d’exercer tant de pressions, nous ne devrions pas plutôt laisser les Africains suivre leur voie propre. Pour moi, si les droits de l’homme sont bien respectés, si la liberté d’expression est garantie, si le pays progresse, cette question du troisième mandat, sinon davantage, est finalement secondaire, ce sujet ne doit pas être sacralisé.

Vous avez quitté Kigali avec les derniers civils. Quelle était l’ambiance ?
Le colonel Rusatira, directeur de l’école supérieure militaire était venu me dire quelques heures après l’attentat contre l’avion du président Habyarimana que je me trouvais sur la liste de ceux qui allaient être tués. Je n’ai pas pu quitter la résidence avant le lundi, nous y hébergions beaucoup de monde dont Enoch Ruhigira, le chef de cabinet du président qui me disait qu’il ne pouvait plus rester dans ce pays qui allait au désastre. Que savait il exactement ? …

Peut être connaissait il l’existence du plan d’extermination…
Y avait il un master plan, un cerveau diabolique ? Je me le demande encore… Le tribunal d’Arusha, a condamné le général Bagosora pour génocide mais pas pour génocide programmé… Ce que je savais c’est qu’on avait dressé des listes, distribué des armes et des machettes, je voyais les Interhahamwe, je voyais l’implosion du centre démocratique et modéré et la radicalisation croissante, je mesurais la catastrophe causée par la radio des Mille collines.
J
Vous étiez déjà en Belgique lorsque le ministre Willy Claes a décidé de retirer les Casques bleus belges, qui représentaient l’élément le plus opérationnel de la Minuar (Mission des Nations unies au Rwanda). Qu’en avez-vous pensé à l’époque ?
Je ne me trouvais plus dans le pays, mais je me souviens qu’à l’époque je comprenais la décision de retirer nos troupes car les Belges, assimilés aux Tutsis, ne pouvaient plus travailler normalement, ils étaient menacés. Par contre, et je m’en suis ouvert au Premier Ministre d’alors Jean-Luc Dehaene, j’ai exprimé mon opposition au lobbying mené par la Belgique auprès de l’ONU pour que tous les Casques bleus, l’ensemble du contingent, soit retiré. Willy Claes estimait que cette présence était inutile si le mandat de la Minuar n’était pas modifié. Dehaene, avec son sens de la formule, m’a alors répondu « quelle paix reste – t- il à défendre » ?.

Quelles étaient vos relations avec les Français ?
Avec l’ambassadeur Georges Martres, elles étaient correctes, mais je me posais tout de même beaucoup de questions : pourquoi le président Mitterrand es- il considéré comme un héros par les durs du régime, pourquoi des militaires français se trouvent-ils sur le front militaire ?

Etes vous retourné récemment au Rwanda?

A quelques reprises j’en ai eu l’occasion et j’ai été frappé par les changements, les progrès réalisés. Aujourd’hui que je me trouve à la retraite, que le temps a passé, j’aimerais tant m’entretenir avec le président Kagame, revisiter le passé, discuter du présent… C’est un rêve…

Johan Swinnen, Rwanda, mijn verhaal, éditions Polis

6 avril 2017

Les limites de l’horreur reculent au Kasaï

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Kasaï : les limites de l’horreur reculent encore
Après tant d’années de guerres, de viols, de massacres, de pillages, on aurait pu croire que les Congolais seraient blasés, recrus d’horreur sinon résignés. Et bien non : la découverte des corps de deux experts de l’ONU Michaël Sharp et Zaida Catalan, retrouvés décapités dans la région de Bunkonde, près de Tshimbulu dans le Kasaï central, a suscité une vive émotion dans le pays. Une indignation presque aussi vive que les témoignages faisant état de rafles parmi les jeunes soupçonnés de soutenir les miliciens de Kamwina Nsapu, de l’existence d’une vingtaine de charniers et de centaines de victimes de la répression dans un Kasaï qui, pour être pour être une région pauvre et quasi abandonnée, connaissait jusqu’à présent dans une paix relative.
C’est que les évènements récents ont, une fois de plus, brisé certains tabous : jusqu’à présent il était assez rare que l’on s’en prenne aux expatriés et en particulier à des agents de l’ONU, qui jouissaient, de facto, d’une certaine immunité. Et la pratique de la décapitation est plus inhabituelle encore, en particulier au Kasaï, qui, à l’inverse du Nord et du Sud Kivu, n’avait pas encore été initié à la cruauté absolue. Ce qui amène à s’interroger sur la personnalité des victimes, à se demander qui pouvait leur en vouloir à ce point.
Rendant à son fils un hommage émouvant, le père de Michaël Sharp rappelait que le jeune expert (34 ans), de religion Mennonite, loin d’être une tête brûlée, était un homme engagé par conviction dans les opérations de paix, mais aussi un professionnel méticuleux, soucieux de respecter les protocoles de sécurité et se prévalant d’une déjà longue expérience au Congo. Membre du « panel des experts de l’ONU » Michaël Sharp, avant d’être envoyé au Kasaï, était considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’un des plus dangereux des groupes armés opérant au Kivu, les FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) des Hutus descendants des Interhahamwe rwandais. Un tel savoir ne serait-il pas l’une des causes de son assassinat ? L’expert n’aurait-il pas reconnu, dans un camp ou dans un autre, ses interlocuteurs d’hier voire leurs poursuivants ? N’aurait-il pas décelé un autre risque de « glissement », où les provinces du Kasaï risqueraient d’être entraînées à leur tour dans l’engrenage de cette violence extrême –et extrêmement politique- qui mine l’Est du Congo depuis vingt ans ?

6 avril 2017

Le Burundi quadrillé par les milices Imbonerakure

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Alors que, vingt-trois ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, le « plus jamais ça » est répété à l’occasion de toutes les commémorations, en Afrique et en Europe, le Burundi voisin sombre dans l’oubli, éclipsé par les incertitudes qui pèsent sur le devenir du Congo et les diverses crises internationales.
Cependant les informations qui filtrent depuis Bujumbura rappellent d’inquiétants souvenirs : une vidéo, devenue « virale » sur les réseaux sociaux, montre des « Imbonerakure », membres de la ligue de la Jeunesse du parti au pouvoir, entonner des chants dans lesquels, en kirundi, ils clament « engrossez les opposantes, pour qu’elles enfantent des Imbonerakure ».
Pour les membres de la coalition qui regroupe la quasi totalité des adversaires du régime, « il s’agît là, ni plus ni moins, d’un appel au viol massif des femmes appartenant aux milieux de l’opposition ». La vidéo montre des centaines de jeunes adoptant une pose martiale, portant une tenue de couleur différente selon la section à laquelle ils appartiennent. Ces images et ces chants belliqueux rappellent les entraînements des Interhahamwe, qui se déroulaient naguère sur les collines autour de Kigali, au vu et au su de tous…. Après avoir commencé par nier l’authenticité du document, le parti au pouvoir, le CNDD, a fini par admettre que « certains jeunes avaient commis des écarts de langage et seraient sanctionnés ».
En réalité, les Burundais constatent que le parti au pouvoir se comporte de plus en plus comme un parti unique, contrôlant l’ensemble de la population et faisant régner la peur, entre autres grâce aux milices Imbonerakure n’ont de comptes à rendre qu’au chef de l’Etat, le président Pierre Nkurunziza.
D’après des sources locales, il apparaît que ces jeunes miliciens jouissent d’un pouvoir croissant : formés par leurs aînés rwandais les Interhahamwe, ils quadrillent les collines, effectuent des missions de renseignement, intimident les opposants éventuels.
L’emprise du parti au pouvoir se traduit aussi par des cotisations imposées à chaque citoyen : au départ, ces contributions sont censées soutenir des initiatives de développement local, permettre de construire des centres de santé, des écoles ou faire face à la crise alimentaire. En réalité, elles servent aussi à financer des monuments érigés à la gloire du parti au pouvoir, qui portent des inscriptions révélatrices comme : « nous avons consenti des sacrifices pour arriver à la tête de ce pays, nous ne le lâcherons pas ». Alors que les Imbonerakure sont chargés de vérifier le paiement de ces cotisations, les autorités assurent qu’il s’agît avant tout d’une mesure destinée à contrer l’effet des sanctions internationales et de la suspension des aides étrangères.
Selon de nombreux observateurs, le quadrillage des collines et la pression constante exercée sur la population annoncent le prochain objectif : assurer au président Nkurunziza, -dont le troisième mandat avait déjà suscité de vives protestations, la possibilité de briguer un quatrième mandat. Selon certaines sources, cette évolution ne ferait pas l’unanimité, ni au sein de ce qui reste de la classe politique ni au sein de l’armée et plusieurs généraux auraient déjà exprimé leur désaccord, proposant au président Nkurunziza de renoncer à un troisième mandat et de passer la main en échange de l’immunité. Mais dans le contexte actuel, l’hypothèse (encore peu probable) d’un coup de force militaire suscite encore davantage d’inquiétudes : se souvenant du génocide qui commença au Rwanda dans les heures qui suivirent l’attentat contre le président Habyarimana, beaucoup de Tutsis burundais considèrent que si le président Nkurunziza était victime d’un coup de force, les Imbonerakure, quadrillant le pays, se livreraient aussitôt à des massacres…Et, dans le contexte actuel, les forces de dissuasion internationales seraient encore plus faibles qu’en 1994 au Rwanda…

3 avril 2017

Le Congo est miné par de sales petites guerres vicieuses

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Les sales petites guerres vicieuses qui minent le Congo et font des milliers de morts ne doivent rien au hasard. Certes, elles sont dictées par des enjeux locaux, rivalités ethniques, conflits fonciers, prosélytisme religieux, attrait des ressources naturelles et des profits faciles.
Mais si ces tensions multiples éclatent cette année, c’est avant tout à Kinshasa qu’il faut en chercher le foyer : depuis le 19 décembre dernier, non seulement le pouvoir central est affaibli par l’absence d’accord politique, mais il est illégitime car il s’exerce en dehors des délais constitutionnels et, en l’absence de consensus, il ne repose plus que sur la force. D’où la tentation, pour les innombrables groupes centrifuges, de profiter de cet affaiblissement de l’autorité pour jouer d’autres cartes.
Les violences qui éclatent au Kasaï , au Kivu ou ailleurs ont d’autres liens encore avec la situation politique dans la capitale : depuis qu’en 2002, lors des accords de Sun City, il a été accepté que des rebelles, traîtres à leur patrie ou agents de forces étrangères, soient intégrés dans la nouvelle direction du pays, au nom de la paix et de la réconciliation, la formule a fait des émules. Désormais l’exercice de la violence, le contrôle réel ou supposé d’un groupe armé, voire le macabre bilan des victimes représentent un très efficace ascenseur pour le pouvoir. De nombreux chefs de guerre, voire des politiciens à double jaquette lui doivent leur bâton de commandement ou leur portefeuille de ministre. Durant longtemps, il était de bon ton d’incriminer les appétits, bien réels, des pays voisins et d’y voir la source de tous les troubles. C’était l’arbre qui cachait la forêt et cette dernière est hélas bien congolaise : aussi belliqueux ou gourmands qu’ils soient, les voisins qui rêvent de dépecer le Congo, de le balkaniser ou tout simplement de tirer profit de ses richesses, seraient incapables de le faire s’ils ne pouvaient compter sur des alliés locaux, ou, plus simplement encore, s’ils se trouvaient en présence d’un pouvoir intègre, attaché à défendre les intérêts nationaux. On en est loin : l’échec de la médiation des évêques, -les derniers à avoir la foi-, a mis en lumière la duplicité d’une majorité présidentielle bien décidée à jouer les prolongations et la médiocrité d’une classe politique souvent dominée par les positionnements personnels.
Il y a pire encore : bien éclairées sur le devant de la scène, les sales petites guerres vicieuses rappellent les derniers temps du régime Mobutu, où l’orgueilleux président clamait « moi ou le chaos », comme s’il était le seul à pouvoir dompter une violence qu’il entretenait en sous main. Non seulement le dictateur fut chassé, mais le pays faillit disparaître de la carte. L’histoire n’apprendrait elle rien ?

3 avril 2017

Qui tue qui, au Kasai, au Kivu, dans le Nord Katanga et ailleurs encore?

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Chaque jour des appels au secours, des témoignages filtrent depuis le Kasaï. Le dernier en date vient de Nganza, une commune de la ville de Kananga : selon des sources fiables, plus de 300 civils ont été tués à la fin de la semaine dernière, des vieillards, des enfants mais surtout, visés en premier lieu, des jeunes gens susceptibles de rejoindre les rangs de la milice dite Kamwina Nsapu, du nom du chef coutumier tué en août dernier. « C’est la terreur » poursuit notre source «des militaires passent durant la nuit, de maison en maison, ils vérifient les identités et surtout, ils tuent. » L’inquiétude est avivée par le fait que, selon d’autres témoignages : « ces militaires ne parlent ni le lingala, la langue de l’armée, ni le tshiluba, la langue nationale du Kasaï. Certes, ils portent l’uniforme de l’armée congolaise mais ils paient en dollars… » D’où le soupçon de voir à l’œuvre des « mercenaires » ou des troupes « empruntées « aux pays voisins, le Burundi, ou plus sûrement encore, l’Ouganda, le Rwanda ou le Zimbabwe, dont les présidents entretiennent les meilleures relations avec Joseph Kabila et partagent sa volonté de rester au pouvoir. Au Kasaï comme au Katanga, les civils craignent aussi la mise en liberté du redoutable chef de guerre Gédéon, chef d’une autre milice, les Bakata Katanga, qui s’illustrèrent par des massacres dans le Nord Katanga et, à toutes fins utiles, l’Angola a fermé sa frontière avec son dangereux voisin.
En fait, comme une peau de chagrin, les sites où sévit la violence se multiplient à travers le pays et les accusations croisées se multiplient.
C’est au Kasaï, au centre du pays, que la violence est aujourd’hui la plus spectaculaire. Le début de l’explosion date de 2016 : à la suite du décès du chef traditionnel, son fils Jean-Pierre Pandi revendiqua sa succession au titre de « Kamwina Nsapu ». Kinshasa ayant refusé de reconnaître son autorité, il créa une milice, aussitôt réprimée par les forces gouvernementales. Malgré la mort du nouveau Kamwina Nsapu, en août dernier, dans des circonstances mystérieuses, la violence n’a fait que croître : 23 fosses communes ont déjà été dénombrés, le chiffre de 2500 morts est cité, 39 policiers ont été retrouvés décapités, les corps de deux experts de l’ONU, Michaël Sharp et Zaida Catalan, ont été découverts, eux aussi décapités. Peut-être en savaient ils trop ? Michaël Sharp était reconnu comme un spécialiste des rebelles hutus FDLR auprès desquels il avait longtemps travaillé au Kivu. Aurait il reconnu leurs méthodes ou discerné d’éventuelles complicités ? L’assassinat de ces deux experts onusiens marque aussi une rupture : les décapitations étaient jusqu’à présent inconnues au Kasaï et, comme partout dans le pays, les étrangers étaient généralement épargnés.
-Au Nord Kivu, la violence est endémique depuis vingt ans mais elle prend ici aussi de nouvelles tournures : des tensions mettent aux prises les populations locales, les Nande et des Hutus, nés dans la province ou venus du Rwanda en 1994 mais toujours considérés comme des étrangers. De part et d’autre des milices ont été créées, les Nyatura pour soutenir les Hutus, les Mai Mai Mazembe du côté des Nande.
En outre, les rebelles du M23, des Tutsis naguère soutenus par le Rwanda puis réfugiés en Ouganda après leur défaite de 2012, ont repris du service : quittant leur camp de réfugiés, 1300 d’entre eux se sont rapprochés de la frontière et, dans le parc des Virunga, un de leurs groupes a réussi à abattre un hélicoptère de l’armée. Autour de Rutshuru et dans la région du Masisi, les affrontements se multiplient entre ces rebelles tutsis et l’armée congolaise.
Dans le « Grand Nord » du Nord Kivu, l’escalade se poursuit également : les massacres de civils se poursuivent autour de Beni et la prospère ville de Butembo a elle aussi été le théâtre de tueries. Si des réseaux islamistes ont été mis à jour à l’occasion d’un important procès qui s’est tenu à Beni, des complicités locales ont également été démontrées. En outre, une nouvelle milice, « Corps du Christ » est apparue dans la région. Cette secte collabore avec des leaders Mai Mai locaux et elle serait dirigée par Bwambale Kakolele, rentré en grâce auprès de Kinshasa et qui secondait naguère le rebelle tutsi Laurent Nkunda.
Dans la province du Tanganyika, des violences ont éclaté entre les Pygmées (Batwa), se plaignant de discriminations et les communautés Luba. Ici aussi des milices se sont constituées de part et d’autre et des affrontements ont eu lieu dans les territoires de Kabalo, Kalemié, Nyunzu, provoquant de vastes déplacements de populations.
Dans le Bas Congo, malgré la répression, la secte Bundu Dia Kongo n’a pas renoncé aux actions violentes.
Se multipliant à travers tout le pays, ces « sales petites guerres » nourrissent les pires soupçons et raniment toutes les haines…