27 juin 2018

Le Rwanda fait partie de la stratégie russe

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Le Rwanda fait lui aussi partie de la stratégie russe en Afrique centrale : début juin, le ministre des affaires étrangères russe Sergei Lavrov s’est longuement entretenu avec le président Kagame à Kigali. Il ne s’agissait pas seulement de consulter le président en exercice de l’Union africaine, mais aussi de discuter de diverses formes de partenariat : la Russie envisage de fournir à Kigali des systèmes de défense anti aérienne mais aussi de coopérer dans le secteur des mines, de l’agriculture, de la médecine.
Les deux pays partagent le point de vue selon lequel il faut trouver des « solutions africaines » aux crises qui éclatent sur le continent et par conséquent travailler en coopération avec les organisations régionales, comme l’Union africaine. Ils soutiennent aussi les projets de réforme du Conseil de sécurité, afin que l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine y soient enfin représentés.
Ce rapprochement avec la Russie va de pair avec les tensions qui sont apparues entre le Rwanda et l’administration Trump depuis que Kigali a décidé d’interdire la vente de friperie, le président Kagame estimant qu’il était « honteux » que les Africains soient obligés de porter des vêtements de deuxième main venus d’Europe ou des Etats Unis et qu’il fallait plutôt promouvoir les productions locales. La revente de ballots de textiles usagés en Afrique représentant un important secteur d’exportation pour les Etats Unis, Washington a menacé de priver le Rwanda des avantages du « Growth and opportunity act » qui lui donnait des avantages sur le marché américain.
Lors de sa visite à Kigali, M. Lavrov a précisé que son pays entretenait déjà avec le Rwanda une coopération militaire et technique, fournissant aux forces de police et de sécurité des véhicules et des hélicoptères ainsi que des armes légères .
La Chine a également renforcé sa coopération militaire avec le Rwanda, fournissant entre autres un système de missiles aériens de moyenne portée, Sky Dragon 50.
Malgré la réactivation des liens entre la Russie, la RDC , le Rwanda et le Burundi (le président Pierre Nkurunziza, visé par les sanctions occidentales s’est tourné vers Moscou…) c’est le Soudan d’Omar el Béchir qui demeure le principal allié de la Russie dans la région et l’année dernière il a rencontré Vladimir Poutine à Sotchi. Comme la Chine, la Russie, au Conseil de sécurité, s’est à plusieurs reprises opposées aux sanctions contre le Soudan, qui a été le premier pays arabe à se voir fournir des avions de combat Su 35 de la quatrième génération. Au Sud Soudan également, le président Salva Kiir, frappé d’un embargo américain sur les armes, s’est tourné vers la Russie et la Chine.

27 juin 2018

La Russie prend pied au Congo

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La Russie préparerait elle son grand retour en République démocratique du Congo ou bien l’accord ratifié par l’Assemblée nationale ne serait il que du « business as usual ? » L’accord de coopération militaire et technique entre les deux pays, qui dormait dans les tiroirs depuis 19 ans, vient d’être adopté au lendemain d’une visite à Kinshasa du vice-ministre russe des Affaires étrangères Michaël Bogdanov, en tournée dans la région.
Les termes de l’accord sont assez vagues : ils prévoient la livraison par la Russie d’armements, de matériels de guerre et autres équipements spécifiques, des missions de conseil mais aussi la formation de spécialistes militaires congolais dans les écoles russes. Rien de plus que l’accord qui, en 1999, avait été signé par Laurent Désiré Kabila, père du président actuel, qui se sentait lâché par les alliés traditionnels du Congo. Ces derniers, après avoir encouragé les participants à la première guerre du Congo (1996_1997) à mettre fin au régime de Mobutu, n’avaient pas tardé à être déçus par l’ancien rebelle, partisan de Lumumba, qui avait immédiatement pris des mesures sociales et surtout prié ses alliés rwandais et ougandais de quitter le territoire congolais, ce qui avait provoqué le déclenchement de la deuxième guerre du Congo en août 1988. Accédant au pouvoir après l’assassinat de son père en 2001, Joseph Kabila, recherchant le soutien de l’Occident, avait laissé en friche l’accord militaire conclu avec les Russes mais il s’était tourné vers la Chine qui avait investi dans le secteur minier en échange de grands travaux d’infrastructures dont des routes.
Aujourd’hui, le contexte a changé : Joseph Kabila, dont le mandat a expiré voici deux ans, n’a pas encore annoncé son intention de se retirer, même si des élections sont prévues pour le 23 décembre, des poches de violence s’étendent, les pays voisins s’inquiètent, dont l’Angola qui dirige des troupes vers la frontière congolaise. Le régime, qui renforce son appareil répressif et son armée, craint de devoir faire face à des manœuvres de déstabilisation et à des manifestations populaires soutenues par les Occidentaux. En effet, le climat des relations avec la Belgique est glacial, les sanctions européennes sont durement ressenties et l’Amérique de Trump est… imprévisible. Dans ce contexte tendu, la Russie, comme la Chine avant elle, a fait valoir son souci de non ingérence dans les affaires intérieures tandis que Kinshasa assurait que le Congo paierait lui-même ses élections, sans attendre de financement extérieur, nécessairement assorti de conditions et de contrôles.
Si le contexte géopolitique a évolué au cours des derniers mois, la Russie, en réalité, a toujours été présente au Congo : ce sont des équipages russes et ukrainiens qui, depuis vingt ans, pilotent les appareils Antonov utilisés par la Monusco qui quadrillent le territoire, les premiers étudiants congolais viennent d’obtenir leurs diplômes dans les académies militaires et les écoles russes spécialisées dans le domaine de l’aviation. En outre, étant membre permanent du Conseil de Sécurité, la Russie, aux côtés de la Chine, a souvent bloqué des résolutions proposées par les Occidentaux.
Cette fois cependant, la coopération entre les deux pays pourrait s’étendre plus loin et, à terme, mener à des accords dans les secteurs des mines, de l’énergie, de l’agriculture.
Lorsqu’au début de cette année, la Russie offrit gratuitement des armes et des instructeurs militaires au président centrafricain Touadéra et que, dans la foulée, des membres des forces spéciales russes débarquèrent à Bangui, il était clair pour tous les observateurs que la RCA ne serait qu’un tremplin. Car le véritable objectif, au cœur de l’Afrique était la RDC, un pays qui détient plus de 60% des réserves mondiales de cobalt et dont le président, au début de cette année, s’est engagé dans un bras de fer avec les multinationales occidentales, sommées d’augmenter significativement les redevances pour les minerais stratégiques et soumises à un code minier rénové, beaucoup plus exigeant.
A quelques mois d’élections qu’il entend bien contrôler, à son profit ou à celui de l’un de ses proches, le président Kabila entend se prémunir contre les puissances occidentales qui, comme la Belgique, soutiennent ouvertement son principal rival Moïse Katumbi et qu’il soupçonne de vouloir mener des manœuvres de déstabilisation.
C’est en 2014 déjà que le président Kabila était entré en contact avec Vladimir Poutine, via Sergei Ivanov, le vice premier ministre russe et c’est en 2015 que le chef de l’état congolais avait obtenu le concours d’agents des forces spéciales russes (FSB) qui l’avaient conseillé dans des matières de sécurité et aidé à déjouer certaines manœuvres politiques.
En effet, comme en République centrafricaine ou ailleurs, le soutien russe se présente sous forme de « package » : à la fourniture d’armes et de munitions s’ajoute le « service après vente » c’est-à-dire la mise à disposition d’instructeurs militaires, d’experts militaires et civils, de conseillers politiques. Sans oublier les « bons offices » auprès de pays amis : c’est ainsi que Vladimir Poutine a encouragé les contacts entre Kabila et le maréchal Al Sissi, ce qui a permis à l’Egypte de fournir de l’armement et des formations aux techniques de combat et de contre-guérilla urbaine. Kinshasa s’est également rapproché de l’Algérie, dont la Russie demeure le principal fournisseur de matériel militaire (utilisé entre autres dans le soutien au Front Polisario).
KInshasa entretient également de bonnes relations avec le Soudan, lui aussi allié de Moscou et des troupes congolaises sont en formation dans le pays du président El Bechir, un autre mal aimé…
Le rapprochement entre Kinshasa et Moscou, dans un contexte de tension avec les Occidentaux, ne devrait pas faire oublier la Chine : Pékin a investi des milliards de dollars dans les mines du Katanga, racheté le site géant de Tenke Fungurume et cet accès privilégié aux réserves de cobalt et de lithium du Congo devrait permettre à la Chine, « l’usine du monde » de contrôler à l’avenir le marché des batteries électriques. Aux yeux des observateurs, il est évident que Pékin ne se laissera pas évincer du Congo et qu’elle devrait donc veiller à sécuriser ses investissements. Pour ce faire, n’ayant pas elle-même de puissance militaire sur le continent africain, elle pourrait recourir à l’expertise militaire russe.

24 juin 2018

Quatre Français arrêtés au Burundi

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Quatre Français arrêtés au Burundi

Quatre Français, accusés d‘escroquerie en matière de télécommunications ont été arrêtés à l’aéroport du Burundi, alors qu’ils se préparaient à repartir vers la France ou vers Bangui, la capitale centrafricaine. Entendus par le service national de renseignement ils ont été écroués séparément dans plusieurs prisons du pays. Un cadre burundais, considéré comme proche du pouvoir et des services de renseignement et ancien directeur de l’Office national des télécommunications, Donatien Ndayishimye a également été arrêté. Les quatre Français, tous ingénieurs, représentent une société de télécommunication. Selon leur avocat au Burundi Me Sagatwa, les quatre Français étaient venus à Bujumbura pour des travaux d’équipement. Cependant, actionnaires majoritaires de la société de communication ITS Hong Kong, ils n’avaient encore touché aucun dividende ce qui les avait menés à faire le déplacement à Bujumbura. L’un des détenus est Laurent Foucher, homme d’affaires français propriétaire de plusieurs affaires en Afrique et entre autres de Telecel à Bangui, un pays où il a fondé une « académie de presse centrafricaine » et il est aussi patron de Telecel Globe. Quant à Jean-Christophe Viguier, il est le représentant des actionnaires majoritaires de la société ITS Hong Kong, une société spécialisée dans la terminaison des appels internationaux entrant et sortant. Comme Laurent Foucher il est détenu à Rumonge dans le Sud du Burundi.
D’après les observateurs, cette affaire à propos de laquelle l’ambassade de France s’est refusée à tout commentaire s’apparente plus à une affaire d’intimidation qu’à une escroquerie.

22 juin 2018

La “douce diplomatie” et les informations de Maman Gege

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« Maman Gege » l’énergique dirigeante de l’association de femmes SOFADI à Uvira (Sud Kivu) pratique ce qu’elle appelle la « douce diplomatie » : résolution de conflits via les femmes, initiatives de développement, coopératives, mais aussi récolte d’informations de première main, qui annoncent quelquefois, à la surprise générale et bien avant tout le monde, des préparatifs de guerre ou de « coups fourrés ». C’est ainsi que maman Gege opère parfois des rapprochements surprenants. Pour elle, la mort de Luc Nkulula, le militant de la Lucha qui a péri voici deux semaines dans l’incendie de sa maison à Goma doit être mise en relation avec d’autres évènements, comme l’attentat contre un autre militant des droits de l’homme à Kinshasa, qui a lui aussi vu sa maison disparaître en fumée. Maman Gege se rappelle que brûler les maisons des opposants était naguère une pratique courante au Burundi : « les services de renseignement disposaient d’une poudre appelée « napalm ». Ils en déposaient une poignée devant la maison des opposants politiques et un incendie impossible à éteindre éclatait à la moindre étincelle… Il semble que le procédé aujourd’hui utilisé au Congo est similaire… »
Pour Maman Gege, tout semble indiquer qu’aune autre guerre se prépare, une fois de plus, dans les contreforts montagneux du Sud Kivu, là même où éclatèrent voici vingt ans, la première puis la deuxième guerre du Congo : « des groupes armés se sont installés à Bijombo, au dessus d’Uvira, des combattants inconnus de la population, qui ne parlent pas les langues locales mais s’expriment en swahili… » Radio Okapi a confirmé cette information, révélant qu’une dizaine de personnes avaient trouvé la mort dans des combats opposant différents groupes armés sur les plateaux de Bijombo au dessus d’Uvira. Selon la radio onusienne les combattants seraient d’une part des Tutsis Banyamulenge qui auraient reçu le renfort d’un groupe armé rwandais venu de Bijabo et de l’autre des miliciens locaux appartenant aux groupes ethniques Bafulero, Babembe et Banyindu, qui auraient établi leur quartier général à Masango et seraient soutenus par un groupe armé burundais. Plusieurs villages de la région ont été désertés de leurs habitants qui ont demandé secours et protection aux forces armées congolaises. Maisons détruites, civils en fuite, biens pillés : de tels incidents sont fréquents dans la région, mais en cette période politiquement troublée, alors que Kinshasa attend toujours que le président Kabila annonce ses intentions et, peut-être le nom de son dauphin, aucune source de tension ne peut être négligée. En ces temps d’incertitude, l’internationalisation de la crise congolaise est toujours à redouter…

21 juin 2018

L’Afrique, terrain de manoeuvre des opérations de maintien de la paix

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L’Afrique, terrain de manœuvre des opérations de maintien de la paix

Rabat,

Voici un quart de siècle, le départ des Casques bleus du Rwanda, qui rendit possible le génocide, représenta pour les Nations unies un échec absolu, dont bien des leçons ont été tirées.
Depuis lors cependant, les missions de paix se sont multipliées, au nombre de 13 au total, dont 7 en Afrique, parmi les plus difficiles comme la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) ou la plus ancienne, la Monusco en République démocratique du Congo. Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’un exercice d’évaluation de ces missions soit mené à New York ou dans un pays du Nord, contributeur financier aux opérations de paix, c’est un « think thank marocain, l’OCP Policy center, basé à Rabat, qui a pris l’initiative de rassembler durant deux jours plus de 150 personnalités qui se sont livrées à des débats d’une grande franchise. Ont ainsi dialogué d’anciens ministres des affaires étrangères, de hauts fonctionnaires de l’ONU, des représentants des organisations régionales mais surtout une impressionnante brochettes de militaires haut gradés, anciens commandants des forces onusiennes et africaines et tous, à condition de ne pas être nommément cités, ont fait preuve d’une grande lucidité.
Les chiffres d’abord : les opérations de maintien de la paix, de plus en plus nombreuses, coûtent au total entre 6, 2 et 7 milliards de dollars par an. Cette somme est certainement inférieure au coût du seul engagement américain en Irak, mais au vu des résultats, elle représente cependant un montant élevé, que certains pays contributeurs, comme les Etats Unis de Donald Trump, commencent à remettre en question. C’est que le concept même de «maintien de la paix » est ambigu : il suppose que les forces onusiennes ont pour mission de garantir une paix qui aurait été conclue entre les parties belligérantes, ce qui est de moins en moins souvent le cas. En outre la « communauté internationale » présente différents niveaux d’implication : les pays du Nord assurent la plus grande partie des financements (quoique la Chine soit devenue le deuxième contributeur) mais ce sont les pays du Sud qui envoient des hommes sur le terrain, parmi lesquels l’Ethiopie, le Bangla desh, l’Inde, le Pakistan, qui y trouvent un avantage économique certain, tandis que le Rwanda, la Tanzanie, le Malawi se montrent désireux d’éteindre le feu qui brûle chez leurs voisins. Si les contributions diffèrent, les voix au chapitre ne sont pas les mêmes elles non plus : les pays qui décident réellement sont les cinq membres du Conseil de sécurité, ainsi que les pays qui occupent un siège non permanent (comme la Belgique en ce moment). Même si sept opérations se déroulent sur le continent, l’Afrique est loin de figurer dans le groupe des décideurs, car même lorsque des Etats africains occupent des sièges temporaires ils négligent d’envoyer des diplomates de poids porter leur parole. Sur le terrain non plus, il n’y a pas d’égalité entre les nations engagées : dans des situations dangereuses comme le Mali ou l’Est du Congo, troupes et officiers européens sont cantonnés dans les bureaux, dans des tâches de planification loin du front, tandis que les soldats venus du Sud sont placés en première ligne et font face aux situations les plus dangereuses. Quant aux Français, ils opèrent avec autorisation du Conseil de sécurité mais de manière autonome. Cette disparité est frappante au Mali, où les Casques bleus ne sont pas des forces d’interposition, mais des cibles délibérément visées par les groupes terroristes, ce qui explique qu’il y ait déjà eu 200 morts au sein de la mission, un nombre particulièrement élevé. C’est que là aussi il y a division des tâches ; les militaires français de l’opération Barkhane font directement la guerre aux terroristes et ils agissent en coordination avec la Minusma mais sans dépendre d’elle, tandis que des embuscades meurtrières sont régulièrement tendues aux forces onusiennes « c’est le maillon faible que l’on vise à faire sauter » commente un officier de terrain. En outre, au Mali comme en Centrafrique, voire en RDC, des forces onusiennes souvent déployées loin de leurs bases ont bien du mal à ne pas être soupçonnées de sympathie pour l’une ou l’autre faction belligérante, surtout lorsqu’elles partagent la même religion, musulmane en l’occurrence…Dans les missions de maintien de la paix comme dans d’autres initiatives de l’Onu, constatent des participants, il y a trop de centralisation, de bureaucratie, on ne fait pas assez confiance aux commandants déployés sur le terrain dont la capacité d’initiative est trop réduite. Ce qui mène à des guerres totalement asymétriques entre d’un côté des Casques bleus peu soucieux de risquer leur vie et paralysés par les règles d’engagement souvent très rigides et, en face d’eux, des groupes armés très mobiles, qui ne respectent pas les lois de la guerre et se confondent volontiers avec les populations civiles.
Ces réalités dérangeantes, soulignées par les militaires venus du terrain, ont contrasté, tout au long du colloque, avec les discours des personnalités civiles, représentant des organisations internationales ou des think thank. Ainsi par exemple ces dernières ont-elles longuement souligné la nécessité de coopérer avec la « société civile » et les organisations qui se présentent en son nom. Mais en Afrique, chacun sait que cette « société civile » évoluant dans le sillage des opérations onusiennes a souvent peu d’impact sur le terrain, étant plus habile à répercuter vers la base les « mantras » venus de New York ou d’ailleurs qu’à faire remonter les attentes réelles des populations concernées. Il est vrai aussi que la langue contribue à creuser le fossé : si les notables, les personnes influentes ou âgées qui suscitent le respect au sein des populations et même des combattants s’expriment dans les langues locales, la société civile, elle, maîtrise le français ou l’anglais et apparaît ainsi comme un interlocuteur plus facile. La dualité français-anglais représente elle aussi un problème : il arrive que des contingents francophones soient écartés, alors qu’ils pourraient être déployés dans un pays francophone comme le Congo ou la RCA, pour la simple raison que leurs chefs ne pourraient communiquer en anglais avec la hiérarchie à New York ou dans la capitale du pays…
L’appui d’organisations régionales, comme l’Union africaine, ou de groupes ad hoc comme le G5 Sahel pourrait alléger le fardeau des missions onusiennes, à condition que soient respectées des règles d’engagement communes et qu’une meilleure coordination soit mise au point.
A cet égard tous les participants ont souligné la nécessité de préserver une sorte de mémoire institutionnelle, c’est-à-dire les archives et les bilans des opérations de paix, qu’elles aient été ou non des réussites, et de conceptualiser davantage les méthodes mises en œuvre. « Après tant d’années, il serait temps de cesser de naviguer à vue » devait conclure un chef d’état major, plaidant en faveur d’une « école africaine de gestion des crises »…

17 juin 2018

Affaire Bemba: Me Gillissen défend l’indépendance de la CPI

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Acquitté en appel, après dix années de prison ! La remise en liberté de Jean-Pierre Bemba a fait l’effet d’un coup de tonnerre, au Congo, au sein des ONG spécialisées comme Human Rights Watch et aussi dans les milieux judiciaires. Nous avons demandé à Me Jean-Louis Gilissen, avocat à Liège et spécialiste de la Cour pénale internationale où il a déjà défendu plusieurs prévenus mais aussi des victimes, de commenter l’issue surprenante de ce procès qui se voulait exemplaire.
Avant tout, l’avocat rappelle que « la CPI fonctionne comme un « animal à trois pattes » totalement indépendantes les unes des autres : le greffe du tribunal, qui veille à l’organisation et au fonctionnement de la Cour et de ses nombreux services, le bureau du Procureur qui opère des enquêtes, propose des poursuites et les assume lors des procès, et enfin les juges eux-mêmes. »
Pour Me Gilissen, « le Procureur actuel , Mme. Fatou Bensouda, a hérité du dossier constitué par le premier procureur de la CPI, le juge argentin Luis Moreno Ocampo. Ce dossier, inspiré par l’idée qu’il fallait « faire un exemple » et juger « un gros poisson » comportait de graves faiblesses sur des sujets fondamentaux alors que l’affaire était bien plus complexe. Les problèmes étaient multiples mais concernaient principalement l’identification du titulaire réel et effectif de l’autorité hiérarchique ainsi que les conséquences qu’une délégation de cette autoritépeut avoir sur la responsabilité des uns et des autres. Rappelons que les troupes de Jean-Pierre Bemba avaient été mises à la disposition du président de la République centrafricaine de l’époque, Ange Patassé, un président élu, qui était menacé par une rébellion, celle du général François Bozizé. Ces troupes du MLC étaient donc placées sous le commandement de responsables centrafricains… Si je peux me permettre une comparaison, c’est un peu comme si un entrepreneur en construction avait mis sa propre main d’œuvre à la disposition d’une autre entreprise qui serait , elle, « maître de l’ouvrage » et, donc, responsable de travaux décidés et réalisés par elle et des éventuelles malfaçons qui y seraient commises.
Comment expliquer alors que, tout au long du procès, qui a tout de même abouti à une condamnation de Bemba en première instance, ce vice initial n’ait pas été rédhibitoire ?
Je crois qu’au vu de l’importance et de la gravité des crimes commis mais aussi du nombre de victimes et de leurs souffrances, personne n’a souhaité désavouer le Procureur et risquer de donner une impression d’impunité… Il fallait un responsable, tant ce que s’est passé en Centrafrique était horrible. Cependant, l’acquittement d’un autre chef de guerre, Mathieu Ndudjolo, survenu dans un autre procès du fait des faiblesses du dossier du Procureur, aurait dû représenter un avertissement.
Il me semble que durant toute la procédure, certaines des ONG spécialisées qui examinaient les charges contre le prévenu et défendaient les victimes, auraient pu aussi s’intéresser au travail du bureau du Procureur, en dénoncer les insuffisances et se montrer plus exigeantes avec le contenu des enquêtes ; cette vigilance aurait peut-être permis d’éviter un tel gâchis. Comment d’ailleurs le Procureur a-t-il pu ne poursuivre qu’une seule personne dans une telle affaire ? Pourquoi avoir pris un tel risque face aux difficultés qui se posaient?
Comment expliquer le revirement de la Chambre d’appel ? Beaucoup de Congolais sont d’avis qu’il s’agît d’une manœuvre politique, qui n’a rien à voir avec le droit…
Ils se trompent. Ce qui s’est passé, c’est que plusieurs des juges d’appel, dont la juge Van den Wyngaert , une juriste rigoureuse et peu influençable, ont tout simplement eu le courage de dire tout haut ce que tout le monde savait : « Le roi est nu ! ». Autrement dit, sur le plan probatoire, le dossier du Procureur était insuffisant. Il présentait de graves faiblesses qui n’ont jamais été compensées. C’est cela qui a mené à l’acquittement de M. Bemba (ndlr. qui est cependant encore inculpé pour une affaire de subordination de témoins). Ce faisant, les jugesont démontré l’indépendance et l’impartialité de la Cour, le haut degré de compétence de celle-ci et, contrairement à ce que j’entends affirmer très légèrement, c’est en cela que réside l’honneur de la Cour pénale internationale. Il s’agissait de l’avenir d’un homme, mais ce qui était en jeu, c’était aussi la qualité de la réponse et des explications auxquelles ont droit les victimes. Or celles-ci, quelle que soit leur déception actuelle, méritent beaucoup mieux qu’une erreur judiciaire !
Qui sont les responsables de cette déception ? La décision de la Chambre d’appel, qui n’a pas du être facile à prendre, devrait être saluée pour son courage ! Au lieu de cela, certaines ONG spécialisées accablent la CPI de critiques, confondant les défauts du travail effectué par le bureau du Procureur, ses erreurs et ses manquements, avec le sérieux de l’exigence des juges. Elles auraient été mieux inspirées, dès le début, de respecter la présomption d’innocence, de surveiller le travail des enquêteurs du Procureur et de veiller à ce que le dossier soit complet et inattaquable…
Ce qui est terrible, c’est l’impression que tout cela peut produire sur les victimes. Dès lors, les ONG qui aujourd’hui attaquent injustement les juges et tentent de mettre en cause la crédibilité de la CPI devraient faire preuve de plus d’humilité car, d’une certaine manière, l’échec du Procureur est aussi le leur.
La Cour pénale internationale vient de prouver qu’elle n’entend pas condamner n’importe qui n’importe comment, quels que soient la gravité ou l’horreur des crimes commis. En ce, pour tous ceux qui luttent pour une justice pénale internationale impartiale et de qualité, l’arrêt prononcé dans l’affaire de Jean-Pierre Bemba est une excellente nouvelle. Et, n’en déplaise à d’aucuns, c’est la crédibilité de la CPI qui en sort renforcée.

15 juin 2018

Le rêve calciné de Luc Nkuluna

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Les militants du mouvement La Lucha, les jeunes de Goma, tous les artisans de paix du Nord et du Sud Kivu, pleurent la disparition tragique de Luc Nkuluna, englouti par les flammes dans sa maison de Goma et inhumé jeudi avec beaucoup d’émotion. Samedi dernier, cet architecte de 33 ans avait passé sa journée à former 87 jeunes issus des quartiers populaires de la ville. Il leur avait enseigné l’engagement citoyen, la lutte non violente, le refus de la corruption. Proche du Docteur Mukwege, il avait soutenu l’initiative de ce dernier « les chemins de la paix ». Voici un an et demi, à l’occasion du festival Amani à Goma, nous avions longuement rencontré Luc Nkulula. Il insistait sur le combat social, sur l’engagement des jeunes, sur leur aspiration au changement politique mais surtout au changement moral. Il citait son propre exemple : « j’ai un travail, modeste certes, mais qui me permet de vivre, de résister aux sollicitations du pouvoir. Lorsque je rencontre un homme politique, et qu’il veut payer mon « transport » ou me faire un cadeau, je lui réponds que, s’il défend les intérêts de ses électeurs, ce serait plutôt à moi de le remercier comme je peux… » Intransigeant, Luc insistait : « la corruption a détruit ce pays. Nous, les militants de la Lucha, nous refusons absolument d’entrer dans ce système… » A Kinshasa, à la même époque, un ministre de Kinshasa nous confiait : « ces jeunes là, ceux de La Lucha, de tous ces mouvements citoyens, représentent un véritable péril, nous n’avons aucune prise sur eux… »
C’est pour cela sans doute que, quelques mois plus tard, lors de son passage à Goma, le président Kabila tint à s’entretenir avec ces jeunes irréductibles. Luc Nkuluna participait à la délégation et l’entretien fut poli mais ferme : les représentants de La Lucha luttaient pour le « social » de leurs compatriotes, ils demandaient que les habitants de Goma soient approvisionnés en eau potable, que les routes soient refaites , que des emplois soient créés, bref ils plaidaient pour leur province et pour les simples citoyens. Mais à l’issue de l’entretien ils refusèrent poliment, catégoriquement, d’accepter un éventuel « souvenir ».
Pour Luc Nkuluna et ses compagnons, le seul modèle c’était Patrice Lumumba, le père de l’indépendance, dont ils vantaient l’engagement, le patriotisme, le combat désintéressé, dont ils connaissaient par cœur les discours…
Samedi soir, Luc était fatigué, et il travaillait encore dans sa chambre lorsque sa sœur, qui était au téléphone, aperçut une moto qui s’arrêtait devant la modeste maison de bois. Dans ce quartier privé d’électricité elle ne put distinguer les visages du conducteur et de son passager.
La suite se résume en quelques mots: deux inconnus casqués qui opèrent dans l’obscurité, un grand bruit d’explosion, des flammes qui jaillissent, qui bloquent la porte de la maison…Incapable de desceller les barreaux de la chambre où il est enfermé, Luc jette par la fenêtre son ordinateur, ses dossiers. Il crie, mais en vain. Les voisins appellent la Monusco qui arrivera une heure plus tard, alors que la maison s’est déjà effondrée sur le jeune homme.
Aujourd’hui, les jeunes de Goma ne sont pas seuls à porter le deuil. Le Docteur Mukwege pleure la disparition d’un ami proche, d’un collaborateur. A Kinshasa aussi le Comité des laïcs déplore la disparition d’un homme qui, à l’instar de Rossy Mukendi, abattu lors d’une manifestation à KInshasa, luttait pour un Congo enfin démocratique. Les ombres s’allongent, et sur le panthéon des martyrs, qui n’existe encore que dans la mémoire du peuple, un nouveau nom s’est inscrit.

12 juin 2018

Bemba libéré secouera autant l’opposition que le pouvoir

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Au-delà de la stupeur de ses adversaires et de l’explosion de joie de ses partisans, l’acquittement de Jean-Pierre Bemba, qui va revenir dans le jeu politique congolais après dix années de détention, pose beaucoup de questions. La première porte sur le fonctionnement de la Cour pénale internationale : en faisant du président du MLC le seul accusé pour les crimes biens réels commis par les troupes congolaises prêtées à la Centrafrique, la Cour ne s’est-elle pas montrée imprudente en épargnant des responsables plus directs, qui étaient présents sur le terrain. Ne s’est-elle pas exposée aux critiques de ceux qui, nombreux en Afrique, considèrent que la justice internationale est avant tout un instrument aux mains des Occidentaux ?
C’est aujourd’hui ce que murmurent les partisans de Kabila : ils sont persuadés du fait que le président, tombé en disgrâce depuis son épreuve de force avec les géants miniers auxquels il a imposé une forte augmentation des redevances, se voit aujourd’hui confronté à un adversaire autrement plus coriace et plus populaire que les leaders actuels de l’opposition. En effet, Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux aux élections présidentielles de 2006, ancien rebelle, ancien vice-président n’est pas sorti du « sérail » kabiliste, au contraire de Moïse Katumbi, d’Olivier Kamitatu, de Vital Kamerhe, de Pierre Lumbi…. Cependant, croire que l’acquittement de Bemba aujourd’hui serait dicté par des considérations politiques c’est, à posteriori, valider les soupçons selon lesquels l’arrestation du « chairman » fut, à l’époque, un « cadeau » offert à un Joseph Kabila qui était alors soutenu par la communauté internationale.En 2016 encore, deux tiers des Congolais considéraient que Bemba avait été injustement condamné !
Au-delà des procès d’intention portant sur le passé, il y a les réalités actuelles : si Jean Pierre Bemba revient dans le jeu politique, que ce soit comme candidat lui-même ou comme «faiseur de roi », sa réapparition en homme libre bousculera autant le pouvoir que l’opposition. En effet, durant ses dix années de détention, il a réussi à rester le véritable chef de son parti, le Mouvement pour la libération du Congo, bien tenu en mains par sa « patronne par interim » Eve Bazaiba. Le MLC ayant gardé sa force dans l’Equateur, un candidat issu de ses rangs aurait le soutien de l’Ouest du pays qui estime avoir été trop longtemps écarté du pouvoir. Quant à Kinshasa, seul Etienne Tshisekedi aurait pu tenir tête au « chairman » tandis que son fils Felix est loin d’avoir la même envergure. Certes, le dernier meeting qui s’est tenu dans la capitale a rameuté du monde autour de la personne de Moïse Katumbi et de sa plate forme Ensemble, mais il est certain que Bemba, -son auréole de martyr éclipsant désormais sa réputation de chef de guerre- rassemblerait une foule bien différente.
Du côté de Kabila, la sérénité officiellement affichée masque une certaine inquiétude : Jean-Pierre Bemba est un tribun redoutable, il réveille la nostalgie des anciens mobutistes et se pare d’une sorte de légitimité d’«enfant du pays » nourrie de nationalisme. En outre, sauf si les années de prison l’ont assagi, on le connaît comme un homme aimant l’argent et le pouvoir, un chef que la violence n’effraie pas : ses hommes portèrent la guerre dans Kinshasa et, dans les territoires qu’ils contrôlaient, ils pratiquèrent le pillage, les viols et les exactions en tout genre, y compris des actes de cannibalisme à l’encontre des Pygmées de l’Ituri.
Le retour de Bemba sur la scène politique pourrait enflammer davantage encore un pays qui compte déjà trois millions de déplacés internes, où se multiplient les foyers de tension, de l’Ituri jusqu’au Kasaï et qui abrite des dizaines de groupes armés…

10 juin 2018

L’acquittement de Bemba brouille les cartes du poker congolais

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Durantses dix années de détention dans la prison de la CPI à Scheveningen, Jean-Pierre Bemba ne s’est jamais considéré comme un homme fini. Non content d’entretenir sa forme physique et de jouer régulièrement au tennis, il a gardé, jour après jour, le contact avec l’actualité congolaise et surtout avec son parti, le Mouvement pour la libération du Congo. Pour les cadres du MLC, pour ses militants, il était resté, incontestablement, le « chairman », le challenger malheureux du président Kabila attendant son retour au pays. Tous ceux qui l’ont rencontré à La Haye s’accordent pour affirmer que l’homme, très soutenu par sa famille et ses amis proches, a gardé son énergie et qu’il n’a jamais cessé de croire qu’un jour justice lui serait rendue.
Si Jean-Pierre Bemba a gardé tant de répondant, c’est qu’il a trouvé dans son berceau un double héritage, celui des affaires et de la politique. Son père, Jeannot Bemba Saolona, était le « patron des patrons », dont la fortune se développa dans l’Equateur et dans l’Ituri, lorsque furent « zaïrianisées » de grandes plantations appartenant à des colons belges. Métis d’origine portugaise, Jeannot Bemba, un homme d’affaires avisé, était très proche du président Mobutu, dont il gérait les affaires et l’une de ses filles épousa Nzanga Mobutu, l’un des fils du président. Jean-Pierre, un colosse d’un mètre 90, fut lui aussi un intime du « Léopard » dont il avait la dégaine, l’assurance et la même capacité de galvaniser les foules par sa parole. Dans les dernières années du règne de Mobutu, alors que ce dernier était affaibli par la maladie, Jean-Pierre Bemba se rapprocha de lui plus encore, participant à la gestion de ses affaires et apparaissant quelquefois comme son fils spirituel, au grand dam des héritiers directs du Guide.
Après des études secondaires au collège Boboto à Kinshasa, tenu par les Jésuites, Bemba est envoyé en Belgique où il mène des études de sciences commerciales et consulaires à l’ICHEC, aux côtés d’Olivier Kamitatu, fils de l’homme politique CléophasKamitatu. Les deux hommes seront longtemps liés jusqu’à ce qu’Olivier Kamitatu rejoigne Kabila puis aujourd’hui Moïse Katumbi.
Lorsqu’à la fin de ses études, Jean-Pierre Bemba rentre à Kinshasa il se lance dans les affaires avec des fortunes diverses. Mais au début des années 90, alors que le pouvoir de Mobutu s’affaiblit, c’est surtout la politique qui l’intéresse. A tel point que, présenté comme un « mobutiste » il choisit l’exil lorsque Laurent Désiré Kabila, en 1997 s’empare du pouvoir à la tête des forces de l’AFDL (alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). Un an plus tard, alors que les premiers alliés de Kabila, le Rwanda et l’Ouganda, déçus par le nationalisme du vieux rebelle, décident de le chasser du pouvoir, Jean-Pierre Bemba crée son propre parti, le Mouvement pour la libération du Congo, qui sera au départ une rébellion armée, soutenue par l’armée ougandaise.
De manière très symbolique, Bemba et son état major s’installent alors à Gbadolite, la ville construite par Mobutu sur les lieux de son village natal, mais ils n’entretiendront guère les palais ou la copie de la Cité interdite construite sur les rives du fleuve Oubangui, car c’est surtout la guerre qui les absorbe. L’armée de libération du Congo guerroie dans l’Ituri et ses combattants devront faire face à de graves accusations : dans la région de Mambasa, ils auraient attaqué massacré et même mangé des Pygmées ! De l’avis de tous les observateurs, ce dossier là pèse très lourd, mais les témoins sont rares et controversés et la Cour pénale internationale préférera se saisir d’une autre charge. En 2002, répondant à l’appel du président élu de République centrafricaine Ange Félix Patassé, qui fait face à la rébellion du général François Bozize, les troupes de Bemba sont envoyées à Bangui, de l’autre côté du fleuve Oubangui, où elles seront accusées d’exactions diverses mais aussi de viols commis en pleine ville, entre autres dans le périmètre de l’ambassade de France, ce qui suscitera la colère de Paris. Cette affaire nourrira plus tard le dossier de la CPI, même si au moment des faits Jean-Pierre Bemba ne se trouve pas sur place et que ses troupes sont placées sous commandement centrafricain. Durant dix ans la notion de « responsabilité pénale individuelle » sera au cœur du procès et même s’il se trouvait à plus de 1000 kilomètres du terrain des opérations, Jean-Pierre Bemba fut tenu pour responsable des crimes commis par ses troupes. Quant au président centrafricain Patassé il ne fut même pas inquiété, faute de preuves…
C’est que Bemba, par la suite, avait poursuivi sa carrière politique en RDC : après avoir été nommé vice-président du gouvernement de transition dans la formule dite « un plus quatre » adoptée à la fin de la guerre en 2002, il se porte candidat à l’élection présidentielle de 2006 et, avec plus de 20% des suffrages exprimés, il arrive derrière Joseph Kabila. La campagne pour le second tour est violente, passionnée : Bemba fait campagne dans l’Equateur et les provinces de l’Ouest, il rameute les quartiers populaires de Kinshasa en se présentant sous le nom d’ « Igwe », l’enfant du pays, en opposition à Kabila présenté comme un étranger et appelé le « mupaya » l’enfant illégitime ! Possédant plusieurs stations de télévision, Bemba se révèle un orateur redoutable et il enflamme les rues de la capitale. A tel point que sa défaite au deuxième tour, avec 42 % des voix, n’est pas acceptée par la population et lorsqu’il proclame les résultats, l’abbé MaluMalu, qui préside la Commission électorale, est entouré de chars chargés d’assurer sa protection. Les troupes de Bemba, elles portent la guerre dans Kinshasa : la résidence du « chairman », au milieu du boulevard du 30 juin devient un camp retranché, les enfants des rues se barricadent dans le cimetière de la Gombe. Kabila quant à lui, n’hésite pas à utiliser la manière forte : alors même que Bemba est en réunion dans le sous sol de sa résidence avec les ambassadeurs occidentaux et le chef de la mission de l’ONU William Swing, les troupes du général Numbi bombardentle bâtiment et pulvérisent l’hélicoptère personnel du candidat malheureux.
Alors qu’il s’était engagé à mener une « opposition républicaine », Bemba refuse par la suite de fondre sa garde personnelle dans l’armée nationale et en mars 2007 des combats extrêmement violents opposent ses hommes à l’armée régulière et font plus de 200 morts dans une ville qui, jusque là, n’avait pas connu la guerre. Par la suite, tout ira très vite : Bemba se réfugie à l’ambassade d’Afrique du Sud, un mandat d’arrêt est lancé contre lui, il est accusé de haute trahison. Il se rend ensuite au Portugal puis retrouve sa famille dans sa résidence située à Rhode Saint Genèse. C’est là que, le 24 mai 2008, la police bruxelloise viendra le cueillir pour l’envoyer à La Haye où la Cour pénale réclame un homme qui est alors décrit comme « un gros poisson » par le procureur de l’époque Luis Moreno Ocampo qui, par la suite, aura lui-même quelques démêlés judiciaires…
A l’époque, Joseph Kabila croyait en avoir fini avec son plus pugnace adversaire, mais après une traversée du désert de dix ans, Jean-Pierre Bemba, qui n’a pas été oublié dans son pays, se prépare à refaire surface. S’il devait se relancer en politique, ce « joker » coriace, que ses partisans ne manqueront pas de transformer en martyr, pourrait bien bouleverser un jeu qui jusqu’ici semblait étrangement bloqué…

5 juin 2018

Burundi: un rectificatif éclairant

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Les excuses présentées par la BBC au gouvernement burundais après la diffusion par le journaliste François Misser d’une interview de Pierre Claver Mbonimpa, le célèbre militant des droits de l’homme et docteur honoris causa de l’ULB, ont fait couler beaucoup d’encre.
M. Mamadou Moussa Ba, rédacteur en chef du service français de la BBC nous a prié, au sujet de cette interview, de publier le rectificatif suivant : « contrairement à ce que vous écrivez, cette interview n’a pas été retirée du site de la BBC après publication, elle n’a en réalité jamais été diffusée. »
Voilà qui est plus éclairant encore.