11 mars 2018

Le dernier voyage de Bernard Gustin, patron de Brussels Airlines

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Douala, envoyée spéciale,
Les ceintures sont attachées, le décollage pour Douala est imminent. Menu en main, Bernard Gustin se présente à chaque passager de la classe affaires : « bonjour, je suis le CEO de la compagnie ; si vous avez des remarques à formuler, n’hésitez pas… »La vingtaine de chefs d’entreprise qui participeront à cette quatrième version de « Bike for Africa » n’ont pas de désir particulier et reconnaissent que s’ils sont là, c’est avant tout pour être, une dernière fois, aux côtés de leur ami « Bernard ». Quant au personnel de bord, il salue chaleureusement le patron auquel, au retour, des hôtesses feront la bise tandis qu’au bureau de Brussels Airlines à Douala, Gustin recevra une statuette représentant un joueur de tennis…
Tout est allé tellement vite depuis 5 février…Lors de ce dernier conseil d’administration de Brussels Airlines, Bernard Gustin et son directeur financier De Raymaeker ont été virés par les patrons de Lufthansa qui ont fait le pari de développer la compagnie low cost Eurowings, afin d’en finir avec la suprématie de Ryanair. « Pour cela, ils avaient besoin de 50 avions supplémentaires et ceux de Brussels Airlines faisaient l’affaire » assure un familier du dossier… Jusqu’au bout, Gustin s’est battu : il a défendu « son bébé », refusant que Brussels Airlines se transforme en simple compagnie low cost, argumentant en faveur du « hub » que représente Bruxelles, au cœur de l’Europe, avec des fréquences quotidiennes sur l’Afrique… »
« Sur les décombres de l’ancienne Sabena, nous avons reconstruit une image très forte » rappelle aujourd’hui le CEO. A la veille de sa faillite, la Sabena avait 80 avions et transportait 12 millions de passagers. Nous, avec 50 avions, nous comptons 10 millions de passagers…Devenus bénéficiaires, nous ne demandions plus rien aux Allemands… » Sauf que ces derniers, depuis 2016, contrôlaient 100% du capital de la compagnie : ils avaient refusé que Brussels Airlines rembourse les prêts antérieurs et avaient racheté le solde des 55% restants pour un « prix d’ami », prévu dans les accords initiaux, soit 2,5 millions d’euros, une somme ridiculement basse…
En réalité, tout s’est joué lors de l’avant dernière réunion du conseil d’administration, en novembre 2017. Bernard Gustin avait alors plaidé en faveur du « hub » bruxellois vers l’Afrique. Opposé au projet low cost, il avait mis en avant l’expertise de son personnel, la fidélité des passagers, le fait que les droits de trafic vers l’Afrique demeurent la propriété de l’Etat belge. Il avait aussi rappelé les handicaps de Düsseldorf comme futur point de départ vers un continent en pleine expansion… Rien n’y a fait. Les Allemands, sans ménagements, l’ont fait taire et les menaces n’ont pas tardé : « encore un mot, et on vous accuse, dans la presse, de mauvaise gestion… »Alors que la société était en bénéfice, un texte assassin sera d’ailleurs publié dans la presse allemande…
L’un des témoins de la réunion se souvient de l’attitude d’Etienne Davignon, président du Conseil d’administration : « alors qu’en 2001, avec Maurice Lippens il avait lancé l’idée de la compagnie, qui sans lui n’aurait jamais vu le jour, ici, il n’a pas ouvert la bouche ». Plus tard, avant la dernière rencontre de février 2018, -celle où Gustin sera congédié- Davignon déclarait encore : « je ne sais pas encore ce que je vais dire aux Allemands » Et pourtant, c’était tout vu : au cours de la réunion, ces derniers, publiquement, assurèrent à Davignon qu’ils étaient contents de savoir qu’il restait…
Alors qu’en 2008 il avait assuré qu’il n’était là que pour deux ans, dix ans plus tard, le vicomte, sans jamais envisager de démissionner, avait réussi, lui, à demeurer à bord…
Deux jours après le départ, les 80 participants à l’expédition Bike for Africa campent sur la pelouse du monastère de Melong, dans l’Ouest du Cameroun, en pays bamoun. L’équipe chargée de la logistique a dressé les tentes igloo, les douches mobiles, les WC portables que chacun gère au mieux. Le soir, après un parcours de 80km et plus de 1000 mètres de dénivellés, le buffet dressé sous un auvent blanc ressemble à un décor de mariage. Il y a déjà des bras bandés, des genoux écorchés, des coups de soleil, des symptômes de déshydratation, mais le moral est bon. Le long des pistes rouges, les enfants ont crié « courage les Blancs » et ils ont applaudi les premiers du peloton ; une cultivatrice, sa houe d’une main et son portable de l’autre, a suggéré qu’on lui envoie directement sa photo sur whatsapp… Ephrem, Emmanuel et deux autres Camerounais, cadres de la société belge Socfin productrice d’huile de palme se sont accrochés vaillamment au peloton de tête mais, épuisés ils admettent « qu’aux côtés de ces Flamands têtus, on a beaucoup appris sur les techniques du vélo mais aussi sur le mental, qui fait la différence… »
Herman Carpentier, le «père » de Bike for Africa » se souvient de la première expédition, au Rwanda et Burundi, voici huit ans. « Lorsque j’ai lancé l’idée, Gustin a marché tout de suite. A son arrivée à la tête de Brussels Airlines, il ne connaissait pas l’Afrique. Mais il y a tout de suite pris goût, mesurant l’ importance des relations avec ce continent en pleine expansion. Pour lui, non seulement il fallait renforcer l’esprit d’équipe au sein de l’entreprise, mais aussi initier nos jeunes recrues à l’Afrique, puisqu’ils allaient y consacrer une part importante de leur carrière… Après les Grands Lacs, nous sommes allés en Ouganda, au Sénégal et en Gambie. A chaque fois, les volontaires payaient eux-mêmes séjour et voyage et se faisaient sponsoriser à raison de 1000 euros par personne…Quant aux « golden sponsors » les « grands patrons » invités directement par Gustin (Deloitte, Belfius,Lampiris, Rossel, la RTBf, Abelag, Adecco, entre autres…) leur contribution s’élève à 10.000 euros par personne. »
Jorg Beissel, membre du conseil de direction d’Eurowings, n’est jamais venu en Afrique mais gravir les montagnes en vélo est son sport favori. Au Cameroun, non seulement il est passé en tête sur les sommets, mais il reconnaît avoir compris bien des choses : « j’ai été frappé par la relation très particulière du personnel de Brussels Airlines avec le continent, par l’esprit d’équipe qui anime tous les participants, quelle que soit leur fonction professionnelle. » Il assure que « ce qu’il apprécie surtout, c’est le principe de l’aide directe aux populations : un chèque de 12.500 euros pour réparer le toit de l’école de Fumbot, un gros don de 140.000 euros au bateau Mercy Ship arrimé pour dix mois à Douala… »
A l’étape de Bangourain, où tout le monde campe sur la pelouse de l’école bilingue français anglais, Gustin, noirci par le soleil et la poussière des roches volcaniques, semble avoir retrouvé le moral. Avant de se glisser dans sa tente igloo, il laisse remonter les souvenirs : « au sein de Brussels Airlines, la solidarité est très forte…Comment oublier qu’au lendemain du 22 mars 2016, alors que notre aéroport avait été détruit par les attentats et que les premiers vols partaient de Liège, tout le personnel, dès l’aube, s’est présenté. Pour aider, de n’importe quelle façon…Et comment oublier qu’au moment de l’épidémie d’Ebola, nous avons été la seule compagnie à desservir des pays comme la Guinée ou le Liberia, frappés par le virus. Personne ne s’est désisté et ce sont nos avions qui ont amené les équipes médicales, transporté les vaccins… L’engagement, c’est cela aussi… »
Certes, il est trop tôt pour en parler, mais Gustin, au cours de ces soirées africaines déchirées par les cris d’oiseaux et les ronflements des cyclistes, rêve déjà de reprendre des vols vers l’Afrique : « mais avec qui ? Vu les risques du transport aérien, il faut avoir les reins solides, compter sur un adossement fort, sur le soutien d’une grande compagnie… » Depuis la tente d’à coté, l’un de ses voisins de camping rêve déjà tout haut : « Heathrow est saturé, pourquoi ne pas tenter le coup avec British Airways ? »
Sept jours plus tard, l’aventure se termine déjà. Grands patrons, pilotes, hôtesses, mécaniciens, logisticiens, tout le monde se ressemble : maillot vert pomme, genoux éraflés, peau couleur ocre balafrée par la poussière et le soleil. Ilse Verhelst, pilier de l’organisation, a troqué son short pour une tenue d’hôtesse et à chaque participant elle offre une antilope de bois, symbole du Cameroun. Vers la fin de la cérémonie, sa voix se brise lorsqu’elle évoque « our beloved company » et qu’elle tend à Gustin un maillot vert et blanc sur lequel chacun des participants a apposé sa signature.
L’ovation debout a duré longtemps.

28 février 2018

La peinture populaire congolaise s’expose à Namur

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Le contraste est surprenant : alors que le musée africain de Namur semble sorti tout droit d’un Congo des années 60, le « débarquement » des peintres populaires congolais fait tout à coup éclater la couleur sur les murs ocres ; les masques semblent ricaner, les chicottes s’agitent, les ancêtres enfermés dans leurs vitrines tressautent de joie lorsqu’ils se retrouvent surplombés par de plantureuses sirènes, les fameuses Mamiwata…
Le nouveau conservateur du musée, François Poncelet a osé, et il a bien fait : réussissant à convaincre trois collectionneurs et amoureux du Congo, Bernard Sexe, Philippe Pellering et Boris Vanhoutte de lui prêter leurs œuvres, il a rassemblé une étonnante exposition de peintres congolais qui expriment, mieux que personne, l’âme de Kinshasa. Moke, Cheri Chenin, Cheri Samba, Ange Kumbi mais aussi des artistes moins connus en Europe se côtoient ici dans une joyeuse sarabande. Ils se moquent des perspectives académiques, n’ont pas pris beaucoup de temps pour lisser ou vernir leurs toiles, d’autant moins qu’il s’agît bien souvent de sacs venus de la minoterie de Matadi ou de simples tissus, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est l’instant, capté dans ces scènes plus urbaines que villageoises, où Moke montre la foule joyeuse qui attend la vaccination, où Shula se lance dans des visions futuristes et décrit la genèse de l’évolution, où Somi, dessinant une belle endormie et dévalisée par des rats décrit crûment le pillage de l’Afrique…
Pas un atome d’académisme ici, aucun interdit : Mika fait vivre la nuit de la francophonie de 2012 avec en avant plan de cors débridés les deux animaux symboles, le coq français et l’okapi du Congo…
Certes, il y a l’ambiance, celle des ngandas, de la danse et des bières il y a la magie du fleuve et des esprits, il y a le souvenir des ancêtres et l’hommage rendu à Moke père, qui flirte avec la modernité et arbore un portable flambant neuf. Mais surtout il y a l’audace de ces artistes autodidactes, auxquels aucune académie n’a appris à brider leur imagination. C’est ainsi qu’inspiré par Jérôme Bosch, Pierre Bodo Pambu se lance dans de somptueuses scènes de guérison, évoque des sorciers et des démons combattus par la puissance divine…
Durant longtemps, le milieu officiel de l’art, dont l’académie des Beaux Arts de Kinshasa ont boudé ces peintes populaires, autodidactes, leur reconnaissant tout au plus, une valeur anecdotique et, la crise aidant, les artistes connaissaient des conditions de vie très précaires. Cette perception a totalement changé, grâce aux collectionneurs précités, grâce à des expositions de plus en plus nombreuses, dont la plus connue est « Beauté Congo » à la Fondation Cartier. Désormais les « peintres populaires » ne sont plus seulement considérés comme des « rapporteurs » du réel, mais comme des artistes à part entière, qui multiplient les expériences formelles. Dans ce sens, l’exposition de Namur est novatrice : l’anecdote d’hier, savoureuse ou ironique, côtois désormais d’authentiques recherches artistiques, même si l’on devine quelquefois les suggestions des galeristes, qui altèrent la spontanéité de peintres de moins en moins naïfs…

28 février 2018

Le cobalt, enjeu de la future guerre du Congo

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Quel sera l’enjeu de la prochaine guerre du Congo, de la prochaine guerre pour les ressources, qui a déjà commencé ? Il s’agît du cobalt, composante essentielle des batteries électriques qui à terme devraient équiper nos voitures. Le cobalt, mais aussi les métaux rares, (niobium, germanium, antimoine, tantale, tungstène, graphite..)sont les vecteurs essentiels des technologies nouvelles, les technologies vertes qui nous permettront de dépasser l’ère du charbon, celle du pétrole et même celle du nucléaire et nourrir non seulement nos véhicules, mais nos portables, nos ordinateurs, tous ces engins « intelligents » dotés de batteries rechargeables qui se retrouveront demain dans nos bureaux et nos maisons.
De la même manière qu’hier le monde a eu besoin du cuivre, puis de l’uranium du Congo, et aussi du colombo tantalite, demain il devra se tourner vers le Congo qui détient la moitié des réserves mondiales de ce minerai stratégique. Et après les troubles qui suivirent l’indépendance, dont le cuivre du Katanga était l’un des enjeux, après les guerres des années 2000, qui visaient le coltan et la cassitérite, on peut se demander si, derrière les troubles actuels ne se profile pas, aussi, la future guerre pour le cobalt.
En effet, les autorités congolaises estiment que si le pays n’a pas bénéficié du boom du coltan au milieu des années 2000 il ne peut manquer celui du cobalt. C’est pourquoi, lors du récent salon consacré aux produits miniers « Indaba Minibng Africa » qui s’est tenu en Afrique du Sud, les représentants de la RDC sont passés à l’offensive. Le Ministre des Mines, Martin Kwabelulu, a avancé que le cobalt devait désormais être considéré comme un minerai stratégique et que, comme tel, le taux de redevnces devait passer de 2% à 10%. « Nous devons désormais mener des partenariats gagnant gagnant a souligné le ministre des mines « et revoir en conséquence un code minier jugé dépassé. »
Rappelons que le Code minier actuel, adopté en 2002, fut pratiquement dicté par la Banque mondiale et le FMI . Il faisait la part belle aux investisseurs qu’il s’agissait d’attirer à tout prix dans ce pays ruiné par la guerre et il prévoyait d’importantes exemptions d’impôts et des possibilités de rapatrier les bénéfices sur des périodes de trente ans.
Dès de la fin de la guerre en 2002, alors que le pays tentait difficilement, de se stabiliser, les investisseurs se sont bousculés et le Congo a connu un véritable boom minier, la production du cuivre passant de 450.000 à un million de tonnes. Mais aujourd’hui les autorités estiment que l’Etat et à fortiori le peuple congolais n’ont guère bénéficié de cette ouverture forcée à la mondialisation. Les « contrats chinois » dont la négociation avait commencé en 2006, ont été le premier symptôme du malaise entre le Congo et les occidentaux. En effet, alors que la première version de ces contrats prévoyait des investissements chinois pour une valeur de 9 milliards de dollars, en échange d’une quantité équivalente de cuivre, ces projets durent être revus à la baisse sous la pression des Occidentaux et se réduire à 6 milliards de dollars d’investissements, qui furent dédiés, en grande partie, à la réhabilitation du réseau routier.
Cependant , l’opacité de ces contrats, l’existence de dessous de table importants suscitèrent de nombreuses critiques et de multiples rapports ont souligné l’intéressement de la famille Kabila dans les contrats miniers.
Ces failles ont affaibli la portée des propos d’Albert Yuma, le
président de la Gecamines, Albert Yuma, qui est aussi le président de la FEC (Fédération des entreprises du Congo ). Réputé proche du président Kabila, M. Yuma a eu des mots très durs à l’encontre des investisseurs miniers occidentaux, qualifiant leurs pratiques de « délinquantes » voire de « criminelles ».
La volonté congolaise de faire passer le taux de taxation du cobalt à 10% se heurte au « front » des entreprises minières, dont la Suisse Glencore, un géant qui pèse 100 milliards de dollars et qui a été citée pour ses liaisons douteuses avec l’homme d’affaires Israélien Dan Gertler, un proche de Joseph Kabila et qui se trouve dans le collimateur de la justice américaine pour faits de haute corruption. Quant à Glencore, qui est abondamment citée dans les Paradise Papers, elle n’hésite pas à argumenter et à demander quel usage l’Etat congolais fera des taxes supplémentaires qu’elle serait amenée à payer…

L’exploitation du cobalt est tellement stratégique, pour les multinationales, pour l’allié chinois de la RDC qui possède lui aussi une bonne part des réserves mondiales de cobalt et de terres rares, et in fine pour le développement économique du Congo lui-même que la décision finale à propos de la taxation de 10% devra être prise au niveau de la présidence, qui fait aujourd’hui l’objet de pressions intenses.
Alors qu’il est désormais question de recourir à des procédures d’arbitrage (qui sont généralement favorables aux sociétés multinationales…) ce volet économique fait certainement partie de l’intense bataille politique qui se déroule actuellement en RDC où des puissances occidentales ont déjà parié sur d’autres acteurs qu’un Kabila dont le mandat a expiré et dont la légitimité a été érodée par de nombreuses affaires impliquant ses proches…
Ce n’est sans doute pas un hasard si le Botswana, un pays d’Afrique australe réputé, lui, pour sa bonne gouvernance et qui a conclu de profitables partenariats avec les sociétés occidentales (en particulier la sud africaine de Beers) a publié un communiqué dénonçant la détérioration de la situation humanitaire en RDC et accusant le président de retarder les élections et d’avoir perdu le contrôle de la sécurité de son pays…

23 février 2018

Révolte parmi des réfugiés congolais au Rwanda

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Depuis deux décennies, le Rwanda accueille 173.000 réfugiés venus du Congo mais aussi du Burundi, installés dans six camps, dont celui de Kiziba dans la province de l’Ouest. Les Congolais, venus pour la plupart du Nord et du Sud Kivu, avaient fui les affrontements ethniques qui, dans l’Est du pays avaient accompagné la progression des troupes rebelles qui mirent fin au régime du président Mobutu en 1997. Quittant Kiziba le 20 février, quelque 700 jeunes Congolais ont marché sur la ville rwandaise de Kibuye et se sont dirigés vers les bureaux du Haut Commissariat aux réfugiés, avec l’intention de se plaindre de leurs conditions de vie. Ils protestaient contre le fait que leur ration alimentaire ait été réduite de 25% alors que trois mois plus tôt elle avait déjà été rabotée de 10%. Selon une source locale, le « budget » affecté à chaque réfugié est de 25 cents par jour…Le bureau du HCR leur ayant expliqué que les fonds manquaient, (seulement 2% des 80 millions d’euros promis par la communauté internationale ont été versés) les réfugiés passèrent une nuit à la belle étoile devant les bureaux et le matin, ils se mirent à lancer des pierres sur les forces de police. Deux jours plus tard, le 22 février, les manifestations reprirent à Kibuye et les troubles gagnèrent Kiziba, qui compte quelque 17.000 réfugiés : des jeunes attaquèrent un poste de police situé dans le camp et prirent des forces de l’ordre en otages. La riposte fut très violente : des policiers ouvrirent le feu sur les jeunes armés de pierres et de bâtons. Selon la police, le bilan est de 5 morts et 20 blessés parmi les réfugiés congolais, mais une source locale nous cite le chiffre de 22 victimes.
Ces réfugiés congolais au Rwanda représentent une bombe à retardement car ils ne peuvent étudier au-delà de la 4e année du secondaire et en dépit des accords conclus entre Kinshasa et Kigali, leur rapatriement n’a pas commencé. Un programme du HCR organise le transfert des jeunes gens vers un pays tiers, les Etats Unis en l’occurrence, mais selon notre source, les dossiers des candidats au départ sont fréquemment trafiqués au profit de jeunes Rwandais, ce qui accroît le sentiment d’exaspération des réfugiés du Congo qui se sentent pris en otages…

23 février 2018

Les manifestants chrétiens ne seront pas seuls

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Sans être découragés par la répression qui a frappé les marches du 31 décembre et du 21 janvier, les catholiques du Congo se préparent, dimanche 25 février, à répondre une nouvelle fois à l’appel du Comité des laïcs chrétiens (CLC) qui organise une nouvelle journée de manifestations qui, comme les précédentes, se veut pacifique et non violente. Estimant qu’il faut « barrer la route à la dictature », les organisateurs réclament des élections libres, transparentes et apaisées et ils exigent que, conformément aux promesses de décrispation, les prisonniers politiques soient libérés. « Le moral est bon » nous assure l’un des organisateurs, l’historien Isidore Ndaywel « et cette fois nous bénéficions du soutien d’autres églises, les protestants nous appuient ouvertement tandis que les musulmans ont publié un communiqué démentant qu’ils aient été opposés à notre démarche ». Les organisateurs redoutent cependant des troubles sinon des provocations. En effet, une organisation dénommée « les jeunes du PPRD », qui affiche un soutien sans faille au président Kabila, a annoncé que ses membres se rendraient dans les églises « afin de prévenir des risques de troubles de l’ordre public ». Le parti présidentiel estime en effet que l’opposition et en particulier l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) a rejoint l’initiative des catholiques pour la noyauter et son président Papy Pungu Lwamba assure que «le pays est victime d’un complot ».

21 février 2018

Une commission interministérielle se penche sur les “vaches sans frontières”

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Pour répondre aux interrogations et aux inquiétudes que suscitent toujours les troupeaux de « vaches sans frontières » qui se trouvent actuellement dans le Bandundu, le gouvernement congolais, après des semaines d’hésitation, a décidé d’envoyer une mission interministérielle dans les provinces du Kwilu et du Kwango. Des représentants de six ministères (Economie, Agriculture, Affaires coutumières, Environnement, Pêche et Elevage ainsi que l’Intérieur) vont devoir s’assurer de l’état de santé du bétail et régler les problèmes de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs. Ces vaches aux longues cornes, communément appelées « zébus », évoquent en effet les vaches Ankole très prisées dans la région des Grands Lacs : ces bovins de grande taille et à la robe fauve font l’objet d’une véritable vénération, parmi les Tutsis du Rwanda et du Burundi comme parmi leurs cousins Banyamulenge du Sud Kivu ou les Hema de l’ Ituri et de l’Ouganda, tandis que la possession de grandes troupeaux, même peu productifs, est un signe de richesse et de prestige. Depuis décembre dernier, l’arrivée de ces troupeaux dans les savanes du Kwilu et du Bandundu, -où sévit la mouche tsé tsé qui s’attaque au bétail-, avait suscité bien des questions. En effet, si les bergers assuraient qu’ils étaient partis de la ville d’Uvira au bord du lac Tanganyika et que des témoins locaux interrogés par téléphone ont confirmé que les pasteurs Banyamulenge (Tutsis congolais vivant dans les Haut Plateaux du Sud Kivu) avaient bien convoyé du bétail en partance pour une destination inconnue, aujourd’hui l’état de fraîcheur de ces troupeaux, après une longue marche de plus de 2000 kilomètres, a surpris tous les observateurs.
Jean Scohier Muhamiriza, ainsi que Müller Ruhimbika, deux ressortissants d’Uvira et des Haut Plateaux, ont tenu à réagir au nom de leurs compatriotes et ils nous ont priés de faire savoir que les bouviers accompagnant les troupeaux n’étaient pas lourdement armés ainsi que nous l’avions écrit sur base de témoignages oculaires, qu’ils étaient en possession de leur carte d’électeur et que le but final de leur périple était d’alimenter en viande les marchés de Kinshasa : « alors que dans notre région une vache se vend 500 dollars, à Kinshasa, elle peut valoir quatre fois plus soit atteindre les 2000 dollars » assurait l’un de nos interlocuteurs.
Alors que les troupeaux sont déjà arrivés dans la région de Kenge, (province du Kwango) d’où ils pourront aisément gagner la périphérie de Kinshasa, même la conférence épiscopale (CENCO) s’est inquiétée de ces « éleveurs étranges » demandant aux autorités de prendre les dispositions nécessaires pour rassurer et sécuriser la population.
La mission gouvernementale permettra peut-être de répondre aux nombreuses questions qui demeurent en suspens : comment se fait-il qu’hommes et bêtes soient arrivés frais et dispos après avoir parcouru une aussi longue distance ? Les bouviers étaient-ils armés, ainsi que l‘assurent tous les témoins interrogés, depuis Uvira ville de départ jusqu’à Kenge, étape actuelle ? Disposaient ils de laissez passer leur permettant de franchir les barrières sans être inquiétés et sans devoir « jeter du lest » ? Et dans ce cas, quelle est l’autorité qui avait dispensé les sauf conduits ? Cette dernière question est d’autant plus pertinente qu’au sein de l’opinion congolaise d’aucuns parlent déjà d’une « infiltration » voire d’une «invasion » en provenance du Rwanda tandis que d’autres suggèrent que ces belles vaches à la robe fauve pourraient prendre la direction de Kingakati, le vaste domaine situé aux portes de Kinshasa où le président Kabila aime recevoir ses hôtes ou s’entretenir avec les membres de sa majorité…A moins que, transformé en prospère éleveur, il n’y prenne sa retraite…

21 février 2018

Retour sur une histoire qui saigne encore, celle des années 60

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En marge des historiens professionnels, des chercheurs indépendants, profitant de l’ouverture des archives, continuent à porter les projecteurs sur les zones d’ombre des années 60, qu’il s’agisse des journées tragiques qui suivirent la proclamation de l’indépendance et de l’intervention de l’armée belge, ou des rébellions qui débouchèrent sur l’intervention des paras belges à Stanleyville en 1965.
C’est ainsi que Hugues Wenkin, spécialiste militaire, a publié aux éditions Weyrich un livre à la fois très beau, très émouvant et aussi très dérangeant. (1) Un très bel ouvrage, bien édité et illustré, l’auteur ayant eu accès a des photos d’archives inédites, à des récits consignés dans des carnets de notes personnels, à des souvenirs recueillis in extremis auprès des derniers témoins. On redécouvre ainsi toutes les facettes de la présence militaire belge au Congo en 1960, l’importance des bases militaires, l’encadrement de la Force publique dont les soldats, bien formés, n’hésitèrent cependant pas à barrer la route aux militaires belges envoyés depuis Bruxelles pour mater les troubles. L’auteur rappelle aussi les frustrations de ces soldats qui avaient le sentiment d’être négligés par rapport aux politiques, ce qui déboucha sur la révolte, la violence, la répression. Photos et témoignages à l’appui, l’auteur raconte l’ambiance de cette « fin d’empire », les efforts déployés par Lumumba et Kasa Vubu pour reprendre le contrôle de la situation, le rapatriement des Belges, qui a tellement marqué les esprits en métropole…Il relate aussi avec précision comment, à Bruxelles, les « faucons « l’emportèrent, menant à l’attaque is à l’occupation du port de Matadi. Cartes à l’appui, l’auteur relate une opération militaire de grande envergure, où les troupes belges sont confrontées à une sérieuse résistance et où l’assaut de la cité portuaire se traduit aussi par un bain de sang. Cette « opération Camoëns » se solde par un bilan désastreux : non seulement Matadi doit être évacuée et sera mise à sac, mais l’attaque embrasera tout le Congo, provoquera l’emballement de la crise et le pire scenario possible, l’exode des Belges. Qui prit la décision d’attaquer Matadi ? Pourquoi les faucons l’ont-ils emporté à Bruxelles ? La question demeure ouverte car, au cours de ses investigations, Wenkin a découvert que, curieusement, des pages manquaient dans les archives, celles qui concernaient l’attaque sur Matadi…Ce qui a incité le député Ecolo Hellings à poser une question parlementaire sur le sujet…
Voyage au cœur des rebellions
Quant au chercheur Ludo de Witte, il avait déjà défrayé la chronique en démontrant la responsabilité de la Belgique dans l’assassinat de Patrice Lumumba, ce qui avait suscité une commission d’enquête parlementaire sur le sujet. Poursuivant ses investigations, de Witte a passé plusieurs années à étudier une période cruciale, celle des rébellions nationalistes qui, en 1964, contrôlaient plus de la moitié du territoire et qui furent décrites à l’époque comme la plus grande révolte paysanne du XXe siècle. Avec minutie, de Witte a interrogé toutes les sources, les archives belges et américaines, des témoignages personnels et relu attentivement le récit du colonel Vandewalle, qui dirigea l’Opération Ommegang.
Presque comme Wenkin à propos des évènements de juillet 60, de Witte souligne le contraste entre les « faucons » de Bruxelles, désireux d’intervenir par la force et le relatif pragmatisme des Belges restés sur place et vivant dans les zones contrôlées par l’armée rebelle : nos compatriotes constatent que les mulélistes ne les menacent pas directement, ils sont soucieux de protéger leurs affaires et en Belgique, ils trouvent écho auprès de ceux qui redoutent qu’une intervention militaire n’entraîne des représailles.
En cette période de guerre froide, cette position pragmatique est d’ailleurs critiqué par les alliés occidentaux de la Belgique, les Britanniques et surtout les Américains, et finalement c’est la solution dure qui l’emportera, la Belgique, appuyée par des mercenaires, misera sur l’écrasement total des rébellions et… sur la mise en place du régime Mobutu, qui se maintiendra durant trois décennies.
Minutieux, précis, cet ouvrage très complet décrit aussi la fin de Moïse Tshombe : l’homme sur lequel les Belges avaient tant misé pour garder le contrôle du Katanga en 1960 et qu’ils considéraient comme leur allié, était, en 1964, devenu Premier Ministre à Léopoldville. Soucieux de bâtir sa légitimité, il reprit le combat nationaliste de Lumumba et décida de récupérer, sans dédommagement, les droits et contreparties des sociétés coloniales, faisant valoir la souveraineté du Congo sur les terres et les mines que l’Etat indépendant puis l’Etat colonial s’étaient appropriés.
Cette affaire du « portefeuille » se conclut par un accord entre Belges et Congolais, mais la confiance était rompue : Spaak confia à l’époque que l’Occident ne pouvait guère compter sur Tshombe pour défendre ses intérêts vitaux et les « Binza boys » (Bomboko et Mobutu, proches des Américains) se mirent à saper la position du Premier Ministre, qui, par ailleurs, était honni par ses pairs africains qui le tenaient pour responsable de la mort de Patrice Lumumba.
Lorsque le 25 novembre 1965 le général Mobutu prit le pouvoir, Paul Henri Spaak écrivit : « il faut absolument éviter que nos compatriotes manifestent trop ouvertement une satisfaction que leur donne le changement de régime… » et cela alors que les messages de félicitations commençaient à affluer à Kinshasa.
Hésitations et double jeu des Belges, pressions des alliés, nationalisme congolais, omniprésence de l’affairisme : l’histoire tourne en boucle et pour comprendre les remous d’aujourd’hui, il est indispensable de lire attentivement ce livre essentiel qui décrit l’avènement d’une dictature…

1. Hugues Wenkin, le Congo s’embrase, éditions Weyrich,
2. Ludo de Witte, l’ascension de Mobutu, comment la Belgique et les USA ont installé une dictature, Investig’ action

15 février 2018

L’équation de Sisyphe

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C’est une équation vieille comme le monde : l’argent, le pouvoir et le sexe. Elle s’est appliquée dans l’affaire Harry Weinstein, elle se révèle aujourd’hui à propos d’Oxfam. Il faut dénoncer, s’indigner, évidemment. Et faire en sorte que cela ne se reproduise plus ou que tout au moins cela s’arrête. Que les femmes puissent parler, briser le consensus mou qui rendait acceptable ces scandales à répétition.
Mais en même temps, il ne faut pas faire semblant de découvrir des évidences. Car enfin, pour quiconque a quelque peu voyagé, les faits crèvent les yeux : partout où il y a des différences de statut social, de moyens financiers, des rapports de pouvoir ou de prestige, le sexe s’installe sur des bases inégales. Il suffit de se promener sur les plages d’Afrique, d’Asie ou des Caraïbes pour voir que les touristes issus de nos contrées ne sont pas plus indifférents aux tentations que les humanitaires ou que les militaires en opération, ou que les journalistes. A-t-on oublié la colonisation ? Pour ne prendre que le seul exemple du Congo belge,a-ton oublié que les premiers Belges, ou Européens de manière générale, à gagner l ’Afrique centrale venaient seuls et qu’ils avaient tôt fait de se trouver une « ménagère » qui partageait leur quotidien, la cuisine et aussi le lit. De nombreux métis sont nés de ces unions temporaires,et ils peinent aujourd’hui encore, à être reconnus par les honorables descendants de leurs lointains géniteurs. Et croit on que les missionnaires qui vivaient au fond des brousses étaient tous de purs esprits ? Ils enseignaient la religion, disaient la messe, se chargeaient de l’enseignement, mais certains d’entre eux avaient des manières bien particulières de christianiser les bons sauvages, parmi lesquels de nombreux jeunes garçons.
Les « hauts faits » des mercenaires ont défrayé la chronique des années 60, mais par la suite les pratiques ont persisté : partout où l’on envoyait des militaires blancs, des « femmes libres » suivaient. Aujourd’hui encore, la présence de Casques bleus est souvent synonyme de prostitution, d’enfants métis que les Nations unies ne reconnaissent pas. Il arrive cependant que des abus soient sanctionnés (dans le cas du contingent marocain qui fut retiré de l’Ituri par exemple). Les militaires incriminés sont alors traduits devant les tribunaux de leur pays d’origine et les victimes, jamais dédommagées, sombrent dans l’oubli.
Evidemment, des promesses sont faites, des mesures sont envisagées « tolérance zéro » devient peu à peu autre chose qu’un slogan… Mais dans la réalité ? Les relations entre hommes et femmes sont ainsi faites que, sous toutes les latitudes, le pouvoir et l’ argent sont l’une des composantes de l’attirance.
En Afrique, les Chinois sont à peu près les seuls à échapper à la tentation, non par vertu mais parce que, touchant leur solde dans leur pays, ils ont peu de liquidités…A quoi s’ajoute un relatif manque d’attirance…
On a raison, évidemment, de s’indigner, de rehausser les barrières morales, de lutter contre l’impunité, contre les abus. Mais il faut se garder de désigner une seule cible, qu’il s’agisse hier du monde du cinéma ou du pouvoir politique, ou, aujourd’hui les humanitaires ou , demain sans doute, les militaires, les journalistes…Il faut aussi, humblement, se souvenir de la nature humaine et au nom de la civilisation, essayer de dompter l’animal qui ne dort jamais qu’à moitié…Il s’agît là d’une tâche qui, sous toutes les latitudes, s’apparente à celle de Sisyphe…

15 février 2018

Des vaches sans frontière dans le Bandundu

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Depuis l’inauguration du projet agro industriel de Bukanga Lonzo dans le Kwilu, les populations locales sont inquiètes. N’ayant été associées ni à la conception ni à la réalisation de ce vaste projet qui nécessita un investissement de 80 millions de dollars, les communautés de la région redoutent être victimes d’accaparement de terres situées le long du fleuve Kwango, qui coule jusqu’en Angola et dont le lit est réputé pour sa richesse en diamants. Depuis quelques semaines, l’inquiétude est montée de plusieurs crans : plus de 5000 zébus aux longues cornes défilent sur les pistes de la province. Selon des témoins locaux, ces vaches se trouvent déjà à Bukanga Lonzo et à Popokabaka et avec elles 452 familles de bergers. Député membre du Palu (parti lumumbiste unifié), Adolphe Muzito, ancien Premier Ministre et ressortissant du Kwilu, intrigué par cette invasion pacifique, s’est rendu sur le terrain. Les pasteurs lui ont expliqué que, suivant leurs troupeaux, ils étaient venus à pied depuis Uvira dans le Sud Kivu, sur la frontière du Burundi. Dépourvus de tout document de voyage ou autorisation (dans un pays où à chaque kilomètre des barrières arrêtent les voyageurs pour vérifier les documents et percevoir une redevance..)ces pasteurs ont reconnu qu’ils avaient l’intention de vendre leurs vaches afin d’approvisionner Kinshasa en viande. Adolphe Muzito nous a confié pour sa part que « certains bouviers ainsi que des témoins locaux lui avaient confié que ces vaches venaient « de plus loin encore » que la ville d’Uvira, qui jouxte le Burundi mais aussi le Rwanda. » Le député explique l’inquiétude des communautés locales par les incertitudes de la loi foncière : « la loi Bakanjika prévoit qu’en principe les terres appartiennent à l’Etat, mais elle prévoit aussi que les communautés locales bénéficient de concessions perpétuelles sur la « terre des ancêtres » ce qui leur permet de négocier avec d’éventuels investisseurs. Or ici, les communautés locales n’ont pas été consultées et elles se demandent si ces immenses troupeaux ne vont pas s’installer de force sur leurs terres… »
A Kinshasa, Jean-Paul Moka, fondateur du « mouvement bleu » et lui-même originaire du Bandundu, est également monté au créneau. Il met en doute la longue marche de ces « vaches sans frontières » et se demande si ces troupeaux n’auraient pas été transportés par avion militaire, des appareils C130 plus précisément, qui se seraient posés sur l’aéroport dont dispose le projet de Bukanga Lonzo. En outre, relève-t-il, de tels appareils ne se trouvent ni à Uvira ni dans la plaine de la Ruzizi, mais bien en Ouganda où sont installées des bases militaires américaines dans le cadre de la lutte anti terroriste.
Une autre alerte a été donnée par l’Association des professeurs originaires du Kwango, dont le secrétaire l’abbé Phocas Pfunga Pfunga relève que de telles vaches aux longues cornes n’existent pas dans la région et que leurs accompagnateurs qui parlent une langue étrangère se dirigent vers Popokabaka et Tsakala Mbewa, d’où la route mène directement à Kinshasa.
Rappelant des schémas comparables dans le Nord Katanga, le Kasaï, et surtout l’Ituri, qui ont mené à des guerres interethniques, le pasteur Moka insiste pour que ces nouveaux venus soient ramenés à leur point de départ.
Dans l’Ituri précisément, des affrontements entre Hema (éleveurs) et Lendu (agriculteurs) ont fait plusieurs dizaines de morts depuis la mi-décembre et provoqué le déplacement de 200.000 personnes, ce qui jette le doute sur la possibilité de tenir des élections dans ces zones troublées. Au Kasaï déjà, l’insécurité et les déplacements de population avaient, en 2017 empêché le recensement des électeurs et la préparation du scrutin.
Le défilé des zébus venus de l’Est pourrait avoir d’autres finalités encore ; lourdement armés, les pasteurs-guerriers pourraient s’en servir pour se rapprocher de Kinshasa (une tactique déjà utilisée au moment de la chute de Mobutu en 1997 lorsque la capitale avait été infiltrée par des nuées de pseudo-mendiants qui se sont avérés des militaires déguisés. A cela s’ajoute le fait qu’à Bangui, capitale de la Centrafrique, la rive du fleuve Oubangui qui marque la frontière avec la RDC est désormais occupée par les Casques bleus rwandais de la Monusco. Ces militaires aguerris protègent le président centrafricain Touadéra, surveillent étroitement le voisin d’en face et, disposant de bateaux rapides, ils pourraient, si nécessaire, aisément gagner Kinshasa.

13 février 2018

A Goma, le festival Amani sème le feu et… récolte la tempète

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Durant trois jours, le festival Amani a mis le feu à Goma mais aussi… récolté la tempète !
Le dernier jour en effet, alors que Chameleon était bien campé sur la tribune, acclamé par un public de plus de 15.000 jeunes sautant et trépignant d’enthousiasme, le vent s’est soudain levé, accompagné d’une pluie diluvienne qui a fait fuir les plus prudents. Les organisateurs se sont trouvés confrontés à un choix difficile : ou bien ils laissaient tout en place et prenaient le risque de voir le podium s’effondrer, ou bien, en hâte, ils décidaient d’évacuer les lieux et de mettre brutalement fin au festival.
Vu la difficulté de la deuxième solution, il ne resta plus qu’à invoquer la clémence du ciel, afin qu’il épargne de ses foudres le Collège Mwanga.
Message reçu en haut lieu: Chameleon put, presque par miracle, poursuivre sa prestation et la troisième et dernière journée du festival se termina dans l’enthousiasme général. Une fois de plus, l’initiateur du projet Eric de Lamotte put se dire heureux et soulagé : pas d’incident majeur, seulement le bonheur d’être ensemble, de réunir plus de 30.000 jeunes durant trois jours, de démontrer que « Kivu got talent » qu’il y a du talent au Nord Kivu, mais aussi dans toute la sous région, car les artistes, se présentant sur trois podiums, étaient venus du Burundi, du Rwanda et même d’Ouganda, récoltant tous le même accueil enthousiaste…
Une fois de plus, pour sa cinquième édition, Amani s’est imposé comme le plus important des festivals d’Afrique centrale. Durant trois jours Goma a vibré au son du rapp, du rock, des tambours du Burundi, des instruments traditionnels du Nord Kivu et surtout de la joie communicative des 30.000 jeunes qui se sont pressés, =au prix modique de un dollar par jour=, sur la pelouse du collège Mwanga afin de sauter, de lever les bras et de crier tous ensemble qu’ils veulent chanter et danser pour le changement, pour la paix.
Pour sa cinquième édition, Amani a pulvérisé les records d’audience grâce à des vedettes régionales comme les Rwandais Angel Mutoni et Kode, et des stars africaines comme Teme Tan et Ferre Gola.
Cependant, d’année en année, Amani ne se contente plus d’être un spectacle tonique, une bouffée d’espoir dans cette région toujours instable : le festival donne aussi des perspectives aux jeunes, récompense les plus entreprenants. C’est ainsi qu’un jeune musicien de la ville, René Byamungu, qui a avait suivi les master classes données par quelques stars, a pu se qualifier pour « The Voice Afrique » et que de jeunes entrepreneurs se voient chaque année récompensés pour leurs innovations, comme Kivu Green, une application qui devrait permettre aux agriculteurs de la région d’être connectés au marché et de connaître, au jour le jour, l’évolution des prix et surtout celle de l’offre et de la demande.
Les tensions politiques de l’heure n’ont pas eu d’influence sur le déroulement du festival, où la politique était interdite dans l’enceinte. Sauf une note d’inquiétude à propos du sort d’un chanteur bien connu dans la ville, Black Man Bauma. Ce dernier, lauréat d’un précédent festival, mais n’étant pas participant à cette cinquième édition, avait composé un rapp au titre provocateur, «Dégage »…C’en était déjà trop pour les autorités ultra sensibles, et au début du week end, Black Man disparut mystérieusement, ce qui inquiéta sérieusement ses compatriotes de Goma. Le chanteur réapparu trois jours plus tard du côté de Munigi et expliqua qu’il avait été enlevé par des inconnus et sérieusement passé à tabac. Ce qui rappela à tous qu’au Congo, la politique n’ est jamais loin…
Cependant, avec son village associatif, où des dizaines d’associations actives dans la région montrent leurs activités, son prix de l’entrepreneuriat, ses quatre scènes vibrantes de musique et sa pelouse labourée par des spectateurs enthousiastes, Amani permet de faire le plein d’optimisme et démontre qu’au bord du lac Kivu et au pied du volcan Nyiragongo qui gronde dans la nuit, tout demeure encore possible, y compris le meilleur…