9 août 2018

Kabila, premier président du Congo à partir volontairement

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C’était peut-être à contre cœur, en jouant la montre, en maintenant le suspense jusqu’à la dernière minute… Mais l’essentiel, c’est tout de même que Joseph Kabila ait tenu parole et respecté la Constitution. Même si, durant deux ans il a joué les prolongations, le président sortant a fini par accepter de ne pas se porter candidat pour un troisième mandat. Dans les eaux troubles de la politique congolaise, il a jeté un « dauphin » qui devra bientôt se transformer en requin s’il veut survivre… Cette décision n’a sans doute pas été facile à prendre : c’est la première fois, depuis l’indépendance du Congo, qu’un chef d’Etat se retire de son plein gré, sans être renversé ou assassiné, et bien des pays voisins sont encore dirigés par des présidents à vie. Si le statut d’ancien chef de l’Etat qui vient d’être voté lui permet de vivre dignement dans son pays et s’il respecte les règles du jeu, Joseph Kabila entrera dans l’histoire du Congo.
Les « félicitations du jury » ne devraient cependant pas occulter les réserves et les questions qui demeurent nombreuses. Car il est probable qu’Emmanuel Shadary, -s’il est élu-, sera le « Medvedev » d’un Kabila qui, devenu le chef incontesté de son parti, aura la capacité et les moyens d’influencer le pouvoir de son successeur. En outre le processus électoral lui-même suscite encore bien des inquiétudes : l’éviction de Moïse Katumbi, si elle se confirme, déçoit une large frange de l’opinion, il n’est pas certain que Jean-Pierre Bemba sera autorisé à concourir, les autres candidats sont désargentés, prêts à bien des compromis pour pouvoir demeurer dans la course. Quant à la Commission nationale indépendante, elle n’est alimentée que par le seul budget congolais, ce qui écarte les financements mais aussi les techniciens et les observateurs étrangers. Cette relative solitude conforte sans doute le nationalisme mais surtout, elle ouvre la voie à toutes les critiques. Qu’il s’agisse du nombre d’électeurs enregistrés ou de la désormais fameuse « machine à voter »une imprimante d’origine coréenne qui permettra de gagner du temps mais manquera toujours d’un carburant essentiel, c’est à dire la confiance de toutes les parties.
On peut déjà parier que les futures élections, avant même d’être organisées, seront frappées de suspicion tant par une communauté internationale sceptique et écartée de la surveillance des opérations que par les perdants ou les disqualifiés et il est à craindre que le maintien de l’ordre fera encore des victimes…Mais faut-il pour autant rejeter le bébé avec l’eau du bain, nier la validité du processus engagé dans l’hypothétique espoir d’une « transition sans Kabila » ? Dans l’absolu, une « transition citoyenne » menée par des individus et des institutions réellement neutres mènerait sans doute à un changement plus profond et permettrait à de nouvelles forces d’émerger. Mais au vu de l’appareil de sécurité mis en place, chacun sait aussi que le prix d’une éviction brutale du chef de l’Etat sortant serait élevé en termes de vies humaines, que les risques d’une nouvelle déstabilisation du pays seraient bien réels. Qui oserait tenir un tel pari ? La population congolaise est certainement fatiguée des dix-sept ans de règne de Kabila et elle aspire à un changement en profondeur. Mais le mieux, ambitieux et radical, peut aussi être l’ennemi du bien, modeste et progressif…

9 août 2018

Le dauphin de Kabila est un homme de l’ombre et de réseaux

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La présentation d’Emmanuel ShadaryRamazani comme candidat du Front commun pour le Congo, la plate forme constituée autour de la majorité présidentielle, a commencé par surprendre, par susciter des commentaires en sens divers : « tout çà pour çà », « un homme de l’ombre », « Le Medvedev de Kabila/ Poutine » .. Il est vrai que le secret avait été bien gardé et la mise en scène opaque à souhait : à la veille du délai fixé pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle, les représentants de la majorité avaient été convoqués à Kingakati, la ferme du président Kabila, pour une ultime réunion dont rien ne filtra, les portables ayant été coupés et les réseaux sociaux désactivés. Alors que Kinshasa retenait son souffle, que le dispositif de sécurité avait été renforcé dans la ville, il fallut attendre l’extrême fin du délai fixé pour découvrir, d’un seul coup, les deux nouvelles du jour : Kabila avait respecté son engagement à ne pas se représenter et son dauphin était un homme relativement peu connu à l’extérieur du pays, mais ayant gravi méthodiquement tous les échelons du pouvoir.
Né en 1960, Emanuel ShadaryRamazani est originaire du territoire de Kabambare au Maniéma, une province centrale, enclavée, jouxtant à la fois le Kivu et le Katanga, et dont est originaire Maman Sifa, la mère du président sortant. Les liens entre Joseph Kabila et Emmanuel Shadari sont plus anciens qu’on ne le pense : membre de la société civile du Maniéma du temps de Mobutu, Shadary fut élu, à deux reprises, député national et dès le début, il accompagna le développement du parti présidentiel, le PPRD (parti du peuple pour la reconstruction et le développement)dont il finit par devenir secrétaire général adjoint et coordinateur de la majorité présidentielle. A chacun de ses déplacements dans cette province parfois oubliée, c’est chez Shadary que logeait Joseph Kabila alors même qu’un autre fils du Maniéma, Augustin MatataPonyo occupait le devant de la scène comme Premier Ministre et qu’Aubin Minaku présidait l’Assemblée nationale.
Ayant étudié les sciences politiques à Kinshasa, s’exprimant aussi bien en lingala, la langue de Kinshasa et de l’ouest du Congo qu’en swahili, Emmanuel ShadaryRamazani fut longtemps considéré comme un disciple d’Evariste Boshab, auquel il succéda comme ministre de l’Intérieur en 2016. Un poste exposé, qui l’amena à être tenu pour responsable de la répression menée lors des manifestations anti-Kabila et à être frappé par des sanctions européennes.
Homme effacé, courtois, aussi peu flamboyant que Joseph Kabila lui-même, Emmanuel Shadaryest décrit comme un homme de l’ombre qui a méthodiquement assuré son emprise. « Comme ministre de l’Intérieur, il est devenu le maître de la « territoriale » nous assure l’un de ses proches «tous les responsables administratifs qu’il a nommés dans les provinces lui sont acquis et au moment des élections, il s’agira d’un atout essentiel. » Sur le terrain, le travail a été mené avec méthode : « durant des mois, doté d’un avion que le parti avait loué pour lui, Shadary a parcouru tout le pays et, si à l’étranger il est peu connu, il n’en va pas de même dans le Congo profond… »
Président du parti après en avoir été secrétaire national, le dauphin de Kabila est donc un homme de réseaux, qui se gardait bien d’apparaître au premier plan. Apparemment dépourvu de fortune personnelle (ce qui peut représenter un handicap mais n’est pas un défaut…)lecandidat surprise dépendra donc de son mentor, de la même manière qu’il devra compter sur ce dernier pour s’assurer le contrôle de l’armée où le général Amisi dit Tango Four (récemment promu chef d’état major adjoint chargé des opérations et du renseignement..) est le seul à être originaire du Maniéma. Pour le ministre des affaires étrangères SheOkitundu, « la nomination de Shadary est le fruit d’une réflexion mûrement réfléchie ; notre candidat répond aux onze critères qui avaient été fixés par notre plate forme et il a franchi toutes les étapes pouvant le mener au pouvoir suprême. Originaire d’une petite province, certes, il a vécu au Katanga et à Kinshasa et dans l’Equateur il s’est exprimé en lingala… »
Quant aux pays voisins, et en particulier le Rwanda et l’Angola, SheOkitundu estime qu’Emmanuel Shadari sera à même de les rassurer, tandis que le président sud africain Cyril Ramaphosa s’est annoncé pour vendredi à Kinshasa. En Europe, la quasi éviction de Moïse Katumbi, empêché de regagner son pays pour y déposer sa candidature, n’a pas fini de faire grincer des dents et on se demande si la candidature de Jean-Pierre Bemba (qui n’a pas vécu au Congo l’année écoulée car il était détenu à La Haye ) sera jugée recevable.
Ciblé par des sanctions européennes, le dauphin venu du « Congo de l’intérieur » devra apprendre à nager dans les eaux internationales. Il devra aussi faire face à la rancune des Français qui furent obligés de payer une rançon pour obtenir la libération d’otages qui, travaillant pour la société Banro, active au Maniéma et au Sud Kivu, avaient été capturés par les Mai Mai. Shadari, alors ministre de l’Intérieur, s’était révélé impuissant…

9 août 2018

Kabila reste le maître du temps

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Jusqu’au bout, Joseph Kabila aura démontré qu’il n’avait pas d’autre agenda que le sien. Qu’il était le maître du temps, le champion du silence et du secret. Qu’on en juge : alors qu’ils se dirigeaient vers la ferme appartenant au chef de l’Etat, à quelques dizaines de kilomètres de Kinshasa, les membres de la coalition politique appelée « Front commun pour le Congo » une vaste plate forme réunissant plusieurs partis ignoraient tout du choix qui leur serait présenté ! Ils avaient aussi été priés de couper leurs portables et de s’abstenir de communiquer avec le monde extérieur ! Certes, les formes avaient été respectées : les principaux responsables des FCC avaient été priés, voici deux jours, de remettre une liste de quatre noms, ceux de quatre candidats possibles pour l’élection présidentielle, et certains d’entre eux, pressentant un piège, s’étaient empressés d’indiquer le nom de Kabila lui-même ! Flagorneurs ? Certainement. Mais aussi prudents car qui peut distinguer la soif de vérité et la capacité de représailles d’un homme qui ne se sentirait plus suffisamment suivi ? Un premier signe avait déjà inquiété : KinKieyMulumba avait décidé de faire cavalier seul et de présenter, à titre personnel, sa propre candidature. Or KInKIey n’est pas n’importe qui : le fondateur du magazine « le Soft » et excellent journaliste par ailleurs excelle à humer l’air du temps et à quitter le bateau avant la tempête. N’avait il pas été le dernier porte parole de Mobutu, avant de rallier les rebelles du RCD Goma puis de rejoindre Joseph Kabila avec un enthousiasme qui le mena à lancer, voici trois ans déjà, un mouvement d’adhésion au chef qui s’appelait « Kabila Désir » et… qui ne rencontra que peu d’adhésions spontanées. Aujourd’hui l’ancien ministre des télécommunications a décidé de rouler pour lui-même… Que sait-il, que pressent-il que les autres ignorent encore ?
Quelle que soit l’issue de la réunion, la procédure a de quoi inquiéter : fallait-il réellement entretenir aussi longtemps le suspense, tenir en haleine une opinion qui ne demande qu’à pouvoir effectuer en décembre un choix démocratique et raisonné, discréditer ou tenir à l’écart des opposants comme Moïse Katumbi ? Une telle pratique du secret ne confirme-t-elle pas une préoccupante manière de gouverner : par défi sinon par arrogance ? La population congolaise mérite mieux.

9 août 2018

Toute crise au Congo est internationale

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Une situation stratégique au cœur de l’Afrique… Des ressources telles que le cobalt, le coltan, l’uranium, indispensables aux technologies modernes, mais aussi l’eau et la forêt, essentiels en ces temps de réchauffement climatique… Le plus peuplé (85 millions d’habitants…des pays de la francophonie, neuf voisins qui comptent sur les ressources du Congo pour se développer ou qui redoutent la contagion du désordre… Les espoirs mais surtout les crises du Congo n’appartiennent pas aux seuls Congolais et, quel que soit le nationalisme voire le souverainisme des dirigeants du pays, les échéances à venir concernent les pays voisins, intéressent l’Afrique toute entière et ne laissent pas indifférentes les puissances membres du Conseil de sécurité.
Au cours des deux années qui ont suivi la fin officielle du mandat du président Kabila, la RDC a été placée sous haute surveillance. Si l’accord de la Saint Sylvestre, conclu après la médiation avortée de l’ancien président togolais EdemKodjo fut avalisé de toutes parts, c’est parce qu’il balisait le processus de sortie de crise et que le président Kabila avait réussi à convaincre l’opinion internationale de sa détermination à respecter le prescrit constitutionnel et les délais finalement consentis tandis que l’opinion congolaise demeurait, elle, plus circonspecte. Au fil des mois cependant, les Occidentaux ont durci leurs positions : la répression violente des marches pacifiques des chrétiens, s’ajoutant à des avalanches de rapports accablants sur la corruption et les avoirs de la famille Kabila, ont choqué l’opinion et déclenché des vagues de sanctions ciblées. Privation de visa, gels des avoirs, interdiction de voyager : des mesures ont commencé à frapper de hautes personnalités du régime, hauts gradés de l’armée, responsables des services de sécurité, proches de Kabila, même si lui-même a été épargné. Les Américains ont donné le là, mais la Belgique n’a pas été en reste et, après la première marche des chrétiens, un froid polaire s’est installé entre Bruxelles et Kinshasa, se traduisant par le rappel des ambassadeurs, la fermeture, demandée par Kinshasa… de la maison Schengen dispensatrice de visas, la réduction des fréquences de Brussels Airlines…De part et d’autre, les sanctions visaient à faire mal, à toucher aux intérêts économiques de la Belgique, à humilier des responsables congolais et, par ricochet, à priver d’accès à l’Europe d’importantes personnalités du régime mais aussi des citoyens lambda, désormais empêchés de venir étudier, commercer, participer à des conférences sur le Vieux Continent.
L’avenir dira si ces sanctions ont été efficaces, qui elles ont réellement affecté. Car durant des mois, grâce aux efforts du ministre des Affaires étrangères SheOkitundu, la RDC ne s’est pas mal défendue sur le plan international : elle a réussi à se faire élire au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, des pays comme la France ont discrètement octroyé des visas ou formé des cadres militaires, de nouveaux amis sont apparus aux côtés des Chinois, comme les Russes, les seconds sécurisant militairement les investissements économiques des premiers…
La Mission des Nations unies au Congo a été le reflet de cette relative impuissance de la communauté internationale et elle a poursuivi sa mission en promettant d’assister, comme précédemment, le processus électoral…En fait, dans ce monde multipolaire, les Occidentaux ont pris la mesure de leur relative impuissance tandis que la RDC tendait ses muscles et constatait qu’une diplomatie ferme, parfois ombrageuse, n’était pas toujours dépourvue de résultats.
Ce qui compte en fait, pour Kinshasa, c’est la réaction de l’Afrique et en particulier l’attitude des pays voisins. Sur ce plan, il faut reconnaître que les gérontes qui dirigent le Congo Brazzaville, l’Ouganda, le Cameroun, le Tchad, ont peu de leçons à donner à un chef d’Etat qui n’a même pas cinquante ans…
Cependant, en deux ans, bien des situations ont changé et des amis qui portèrent au pouvoir la « dynastie Kabila » ont été évincés : au Zimbabwe, Robert Mugabe a cédé la place à Emerson Mwanangagwa, aussi affairiste mais beaucoup plus prudent et déjà contesté, en Afrique du Sud Jacob Zuma a été remplacé par Cyril Ramaphosa, déjà riche et beaucoup moins avide de contrats douteux, tandis que des sociétés sud africaines qui avaient appuyé les projets agro industriels de BukangaLonzo ou d’ailleurs digèrent mal leur échec et leurs pertes financières, sans parler des sociétés minières… Durant longtemps, l’Angola de José Eduardo dos Santos a représenté l’allié le plus fiable de Kinshasa, intervenant de manière décisive dans des moments clés. Là aussi les choses ont changé et ce n’est pas un hasard si avant la date fatidique du dépôt des candidatures Joseph Kabila s’est rendu à Luanda pour consulter le nouveau président Joao Lourenço, peu désireux de faire face à un éventuel afflux de réfugiés congolais en cas de troubles graves.
Quant au Burundi et au Rwanda, les relations sont délicates : PierreNkurunziza a lui aussi défié la constitution de son pays, prolongé ses mandats, affronté les sanctions internationales et les relations entre ses services de sécurité et ceux de la RDC sont demeurées étroites. Mais cette proximité est dangereuse : Kigali s’inquiète de mouvements hostiles à la frontière des trois pays, des mouvements armés hutus sont toujours présents au Congo et, président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagame, pour des raisons tant de sécurité nationale que de solidarité panafricaniste, ne restera pas passif devant une éventuelle dérive de la RDC. Aujourd’hui déjà, le Tchadien Moussa Faki, l’un des hauts dirigeants de l’Union africaine, a déclaré qu’il suivait de très près la phase de dépôt des candidatures et qu’il insistait sur les conditions à réunir pour rendre crédibles le résultat des élections.
Tout indique déjà que, si une crise éclate à Kinshasa, elle ne sera pas uniquement congolaise : c’est l’Afrique toute entière qui sera affectée.

9 août 2018

Deux années passées à gagner du temps

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Toujours çà de pris…Tel pourrait être le résumé lapidaire des deux années de « rabiot » obtenues par le président Kabila et les siens après l’accord dit de la Saint Sylvestre, conclu grâce à la médiation des évêques congolais le dernier jour de l’année 2016. Faut- il rappeler qu’à cette époque, le Congo était en ébullition : la promesse d’organiser des élections en 2016 n’avait pas été tenue, faute de volonté politique et de moyens et aussi parce que nul, ni dans la majorité ni dans l’opposition, n’était réellement prêt à affronter l’électeur. En octobre déjà, des négociations infructueuses auxquelles participait Vital Kamerhe avaient eu lieu au Palais de Marbre sous la médiation d’EdemKodjo, l’ancien président du Bénin, durant l’été précédent, les émissaires de Kabila avaient rencontré Etienne Tshisekedi qui négociait l’avenir politique de son fils Félix. Bref, la « machine à gagner du temps » avait commencé à tourner. Lorsque la conférence épiscopale du Congo décida de mener la négociation, elle réveilla un espoir mêlé de réalisme. Des concessions apparurent enfin, des deux côtés : Kabila s’engagea à respecter la Constitution, donc à ne plus se représenter pour un troisième mandat, l’opposition accepta de différer les élections et un délai de deux ans fut accordé, durant lequel le pouvoir promettait de libéraliser l’espace politique et de prendre des « mesures de décrispation » afin d’apaiser les esprits. Miné par la maladie qui allait l’emporter deux mois plus tard, Etienne Tshisekedi accepta de signer l’accord, mettant du même coup son fils sur orbite politique, l’opinion fut invitée à patienter et la communauté internationale, via les Nations unies, entérina l’accord, qui incarna désormais la nouvelle légalité constitutionnelle du Congo.
Depuis lors, en fait de décrispation, on a été servi : la violence naguère confinée à l’Est s’est étendue à travers le pays et une guerre présentée comme « tribale » a éclaté dans le Kasaï, menée par les partisans d’un chef coutumier KamwinaNsapu. Implacablement réprimée par des unités de l’armée dépêchées du Kivu elle fit des milliers de victimes et quatre millions de déplacés, fuyant la guerre jusqu’aux portes de Kinshasa et jusqu’en Angola voisin qui plaça des troupes à sa frontière pour ne pas être envahi par les réfugiés… A Beni, dans le Nord Kivu, les groupes rebelles présentés comme islamistes redoublèrent d’activité tandis que des procès mettaient en lumière de curieuses connivences avec les militaires et l’existence de camps d’entraînement dans les environs du parc des Virunga. Si les prisons se vidèrent mystérieusement à Kinshasa, Goma, Kisangani, permettant à des milliers de détenus de prendre le large, les prisonniers politiques eurent moins de chance que les droits communs : les plus connus d’entre, eux, des cas dits « emblématiques » demeurèrent en prison, les plus connus étant DiomiNdongala, le leader de la démocratie chrétienne, l’avocat katangais Jean-Claude Muyambo, tandis que les dirigeants des mouvements citoyens Lucha et Filimbi, considérés comme de dangereux subversifs, étaient réprimés et emprisonnés sans ménagements, à tel point qu’aujourd’hui encore l’état de santé de l’un d’entre eux, Carbone Beni, inspire des inquiétudes.
Alors que les poches de violence s’étendaient dans le pays, l’opposition fut prise de court par la disparition d’Etienne Tshisekedi en février 2017et le pouvoir en profita, une fois encore, pour gagner du temps…Il fallut attendre la visite à Kinshasa de Nikky Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations Unies pour qu’une « date butoir »soit enfin fixée : le 23 décembre 2018, soit quelques jours avant l’expiration du délai de deux ans ! Les mesures de décrispation n’ayant pas été appliquées, la traitement de la presse s’étant durci et la répression affinée, les laïcs chrétiens, dirigés par des intellectuels de renom comme le théologien Thierry Nlandu ou l’historien Isidore Ndaywel décidèrent de mobiliser l’opinion, avec la bénédiction de l’Eglise et le soutien des paroisses. Était ce cela le « plan B » que l’église catholique avait promis de mettre en œuvre si les promesses n’étaient pas tenues ? Les services de sécurité donnèrent en tous cas l’impression de le croire et, dès les premières manifestations, la police tira dans la foule avec des armes réelles, des militaires d’origine inconnue intervinrent. Les morts, les blessés provoquèrent l’indignation internationale, les sanctions redoublèrent, la Belgique prit une position dure et fut accusée de « durcir » le front occidental. Jusqu’aujourd’hui, les relations entre Bruxelles et Kinshasa sont au point mort. Faute d’ambassadeur on ne se parle plus, Charles Michel étant le seul à, parfois, appeler Kabila au téléphone, mais sans résultat visible…
Après une période de suspension, les manifestations des chrétiens risquent de reprendre dès la fin du suspense actuel, même si la CENI continue à assurer que les élections, financées par la RDC sans aide étrangère, sur son seul budget, auront bien lieu à la date prévue. Mais quelles élections ? La « machine à voter », une sorte d’imprimante facilitant des opérations est dénoncée par l’opposition, le processus d’inscription des électeurs est contesté et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la confiance ne règne pas. Bon nombre d’intellectuels comme le Docteur Mukwege préconisent toujours une « transition sans Kabila » mais ils ne disent pas comment ils obtiendront le départ du tenant du titre, qui, en plus, vient de réorganiser son armée et de durcir ses forces de sécurité, recourant même à de l’armement fourni, -instructeurs compris-, par les nouveaux alliés russes…

9 août 2018

La semaine de tous les dangers s’est ouverte au Congo

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Le Congo est entré dans la semaine de tous les dangers : c’est le 8 août en effet que le CENI (Commission électorale indépendante) clôturera la liste des candidats à l’élection présidentielle qui est toujours prévue pour le 23 décembre prochain. De toutes parts, tant du côté de l’opposition que celui du pouvoir, les « poids lourds » entretiennent le suspense et, dans le « peloton de tête » l’inquiétude côtoie aussi le burlesque.
C’est ainsi qu’à Lubumbashi, des partisans de l’ancien gouverneur Moïse Katumbi, qui avaient entamé des manifestations pour protester contre l’interdiction de pénétrer dans le pays signifiée au candidat de la plate-forme « Ensemble » ont essuyé des coups de feu. Hubert Tshiswaka, avocat et militant des droits de l’homme, nous a confirmé par téléphone que « la police avait tiré à balles réelles dans des quartiers populaires comme Tabacongo ou Matshipisha, faisant quatre blessés graves. Des manifestants portant des banderoles de soutien à Katumbi et emmenés par Charles Mwando, leader du parti Unadef, ont tenté de se diriger vers le siège du gouvernorat, au centre ville, mais ils en ont été dissuadés par des gaz lacrymogènes. »
Quant à Moïse Katumbi lui-même, il s’était, par deux fois, vu refuser l’entrée en territoire congolais : alors qu’il aurait initialement souhaité atterrir à l’aéroport de la Luano, à Lubumbashi, il a finalement décidé de gagner la capitale du Katanga par la route, via le poste frontière de Kasumbalesa, par où passent tous les semi-remorques chargés de minerais se dirigeant vers la Zambie ou le port tanzanien de Dar es Salaam. Selon des sources locales, à aucun moment M. Katumbi ne s’est entretenu avec des officiels congolais : il n’a pas pénétré dans la « zone neutre » qui sépare les deux pays pas plus qu’il ne s’est approché du poste frontière de son pays et ce sont les officiels zambiens qui lui ont signifié que leurs collègues d’en face avaient reçu des instructions pour refuser de le laisser pénétrer sur le sol katangais. Tout indique donc que, refusant de passer en force (avec tous les risques que cela représente, dont l’arrestation immédiate) M. Katumbi, qui était considéré comme le principal challenger du président sortant, ne pourra, dans les délais requis, pénétrer au Congo pour présenter sa candidature dans les délais requis. Ce qui provoque évidemment la colère de ses partisans, dans son fief de Lubumbashi comme ailleurs dans le pays. Cependant, d’ici l’expiration de la date butoir, des surprises sont toujours possibles et d’aucuns assurent que, pour le président Kabila et les siens, Moïse Katumbi représente certainement un danger moindre que Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement pour la libération du Congo. Acquitté par la Cour pénale internationale, M. Bemba a fait un aller-retour à Kinshasa et dans l’Equateur pour déposer sa candidature, avant de rentrer à Bruxelles, la CPI devant encore rendre son verdict dans une affaire de subornation de témoins.
Si l’opposition est perturbée par les déboires de Moïse Katumbi et le retour inopiné de Jean-Pierre Bemba, la perplexité n’est pas moindre dans le camp de Kabila. Censé quitter le pouvoir, son mandat de deux ans ayant expiré après deux années de prolongation, le président sortant devrait, d’ici mercredi, soit présenter son dauphin, soit assumer la présentation de sa propre candidature. A quelques heures de la fin du suspense, même les proches du « Raïs » (président en swahili) sont dans le doute : d’aucuns pensent qu’il attendra la dernière minute pour annoncer son retrait et le nom de son dauphin, choisi parmi les quatre noms que ses fidèles avaient été chargés de lui présenter. Ils considèrent que c’est dans cet esprit, afin d’assurer ses arrières, qu’il a fait voter la loi sur le statut et les privilèges des anciens chefs d’Etat. Dans les cercles du pouvoir, les spéculations autour des dauphins potentiels échauffent les esprits et aiguisent les ambitions…
Mais d’aucuns pensent aussi que rien, en principe, n’interdirait à Kabila d’encore faire acte de candidature, et que c’est à la Cour constitutionnelle et à la CENI qu’il appartiendrait alors de considérer si cette proposition est valable ou non. Dans cette dernière hypothèse, on peut craindre que l’opinion, chauffée à blanc, interviendra elle aussi dans le débat et que ce n’est pas pour rien que l’armée et les forces de sécurité viennent d’être dotés de nouveaux chefs…

19 juillet 2018

Sans annoncer son départ, Kabila présente son bilan

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« Comprenez mon émotion.. » Est-ce un hasard si le président Kabila, s’adressant solennellement aux deux Chambres réunies et, à travers elles, à la nation tout entière, a repris l’adresse célèbre, prononcée par le président Mobutu lorsqu’il décréta la fin du parti unique, le Mouvement populaire de la révolution, signant ainsi, à terme, sa propre éviction du pouvoir, qui devait intervenir quatre ans plus tard… L’émotion de Joseph Kabila, quoique retenue, était bien réelle mais il fallut attendre la fin de son adresse de plus d’une heure pour la voir affleurer sur le visage d’un homme soudain vieilli, alourdi par des années d’expériences et d’épreuves multiples dont le détail ne fut pas livré.
Ceux qui attendaient un discours de combat furent déçus, ceux qui attendaient l’annonce sensationnelle d’un départ, du choix d’un dauphin, restèrent sur leur faim car Joseph Kabila n’est pas homme à dilapider toutes ses cartes d’un seul geste. De toutes manières, le sablier n’est pas encore vide : la date limite pour le dépôt pour les candidatures à l’élection présidentielle a été fixée au 8 août et d’ici là, quelles que soient les intentions du « Raïs » (le chef en swahili) bien des évènements peuvent encore survenir.
Avant de proclamer sa décision finale, le départ ou une autre prolongation de l’exercice du pouvoir, Joseph Kabila a présenté un bilan exhaustif non pas de son dernier mandat, mais de toute l’action menée depuis cette journée dramatique de janvier 2001, où il fut amené à succéder à Laurent Désiré Kabila, son père assassiné par son garde du corps.
A l’entendre, il est clair que le Congo est revenu de loin ; voici 18 ans, le risque de balkanisation était bien réel, l’économie était en ruines, les institutions à reconstruire. La remontée fut lente, méthodique : elle passa par la pacification du pays, sa réunification, la promulgation d’une nouvelle constitution, l’organisation des premières élections démocratiques en 2006, puis la politique dite des « cinq chantiers » lançant la « révolution de la modernité ».
Joseph Kabila n’a pas l’éloquence d’un tribun, et lorsqu’il invoque sa « passion pour le Congo », il préfère aligner des chiffres : 23.000 km de routes et pistes ont été tracées ou réhabilitées (dont 3400 en asphalte) la navigation sur le fleuve Congo a été relancée, les turbines du barrage d’Inga remises en état, des centrales hydroélectriques ont vu le jour au Kivu…A l’entendre, le Congo des années 2000 était , littéralement, en panne et il a fallu repartir de zéro : réformer la fonction publique, la magistrature, revoir le code minier à l’avantage des Congolais, relancer l’économie toute entière jusqu’à atteindre, en 2018 un taux de croissance de 4,2% ; plus que la moyenne africaine, plus que le 1% de 1960 et le -5% de 1997…Quant au budget de l’Etat, il a lui aussi augmenté de manière significative, passant de 581 millions de dollars en 1997 à 4,6OO millions de dollars aujourd’hui tandis que la RDC a progressé sur l’échelle du développement humain. Ce qui n‘empêche pas d’autres défis, comme la nécessité de maîtriser la croissance démographique, de lutter contre le chômage des jeunes, d’assurer la sécurité publique et de lutter contre l’impunité…
Vers la fin, le discours de Kabila « manager de Congo Inc », une entreprise en pleine croissance appelée RDC, se termina sur d’autres accents. Le regard soudain plus vif, la voix plus animée, le président retrouva des accents nationalistes pour assurer que son pays avait les moyens de financer lui-même le processus électoral à venir, qu’il défendrait, aujourd’hui comme hier son intégrité territoriale et qu’il pouvait faire confiance à ses forces de sécurité et à son armée. Et Kabila assura que son pays pas plus que lui-même n’avaient de leçon à recevoir de personne, et surtout pas de ceux qui avaient « contribué à assassiner la démocratie ».A qui donc faisait il allusion, avant de conclure sur l’évocation émue des « martyrs » que furent le prophète Simon Kimbangu, Patrice Lumumba et son propre père Laurent Désiré Kabila ? Avant de se rasseoir, le visage soudain décomposé par l’émotion ou la fatigue, Kabila fit encore appel au patriotisme de la classe politique et au sens des responsabilités de chacun, avant de saluer l’Assemblée sous les applaudissements. Avec la lenteur et la gravité d’un adieu, mais sans le dire…

17 juillet 2018

L’insulte à Mandela

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Mu par la solidarité panafricaine, le regretté Nelson Mandela, né il y a tout juste 100 ans, avait mis dans l’Afrique des Grands Lacs ce qui lui restait d’énergie : dans ce qui était encore le Zaïre, il avait tenté une médiation de la dernière chance, mais s’était avéré impuissant à garantir, au minimum, un départ honorable pour le président Mobutu. Au Burundi, durant des mois, il avait inlassablement présidé les négociations politiques qui avaient fini par aboutir aux accords de paix d’Arusha et permis une réelle pacification des esprits.

S’il n’y avait que Mandela ! En Afrique centrale, depuis deux décennies, les médiateurs se sont succédé, les guerres meurtrières ont été suivies d’interminables palabres, des négociations ont abouti à des compromis politiques compliqués, la communauté internationale a apporté son aval mais aussi des troupes et des financements. A chaque fois, on a vu l’espoir renaître, les optimistes reprendre du poil de la bête…Et puis… Et puis tout vole en éclats. Voyez le Burundi, voyez le Congo : les accords ne sont pas respectés, les chefs de guerre repartent en campagne, les civils, par millions, sont déplacés ou réfugiés, les économies sont rackettées, les promesses ne sont pas tenues. Les seigneurs de la guerre ne se contentent pas de mettre en coupe leur propre territoire, ils jettent des allumettes sur les brousses voisines, en espérant que la propagation des incendies effacera leurs traces, sinon le souvenir même de leurs crimes. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, où l’on constate qu’aucun pays n’est réellement stable, qu’aucune économie n’est vraiment en développement aussi longtemps que toute la région ne l’est pas et que la solidarité entre voisins demeure un vain mot. On avait pu croire que le Rwanda, lui au moins, avait décollé, trouvé un certain équilibre et renoncé aux menées déstabilisatrices du début des années 2000. Or voilà le « bon élève », qui se révèle plus fragile que prévu, jalousé dans ses succès par ses voisins qui encouragent les opposants armés à multiplier les incursions et les provocations.
De tels actes risquent de rouvrir d’anciennes blessures et chacun sait que la riposte sera inévitable : Kagame a beau présider l’Union africaine et prêcher la retenue, il est évident que s’il se décide à répliquer, -et il l’a déjà promis-, la nouvelle guerre fera oublier chez ses voisins les élections non tenues, les mandats abusifs, les sanctions internationales, les turpitudes des uns et des autres…
Cette Afrique centrale à nouveau en crise, dévorée par des pyromanes sans frontières, représente une insulte à la mémoire et aux efforts de Mandela. Et une lancinante question adressée à la Belgique : qu’avons-nous donc légué à nos anciennes colonies pour qu’elles demeurent ainsi en queue du peloton ?

17 juillet 2018

Des infiltrations armées au Rwanda font craindre une guerre régionale

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Le président Kagame n’est pas homme à plaisanter avec la sécurité du Rwanda. Lors de la sortie d’une nouvelle promotion de 180 jeunes officiers formés au camp Gako (où se trouvent 400 militaires américains…) il a rappelé que son armée, bien formée, était préparée à faire face à « toute situation inattendue »…
Lorsque ce discours fut prononcé, une première attaque avait déjà eu lieu au sortir de la forêt de Nyungwe, du côté de Kibeho, non loin de la ville de Butare : un groupe de 60 à 120 combattants avaient tué un chef de village, pillé des magasins et recruté de force des civils pour qu’ils portent le butin. Ces hommes, bien organisés et méthodiques, avaient réussi à s’infiltrer à l’insu des troupes chargées de protéger la frontière entre le Rwanda et le Burundi.Les populations locales n’ont pas soutenu les assaillants, déclarant à un journaliste belge présent sur place, Marc Hoogsteyns, qu’elles refusaient toute aventure et voulaient vivre en paix. A son retour de l’étranger, le président rwandais qui a fait de la sécurité le maître mot de son régime, n’a pas caché sa colère face à cette série d’infiltrations. On en sait un peu plus aujourd’hui sur l’identité des assaillants car une formation appelée le MRCD(Mouvement rwandais pour le changement démocratique) a publié un communiqué dénonçant « la détresse des Rwandais causée par le régime FPR et Kagame à travers les techniques visant à les paupériser et les affamer par une pression fiscale sans précédent, spoliation à grande échelle ainsi que d’autres stratégies cruelles. » Cette formation assure avoir créé un mouvement armé, les Forces nationales de libération (FNL) qui aura pour mission de chasser le Front Patriotique rwandais, au pouvoir depuis sa victoire militaire en 1994 à l’issue du génocide des Tutsis.
Selon des sources locales, le MRCD est né de la convergence de plusieurs organisations opposées au régime rwandais. La première, est le « RNC core », une dissidence du Congrès national rwandais fondé par le général KayumbaNyamwasa, exilé en Afrique du Sud et ancien compagnon de route de Kagame.Kayumba, qui a survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, tente depuis des années de nouer des alliances dans la région mais il se serait méfié de la coalition actuelle, où se retrouvent aussi des Hutus réfugiés au Congo depuis 1994, dont le colonel Hamada, un ancien FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda)un mouvement armé composé d’anciens « génocidaires » et le PDR-Ihumure de Paul Rusesabagina. Ce dernier, ancien gérant de l’hôtel des Mille Collines, a été rendu célèbre par le film montrant comment il avait abrité des Tutsis dans son hôtel. Longtemps réfugié en Belgique, M. Rusesabagina y a fait fortune en fondant une société de taxis.
SI ces divers mouvements ont pu attaquer le Rwanda au départ du Burundi, c’est parce qu’ils ont bénéficié de divers soutiens dans la région : au Congo, il ont été appuyés par le général Patrick Masunzu, un Tutsi Banyamulenge des haut plateaux farouchement opposé à ses cousins de Kigali ainsi que par la milice Gumino composée de Tutsis de la plaine de la Ruzizi. Des miliciens burundais « Imbonerakure » ont également rejoint le mouvement, car Bujumbura accuse le Rwanda d’abriter des milliers d’opposants au président Nkurunziza tandis que les Congolais « Yakutumba », des guerriers Mai Mai, sont également intervenus, mus par une forte haine à l’encontre de leurs voisins rwandais. Il y a des mois que ces hommes s’entraînent au vu et au su de tous à Bijombo, au dessus de la ville congolaise d’Uvira et ils auraient été rejoints par plusieurs centaines d’anciens militaires rwandais. Mécontents d’avoir du quitter l’armée pour se retrouver dans des sociétés de gardiennage, ces derniers auraient été recrutés depuis l’Ouganda et rejoints par des jeunes du Nord Kivu encouragés par un ancien gouverneur Eugène Serufuli.
Autrement dit, les voisins du Rwanda, l’Ouganda, qui mène un double jeu avec son ancien allié, le Burundi qui n’a rien à perdre et le Congo qui ne peut que profiter d’une nouvelle guerre qui donnerait prétexte à retarder les élections, auraient permis ces infiltrations armées dans un Rwanda isolé qui se compare quelquefois à Israël et où des officiels n’hésitent pas à évoquer la guerre du Kippour…

17 juillet 2018

Kabila verrouille son armée

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Le président Kabila n’est pas un homme à prendre des risques. Quelle que soit la décision qu’il annoncera d’ici le 8 août dans son discours devant les deux Chambres réunies, -se représenter ou non ?- il entend bien verrouiller le système afin que le pouvoir n’échappe pas à la majorité présidentielle et surtout, afin de ne pas être à la merci d’une « surprise » sur le plan militaire. C’est dans ce but qu’a déjà été créé le FCC (Front commun du Congo) une plate forme pro Kabila que l’historien Elikia M’Bokolo vient de rejoindre. Mais c’est surtout pour s’assurer de la fidélité de l’armée qu’a été opéré le dernier remaniement de la hiérarchie militaire, annoncé le week end dernier.
Sage précaution : l’annulation, le 30 juin dernier, du défilé militaire prévu pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance, avait suscité différentes interprétations car la répression des manifestations des chrétiens en début d’année avait suscité de la grogne au sein de l’armée.
Le remaniement actuel représente un sévère verrouillage de l’institution militaire : des généraux plus âgés ou formés en Europe comme le général DidierEtumba, (un ancien de l’Ecole royale militaire) a été mis à la retraite et nommé conseiller militaire du chef de l’Etat tandis que le général Denis Kalume a été envoyé à Moscou comme ambassadeur. En revanche, les nouveaux promus, qui tiennent en mains l’institution militaire, ont toute la confiance du chef de l’Etat et partagent avec lui de bien lourds secrets.
La nomination du général John Numbi au poste d’inspecteur général de l’armée représente la plus remarquable des nominations : suspendu durant huit ans après avoir été tenu pour responsable de l’assassinat de Floribert Chebeya, le fondateur de « La Voix des Sans voix », l’ancien chef de la police nationale qui s’était retiré au Katanga, devient inspecteur général de l’armée après avoir été réhabilité voici quelques mois. Le général Numbi, un homme réputé méthodique et inflexible, sera chargé de superviser le fonctionnement de l’ensemble de l’armée. Il faut noter que cet homme fort du Katanga avait entretenu naguère des relations de confiance avec le général rwandais James Kabarebe. En outre, son nom avait été cité lorsqu’en 2016 le milicien Gédéon s’était rallié au président Kabila et que les combattants de ce chef de guerre avaient contribué à réprimer la révolte des Kasaïens.
Un autre Katangais fait partie du verrou sécuritaire : le général Célestin Mbala Munsense, qui remplace le général Etumba à la tête de l’armée congolaise, est lui aussi un proche de Kabila, dont il fut longtemps le chef d’état major particulier.
La nomination du général Gabriel Amisi dit « Tango Four »révèle elle aussi le verrouillage du système : cet ancien rebelle issu des Mai Mai devient le numéro deux des FARDC au titre de chef d’Etat major adjoint chargé des opérations et du renseignement. Après avoir proche de Laurent Nkunda, l’ancien dirigeant d’une rébellion soutenue par le Rwanda, « Tango Four » a laissé de mauvais souvenirs dans l’Est du Congo et en particulier à Kisangani où il prit part à la guerre dite des Six Jours en juin 2000. Depuis lors, toujours très proche de Kabila, le général Amisi a exploité des mines dans l’Est du pays et investi dans le Vita Club, un club de football très populaire à Kinshasa.
Ce train de nominations représente un message politique sans ambiguïté, qu’exprimait voici peu un autre général proche du président, Delphin Kahimbi, en charge du renseignement militaire : « nous sommes arrivés au pouvoir par la force. Que ceux qui souhaitent l’alternance sachent qu’ils ne l’obtiendront ni par les élections ni par des manifestations pacifiques, mais en faisant la même chose que nous. » Le Comité des Laïcs chrétiens qui annonce une nouvelle série de manifestations pacifiques en août prochain sait à quoi il peut s’attendre.