19 juillet 2011

Un gentleman dans la forêt congolaise

Catégorie actualité, rencontre

Lorsqu’il apparaît au sortir de sa tente, avec son short kaki qui semble repassé de frais et sa chemise impeccable, Emmanuel de Merode donne l’impression d’un « scout toujours prêt » qui aurait grandi trop vite en gardant le sourire charmeur de ses années d’enfance. Une impression cependant vite dissipée, dès que le directeur du parc national de la Virunga, accepte d’évoquer ses projets et ses soucis.

Belge d’origine, descendant d’une lignée princière, ce qui semble être le cadet de ses soucis, Emmanuel de Merode, depuis sa nomination en 2008, est le seul étranger à exercer des pouvoirs judiciaires et, ayant prêté serment devant le drapeau national, il a rang de colonel ! lire la suite

9 décembre 2010

Les criminels de guerre, entre les “faiseurs de paix” et les “justiciers”

Catégorie commentaire, rencontre

Depuis le début des années 90 et la fin de la guerre froide, la justice internationale s’est invitée à la table des diplomates et des médiateurs : des tribunaux spéciaux ont été créés, pour l’ex Yougoslavie et le Rwanda, la Cour pénale internationale a vu je jour en 2002. Deux logiques semblent désormais s’affronter : d’une part celle des « faiseurs de paix », qui déploient tous leurs efforts pour mettre fin aux conflits armés et amener toutes les parties à la table de négociations. Cette démarche les oblige donc à traiter avec les groupes rebelles, les seigneurs de la guerre, les dictateurs. En face d’eux, les hérauts de la lutte contre l’impunité montent en puissance: ils estiment que la justice n’est pas négociable, que la mettre de côté, au nom du réalisme politique, équivaut à jeter les bases de futur lire la suite

4 novembre 2010

Les droits de l’homme dans des sociétés diverses: une conférence qui secoue les absolus de l’Occident

Catégorie actualité, rencontre

Une conférence de ce type ne pouvait avoir lieu qu’au Canada, à Montréal, dans cette ville de plus en plus métisse, creuset des cultures et laboratoire de la tolérance : à l’initiative de Peggy et Gordon Echenberg et sous les auspices du centre pour les droits de l’homme et le pluralisme légal de l’université Mc Gill, une conférence de trois jours, en octobre, a rassemblé des chercheurs, des témoins mais surtout des jeunes venus du monde entier. Une tâche audacieuse les a rassemblés : réfléchir ensemble à la définition des droits de l’homme, voir comment concilier la vocation à l’universalité avec le droit à la différence si fortement réclamé par tant de groupes humains…Comment vivre la philosophie des Lumières au temps du communautarisme, où l’identité demeure pour beaucoup le dernier repère ?
Durant ces trois jours, les intervenants ont évité les réflexions purement théoriques, ils ont plutôt abordé la question sous différents angles, dans des communications très variées, portant sur des expériences et des exigences différentes. lire la suite

27 septembre 2007

Pourquoi le pari Génération Congo

Catégorie rencontre

La plus grande richesse du Congo, au-delà du sol et du sous-sol,
c’est le talent et le dynamisme de ses citoyens

A l’instar de Yambi, qui accueille 150 artistes congolais en Belgique, ce numéro spécial « Génération Congo » est un pari. Un pari qui ne porte pas sur les mines, le pétrole, les terres ou les forêts, sur tous les habituels sujets de convoitise et de spéculation, mais sur la plus grande richesse de ce pays, ses hommes et ses femmes.

La vidéo 

Le journal du 27 septembre “Génération Congo” en accès gratuit (PDF)

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16 avril 2007

Valerie Bemeriki, RTLM, l’antenne qui tue

Catégorie Non classé, rencontre, reportage




Le crâne rasé, de grosses lunettes, une croix de bois sur la poitrine et un sourire imperturbable, Valerie Bemeriki pourrait être confondue avec une religieuse, jeune encore, et habitée par la foi.  Mais sa tenue rose est celle des détenus de la prison « 1930 » (date de sa construction par les Belges) où elle se trouve depuis neuf ans, et son emploi antérieur était d’être journaliste à la Radio des Mille Collines.More...  En 1994, la désormais célèbre RTLM ne se contentait pas d’attiser la haine et la méfiance envers les Tutsis et le Front patriotique rwandais, cette radio extrémiste propageait aussi une virulente campagne anti-Belge. Espérant que ses aveux lui vaudront un rapide allègement de peine et une libération anticipée, l’ancienne animatrice ne se fait pas prier pour évoquer la nuit tragique du 6 au 7 avril 1994. « Alors que je me trouvais en studio vers 20 heures 30,  je suis entrée en communication avec Me Stanislas Mbonampeka  qui me disait «  nous sommes en train d’observer un avion qui descend en flammes. C’est peut-être celui du président… Cherchant à savoir j’ai d’abord appelé la tour de contrôle,  mais sans réponse, je me suis adressée à l’état  major. Là, le réceptionniste m’a dit qu’ils venaient d’envoyer une équipe à l’aéroport et qu’ils n’en savaient pas plus.  J’ai voulu aller voir par moi-même, mais sur la route de l’aéroport, il y avait beaucoup de tirs; j’ai donc rebroussé chemin et vu que dans la ville tout était calme. Retournée en studio j’ai pris contact avec le directeur, M. Ndahimana, qui a appelé tout le monde, y compris la famille Habyarimana. Là il a obtenu confirmation du fait qu’il s’agissait bien de l’avion du président. Il a appris aussi qu’un autre appareil était en vol, un petit avion burundais qui amenait une partie de la délégation du président Cyprien Ntariyamira et qui, ne pouvant atterrir, a poursuivi sur Bujumbura; le président du Burundi, en dernière minute, avait pris place dans l’avion d’Habyarimana.  J’ai alors passé un  premier communiqué sur les antennes, annonçant la nouvelle en bref et de tous les appels qui ont commencé à affluer, le premier venait de Bujumbura.  (ndlr. C’est en dernière minute en effet que le président du Burundi avait embarqué avec son collègue rwandais au lieu de le suivre avec son propre appareil) C’est vers une heure du  matin que nous avons diffusé le fait qu’il n’y avait aucun survivant. L’état major nous a alors déclaré que l’avion du président avait été abattu par les Belges de la Mission des Nations unies au Rwanda et par des militaires du Front patriotique rwandais.
Puisque c’était notre état major qui nous disait cela et que nous avions évidemment confiance, nous avons alors donné cette information sur antenne.  Par la suite,  la direction de RTLM est restée branchée sur l’état major et a répercuté les informations qui venaient de là. »
Cette terrible accusation, selon laquelle des Belges auraient abattu l’avion du président, en complicité avec le Front Patriotique rwandais, déclenche immédiatement la fureur des Hutus : les barrières se multiplient dans la ville et dans le quartier ministériel de Kyovu, le lieutenant Lotin est bloqué à plusieurs reprises,. Même les gendarmes rwandais n’arrivent pas à convaindre les soldats de la garde présidentielle de laisser passer les Belges.  Partout dans la ville, les patrouilles de la Minuar sont confrontées à de graves incidents.  Pendant ce temps, des coopérants belges appellent l’ambassade de Belgique puis l’ambassade de France pour tenter d’en savoir plus.  Là aussi, une voix anonyme leur dit que ce sont les Casques bleus belges qui ont tiré sur l’avion…

5 avril 2007

Qui volait les uniformes des Belges à Kigali?

Catégorie Non classé, rencontre



Comme tous les haut gradés de la Minuar, le colonel Ballis avait une chambre à l’hôtel Meridien. Lorsqu’il y revint le 9 avril, il fut surpris par un fait auquel, dans un premier temps, il n’attacha pas d’importance : sa tenue militaire belge, un pantalon, une chemise portant une nominette avec son nom, qu’il se souvenait avoir soigneusement rangé dans la garde robe de sa chambre, avait disparu, ainsi que le bérêt bleu de l’ONU et ses bottines ! More... Sur le coup, il ne s’émut pas outre mesure, d’autant moins que le personnel de l’hôtel lui expliqua qu’à la blanchisserie aussi, des effets militaires appartenant aux Belges avaient disparu.
Bien plus tard cependant, Ballis eut la surprise d’entendre l’ancien attaché de presse de la Minuar, lui déclarer que certains extrémistes le considéraient comme le tireur d’élite qui avait abattu l’avion du président Habyarimana ! Depuis lors, Ballis s’interroge : « le tireur n’aurait il pas été un homme blanc, portant mon uniforme ? Quant à ceux qui réussirent à lire mon nom sur le revers de ma veste et qui s’en rappelaient longtemps après devaient être bien près et bien proches de l’individu… »
Ces souvenirs du colonel Ballis nous ont rappelé un mystérieux message, parvenu à la rédaction du Soir en juin 1994. Accusant « deux militaires français membre du DAMI (département d’assistance militaire à l’étranger » d’avoir abattu l’avion dans le but de déclencher le carnage », le texte ajoutait « les Français ont mis des uniformes belges pour quitter l’endroit et être vus de loin par des soldats de la garde nationale. D’où l’accusation formelle. »
Rappelons que, dans la matinée du 7 avril, les dix Casques bleus belges furent présentés aux militaires du camp Kigali comme les responsables de l’attentat contre l’avion présidentiel et assassinés dans les heures qui suivirent.

5 avril 2007

Emmanuel Ruzigana revient sur ses aveux à Bruguière

Catégorie Non classé, rencontre

 
Avec Abdul Ruzibiza,  transfuge du Front Patriotique rwandais et  auteur d’un livre-choc (1) Rwanda, l’histoire secrète, éditions  Panama, )  Emmanuel Ruzigana  est l’un des témoins clés invoqués par le juge d’instruction français  Jean-Louis Bruguière. More...More...Ce dernier, rappelons le, a lancé en décembre dernier un  mandat d’arrêt contre le président Kagame et plusieurs de ses proches, les accusant d’être membres d’un « network commando »,  un groupe d’élite tenu pour  responsable de l’attentat qui, le 6 avril 1994, coûta la vie au président Habyarimana et à son collègue du Burundi.
D’après le juge, Ruzigana aurait, dans son véhicule, amené le groupe jusqu’au site de Masaka, d’où partit le tir fatal.
Le problème, c’est que Ruzigana,  aujourd’hui réfugié en Norvège et qui était de passage à Bruxelles récemment,  a nié les assertions qui lui ont été attribuées devant les caméras de la RTBf et devant « le Soir ». Ce grand gaillard maigre,  qui ne s’exprime pas en français, a déclaré qu’il ignorait l’existence d’un commando de la mort et ne pouvait donc y avoir appartenu.  Il précise aussi qu’ « au moment du drame, il ne se trouvait même pas à Kigali, mais  dans un camp militaire  dans  le Nord est du Rwanda..».
Etrange… Dans la déposition retenue par le juge anti-terroriste, ces propos figurent pourtant,  dûment enregistrés…
Ruzigana explique  son parcours : « c’est grâce à mon ex-ami Abdoul Ruzibiza que je suis arrivé en France. Démobilisé après la guerre, j’avais été  affecté à la police.  Mais je voulais vivre autre chose, tenter ma chance à l’étranger.
Ruzibiza m’a alors conseillé de partir sur la Tanzanie. Il a  prévenu des gens en France, qui ont alors pris contact avec l’ambassade de France en Tanzanie et là, on m’a donné le visa et aidé à prendre l’avion pour Paris. Je n’étais cependant pas demandeur d’asile,  je ne l’ai jamais été…A mon arrivée à Paris, des policiers m’attendaient à l’aéroport et m’ont immédiatement emmené chez le juge. Tout allait tellement vite que je leur ai même dit : «  je suis arrêté ou quoi ? »
Heureusement, j’avais demandé à un ami de m’attendre à l’aéroport, puis de me suivre. »
Comment s’est passée votre audition  avec le juge ?
« Alors que je ne parle pas français, il n’y avait pas de traducteur, seulement une secrétaire. Je comprenais plus ou moins les questions et tentais de m’expliquer. Le magistrat  m’a demandé d’où je venais, combien de temps j’avais passé dans l’armée. En enchaînant, il m’a demandé si je faisais partie des escadrons de la mort, le fameux « network commando ». J’ai  répondu que cela n’avait pas existé au Rwanda. Il m’a ensuite interrogé à propos de l’attentat.
Comme je n’avais rien à répondre, il a insisté en disant que je faisais partie du service de renseignements  du FPR.
Je lui ai dit qu’effectivement, j’avais fait partie de ce service mais que chez  nous on a les informations à propos du service  auquel on appartient, mais sans plus. Il m’a ensuite interrogé à propos des officiers supérieurs,  afin que j’explique comment ils avaient procédé  pour massacrer les gens. C’est là que  l’entretien a mal tourné, car  je lui ai dit qu’aucun officier supérieur n’avait tué ainsi;  certes, j’ai précisé qu’il y avait eu des morts, mais dans le cadre de la guerre. Dans nos rangs aussi, il y a eu des morts ….
Au fil de la conversation, je me suis fâché car quand je donnais une réponse qui ne lui convenait pas, il disait que ce n’était pas vrai, que cela ne correspondait pas à ce qu’on lui avait raconté. C’est alors que j’ai pensé que j’avais été piégé…  Par chance l’ami qui m’attendait à l’aéroport m’avait suivi  chez le juge et  garé sa voiture tout près pour m’attendre.
A peine sorti de chez le juge, très fâché, je n’ai même pas voulu passer une nuit en France ; nous sommes tout de suite allés en Belgique et de là,  j’ai gagné la Norvège. »
A la fin de votre audition, vous avez tout de même signé votre déposition après l’avoir lue ?
« Oui, j’ai signé, mais  en réalité, mes déclarations ne  faisaient même pas cinq lignes car quand il m’interrogeait et que je ne savais pas répondre, je ne disais rien. Or dans le rapport du juge, les propos qu’il m’attribue sont bien plus longs… En fait, il avait déjà toutes les réponses à propos de ces dossiers…
Si j’ai décidé de témoigner aujourd’hui, même en sachant que ces gens pourraient me tuer, c’est parce que le juge a fait du mal, par rapport à ma réputation, par rapport à mon pays.… »
Comment jugez vous le témoignage d’Abdul Ruzibiza ?
« Dans l’armée, au vu de la fonction qu’il occupait, Abdul ne pouvait pas obtenir de telles informations, c’était impossible. Son travail  était de soigner des militaires blessés, il était aide soignant.   Vous croyez vraiment qu’avec ce grade,  il aurait pu assister à toutes ces réunions ?  Même des officiers supérieurs ne sont pas admis à toutes les réunions…
Abdul a rompu avec le régime car il était  accusé d’escroquerie, on lui reprochait d’avoir détourné de l’argent de l’armée.  Aussitôt après avoir quitté le pays,  il a  été pris en mains par les services de renseignement français. « 
Comment a-t-il pu écrire un tel livre ?
« Mais ce sont les Français eux-mêmes qui l’ont rédigé ! Ce n’est pas lui qui a écrit, c’est un journaliste français, je me souviens d’une femme, Vidal il me semble… (ndlr. Claudine Vidal, chercher au CNRS,  a rédigé la longue préface de l’ouvrage de Ruzibiza, donnant plusieurs clés de lecture)…
C’est elle qui a tout fait. Lui, il s’est contenté de donner son nom et ses informations… »
Lorsque le juge dit que vous avez conduit un taxi jusque Masaka en avril 1994, est ce que cela aurait été possible à cette époque ?  « Je ne suis allé à Kigali qu’une année après la fin de la guerre…Mais je savais qu’en, 1994, il était  exclu pour un Tutsi d’aller là bas, on n’aurait même pas pu y passer à pied tellement les lieux étaient bien gardés… » 
Pourquoi avez-vous quitté l’armée ?  « Après la guerre, j’ai été versé dans la police.  Si j’ai quitté,  c’est parce que je n’étais pas d’accord avec le fait qu’on libérait aussi facilement des gens que nous avions arrêté après avoir  mené des investigations sérieuses à leur sujet… «  

5 avril 2007

Dossier Rwanda: le 6 avril, le colonel Ballis était au CND

Catégorie Non classé, rencontre

Le colonel Walter Ballis coule aujourd’hui des jours paisibles dans une ravissante maison de Campine. Depuis  sa veranda fleurie, il nous relate d’autres heures, bien plus dramatiques,  qu’il passa en avril 1994 au CND, le Parlement rwandais, qui abritait à l’époque les 600 militaires du FPR, une avant-garde  destinée à s’intégrer dans la future armée rwandaise. More...
A l’époque, le colonel Ballis faisait partie du contingent belge de la Mission des Nations unies au Congo et alors que le colonel Marchal était le commandant du secteur de Kigali, il était, lui, détaché à l’état major auprès du général Dallaire. Il y remplissait des fonctions d’adjoint à l’officier chargé des opérations. A ce titre, il élaborait les plans pratiques et stratégiques, veillait à l’entretien des troupes de l’Onu, et organisait les escortes que la Minuar fournissait aux personnalités politiques.  Des escortes souvent confiées au peloton Mortier, une trentaine d’hommes qui disposaient en permanence de jeeps et de radios en ordre de fonctionnement. 
Dans la nuit du 6 au 7 avril, en fait, Ballis se trouvait exactement à l’opposé de la colline de Masaka, d’où partit le tir fatal : «vers 20 heures, portant une tenue civile, je me dirigeais vers l’aéroport, dans l’intention d’y accueillir l’équipage et les hommes qu’amenait le C130 belge, dont l’arrivée était annoncée pour 20 heures 30.  Lorsque j’entendis le bruit de l’explosion à l’aéroport, j’ai essayé d’avancer pour aller voir mais au rond point situé devant l’hôtel Meridien, j’ai été barré par des jeeps de l’armée rwandaise et j’ai essuyé un coup de feu. Après m’être replié vers l’hôtel j’ai songé, vers 21 heures 30,   à me rendre au CND, qui abritait le détachement du FPR afin de voir ce qui s‘y passait.
J’avais toujours été  frappé par le degré d’occupation des soldats : ils passaient leur temps à creuser des abris, des souterrains dans la colline. »
Des hommes du FPR auraient ils pu sortir du CND dans la soirée du 6 et gagner la colline de Masaka pour abattre l’avion, ainsi que l’affirme le juge Bruguière ?  « Dans la soirée,il est possible que des hommes ont pu sortir du CND, mais ils ont du le faire à pied, pas avec des véhicules. Quant à porter des missiles sur leurs épaules, c’est inimaginable, ils auraient été repérés tout de suite… » 
« Cette nuit là, au CND, tout était calme, les soldats ne bougeaient pas. Tout le monde semblait attendre des ordres. Des personnalités politiques importantes se trouvaient au milieu des soldats, Seth Sendashonga, le numero deux du FPR, Tito Rutaremera, Jacques Bihozagara, le porte parole du Front en Belgique, le major Rose Kabuye… Par la suite, tous  devaient me répéter le même et unique message «arrêtez les tueries ». Dans la soirée, le général Dallaire m’a localisé par radio, et m’a demandé de rester sur place, afin de servir d’agent de liaison  entre lui, les autorités du FPR présentes au CND et le général Kagame depuis Mulindi. »
Jusqu’au 11 avril, le colonel Ballis est resté aux côtés de la délégation du FPR et, avec le recul, il s’en félicite : « j’étais beaucoup plus en sécurité que mes collègues qui se trouvaient en ville ».  Ses souvenirs sont formels :  «dans la nuit du 6 au 7 avril, je n’ai constaté aucun mouvement de troupes.  Ce n’est que dans le courant de l’après midi du 7 que quelque 120 hommes sont sortis, pour occuper des positions défensives à l’extérieur et pour tenir à l’œil la garde présidentielle. »
Aux côtés des officiels du FPR, Ballis suit les échanges téléphoniques entre le général Dallaire et Kagame : « le premier demande au second de maintenir ses troupes à Mulindi, de ne pas bouger.  Transmise par Jacques Bihozagara, la réponse de Kagame est simple : « je n’entreprendrai rien sans vous tenir au courant. Comme première démarche, j’envoie un bataillon supplémentaire à Kigali. »
Dans la nuit du 8 au 9, Ballis voit  arriver ce bataillon, des hommes qui, à marche forcée, sont arrivés à pied depuis Mulindi, à plus de 100 kilkomètres. Après un bref repos, ils  repartent immédiatement et se  dispersent dans la ville pour tenter de sauver ceux qui peuvent encore l’être.
Alors qu’il se trouve au CND  Ballis entend, par radio,  que des  massacres ont commencé,  que des Belges sont en danger. « Soudain,  vers 13 heures, j’ai entendu le major Brent annoncer sur le réseau Force de la Minuar que treize Belges avaient été tués, un chiffre qui fut plus tard ramené à dix. » « De là où j’étais je ne pouvais rien faire et je n’ai donc pas bougé.  Plus tard, je sais qu’en arrivant au Ministère de la Défense, où se tenait une réunion de l’état major dirigée par le colonel Bagosora, le général Dallaire  avait crié à un officier rwandais « vous devez faire le nécessaire pour sortir mes hommes de là. » Mais, obligé d’assister à la réunion, il n’avait pas fait plus… »
Pour lui, une chose est certaine : la mort des soldats belges est  un assassinat froidement prémédité. « Nous savions depuis un certain temps déjà que les Belges étaient en  danger. Que les extrémistes hutus spéculaient sur le fait que, si certains mouraient,  Bruxelles allait rappeler le contingent.  C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé. Et je crois que celui qui est venu chercher les Belges pour les conduire au camp Kigali effectuait une mission bien précise : s’emparer de quelques Belges et les mener à la mort. Du reste, dès la chute de l’avion, on a assisté à une exécution rapide des tâches, bien plus efficace que d’ordinaire, comme si chacun savait ce qui lui  restait à faire : des barrages furent mis en place, des personnalités politiques exécutées, Tutsis et Hutus modérés. Je crois que l’assassinat des Belges relève de ce même plan, que rien n’a été improvisé… »Un autre témoin, Paul Henrion, qui était rentré chez lui dans la matinée du 7, se souvient que le minibus dans lequel les Casques bleus avaient été jetés est passé devant sa maison: « ils étaient couchés, en désordre et derrière leur véhicule, il y avait une Toyota rouge de la gendarmerie, qui semblait les suivre… »