13 novembre 2011

Kigali: retour sur les lieux du crime

Catégorie reportage

Le juge antiterroriste Marc Trevidic, chargé, à la suite du juge Bruguière, d’enquêter sur les responsables de l’attentat qui, le 6 avril 1994 a coûté la vie aux présidents du Rwanda et du Burundi ainsi qu’à l’équipage français du Falcon, a bouclé son instruction et il se prépare à rendre publiques, en janvier probablement,  les conclusions des experts qui, en septembre 2010 l’avaient accompagné sur le terrain.

En attendant ce  verdict, rumeurs et aveux, feux et contrefeux se croisent, à Kigali et dans les capitales européennes. Au Rwanda, où neuf haut responsables avaient été mis en cause par le juge Bruguière, nombre de nos interlocuteurs espèrent qu’un non lieu sera prononcé. Par contre, depuis les Etats Unis, où il est réfugié politique, l’un des anciens compagnons de Kagame, Théogène Rudasingwa, qui fut secrétaire général du Front patriotique rwandais, a déclaré à la BBC qu’ « en juillet 1994,avec son insensibilité caractéristique et beaucoup de jubilation, Kagame m’a dit qu’il était responsable de l’attentat contre l’avion. » Et d’ajouter: « comme bon nombre au sein de la direction du FPR, j’ai vendu avec enthousiasme cette version trompeuse de l’histoire. (…) »

Après s’en être tenu durant 17 ans à la version officielle de Kigali,  Rudasingwa, l’un des fondateurs du CNR (Congrès national rwandais), un mouvement d’opposition qui regroupe d’anciens réfugiés tutsis membres du FPR et des Hutus en exil,  assure donc regretter d’avoir menti durant 17 ans !

Ses accusations tardives pèseront sans doute moins dans la balance que les conclusions des experts convoqués par le maguistrat français, qui ont tenu à arpenter les « lieux du crime », des lieux naguère familiers et que nous avons redécouverts après 17 années.

Hérissée de gratte ciels, de maisons à étages, Kigali est méconnaissable. Mais du côté de l’aéroport de Kanombe, en passe d’être détrôné par un « hub » aérien qui se construit dans le Bugesera, le paysage n’a pas changé. Au delà des constructions de l’aéroport, on devine un vaste camp militaire, celui là même qui abritait jadis la garde présidentielle, dernier carré des fidèles du chef de l’Etat. Plus loin, jouxtant le camp, la villa de l’ancien président a été transformé en musée. lire la suite

18 août 2011

Des lecteurs du Soir ont laissé leur coeur au bord des Grands Lacs

Catégorie Non classé, reportage

Des souvenirs d’enfance, des amitiés d’université, le poids des réminiscences familiales ou le choc de l’actualité quotidienne : la quinzaine de lecteurs du Soir qui se sont envolés début juillet pour le Kivu, dans l’Est du Congo et pour le Rwanda, sous la houlette de l’agence « Préférences » et de Kivu Travel,  n’étaient certainement pas des néophytes. Ils savaient que dans cette région si longtemps synonyme de tragédies, leur seule présence –des touristes, mus par le seul  désir de voir et de mieux comprendre- serait interprétée comme un message de paix, le signe d’une normalisation enfin amorcée…

Mais ces gens d’âge mûr, habitués aux émerveillements prévisibles et aux aventures chronométrées, savaient ils que dans ce cœur de l’Afrique, ils allaient, aux yeux des Congolais, faire figure de « touristes pionniers» ? lire la suite

17 octobre 2010

Jusqu’où retentira le cri des femmes de Bukavu ?

Catégorie reportage

Du jamais vu à Bukavu ! Quinze mille femmes dans la rue, vêtues de pagnes éclatants, arborant une exigence simple « je dénonce (le viol) et je dis non », défilant en scandant le slogan déjà célèbre dans tout le Congo : « sol sol, solidarité avec les femmes du monde entier ». Reportage. lire la suite

17 octobre 2010

L’hommage aux femmes martyres du Kivu

Catégorie reportage

Congo

REPORTAGE

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5 octobre 2009

De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Dundu : le Congo en chantier

Catégorie actualité, reportage

Cette fois, les grands travaux ont vraiment commencé, à Kinshasa et en province, et ils transforment la vie des Congolais. C’est dans la capitale que les changements sont les plus frappants. Nostalgiques s’abstenir : d’ici au 30 juin prochain, où le pays célèbrera le 50eme anniversaire de son indépendance, la ville sera probablement entrée dans le 21eme siècle, pour le meilleur et pour le pire. lire la suite

3 octobre 2009

Au coeur de l’Armée du Seigneur

Catégorie reportage

Les rebelles ougandais de la LRA – l’Armée de résistance du Seigneur – transforment les Congolais du Haut- Uélé en esclaves et en porteurs. L’offensive militaire de Kinshasa et de Kampala n’a pas anéanti les hommes de Joseph Kony. lire la suite

25 avril 2007

Rwanda. La mort dans un mouchoir de poche

Catégorie reportage

Tout s’est joué dans un mouchoir de poche. A l’époque, tous ceux qui comptaient à Kigali habitaient le quartier résidentiel de Kyovu, au cœur de la ville. Le 7 avril 1994 cependant, les messages se croisaient « je ne sais pas où on nous emmène » disait le lieutenant Lotin, « ils ont disparu » constatait le colonel Marchal, le commandant du secteur de Kigali, « je n’ai rien vu à l’intérieur du camp Kigali » assurait le major Maggen, qui, aux côtés du général Dallaire et passa devant le principal camp militaire de la ville…
Treize ans plus tard, il suffit de retraverser ces rues redevenues paisibles, bordées de vieux arbres et d’enceintes de briques rouges pour constater que la tragédie s’est déroulée au vu et au su de tous, dans un carré de quelques centaines de mètres.
Pourtant, lorsque le groupe Lotin –quatre jeeps avec dix personnes à bord- arrive vers 3 heures du matin au carrefour de l’hôtel des Mille Collines en provenance de l’aéroport où ils ont fait le plein de carburant, les Casques bleus belges ont le sentiment d’avoir déjà fait une longue route : à plusieurs reprises, ils ont été bloqués par des barrages tenus par des militaires et même l’intervention de gendarmes rwandais s’ est avérée inutile. Vers 5 heures cependant, les jeeps trouvent un itinéraire de rechange et arrivent devant la demeure du Premier Ministre, avenue Paul VI. Dans la maison, des gendarmes tentent de réconforter Agathe Uwilingyimana. Elle n’a pas réussi à escalader le haut mur de briques rouges qui sépare son jardin d’une maison qui abrite désormais l’ambassade de Suisse et ils tentent de creuser un passage dans une clôture derrière laquelle se trouvent des résidences onusiennes, aujourd’hui transformées en centre médical. Au carrefour séparant l’avenue Paul VI de l’avenue de la Jeunesse, une mitrailleuse est déjà en position et elle prend les belges sous le feu. Deux jeeps foncent dans le jardin, deux autres sont touchées et tanguent vers le fossé. Les hommes, en position de tir, se cachent derrière le muret et l’un d’entre eux aide Agathe et son mari à se glisser à travers la clôture.
Si, comme il le dit, le major Ntuyahaga a quitté son domicile pour, par hasard, rencontrer les Casques bleus en difficulté, il n’a pas du aller loin : sa maison, une longue demeure au toit bas alourdi par des fleurs luxuriantes, se trouve à quatre rues de là. Bien située, la maison du major : les jardins de la présidence d’un côté, l’ambassade de France de l’autre et presqu’en face, ce qui était à l’époque l’ambassade du Zaïre. Une barrière fut très vite érigée devant la maison du major où les miliciens venaient s’approvisionner, un autre barrage fut dressé devant l’ambassade et les Tutsis zaïrois qui se précipitaient vers leur représentation diplomatique y furent systématiquement massacrés. Délaissant ses deux jeeps de fonction, c’est à bord d’un minibus que le major cueille les Casques bleus. Les Ghanéens qui sont demeurés les bras ostensiblement croisés sont embarqués ou plutôt jetés dans le véhicule avec les Belges. Ces derniers ont été désarmés, trois d’entre eux sont déjà blessés, le peloton a du abandonner ses jeeps et sa radio. S’il avait voulu mettre en sécurité les membres du peloton Mortier, Ntuyahaga n’aurait eu que cent mètres à faire pour atteindre l’école belge, l’un des campements des Casques bleus. Au lieu de cela, le minibus bifurque à gauche, résolument, en direction du camp Kigali.
Aujourd’hui, le quartier est méconnaissable : un hôtel cinq étoiles, le Serena, a remplacé le Diplomate, d’où l’on entendait jadis les exercices de tir du camp militaire. La façade du centre hospitalier a été ravalée et des veuves tiennent des petites boutiques d’alimentation. Le camp Kigali a rétréci, partout des grilles ont poussé. Dans le fond, des bâtiments neufs ont remplacé les casernes où se reposaient naguère les invalides de guerre, les retraités qui avaient hâte d’en découdre avec les Belges et qui furent rejoints par les musiciens, les élèves de l’école supérieure militaire, les hommes du bataillon de reconnaissance. Tous étaient ivres de haine, car l’adjudant chef Sibutyongera, secrétaire à la présidence, avait désigné les hommes extirpés du minibus comme ceux qui avaient abattu l’avion d’Habyarimana. Avec des gourdins, des râteaux, des baïonnettes et même des béquilles, les Belges, soigneusement séparés de leurs collègues ghanéens, sont alors lynchés par la foule en furie.
C’est de justesse que l’ambassade de Belgique a obtenu que soit préservée la modeste casemate où les Casques bleus s’étaient réfugiés, que ne soient pas réparés et repeints de frais les murs criblés d’impacts de balles, qui témoignent du feu nourri des lance grenades, des rafales des fusils mitrailleurs. Alors que dehors trois stèles de granit perpétuent le souvenir et que des fleurs se fanent devant les noms gravés, l’intérieur a été transformé en mémorial où des panneaux, des photos expliquent le déroulement des trois mois de génocide. C’est à peine si l’on distingue encore le toit fracturé, par lequel le caporal Twahirwa jeta sa dernière grenade, celle qui mit fin à la résistance héroïque de Yannick Leroy. Le dernier des Casques bleus avait réussi à se glisser dans le fond du local, blessant un Rwandais qui avait eu le malheur de pousser la porte et se dissimulant ensuite derrière lui. Durant deux heures, caché derrière des bancs et des corps empilés, Leroy, utilisant l’arme du Rwandais, s’est accroché à la vie. Pouvait il seulement imaginer que les Mortiers avaient été abandonnés et que nul ne se porterait à leur secours, alors même qu’à moins de 500 mètres de là, d’autres Casques bleus belges brûlaient du désir de jouer le tout pour le tout.
Suspendu au téléphone dans sa chambre de l’hôtel Méridien, en longue conversation avec le général Charlier à Bruxelles, le colonel Marchal ne savait pas où étaient ses hommes. Mais le général Dallaire, lui, savait, et il avait compris ce qui se passait. Vers 11 heures du matin, le patron des Casques bleus, après avoir franchi de nombreux barrages a fini par arriver à la hauteur de l’Ecole Supérieure militaire, voisine du camp Kigali. Il souhaite assister à la réunion du Comité de crise, présidée par le colonel Bagosora. Embarqué dans un véhicule militaire, après avoir fait à pied une partie du trajet, il passe devant la grille du camp Kigali. Quelques mètres, cinq enjambées à peine le séparent de ses hommes blessés, jetés au sol. A ses côtés, le major Maggen détourne la tête et assurera plus tard, devant la Commission Rwanda, qu’il n’a rien vu. Dallaire, lui, souhaiterait s’approcher car il a reconnu les uniformes des hommes à terre, mais des officiers le lui déconseillent, pour des raisons de sécurité. Deux minutes plus tard, Dallaire pénètre dans le local de l’ESM où sont réunis les haut gradés rwandais qui pourraient mettre fin au carnage. Mais le général ne demande rien, il se contente d’écouter en silence les délibérations du comité de crise. Il attend la fin de la réunion pour aviser Bagosora du fait que ses soldats sont en danger. Trop tard. La dernière grenade a fait exploser Yannick Leroy et le général doit se contenter de ramener les cinq Ghanéens, sauvés par la couleur de leur peau.
De l’autre côté du camp Kigali s’étend l’hôpital. A l’époque, la morgue débordait, et les camions de la voirie venaient chercher les cadavres pour les jeter dans des fosses avec des pelleteuses. Les Casques bleus belges seront jetés nus devant une porte, dépouillés de tout, et vers 23 heures, le général Dallaire se chargera de venir identifier les corps emmêlés. Un employé congolais appelé Charismatique recevra 10.000 francs rwandais pour faire leur toilette.
Dans la ville couverte de barrages, les massacres de Tutsis ont pris de l’ampleur. Les Casques bleus reçoivent l’ordre de ne pas bouger. Déployés autour de l’hôtel Méridien, les soldats du Bangla desh cueillent des figues et récitent le Coran.

16 avril 2007

Valerie Bemeriki, RTLM, l’antenne qui tue

Catégorie Non classé, rencontre, reportage




Le crâne rasé, de grosses lunettes, une croix de bois sur la poitrine et un sourire imperturbable, Valerie Bemeriki pourrait être confondue avec une religieuse, jeune encore, et habitée par la foi.  Mais sa tenue rose est celle des détenus de la prison « 1930 » (date de sa construction par les Belges) où elle se trouve depuis neuf ans, et son emploi antérieur était d’être journaliste à la Radio des Mille Collines.More...  En 1994, la désormais célèbre RTLM ne se contentait pas d’attiser la haine et la méfiance envers les Tutsis et le Front patriotique rwandais, cette radio extrémiste propageait aussi une virulente campagne anti-Belge. Espérant que ses aveux lui vaudront un rapide allègement de peine et une libération anticipée, l’ancienne animatrice ne se fait pas prier pour évoquer la nuit tragique du 6 au 7 avril 1994. « Alors que je me trouvais en studio vers 20 heures 30,  je suis entrée en communication avec Me Stanislas Mbonampeka  qui me disait «  nous sommes en train d’observer un avion qui descend en flammes. C’est peut-être celui du président… Cherchant à savoir j’ai d’abord appelé la tour de contrôle,  mais sans réponse, je me suis adressée à l’état  major. Là, le réceptionniste m’a dit qu’ils venaient d’envoyer une équipe à l’aéroport et qu’ils n’en savaient pas plus.  J’ai voulu aller voir par moi-même, mais sur la route de l’aéroport, il y avait beaucoup de tirs; j’ai donc rebroussé chemin et vu que dans la ville tout était calme. Retournée en studio j’ai pris contact avec le directeur, M. Ndahimana, qui a appelé tout le monde, y compris la famille Habyarimana. Là il a obtenu confirmation du fait qu’il s’agissait bien de l’avion du président. Il a appris aussi qu’un autre appareil était en vol, un petit avion burundais qui amenait une partie de la délégation du président Cyprien Ntariyamira et qui, ne pouvant atterrir, a poursuivi sur Bujumbura; le président du Burundi, en dernière minute, avait pris place dans l’avion d’Habyarimana.  J’ai alors passé un  premier communiqué sur les antennes, annonçant la nouvelle en bref et de tous les appels qui ont commencé à affluer, le premier venait de Bujumbura.  (ndlr. C’est en dernière minute en effet que le président du Burundi avait embarqué avec son collègue rwandais au lieu de le suivre avec son propre appareil) C’est vers une heure du  matin que nous avons diffusé le fait qu’il n’y avait aucun survivant. L’état major nous a alors déclaré que l’avion du président avait été abattu par les Belges de la Mission des Nations unies au Rwanda et par des militaires du Front patriotique rwandais.
Puisque c’était notre état major qui nous disait cela et que nous avions évidemment confiance, nous avons alors donné cette information sur antenne.  Par la suite,  la direction de RTLM est restée branchée sur l’état major et a répercuté les informations qui venaient de là. »
Cette terrible accusation, selon laquelle des Belges auraient abattu l’avion du président, en complicité avec le Front Patriotique rwandais, déclenche immédiatement la fureur des Hutus : les barrières se multiplient dans la ville et dans le quartier ministériel de Kyovu, le lieutenant Lotin est bloqué à plusieurs reprises,. Même les gendarmes rwandais n’arrivent pas à convaindre les soldats de la garde présidentielle de laisser passer les Belges.  Partout dans la ville, les patrouilles de la Minuar sont confrontées à de graves incidents.  Pendant ce temps, des coopérants belges appellent l’ambassade de Belgique puis l’ambassade de France pour tenter d’en savoir plus.  Là aussi, une voix anonyme leur dit que ce sont les Casques bleus belges qui ont tiré sur l’avion…