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	<title>le carnet de Colette Braeckman</title>
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		<title>Quand Kabila prend les commandes et installe des outsiders</title>
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		<pubDate>Thu, 16 May 2013 15:24:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Eclairage Après la disparition d’Augustin Katumba Mwanke, député de Pweto et conseiller du président Joseph Désiré Kabila, l’opinion congolaise s’est longtemps demandé qui allait remplacer cet homme qui, en dépit de sa discrétion, était considéré comme le « deus ex machina » du régime. Quatorze mois plus tard, une seule conclusion s’impose : le chef [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Eclairage </p>
<p>Après la disparition d’Augustin Katumba Mwanke, député de Pweto et conseiller du président Joseph Désiré Kabila, l’opinion congolaise s’est longtemps demandé qui allait remplacer cet homme qui, en dépit de sa discrétion, était considéré comme le « deus ex machina » du régime. Quatorze mois plus tard, une seule conclusion s’impose : le chef de l’Etat a lui-même pris les commandes, imposé des hommes en lesquels il a confiance au risque d’indisposer des personnalités qui faisaient partie de sa « garde rapprochée ».<br />
Le premier exemple est celui du Premier ministre en exercice, Augustin Matata Mponyo, qui vient de fêter le premier anniversaire de sa nomination. Malgré de réelles avancées sur le plan économique (la maîtrise de l’inflation, le versement par voie bancaire des traitements des agents de l’Etat, une croissance évaluée à 7% ) ce technocrate non élu mais félicité par les institutions internationales n’a échappé à la motion de censure déposée par un député de l’opposition que grâce à l’appui du chef de l’Etat. Et cela contre le véritable inspirateur de la manœuvre, le député Evariste Boshab, ancien président de l’Assemblée et membre éminent de la majorité présidentielle ! Les observateurs estiment que si le chef de l’Etat soutient Matata, un homme qui dérange cependant son entourage et sa famille, c’est parce que le Premier Ministre lui permettra, lors des prochaines échéances électorales, de présenter un réel bilan sur le plan économique.  Peu au fait du langage diplomatique,  Matata prend cependant des risques en se livrant à des attaques virulentes contre le Rwanda, exprimant tout haut les sentiments de ses compatriotes mais sans tenir compte des réalités de la géopolitique et des rapports de force.<br />
La nomination du nouveau gouverneur de la Banque nationale, M. Déogratias Mutombo Mwana Nyembo, représente une autre surprise :  ce haut cadre de la Banque centrale du Congo, jadis directeur des opérations,  est  considéré comme un technicien de haut vol,  qui a fait ses classes « dans la maison » . Il remplace  le Katangais Jean-Claude Masangu, en fonctions depuis l’arrivée au pouvoir, en 1997, de Laurent-Désiré Kabila. Laissant un franc congolais stable, ayant  lancé la « dédollarisation » d’une économie longtemps assujettie au billet vert, installé les distributeurs automatiques et le « mobile banking », Masangu peut partir la tête haute, même s’il lui sera reproché d’avoir autorisé des sorties de devises peu orthodoxes, pour cause de guerre ou d’impératifs politiques comme le financement de la dernière campagne électorale. La départ de Masangu, qui n’a pas obtenu en échange le poste de Premier Ministre, représente aussi un « revers » pour le clan des Katangais, longtemps considéré comme la base de pouvoir du chef de l’Etat.<br />
A cet égard, le remplacement du pasteur Ngoy Mulunda à la tête de la CENI  (Commission électorale nationale indépendante) ouvrira une autre brèche dans les rangs de la garde rapprochée. Celui qui fut longtemps conseiller personnel du président a, malgré ses réelles qualités d’organisateur, été rendu responsable des irrégularités relevées lors des élections de 2011et il devra céder la place à une autre personnalité  choisie par les confessions religieuses. Aux dernières nouvelles, c’est l’abbé Malu Malu qui pourrait reprendre du service : proche de Pierre Lumbi, le conseiller du président en matière de sécurité, l’abbé est sans doute l’un des meilleurs experts africains en matière électorale. Le soutien de son supérieur hiérarchique, en l’occurrence l’évêque de Butembo, devrait  lui permettre de dépasser les obstacles dressés par l’establishment catholique, qui estime qu’un prêtre ne doit pas faire de politique (alors que l’archevêque de Kinshasa, Mgr Monsengwo, ne s’en est jamais privé, depuis l’époque de Mobutu où il dirigeait la conférence nationale souveraine…)<br />
Le seul domaine  dans lequel la volonté de changement du chef de l’Etat semble patiner est celui du secteur de sécurité : la réforme de l’armée traîne, des officiers notoirement corrompus, incompétents ou d’une loyauté douteuse sont toujours en poste, les nouveaux recrutements marquent le pas. Cependant il y a urgence, car la force africaine d’intervention, censée ramener la paix à l’Est,  ne dispose que d’un mandat d’un an tandis que la mission européenne Eusec pliera bagages en 2014. Il est vrai que s’il y a urgence, il y a aussi danger : les officiers en passe d’être suspendus disposent d’un véritable pouvoir de nuisance et pourraient alimenter des milices armées. Au  Katanga, le général John Numbi, cité dans l’assassinat de Floribert Chebeya, a été accusé de soutenir les miliciens Kata Katanga, qui s’étaient brièvement emparés de Lubumbashi !</p>
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		<title>Lettre ouverte en faveur d&#8217;Aminata Traore</title>
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		<pubDate>Wed, 15 May 2013 16:32:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[1 Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française au sujet du refus de visa à Madame Aminata Traoré et Monsieur Oumar Mariko, personnalités politiques maliennes Monsieur le Président de la République, Chercheure CNRS à la retraite et professeure honoraire de l’Université libre de Bruxelles, c’est avec stupéfaction et tristesse que j’ai appris [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>1<br />
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française au sujet du refus de visa à Madame Aminata Traoré et Monsieur Oumar Mariko, personnalités politiques maliennes</p>
<p>Monsieur le Président de la République,</p>
<p>Chercheure CNRS à la retraite et professeure honoraire de l’Université libre de Bruxelles, c’est avec stupéfaction et tristesse que j’ai appris le refus de visa, l’interdiction du territoire français et, par extension, de l’espace Schengen, à l’écrivaine Aminata Traoré, ancienne Ministre de la culture du Mali et au Docteur Oumar Mariko, Secrétaire Général du parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), ancien député de l’opposition à l’Assemblée nationale, plusieurs fois candidat aux présidentielles.<br />
Tous deux étaient officiellement invités à une conférence organisée à Berlin, du 17 au 19 avril, par la Fondation Rosa Luxemburg, la revue de Sciences humaines PROKLA et l&#8217;Association AfricAvenir sur le thème « Le Mali à la croisée des chemins : Après l&#8217;intervention militaire et avant les élections ». Oumar Mariko était également attendu à Bruxelles pour une intervention au Parlement européen le 16 avril sur la crise au Mali. Aminata Traoré obtint de l’Allemagne un sauf conduit limité, refusé à Oumar Mariko.<br />
Le silence médiatique, à l’exception de L&#8217;Humanité et Médiapart, qui entoure cette entrave à la liberté d’expression et de circulation, m’amène à sortir de ma réserve pour vous faire part de mon inquiétude pour ces personnalités politiques maliennes privées de droits fondamentaux sur décision de vos services et protester contre cette décision contraire aux principes démocratiques et à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Forte de quarante ans de recherches au Mali en région cotonnière, je tiens à rappeler le parcours de ces leaders dont les analyses sont comparables à celles de Susan Georges et Jean Ziegler, altermondialistes, que vous n’envisageriez pas de priver de parole.<br />
2<br />
Aminata Traoré est connue pour ses nombreux essais sur le pillage de l’Afrique et par le film d’Abderrahmane Sissako, Bamako qui met en scène le procès des institutions financières internationales par la société civile malienne où elle joue son propre rôle. Dans son manifeste Femmes du Mali : disons &#8221; NON ! &#8221; à la guerre par procuration, elle proteste contre les dangers de violences sexuelles, de prostitution et de propagation du VIH/SIDA que représentent, pour les femmes et les fillettes du Mali, le déploiement de milliers de soldats supplémentaires ; la MINUSMA comprendra jusqu’à 12 640 Casques bleus et policiers.<br />
Oumar Mariko dénonce lui aussi les méfaits de la guerre et du capitalisme financier. Au Mali, tout le monde connaît cet infatigable opposant politique qui défend les mineurs en grève, les migrants expulsés et les paysans spoliés. Ceux-ci suivent à la radio ses interventions à l’Assemblée. Certains témoignent à la radio associative Kayira, « Aube nouvelle », qui depuis 1992 donne la parole à ceux à qui on la dénie et dénonce les abus des détenteurs du pouvoir. Les stations de cette radio sont régulièrement incendiées et les animateurs agressés. Or Kayira, proche de l’Association malienne des droits de l’homme, représente des pôles de vigilance démocratique dans toutes les régions du pays et constitue un réel contre-pouvoir mais elle paie le fait que le parti Sadi, créé en 1996 par Oumar Mariko pour rappeler les idéaux du mouvement insurrectionnel de 1991, s’est constitué autour d’elle.<br />
Oumar Mariko a participé en 1991 au Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) pour l’Association des élèves et étudiants du Mali. Les jeunes et les femmes ont été à l’origine de l’insurrection de 1991 qui a mis fin à vingt trois ans de dictature et permis l’instauration d’une démocratie parlementaire décentralisée et laïque. Les partis politiques, les syndicats, les associations et les médias ont immédiatement pris leur essor. Malheureusement, les élus se sont engagés dans la politique politicienne où le jeu démocratique se limite, à l’alternance. La population, déçue par ceux qu’elle a portés au pouvoir après l’insurrection, choisit depuis de s’abstenir de voter à 75% !<br />
Les associations et les espaces d’interpellation se multiplient dès lors au Mali où les citoyens investissent régulièrement l’espace public, devenu un lieu d’interpellation autonome par rapport à l’Etat. La foule a d’ailleurs accueilli avec joie le putsch intervenu la veille des présidentielles tandis que les médias français ne mentionnaient pas les dizaines de milliers de manifestants, épris de démocratie réelle, chantant l’hymne national en marchant dans Bamako le 28 mars 2012 pour soutenir la junte militaire qui a permis de renverser le Président et de révéler la corruption des autorités.<br />
Aminata Traoré et Oumar Mariko dénoncent sans relâche cette classe politique qui a confisqué les acquis de 1991, a privatisé les services publics, les entreprises et industries notamment aurifère ; la mine d&#8217;or de la SOMADEX est une filiale de Bouygues. Le Mali est troisième au rang des plus grands producteurs d’or et parmi les premiers pays les plus pauvres du monde !<br />
Aminata Traoré et Oumar Mariko tentent de lever le voile sur la guerre menée au Mali où, les régions de Tombouctou, Taoudéni, Gao et Kidal, théâtre de l’opérations militaire Serval, ont des ressources avérées en gaz, pétrole, or, terres rares (métaux indispensables aux hautes technologies) et uranium. Les grands groupes français déjà présents au Mali (Bolloré, Bouygues, Orange et Vinci) y ont de nombreuses activités et ce pays offre encore des potentiels incommensurables.<br />
Aminata Traoré et Oumar Mariko seraient-ils réduits au silence en 2013 car ils osent s’opposer à la guerre telle que vous la menez au Mali et à l’ingérence française dans la vie<br />
3<br />
politique de leur pays, leur imposant de procéder à des élections rapides dont l’issue leur semble déjà programmée ? Aminata Traoré a effectivement dénoncé des enjeux occultés de la guerre au Mali en séance d’ouverture du Forum social mondial ce 26 mars à Tunis où elle a présidé le «Forum pour un autre Mali» : « La guerre qui a été imposée aujourd’hui au Mali n’est pas une guerre de libération du peuple malien, mais une guerre de pillage des ressources. » L’ancien ministre de l’Education nationale du président Amadou Toumani Touré, le professeur Issa N’Diaye n’hésite pas lui aussi à dire publiquement, à Bamako et à Paris, que les considérations géopolitiques et géostratégiques semblent importer plus que le sort des populations et il ajoute que les terroristes sont soutenus financièrement et matériellement par le Qatar et l’Arabie Saoudite, des alliés privilégiés de la France et des Etats-Unis.<br />
On peut comprendre que vous n’acceptiez pas le point de vue de ces opposants mais représentent-ils pour autant un danger pour l’ordre public, la sécurité nationale ou pour les relations internationales, permettant de restreindre leur liberté en vertu de l’article 10 ci-dessus mentionné ? Seraient-ils coupables de délit d’opinion étant donné que la décision de prolonger cette guerre a fait l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations Unies, à l’Assemblée, au Sénat et dans les médias en France ? Ainsi en est-il de certains responsables des questions africaines au Ministère français des Affaires étrangères qui, sortis de l’unanimisme, ont perdu leur poste. Même l’ambassadeur de France au Mali vient d’être remplacé par un militaire proche des services de renseignement (DGSE).<br />
Ce 10 avril, le Président malien par intérim est reconduit et l’état d’urgence prorogé par l’unanimité des députés maliens, ce qui permet de museler toute opposition. Oumar Mariko, en février dernier, a ainsi déjà été violemment interpellé par des hommes armés en civil et emmené cagoulé à la Sécurité d’Etat pour des interrogatoires.<br />
Au nom de la démocratie, je souhaite, Monsieur le Président, que le débat s’ouvre en France, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, sur les questions que posent ces personnalités maliennes porteuses d’une réflexion démocratique et populaire, que l’on débatte sur la prolongation de l’engagement militaire de la France au Mali, qu’on lève le silence sur les intérêts miniers dans cette guerre et le rôle de nos partenaires, Qatar et Arabie saoudite, dans le terrorisme.<br />
Au nom des droits de l’homme, je vous demande, Monsieur le Président, de ne pas entraver la liberté d’expression et de circulation de tous ceux qui, comme Aminata Traoré et Oumar Mariko, aspirent à l’amélioration du sort des populations et à un monde meilleur. Pourriez-vous également, Monsieur le Président, veiller à concilier la défense des intérêts économiques de la France au Mali avec vos idéaux de justice et ceux de la Nation malienne à l’unicité de laquelle sont particulièrement attachés ses citoyens.<br />
Dans l’espoir que la France demeurera un pays de liberté, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de ma plus haute considération.<br />
Danielle Jonckers</p>
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		<title>Katumbi/Thierry Michel: ni excès d&#8217;honneur, ni indignité</title>
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		<pubDate>Mon, 13 May 2013 15:50:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les projections des films de Thierry Michel sont toujours des évènements. On y retrouve des aficionados passionnés, des détracteurs rabiques, des nostalgiques, des Belges épris du Congo et des Congolais qui attendent les Belges au tournant. A la sortie, lorsque les lumières s’éteignent, il y a toujours de la passion, des humeurs, bonnes ou mauvaises, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Les projections des films de Thierry Michel sont toujours des évènements. On y retrouve des aficionados passionnés,  des détracteurs rabiques, des nostalgiques, des Belges épris du Congo et des Congolais qui attendent les Belges au tournant. A la sortie, lorsque les lumières s’éteignent, il  y a toujours de la passion, des humeurs, bonnes  ou mauvaises, des commentaires en sens divers. De la mauvaise foi aussi et l’utilisation abusive de certains propos.<br />
Cela nous est arrivé, lors de la projection du dernier film de Thierry Michel consacré au gouverneur Moïse Katumbi. Autant le répéter, alors que « Katanga business » avait suscité l’enthousiasme, ce film ci fut une déception : images déjà vues, critiques assez unilatérales et superficielles, le tout donnant une impression d’assemblage « vite fait bien fait » comme pour répondre à Dieu sait quel critère de production à tout prix… La déception fut d’autant plus vive que Moïse Katumbi est un personnage de roman : son enfance, sa jeunesse pourraient donner lieu à des séquences passionnantes, faisant revivre toute une époque de la guerre froide et de la fin du mobutisme. Mais pour cela il eut fallu retrouver des amis d’enfance, des témoins inédits. Bref, mener sur le terrain une enquête  inédite et minutieuse, ce que Thierry Michel, pour des raisons étrangères à sa volonté, n’a plus le loisir de faire et il faut le déplorer.<br />
Ces critique, ces réserves, nous en avons fait par au cinéaste et à son équipe et, interrogée par un vidéaste congolais, nous avons tenu le même langage, estimant que les propos tenus dans le film étaient « assez manichéens ».  Mais comment imaginer que ces libres propos, tenus en toute amitié à l’égard de Thierry et avec beaucoup d’admiration pour l’ensemble de son travail, allaient être repris, redécoupés et assaisonnés dans une charge publiée par Le Potentiel ? Le quotidien, qui nous a cependant habitués à des traitements plus équilibrés de l’information, n’a pas hésité à titrer que le film consacré à Katumbi et les critiques qu’il avait suscitées étaient «  le signe annonciateur d’une fin de carrière de cinéaste » et à utiliser, totalement hors contexte, les propos que nous avions tenus à la sortie de la projection.<br />
Outre qu’il est dangereux de « vendre la peau de l’ours », alors que Thierry Michel sait rebondir et aura certainement l’occasion de revenir au Congo, doté d’un nouveau visa, cette utilisation de nos propos nous paraît pour le moins abusive et « limite » sur le plan intellectuel.<br />
Alors que la polémique entre Thierry Michel et le gouverneur Katumbi prend de l’ampleur, il nous paraît, en définitive, que tout ce tapage est abusif : le film  en question ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité, car il est tout simplement médiocre et ses détracteurs tirent au canon sur un agaçant moustique. Gageons que, lorsque Thierry Michel pourra retourner au Congo, il y tournera des scènes originales qui rendront compte de la réalité d’un pays en pleine évolution, et que, mieux instruit de la complexité de personnages à plusieurs facettes, il pourra à nouveau nous proposer des portraits subtils et des images évocatrices…</p>
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		<title>Le satisfecit du Premier Ministre Matata Mponyo</title>
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		<pubDate>Mon, 13 May 2013 14:58:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un an après son entrée en fonctions, le Premier Ministre congolais nous a adressé une tribune dans la quelle il exprime sa satisfaction, tant sur le plan économique que diplomatique. Alors que la Brigade africaine d&#8217; intervention se déploie au Nord Kivu, il estime que le Congo a remporté une bataille diplomatique, faisant valoir ses [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Un an après son entrée en fonctions, le Premier Ministre congolais nous a adressé une tribune dans la quelle il exprime sa satisfaction, tant sur le plan économique que diplomatique. Alors que la Brigade africaine d&#8217; intervention se déploie au Nord Kivu, il estime que le Congo a remporté une bataille diplomatique, faisant valoir ses arguments ainsi que la thèse d&#8217;une agression étrangère. Le technocrate, qui s&#8217;est attelé au redressement de l&#8217;économie et ne peut être tenu pour responsable des contrats opaques passés avant son arrivée, aligne aussi des chiffres impressionnants. Le &#8221; soldat Matata&#8221; se sait cependant menacé, car dans son exigence de rigueur, il en dérange plus d&#8217;un: au cours d&#8217; un entretien précédant la publication de cette tribune, il nous a cependant rappelé qu&#8217;il venait d&#8217;échapper à une motion de défiance déposée par un député de l&#8217;opposition mais qui, en réalité, avait été rédigée par un membre de la majorité présidentielle.</p>
<p>L&#8217;ESPOIR EST ENFIN PERMIS</p>
<p>&#8220;L’espoir est enfin permis. Après avoir été une nouvelle fois victime d’ingérence en 2012, la République démocratique du Congo a été, en ce début d’année, entendue par la communauté internationale. Les agresseurs d’hier ont été identifiés et dénoncés. Les rebelles du M23, qui ont semé la désolation et la violence dans le Nord-Kivu, sont à présent placés devant leurs responsabilités : déposer les armes et discuter ou s’entêter et disparaître. La raison ou l’impasse. Les pays qui les ont armés et financés en sont également pour leur frais. Le Rwanda a fait l’objet de pressions économiques de la part de pays que Kigali devait considérer comme des partenaires loyaux et fidèles. Mais lorsque les frontières de l’inacceptable sont franchies et que les tentatives de déstabilisation orchestrées depuis un état-major militaire menacent d’embraser toute une région, les meilleurs lobbyistes recrutés à grand frais sont réduits à l’impuissance. La retraite et le repli sont alors inévitables. Les derniers avocats et courtisans stipendiés ont bien tenté de souligner les faiblesses congolaises pour justifier les funestes ambitions de nos voisins, ils ont dû ranger leurs savantes analyses. Sans gloire ni fierté.<br />
La pitoyable reddition de Bosco Ntaganda, en mars dernier, puis son transfert à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, où il est poursuivi pour crimes contre l&#8217;humanité et crimes de guerre, marquent la fin d’une époque. Malgré leurs soutiens extérieurs, souvent motivés par d’obscurs intérêts qui relèvent du pillage, ces criminels n’ont plus aucun avenir en RD Congo. Ils sont dans la nasse : se rendre et être jugés, s’obstiner et mourir. Les derniers soubresauts et les ultimes manœuvres du M23 ne sont que les symptômes de « la chronique d’une mort annoncée ». Les félonies au sein de notre armée sponsorisées depuis l’étranger sont vouées à l’échec.<br />
Pourquoi ? L’évidence s’est imposée. La communauté internationale a cessé de chercher exclusivement à Kinshasa les responsables de ces violences qui ensanglantent les Kivus depuis près de vingt ans. Le plaidoyer congolais a été validé. Nous demandions une Mission de l&#8217;Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco) plus robuste pour neutraliser les groupes armés et cesser d’observer sans réagir les souffrances endurées par les populations. Le 28 mars, nous avons obtenu le vote d’une résolution des Nations Unies qui prévoit le déploiement d’une brigade d’intervention rapide composée de 3 000 hommes en provenance d’Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi. Les premiers bataillons sont arrivés à Goma, des drones vont être acheminés et le mandat de cette force est très clair : mener des offensives contre les groupes armés, protéger les civils et surveiller l’embargo sur les armes. Bref, la paix va s’imposer si les belligérants refusent d’admettre que les montagnes du Kivu ne sont plus une base arrière pour mener leurs exactions.<br />
Ce vote à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies constitue un tournant décisif pour le rétablissement de la sécurité dans cette région. Il est à mettre à l’actif des autorités congolaises qui sous l’impulsion et le leadership du président, Joseph Kabila, ont réussi à convaincre les capitales occidentales. Mais nous remercions aussi nos partenaires et amis : tout particulièrement la France qui a porté le texte de la résolution, les États-Unis qui l’ont activement soutenu, la Belgique qui a très tôt défendu la cause de la RD Congo et le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, qui a exprimé sa solidarité avec un pays agressé.<br />
Il convient aussi de souligner le formidable travail effectué par les experts des Nations Unies dirigés par l&#8217;Américain Steven Hege. Leur rapport en octobre 2012 a permis aux observateurs de constater les faits et non de se laisser abuser par un déni de réalité. « Le gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes, il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, ministre rwandais de la Défense », pouvait-on lire dans ce volumineux et rigoureux document qui produisait des témoignages mais aussi des photos d&#8217;équipements et d&#8217;armements démontrant l&#8217;implication rwandaise. Cette recherche de la vérité n&#8217;est pas restée sans suite. Que ces experts en soient remerciés.<br />
En visite dans la région il y a quelques jours, l’envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les Grands Lacs, Mary Robinson, a également plaidé pour une mise en œuvre rapide de l’Accord-cadre pour la paix signé en février dernier à Addis-Abeba par onze pays de la région. Le texte interdit toute ingérence, prévoit la neutralisation des groupes armés, ne tolère aucune aide à ces milices et en appelle au respect des souverainetés nationales. Cet accord est l’accompagnement diplomatique et politique du déploiement militaire sur le terrain. Les deux approches sont indissociables. Cet accord doit être appliqué et respecté. Que Mary Robinson soit entendue, par tous et le plus vite possible. Voter une résolution à New-York pour faire bonne figure et ensuite opter pour le dilatoire une fois rentré chez soi est voué à l’échec.<br />
Combien de morts, d&#8217;enfants soldats recrutés de force et de femmes violées devons-nous encore recenser ? Combien d&#8217;enquêtes indépendantes et concordantes doit-on encore attendre pour que les calculs prédateurs et mesquins cessent ? Pour gagner du temps, et donc protéger des victimes innocentes, il suffit à présent d’appliquer les décisions internationale. C’est une chance historique, à condition que les exigences exprimées au Nord soient équilibrées.<br />
Mauvaise gouvernance, corruption, processus électoraux chaotiques, violation des droits de l&#8217;homme, non respect de la liberté de la presse, faiblesse de son armée…, la RD Congo est régulièrement critiquée, pour ne pas dire stigmatisée, par certains procureurs jamais avares de recommandations aux allures de diktat. Qu&#8217;en est-il pour notre voisin ? Sa réputation de « bon élève » en matière de développement économique &#8211; grandement facilité par l&#8217;importance des appuis extérieurs &#8211; l&#8217;exonère-t-il de toute remontrance ? Ce serait curieux, et dommageable pour la stabilité de la région. Car nous aussi, nous faisons des progrès, remarquables et reconnus, notamment par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ils sont réels et quantifiables, mais encore fragiles. Après vingt années de déstructuration et de gabegie économiques puis une décennie de guerres et de crises politico-militaires, la RD Congo se relève. Mais elle vient de loin.<br />
Les récents résultats économiques obtenus devraient toutefois convaincre les plus sceptiques que nous sommes sur la bonne voie. Entre 2009 et 2012, le taux de croissance annuel est passé de 2,8 % à 7,1 %, l&#8217;inflation a été ramenée de 46 % à 2,7 % (le pays n&#8217;a jamais réalisé une telle performance depuis 1976), le franc congolais est resté stable après plusieurs décennies de dégringolade monétaire qui n&#8217;a eu de cesse de plomber le pouvoir d&#8217;achat des congolais, les investissements publics et privés ont sensiblement augmenté, la collecte de l&#8217;impôt a été optimisée et les recettes publiques ont plus que doublé, tandis que la richesse nationale a été multipliée par deux. La prévision de croissance pour 2013 est de 8,3%. C’est la première fois depuis 1973 que la RD Congo va dépasser les 8%. Le gouvernement a également lancé toute une série de programmes financés sur fonds propres et qui dépassent les 300 millions de dollars (agriculture, transport, routes, énergie, santé, éducation…) afin d&#8217;améliorer les conditions de vie de la population. Le versement régulier du traitement des fonctionnaires, policiers et militaires a été « bancarisé » pour sécuriser ce transfert d&#8217;argent et irriguer les circuits bancaires. Dernier exemple de ce redressement en marche, la production minière dépasse les niveaux historiques des années 1970-1980.<br />
À terme, ce rebond économique &#8211; s&#8217;il est consolidé et donc encouragé &#8211; se traduira mécaniquement par une baisse de la pauvreté et une stabilité politique, profitable à tous. Chacun sait que la course effrénée aux prébendes du pouvoir est exacerbée dans un contexte de grande précarité économique. À contrario, une économie inclusive, la promotion d&#8217;un secteur privé, la création d&#8217;emplois et de richesses partagées, l&#8217;émergence d&#8217;une classe moyenne et la remise en marche d&#8217;une administration sont les voies de la paix. Encore faut-il que nos voisins fassent le choix de la coopération régionale, qu&#8217;ils abandonnent définitivement la pratique du pillage et qu&#8217;ils délaissent le recours à la déstabilisation. Encore faut-il aussi que nos partenaires internationaux croient en nous, et qu&#8217;ils nous soutiennent durablement dans notre action et nos engagements. Il faut faire vite. Les Congolais ont déjà beaucoup espéré et attendu. Il convient de ne pas les décevoir.&#8221;</p>
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		<title>Congo: la CENI se cherche un nouveau président</title>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 17:22:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Promulguée le 27 avril, la nouvelle loi réformant la Commission nationale indépendante (CENI) prévoit que, 45 jours plus tard, les nouveaux organes de la Commission seront nommés et installés. Avec pour tâche prioritaire d’organiser des élections locales et provinciales. Autrement dit, d’ici le 11 juin prochain, le temps presse et les enjeux sont importants, car [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Promulguée le 27 avril, la nouvelle loi réformant la Commission nationale indépendante (CENI) prévoit que, 45 jours plus tard, les nouveaux organes de la Commission seront  nommés et installés. Avec pour tâche prioritaire d’organiser des élections locales et provinciales.  Autrement dit, d’ici le 11 juin prochain, le temps presse et les enjeux sont importants, car les irrégularités des élections présidentielle et législative du 30 novembre 2011 ont sérieusement érodé la légitimité  des élus congolais, affaiblissant ainsi le régime lui-même.<br />
C’est pourquoi le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, a entamé cette semaine des consultations avec les divers groupes parlementaires, dans le but  de désigner les membres du bureau de la future CENI. Rappelons que, selon la nouvelle loi, la CENI comptera treize membres, dont six seront issus de la majorité présidentielle, dont deux femmes, quatre viendront de l’opposition et trois de la société civile. Le réseau des organisations des droits humains et d’éducation civique, le Rodhecic, s’est déjà présenté pour l’un des postes réservés à la société civile tandis que les tractations ont commencé à l’intérieur des groupes parlementaires.<br />
Une seule question continue à susciter passions et interrogations : qui prendra la présidence de la nouvelle Commission électorale ?  Ce poste à hauts risques doit en principe revenir à une personnalité issue des milieux religieux : l’abbé Malu Malu, curé de Butembo et recteur de l’Université du Graben (Nord Kivu) avait été chargé d’organiser les élections de 2066 et, fortement épaulé par la communauté internationale, il s’était acquitté de sa tâche avec succès. Son successeur, le pasteur Mulunda Ngoy, chargé des élections de 2011, fut nettement plus controversé. Cette personnalité forte, originaire du Nord Katanga comme le président Kabila lui-même, fut accusé par de nombreux observateurs occidentaux et par l’opposition (qui dénonçait la fraude avant même le scrutin&#8230;) d’avoir biaisé les résultats. Dans un climat tendu à l’extrême, Mulunda  fut rendu responsable de toutes les violences et irrégularités décelées lors de ce scrutin que la communauté internationale avait cette fois refusé de financer et, pour que soit reconnue la nouvelle CENI, sa « tête » est réclamée. Mais Mulunda n’est pas un homme dont on se débarrasse si aisément. Tout d’abord parce que son savoir faire est indéniable : malgré le manque de moyens, il avait réussi à relever le défi logistique d’un scrutin à l’échelle de ce pays continent, obtenant l’appui décisif de l’Afrique du Sud.  En outre, il est l’un des leaders des Balubakat, qui forment la garde rapprochée du pouvoir kabiliste et n’entendent pas être évincés. Et enfin, même si l’Occident le méconnaît, le pasteur est très estimé sur la scène africaine, ayant participé aux processus de paix au Mozambique, au Liberia et en Afrique du Sud aux côtés de l’évèque Desmond Tutu. Attendant le verdict du chef de l’Etat, le pasteur  s’est retiré dans son fief de Lubumbashi. Outre un « come back » très improbable de l’abbé Malu Malu, souhaité par les ONG occidentales, un représentant du culte musulman s’est lui aussi proposé à la tête de la CENI. </p>
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		<title>On ne nous déplacera pas: les Bédouins du Neguev s&#8217;accrochent à leur terre</title>
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		<pubDate>Fri, 03 May 2013 10:27:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Al Arakib, Lorsque les 28 Belges sont arrivés à Al Arakib, les uns pédalant, les autres marchant d’un bon pas, même les enfants avaient retenu le refrain de la chanson fétiche entonnée à tout moment par les chanteurs du groupe, « we shall not be moved », un vieil hymne venu du Sud des Etats [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Al Arakib,</p>
<p>Lorsque les 28 Belges sont arrivés à Al Arakib, les uns pédalant, les autres marchant d’un bon pas, même les enfants avaient retenu le refrain de la chanson fétiche entonnée à tout moment par les chanteurs du groupe, « we shall not be moved », un vieil hymne venu du Sud des Etats Unis et adapté à la situation particulière des Bédouins d’Israël.. . Quelques instants plus tard, c’est toute l’assistance qui reprenait: « non, non, non, nous  n’allons pas être délogés » alors que le soliste psalmodiait « vous avez détruit nos écoles, vous avez arraché nos arbres… »<br />
Le ton était donné par un chœur original : un groupe qui, l’an dernier, alors qu’il manifestait pacifiquement en Palestine, avait été appelé « les check point singers ». A tout moment en effet, devant les postes de contrôle israéliens et les files d’attente, ces Belges bien en voix entonnaient quelques chansons aussi « cultes » qu’engagées, la Française « Le temps des cerises, l’Italienne Bella Ciao ou la Portugaise « Grandola »…<br />
Alors que chaque dimanche depuis trois ans, ils ne sont que quelques dizaines de Bédouins à se réunir sur ces arpents de terre venteuse protégés par des glissières d’autoroute et à brandir leurs calicots refusant l’expropriation, cette fois la foule avait tenu à venir nombreuse à Al Arakib. En voiture, en carriole, à dos d’âne ou de cheval, tous tenaient à accueillir le groupe de Belges qui, durant une semaine, avait arpenté les pistes caillouteuses du Neguev. Venus de ces villages qui ne seront jamais rayés d’aucune carte pour la bonne raison qu’ils n’y sont même pas mentionnés, les plus oubliés des citoyens israéliens, les Bédouins du Neguev, ont tenu à démontrer, une fois encore, qu’étaient bien vivants et que, face à l’armée israélienne, ils n’avaient rien perdu de leur combativité. </p>
<p>Femmes sous la tente, hommes à la tribune, tous les chefs de village ont brandi des titres de possession des terres et des puits, clamé leur refus d’être chassés vers le béton et l’anonymat des villes.<br />
Sensibilisé de longue date à la question palestinienne, Marco Abramovicz, qui anime le Comité pour une paix juste au Proche Orient, a découvert voici trois ans le problème des Bédouins du Néguev. Le paysage désolé d’Al Arakib lui est devenu familier : oliviers arrachés, champs nivelés. A plus de 40 reprises, les bulldozers israéliens sont venus pulvériser les habitations, jeter au sol les tôles, les quelques blocs de béton que les habitants à chaque fois  remettaient debout, afin de signifier un message toujours identique : « cette terre est celle de nos ancêtres, nous ne partirons pas ».<br />
Le chef du village, Cheikh Sayeh al Turi, considère Abramovicz comme un ami fidèle et il salue avec enthousiasme le fait que ce citoyen d’Ittre ait  pu convaincre un groupe de Belges de le suivre pour découvrir, -à la force du mollet -ces dernières terres « vierges » d’Israël,  lorgnées par les « développeurs » et les plus hardis des colons. Le Neguev en effet représente 60% de la superficie d’Israël et l’Etat hébreu entend désormais le « mettre en valeur », en proposer l’occupation aux derniers arrivés, les Falashas, ces Juifs noirs d’Ethiopie ainsi que les Juifs  russes, qui sont déjà les principaux occupants de la ville de Beer Sheva, aux portes du désert.<br />
Depuis les hauteurs d’Al Arakib, on aperçoit d’ailleurs les gratte ciel de Beer Sheva, devenue une importante cité universitaire et qui ne cesse de s’étendre; des autoroutes tracent leur sillon, les fils électriques zèbrent le ciel, tout est prêt pour créer de nouvelles implantations et amener de nouveaux citoyens juifs sur les marches du désert.  A ceci près que les habitants d’Al Arakib, à l’instar des autres tribus demeurées dans le Neguev après le grand exode de 1948 qui vit plus de 100.000 Bédouins fuir vers la Jordanie,  ne l’entendent pas ainsi.<br />
Dans l’enclos de l’ancien cimetière, datant de 1914,  où reposent leurs ancêtres, ils ont redressé les tôles et les parpaings, ils ont ramené du bétail sur la savane herbeuse et tiré de longs fils pour capter un peu de ce courant électrique qui passe bien au dessus de leurs têtes. Paradoxalement, ces gens qui officiellement, n’existent pas et ne devraient pas être là, s’acquittent tout de même de la facture d’électricité…<br />
Comme tous les autres notables, Cheikh Sayed, obligeamment traduit par Aziz, l’un des récalcitrants et porte parole du village, exhibe des titres de propriété, des documents rédigés naguère par l’administration ottomane, du temps où les Turcs occupaient la région, bien avant l’existence de l’Etat d’Israël. Ces manuscrits, avec sceaux et empreintes digitales,  réduisent à néant une légende persistante : le Neguev, Naqab pour ses habitants, n’a jamais été un véritable désert, mais une vaste zone où des Bédouins sédentarisés pratiquaient l’élevage et une petite agriculture de subsistance.<br />
« Il est dur de vivre ici, mais de cette terre, nous pouvons vivre correctement » précise Aziz «  et si, à l’instar des colons israéliens nous disposions d’adductions d’eau, nous pourrions nous aussi la transformer en paradis… »</p>
<p>Durant huit jours, marchant d’un bon pas ou agrippés à leur mountain bike, les voyageurs belges, sous la houlette de Marc Abramovicz,  ont parcouru les villages bédouins, chaleureusement accueillis et pris à témoin par des habitants qui refusent autant de quitter leur terre que de modifier leur mode de vie. En effet, l’administration israélienne souhaite moins « sédentariser » des Bédouins qui ont depuis longtemps cessé de nomadiser que les regrouper dans des townships, des agglomérations urbaines où ils se retrouveront tout au bas de l’échelle sociale. Transformés en prolétaires urbains, obligés d’accepter des emplois non qualifiés et de vivre dans des infrastructures sommaires, les Bédouins seront obligés d’abandonner leur mode de vie traditionnel, leur hospitalité légendaire et aussi leur polygamie.<br />
A l’heure actuelle, une quarantaine de villages, ayant été décrétés «non reconnus »,  ne figurent sur aucune  carte et à tout moment, les maisons qui y ont été construites peuvent être détruites par les bulldozers de l’administration. En 2011, plus de mille demeures ont ainsi été jetées au sol et aujourd’hui encore les destructions sont quotidiennes.<br />
Alors que nous nous dirigeons vers Um Batyn, un homme à la fine barbe grise, à l’allure de notable prospère, nous hèle pour nous montrer ce qui reste de sa maison, un tas de pierres d’où dépassent encore de solides fers à béton. «Je travaille en ville,  j’ai payé cette maison de mes propres deniers et, délibérément,  j’ai voulu la construire dans le village où ma famille peut prouver, documents à l’appui, qu’elle possède cette terre depuis toujours. Voilà le résultat : les bulldozers ont tout démoli… »<br />
L’homme ajoute cependant : « après la création de l’Etat d’Israël, les Bédouins ont volontiers servi dans l’armée israélienne où l’on reconnaissait leurs qualités de combattants.  Mais aujourd’hui, les jeunes renâclent, d’autant plus que pour les Arabes d’Israël, le service militaire n’est pas obligatoire. Nombre de garçons sont dans l’impossibilité de se marier car ils ne peuvent construire de nouvelle maison pour abriter leur future famille. Comme j’ai deux fils, on m’a tout de même glissé que s’ils avaient décidé de s’engager dans l’armée, ma maison aurait peut-être pu être épargnée… »<br />
Le soir de cette rencontre, nous accueillant dans sa vaste demeure de Ati um Alhiran,  (dissimulée dans un repli de terrain et invisible depuis la route) une autre chef de famille, Abou Keiham, souligne un  autre des paradoxes de la situation des Bédouins : «même si la vie est dure, nous ne dépendons de personne. Nous avons des champs, des pâturages, la ville n’est pas loin, et ma troisième épouse a même fait un master en sciences administratives. Mais nous voulons continuer à vivre en famille, suivant nos traditions, avec nos femmes, nos vieux parents, nos très nombreux enfants. Dans notre famille, ils sont 14 au total… Vivre en ville, dans des appartements, pour nous c’est impossible… »<br />
Dans tous les villages traversés, si les familles s’abritent souvent dans des baraquements de tôle ondulée et des abris précaires (vite détruits, aussitôt reconstruits) la vie sociale tourne autour du « shik » cette vaste tente qui permet les réunions et accueille les voyageurs de passage. C’est là que l’on sert successivement, dans des tasses de porcelaine ou de petits verres, le thé très sucré, le café à la cardamome, tenus au chaud sur des braises à même le sol, tandis que les vieux chantonnent ou jouent de la musique jusqu’à ce que les invités, épuisés, s’endorment sur les lourds tapis de laine. Malgré le froid nocturne, il est interdit de rabattre les montants de toile qui protégeraient du vent : « si on le fait, le « shik » peut être considéré comme un habitat en dur,  donc illégal, donc susceptible d’être abattu… »<br />
Dans le village d’Al Alsir, Khalil Al Amour, informaticien, enseignant, mais  aussi autodidacte, ne se prive pas d’ironiser en nous faisant visiter ses installations : eau courante mais aussi système de récupération des eaux usées,  appareillage électrique fonctionnant à l’aide de capteurs solaires et même accès au réseau internet. «Je me suis branché sur une ligne israélienne, j’ai installé le « wi fi » et même si je n’ai pas de domicile légal je me suis doté d’une adresse électronique que tout le monde connaît ». En outre, pour signaler l’existence de son village qu’aucune carte n’indique, Khalil a dressé à l’entrée une plaque de signalisation originale : un triangle indiquant « attention danger, des bulldozers détruisent des maisons ».<br />
Alors que sa famille est installée à Al Alsir depuis 1921, Khalil nous livre l’une des raisons de l’expulsion méthodique des Bédouins :  « demain, en pédalant, vous contournerez la base aérienne militaire de Nevatim, qui est destinée à s’agrandir davantage à l’avenir. En effet, depuis la restitution du Sinaï à l’Egypte,  c’est dans le Neguev qu’Israël  a rapatrié ses bases militaires. Notre désert, situé à l’extrême sud du pays, revêt soudain un intérêt stratégique… »<br />
Le Neguev est aussi un territoire où se mettent encore en œuvre les principes fondateurs du sionisme,  « faire refleurir le désert », « planter de arbres »…<br />
Si Yeela Ranan enseigne dans un collège israélien à Beer Sheva, elle est aussi militante du « Neguev coexistence forum » qui rassemble militants arabes et israéliens et elle est aussi la championne nationale du moutain bike.<br />
Apprenant que  des Belges, moitié sportifs, moitié militants, organisaient une expédition dans le Néguev, elle n’a pas hésité un instant et a rejoint le groupe avec son engin doté, à la différence des bécanes des voyageurs, d’un formidable système de suspension, annulant quasiment tous les chocs.<br />
Guidant le groupe à travers la forêt d’Al Yassir, méthodiquement plantée de résineux et d’eucalyptus, elle a fait découvrir au groupe une « voie romaine » en fait un chemin hérissé de pierres, montant et descendant en direction du village de Drijat, littéralement « escalier », (une agglomération qui, elle, est reconnue et où vivent des Arabes d’ascendance turque, et non des Bédouins).  En fait de « voie romaine », l’escalier de pierres s’est  avéré un véritable casse pipe où les plus fragiles des vélos ont rendu leurs boyaux et où plusieurs cyclistes ont frisé l’insolation. Au sortir d’une imposante forêt, entièrement artificielle, et jalonnée d’aires de pique nique et d’espaces récréatifs, signes avant coureurs de futures ambitions touristiques, Yeela  précise : « j’aime les arbres,  sauf quand ils  servent à chasser les  hommes. Ici, le Fonds national juif (JNF) plante des forêts sur des terres qui appartenaient naguère aux Bédouins, ce qui rend leur retour impossible… »<br />
C’est cela aussi que les Bédouins ne comprennent pas : pourquoi, dans le même temps, les autorités retournent-t-elles leurs champs et déracinent-t-elles leurs oliviers, alors qu’elles plantent des forêts entières ? Pourquoi l’argumentation officielle avance-t-elle que les villages bédouins, composés de quelques familles, sont trop petits pour pouvoir  bénéficier de services de base (eau, électricité) et poursuivre leurs activités économiques traditionnelles alors que, dans le même temps, dans la même région, de petites localités juives, comptant moins de 300 habitants,  bénéficient de toutes les facilités et que  l’implantation de nouveaux venus ne cesse d’être encouragée  par les autorités?</p>
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		<title>Kivu: le passage de Mary Robinson confirme l&#8217;engagement international</title>
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		<pubDate>Fri, 03 May 2013 10:24:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Le passage au Kivu de Mme Robinson, l’envoyée spéciale de l’ONU en tournée  dans la région des Grands lacs, a confirmé l’attitude nouvelle de la communauté internationale : l’émotion suscitée  par les violations massives des droits de l’homme s’accompagne désormais de la ferme détermination d’agir pour mettre fin au cycle des rébellions. D’ici juin, les premiers contingents de la Brigade d’intervention africaine sont attendus au Nord Kivu et les opérations militaires devraient commencer en juillet. Cette brigade comptera un total de 3.069 hommes, et elle sera aidée par des drones qui permettront d’observer les mouvements sur la frontière entre le Congo et ses voisins rwandais et ougandais.<br />
Dotée d’un mandat plus offensif que les 17.500 Casques bleus de la Monusco, les militaires venus d’Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi auront deux groupes pour principales cibles : les rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et le mouvement M23, composé de militaires tutsis appuyés par Kigali. La seule perspective d’une intervention militaire « robuste » a déjà provoqué des réactions : les rebelles hutus, présents au Congo depuis la fin du génocide de 1994, ont accéléré le retour au Rwanda de leurs familles et desserré  leur emprise militaire sur les populations congolaises. Quant au M23, il a été affaibli par la défection du groupe de Bosco Ntaganda, actuellement interrogé par la Cour pénale internationale et 600 de ses militaires sont immobilisés dans un camp de réfugiés au Rwanda en compagnie de leur chef politique le pasteur Runiga. Quant à la faction  demeurée au Congo, dirigée par le général Sultani Makenga, elle apparaît à la fois affaiblie sur le plan militaire et ferme sur le plan politique.<br />
En effet, le mouvement est miné par les désertions, malgré les mesures  de surveillance adoptées par les officiers qui ont, entre autres, fait saisir les portables de leurs hommes. Julien Paluku, le gouverneur du Nord Kivu, a déclaré que depuis novembre, 519 militaires du M23 s’étaient rendus dans les différentes bases de la Monusco parmi lesquels 116 ont déclaré être de nationalité rwandaise. Cet affaiblissement militaire n’empêche pas l’action politique : le M23 s’est adressé  aux Parlements de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie pour tenter de les dissuader d’envoyer des troupes,  il a, selon la société civile du Nord Kivu, nommé deux administrateurs dans les territoires sous son contrôle, Rutshuru et Nyiragongo. Enfin, alors sont suspendus les pourparlers de paix de Kampala entre la rébellion et des représentants du gouvernement, le M23 exige un cessez le feu avant de reprendre des négociations que beaucoup, à Kinshasa, jugent désormais sans objet…<br />
A chaque étape de son passage dans la région, Mme Robinson a insisté sur l’importance de l’ « accord cadre » signé à Addis Abeba par onze chefs d’Etat africains, qui s’étaient engagés à ne plus soutenir les rebelles tandis que Kinshasa avait promis d’accélérer la réforme de l’armée.  Sa visite a confirmé que la crise avait pris une nouvelle tournure : de nouveaux acteurs régionaux sont apparus, appuyant Kinshasa dans sa volonté de rétablir l’autorité de l’Etat à l’est du pays. La détermination de l’Afrique du Sud n’est guère surprenante : le président Zuma apporta une aide logistique importante lors des élections de 2011 et fut le premier à féliciter le président Kabila. L’Afrique du Sud espère aussi que le projet de barrage à Inga II améliorera l’approvisionnement énergétique du pays, à raison de 2.600 megawatts par an. Quant à la Tanzanie, -un pays où le président Kabila a passé sa jeunesse- son implication représente l’élément le plus neuf de l’équation : en effet, le pays de feu le président Nyerere est en quelque sorte le « parrain » des présidents Museveni et Kagame qui s’y sont formés à la lutte de libération au début des années 80. Les deux chefs d’Etat, accusés de soutenir le M23 et de vouloir étendre leur influence sur l’Est du Congo, ne sous estiment ni les capacités de l’armée tanzanienne ni la détermination du président Kikwete, un ancien militaire lui aussi…</p>
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		<title>Les ingrédients du procès de la Belgolaise sont ceux d&#8217;un polar</title>
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		<pubDate>Thu, 02 May 2013 16:43:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[L’histoire qui sera soumise cette semaine à la 49eme chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles réunit tous les ingrédients d’un bon polar : des accusations de blanchiment d’argent portant sur un montant de 80 millions de dollars, une tentative d’enlèvement d’un homme d’affaires congolais en plein Bruxelles, des rumeurs d’empoisonnement d’Etienne Davignon, des achats d’armes [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L’histoire qui sera soumise cette semaine à la 49eme chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles réunit tous les ingrédients d’un bon polar : des accusations de blanchiment d’argent portant sur un montant de 80 millions de dollars, une tentative d’enlèvement d’un homme d’affaires congolais en plein Bruxelles, des rumeurs d’empoisonnement d’Etienne Davignon, des achats d’armes en Tchéquie et en Ukraine.<br />
Mais en filigrane de cette affaire rocambolesque, il y a aussi le contexte dramatique d’un Congo en guerre, déchiré par des rébellions soutenues par les pays voisins, dont le chef de l’Etat a été assassiné en janvier 2001, un pays qui essaie de se défendre, alors qu’à l’inverse de ses agresseurs, il est frappé d’un embargo sur les armes décrété par les Nations unies…<br />
A l’époque, le régime congolais, quasi exsangue, ne peut plus compter que sur une seule source de revenus, le diamant du Kasaï, exploité par une société d’Etat, la Miba (Minière de Bakwanga) dont à l’époque la société belge Sibeka, présidée par le vicomte Davignon,  est actionnaire à hauteur de 20%.  Le président de la Miba est alors Jean-Charles Okoto. Nommé par le président Laurent-Désiré Kabila, comment aurait-il pu refuser des crédits qui, après avoir transité par la Banque Centrale du Congo, seront affectés, à hauteur de 20 millions de dollars, à l’ « effort de guerre » et autres « dépenses de souveraineté » dont de vraisemblables « coulages ». C’est en 2003  qu’à Bruxelles, la CETIF, cellule de traitement des informations financières, s’inquiète de certaines transactions sur des comptes de la Belgolaise, dont a hérité le groupe Fortis qui a succédé à la Société générale.<br />
Le juge d’instruction Michel Claise, spécialiste des questions de blanchiment, se saisit alors de l’affaire et, au delà du contexte géopolitique, conclut  que la société Miba a subi un préjudice de 80 millions de dollars. Cette somme serait passée par les comptes de la Banque centrale du Congo, dirigée par le Katangais Jean-Claude Masangu, toujours en poste et appartenant lui aussi au premier cercle du régime. La BCC ayant des comptes à la Belgolaise, cette société est accusée d’avoir permis, entre autres, que des armes soient achetées avec le produit de la vente des diamants de la Miba. Le président et quatre hauts cadres de la Belgolaise à Kinshasa, inculpés, avaient cependant été blanchis tant par la Chambre du Conseil que par la Chambre des mise sen accusation.<br />
Reste le dossier de Jean-Charles Okoto : s’il ne sera pas présent au procès, l’ancien PDG de la MIBA qui deviendra par la suite ambassadeur en Ouganda est cependant venu à Bruxelles où il a répondu aux questions des juges. Il a expliqué que les « dépenses de souveraineté » concernaient en réalité des frais engagés à l’occasion de la visite au Congo du Ministre des Affaires étrangères Louis Michel (voitures, escortes etc…) ainsi que des parachutes destinés à larguer du matériel dans des régions rendues inaccessibles par la guerre. Au cours du procès ouvert à Bruxelles, il sera aussi question  de tentatives d’intimidations et de brutalités à l’encontre de Lambert Kalala. Numéro deux de la Miba à Bruxelles, il fut enlevé par des inconnus, jeté dans le coffre d’une voiture, délesté de son portable et de son portefeuille. Identifiés  des mois plus tard, les agresseurs désigneront M. Okoto comme le commanditaire d’une opération destinée à effrayer un homme soupçonné d’être un « indic » au sein de la société. Dans le procès actuel, M. Kandala s’est constitué partie civile. Les juges examineront aussi un rapport de la Sûreté de l’Etat selon lequel le vicomte Davignon, qui présidait alors la société Sibeka, avait fait l’objet de projets d’enlèvement ou d’empoisonnement.<br />
A noter que cette affaire a déjà fait une victime certaine : soucieuse, à cette époque, de préserver son image, la banque Fortis n’hésita pas à abandonner la Belgolaise, privant le monde bancaire belge du savoir faire d’une institution créée du temps de Léopold II…</p>
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		<title>Transparence: le Congo peut mieux faire</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Apr 2013 15:46:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[TDes progrès certes, mais le pays pourrait faire mieux…L’Initiative pour la transparence des industries extractives, (ITIE), une coalition composé de gouvernements, d’entreprises, de représentants de la société civile et d’organisations internationales, sorte de « watchdog », (chien de garde) des contrats miniers dans le monde, vient de suspendre pour une année la République démocratique du [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>TDes progrès certes, mais le pays pourrait faire mieux…L’Initiative pour la transparence des industries extractives, (ITIE), une coalition composé de gouvernements, d’entreprises, de représentants de la société civile et d’organisations internationales, sorte de « watchdog »,  (chien de garde) des contrats miniers dans le monde, vient de suspendre pour une année la République démocratique du Congo, estimant que les données fournies manquaient de transparence. Le maître mot de l’ITIE est «  publiez ce que vous payez », enjoignant ainsi aux entreprises minières de rendre publics tous les paiements effectués lors de l’exploitation des ressources naturelles. La communication du montant des impôts, taxes et autres redevances permet ainsi de mesurer l’exacte contribution du secteur minier au budget de l’Etat. La publication de cette information, consignée dans de minutieux rapports, a pour but premier de rendre impossibles les dessous de table et autres paiements illégaux.  Certes, l’organisation reconnaît que « des progrès importants ont été réalisés au cours des cinq dernières années, en matière de transparence et de recevabilité, mais elle ajoute que des mesures correctives devront encore être adoptées afin que la RDC puisse atteindre le statut de « pays conforme ».<br />
Cette « conformité », qui permet à un pays de devenir membre de l’ ITIE représente une sorte de label de qualité, dont le but premier est de rassurer les investisseurs et de les prémunir contre d’éventuelles critiques. L’ITIE compte à ce jour vingt pays jugés conformes et seize candidats.<br />
Première source de revenus de l’Etat, le secteur minier congolais représente 25% du produit national brut et le gouvernement, désireux d’être admis au sein du « club » des pays validés par l’ITIE a déjà rendus publics, non sans mal, plus de 100 contrats miniers. Cependant, les mauvaises habitudes héritées du passé ont la vie dure, et les scrutateurs de l’ITIE ne digèrent pas  l’une des transactions conclues par la Gecamines, où l’ancienne société d’Etat reconnut avoir reçu 15 millions de dollars pour prix d’une de ses sociétés, SMKK, vendue à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, lequel la revendit par la suite à une multinationale d’origine kazakhe, ENRC, pour le montant de 75 millions de dollars, la différence entre les deux montants ayant abouti dans les îles Vierges…<br />
Cet étrange marché avait déjà déclenché les foudres du Fonds monétaire international, qui décida l’an dernier de suspendre une ligne de crédit de 561,1 millions de dollars.<br />
Un malheur ne venant jamais seul, cette sanction était survenue alors que la ville de Goma venait de tomber aux mains des rebelles du M23, et elle avait failli entraîner la chute du Premier Ministre Matata Mponyo, cependant connu pour la rigueur de sa gestion.<br />
Considérant que le cours du cuivre a considérablement augmenté pour atteindre les 8000 dollars la tonne et  que la production congolaise dépasse actuellement les montants atteints dans les meilleures années de l’ère de Mobutu, soit plus de 450.000 tonnes par an, les représentants  d’ITIE rappellent qu’en 2010 déjà, le Congo fut privé de 88 millions de dollars de revenus miniers, qui avaient pris une autre direction que les caisses de l’Etat. </p>
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		<title>Rwanda: les menteurs n&#8217;étaient pas ceux que l&#8217;on pensait</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 17:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colette braeckman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme le temps passe… C’était voici 19 ans, le 6 avril 1994 : l’avion ramenant de Tanzanie le président rwandais Habyarimana était abattu alors qu’il se préparait à atterrir à Kigali. Cet attentat, qui allait aussi emporter le président du Burundi, fut le déclencheur du dernier génocide du 20eme siècle. Dans les minutes qui suivirent [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Comme le temps passe… C’était voici 19 ans, le 6 avril 1994 : l’avion ramenant de Tanzanie le président rwandais Habyarimana était abattu alors qu’il se préparait à atterrir à Kigali. Cet attentat, qui allait aussi emporter le président du Burundi, fut le déclencheur du dernier génocide du 20eme siècle. Dans les minutes qui suivirent le crash, les barrages se mirent en place dans la capitale. Les dirigeants politiques de l’opposition (hutus et tutsis) furent systématiquement éliminés, des civils tutsis, désignés à la mort par leur carte d’identité, furent abattus à leur domicile, dans les rues ou sur les collines. En trois mois, le massacre des Tutsis allait faire 800.000 morts (un million selon les autorités rwandaises). Quant à la Belgique, elle n’a pas oublié la mort honteuse de dix Casques bleus :  les Belges ayant été accusés d’avoir abattu l’avion présidentiel,  le petit groupe commandé par le lieutenant Thierry Lotin et chargé de protéger le Premier Ministre Mme Agathe Uwilingyimana fut fait prisonnier, amené dans un camp militaire et sauvagement abattu par des soldats en furie. Avant d’être emmenés, les soldats de la paix, sur le conseil de leurs supérieurs qui respectaient scrupuleusement le mandat onusien, avaient accepté de céder leurs armes et, durant les quelques heures de leur mise à mort, rien ne fut tenté pour les rechercher ou les délivrer.<br />
Depuis 19 ans, l’enquête sur les auteurs de l’ « attentat du siècle » a d’abord patiné puis généré des versions contradictoires : les extrémistes hutus, très vite, ont attribué l’opération à un commando du Front patriotique rwandais après avoir d’abord accusé les Belges. Et cela  alors que sur le terrain, les premières informations, les premiers commentaires de témoins mettaient en cause les extrémistes hutus et plus particulièrement les membres de l’ »Akazu » (petite maison) c&#8217;est-à-dire les « durs » du régime, incarnés par la belle famille du chef de l’Etat qui n’entendait en aucune manière partager le pouvoir avec le FPR abhorré.<br />
Des accusations ayant été formulées contre des militaires belges participant à la mission des Nations unies, entraînant la mort de dix Casques bleus, et finalement le retrait de tout le contingent (ce qui paralysera la Mission des Nations unies au Rwanda) l’auditorat militaire belge, tout naturellement, fut le premier à mener  l’enquête..<br />
Mais le dossier tomba rapidement en déshérence et fut transmis à la justice pénale, complétant le dossier instruit  Bruxelles par le juge Damien Vandermeersch, concernant cette fois le seul assassinat des dix paras. Durant les premiers mois, les Belges furent donc les seuls à travailler sur l’affaire, avec à la fois un avantage et un handicap : ils eurent accès à des dizaines de témoins de premier plan, dont les souvenirs n’étaient pas « pollués » par les polémiques ultérieures. Mais leur désavantage fut de n’avoir pas accès aux lieux du crash : durant un mois et demi,  alors que la guerre faisait rage, les forces armées rwandaises interdirent aux Belges d’accéder au périmètre de sécurité entourant l’épave de l’avion. Seuls les militaires français allaient et venaient…<br />
Il fallut plusieurs années pour que soit relancée la polémique à propos des auteurs de l’attentat, lorsqu’en 1998 le juge anti- terroriste Jean-Louis Bruguière fut saisi de l’affaire et mena une instruction largement médiatisée, presque exclusivement à charge du Front patriotique rwandais et qui se traduisit par l’inculpation de neuf hauts dirigeants à Kigali. La rupture des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda (rétablies par la suite par Nicolas Sarkozy) fut le point culminant de cette guerre médiatique et judiciaire, qui avait pris le relais de la guerre diplomatique et  surtout du soutien que la France de François Mitterrand, avant, pendant et après le génocide, avait apporté aux tenants du Hutu Power, les extrémistes hutus dont l’exode vers le Congo avait été facilité par l’Opération Turquoise. L’ouvrage de Pierre Péan, « Noires fureurs, blancs menteurs » (éditions Fayard) largement inspiré par le travail du juge Bruguière et les archives de l’Elysée, avait été l’un des éléments de cette guerre par opinion publique interposée.<br />
En Belgique, le journaliste Philippe Brewaeys, en collaboration avec l’équipe de «  Devoir d’enquête » menée par Catherine Lorsignol, a entrepris de répliquer à Péan et de porter le coup de grâce à l’enquête Bruguière, déjà largement déconsidérée par les travaux du juge Trevidic, qui a repris les investigations et s’est rendu, lui, sur le terrain.<br />
Le titre de l’ouvrage de Brewaeys «Noirs et Blancs menteurs » (éditions Racine)  renvoie explicitement à Péan. Mais les sources ne sont pas les mêmes, et les conclusions sont radicalement différentes.<br />
Brewaeys, qui a un long passé de chroniqueur judiciaire, s’est attaché, avec méthode et précision, à relire les travaux de l’auditorat militaire belge. Il cite en particulier l’enquêteur principal, Guy Artiges, qui s’était retiré de la circulation et que Catherine Lorsignol a retrouvé en Grèce. La conclusion d’Artiges (qu’il nous avait déjà livrée voici 19 ans et qui avait inspiré nos propres articles) est sans ambages : « c’est manifestement du côté des Hutu, des FAR (Forces armées rwandaises et du gouvernement en place qu’il faut rechercher les commanditaires de l’attentat. Avec une aide qui pouvait venir de l’étranger. Ma conviction, c’est que la France a joué un rôle. » Et Artiges de poursuivre : « des renseignements que nous avions, tout était mené par Mme Habyarimana et son frère Séraphin Rwabukumba, avec l’aide du colonel Théoneste Bagosora. J’ai eu des informations, qui n’ont d’ailleurs pas été traités et vérifiées,  concernant une réunion à l’hôtel Diplomate entre Bagosora, l’archevèque de Kigali et deux autres personnes. Quand ces gens ont appris que l’attentat avait réussi, ils se sont rendus à Kanombe pour voir si le président était bien mort. Ils sont revenus à l’hôtel Diplomate pour fêter cela au champagne… »<br />
Voilà une thèse bien éloignée de la version française incriminant le FPR…Reprenant toutes les pièces, tous les témoignages récoltés par les Belges, y ajoutant de nombreuses références (livres, articles de presse)  et des entretiens personnels, Brewaeys retrace méthodiquement une autre histoire de l’attentat, celle d’un complot ourdi par les extrémistes hutus, avec des complicités françaises. Toutes les manipulations, les contre-vérités de l’enquête Bruguière sont décryptées, le rôle de Paul Barril est passé au crible, les témoignages dûment sollicités voire préfabriqués (dont celui d’ Abdul Ruzibiza, un transfuge qui se rétracta par la suite) sont démontés une fois encore et l’auteur rappelle la principale des conclusions à laquelle sont arrivés les juges Trevidic et Poux lorsqu’ils se sont rendus à Kigali : d’après les experts, entre autre des acousticiens, convoqués par les magistrats, les missiles, de fabrication soviétique, ont été tirés à très courte distance, depuis le camp de la garde présidentielle, sur la colline de Kanombe. Un lieu hautement sécurisé, où le FPR n’avait guère accès et où seuls les coopérants militaires pouvaient accéder librement…</p>
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