8 février 2017

La recette parisienne du pâté d’alouette

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C’est ce que l’on appelle l’équilibre : donner la parole à toutes les parties, laisser chacun libre de donner son opinion, sans interférer…Quelle formule magnifique, mise en œuvre par le magazine « le Un » dans sa dernière édition…. Lorsque fut annoncée la préparation d’un numéro spécial, consacré au Rwanda, comment aurais je pu refuser de rédiger une tribune à côté d’Hubert Védrine, qui fut secrétaire général de l’Elysée en 1994 ? Depuis lors le brillant diplomate n’a cessé de défendre l’action de la France au Rwanda. Pour ma part, témoin oculaire d’une réalité beaucoup plus glauque, il me paraît, aujourd’hui comme hier, important de rappeler comment un grand pays démocratique se retrouva aux côtés d’un régime qui préparait le génocide et qui le mit en œuvre dans les premières minutes qui suivirent l’attentat contre l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994.
Pour ce qui concerne l’article, le diable gisait dans un détail, mal expliqué ou mal compris au moment de la commande du texte : le format demandé. Comment imaginer que le deux modestes colonnes qui m’étaient proposées, tenant sur 3500 signes, allaient représenter la seule opinion divergente face aux quatre longues colonnes dans lesquelles Hubert Vedrine justifiait, une fois encore l’action de la France.
Pierre Péan de son côté, sur une double page ironiquement appelée la « manipulation »- exemple parfait d’accusation en miroir- exposait une « enquête » consistant à remonter une fois de plus le cours du processus judiciaire et à discréditer un juge d’instruction qui, comme Marc Trevidic, s’était donné la peine de se rendre au Rwanda, d’écouter de nombreux témoins et de prendre des mesures balistiques destinées à déterminer d’où avaient pu partir les tirs de missiles qui abattirent l’avion présidentiel.
Sans surprise, aux yeux de Péan, le spécialiste qui sait tout du Rwanda sans avoir eu besoin d’y aller, la seule instruction valable demeure celle du juge Jean-Louis Bruguière, qui lui non plus ne posa pas un orteil sur le terrain. Instruction qui, par la suite, fut contredite par de nombreux témoignages et par les revirements de plusieurs interlocuteurs…
C’est que le roulement de tambours, surprenant au milieu d’une actualité qui offre tant d’autres sujets, annonce peut-être un autre scoop en train de mijoter dans le chaudron de la désinformation : le témoignage du général Kayumba Nyamwasa. Aujourd’hui réfugié en Afrique du Sud, celui qui fut naguère le patron du DMI rwandais (les services de renseignements) se prépare à venir témoigner contre Paul Kagame dont en 1994 il était le plus proche lieutenant sur le terrain.
Peut-on se prévaloir de sa propre turpitude ? Kayumba se prépare vraisemblablement à le faire devant les juges français, auxquels il expliquera que c’est Paul Kagame, alors chef militaire du Front patriotique rwandais, qui donna l’ordre d’abattre l’avion présidentiel. Kayumba fut un élément de poids au sein du Front patriotique rwandais : ayant grandi en Ouganda comme Kagame, d’ascendance royale comme lui, il dirigea les services de renseignement puis fut, après de premiers désaccords, il fut désigné comme ambassadeur à Londres et en Inde. Après la rupture définitive, il passa à l’opposition et fut l’objet de deux tentatives d’assassinat alors qu’il était réfugié en Afrique du Sud.
Comment Kayumba, qui en 1994 dirigeait la branche armée du FPR, pouvait il ne pas être associé à l’action qu’il dénonce aujourd’hui, -l’attentat contre l’avion du président Habyarimana- dont, pas plus que Kagame, il ne pouvait ignorer les probables conséquences, c’est-à-dire le début du massacre systématique des Tutsis du Rwanda ?
Le témoignage que Kayumba sera appelé à livrer prochainement sera sans doute dicté par son opposition à Kagame mais aussi par le désir de vengeance : non seulement il échappa lui-même à la mort mais Patrick Karegeya, un autre haut responsable du FPR lui aussi en exil en Afrique du Sud, fut assassiné dans son hôtel malgré la protection dont il jouissait. Sa déposition alimentera une nouvelle fois la polémique et représentera un niveau rideau de fumée destiné à masquer une vérité accablante qui, au fil des enquêtes, tend à se préciser davantage chaque année : celle de la responsabilité française dans le dernier génocide du siècle dernier.
Mais pour l’instant, le détail qui nous frappe dans la démarche du magazine « le Un », ce n’est pas la résurrection d’une polémique vieille déjà de deux décennies, c’est l’étonnant calcul qui met sur le même pied de longs articles qui font plus de trois pages au total et un modeste billet. Comme si « 1 plus 0,001 faisaient deux ». Si c’est cela l’objectivité, l’équidistance à la française, elle a le goût amer du pâté d’alouette…

4 février 2017

La disparition de Tshisekedi ouvre une nouvelle page

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Alors que la négociation sur les « arrangements particuliers » c’est-à-dire la véritable discussion politique battait son plein, Etienne Tshisekedi a quitté la scène. Le décès d’un homme de 84 ans, que l’on savait malade, ne devrait pas surprendre, mais il a ému tout le Congo et bouleversé l’échiquier politique.
Certes, le « Rassemblement de l’opposition », cette coalition de formations politiques qui s’ étaient fermement opposées au prolongement du mandat présidentiel, négociait le partage du pouvoir et cette démarche, encouragée par la conférence épiscopale, avait désamorcé la crise de décembre dernier. Mais même si les ambitions individuelles demeuraient une réalité, le « Rassemblement » demeurait adossé à cet homme intraitable, le seul capable le cas échéant de dire non et de remettre les cartes sur la table. La disparition d’Etienne Tshisekedi, qui aurait du diriger le « comité de suivi des accords » c’est-à-dire être la « belle mère » du gouvernement de coalition, sinon occuper lui-même le poste de Premier Ministre, affaiblit sérieusement l’opposition et Joseph Kabila perd le plus coriace de ses interlocuteurs. Plus que jamais, l’équation s’impose : du point de vue du président » ce qui est à moi est à moi » c’est-à-dire une prolongation de son mandat d’au moins un an, s’impose, tandis que ce qui appartient aux autres, c’est-à-dire à l’opposition qui revendique le poste de Premier ministre, demeure négociable. Une fois de plus, le temps a joué en faveur de Joseph Kabila, un homme qui, comme l’était Tshisekedi, est capable de cultiver l’art du silence et faire durer le suspense…
Il est fort probable que, associant le nationalisme au calcul politique, Joseph Kabila et les siens réservent des obsèques nationales à un homme qui a marqué le Congo depuis l’indépendance, ce que les opposants interpréteront comme une tentative de récupération mais qui sera aussi un hommage mérité.
Les « kabilistes » auraient cependant tort de pavoiser trop vite : les obsèques et le deuil pourraient aussi se transformer en manifestations massives et radicales, récusant le compromis envisagé par la classe politique. Ces démonstrations de colère seraient d’autant plus dangereuses qu’ en face, il n’y aurait plus d’interlocuteur écouté et respecté par tous.
Par ailleurs, la disparition de Tshisekedi marque la fin d’une époque et on peut aussi se demander quelles en seront les conséquences pour son parti, l’UDPS. Au vu des nombreux intellectuels qui l’ont rallié depuis longtemps, compte tenu de son expérience politique et de la popularité de Tshi Tsi parmi les jeunes, il est possible que la « fille aînée de l’opposition » surmonte la crise. Mais il n’est demeure pas moins que le vieil opposant n’avait pas désigné d’héritier politique, son fils Félix manquant encore d’expérience sinon d’envergure pour assumer un aussi lourd héritage. Le parti endeuillé risque de traverser une zone de turbulences, d’autant plus dangereuse que s’y ajoute l’attrait d’un pouvoir à portée de mains.
La statue du Commandeur ayant disparu, le dernier des acteurs des années 60 s’étant éteint, une nouvelle page s’ouvre pour le Congo et des millions de jeunes se préparent à l’écrire. Mais nul ne sait en quels termes.

4 février 2017

Le dernier baobab du Congo a disparu

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Il n’a pas fallu attendre le décès d’Etienne Tshisekedi à 84 ans, emporté par une pulmonie dans une clinique bruxelloise, pour que l’ « homme à la casquette » entre dans la légende du Congo. Celui qui hier encore négociait à Kinshasa avec la majorité présidentielle et s’apprêtait à prendre la tête du « Comité de suivi des accords » régulant la transition est l’une des dernières personnalités congolaises à avoir accompagné l’histoire du Congo depuis l’indépendance.
En 1960, une époque où les universitaires se comptaient sur les doigts d’une main, il est le premier diplômé en droit de l‘histoire du Congo et fait partie de ces intellectuels appelés à rentrer au pays après le premier coup d’Etat de Mobutu en 1960. Il fait alors partie du « collège des commissaires » où il est chargé de l’intérieur puis de la justice. C’est à ce titre qu’il aurait signé l’arrêté d’emprisonnement de Patrice Lumumba.
Compagnon de route du général Mobutu, qui prend le pouvoir en 1965, c’est Etienne Tshisekedi qui rédige les statuts du parti unique le Mouvement populaire de la révolution et, en juin 1966 ratifie la pendaison de quatre opposants, les « pendus de la Pentecôte », exécution publique qui marquera durablement le régime Mobutu. Mais en 1980, à la suite d’un massacre de mineurs à Katekalay dans sa province d’origine le Kasaï, Etienne Tshisekedi décide de rompre avec le tout puissant dictateur : en compagnie de douze autres parlementaires, il adresse une lettre ouverte au « Guide Suprème » dénonçant les errements et la corruption du régime et fonde le « deuxième parti », l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qui deviendra la « fille aînée de l’opposition », brisant le monopole du parti unique.
Vaincre la peur…
Durant une décennie, les dirigeants et les militants de l’UDPS de plus en plus nombreux s’identifient au combat démocratique et le grand mérite de Tshisekedi et de ses compagnons est d’avoir vaincu la peur. D’avoir osé défier un dictateur orgueilleux et courtisé par les alliés Occidentaux qui voyaient en lui un rempart contre l’influence communiste.
Comment oublier ces images des fondateurs de l’UDPS tabassés par la police, enfournés dans un minibus, stoïques malgré le sang qui leur coulaient dans les yeux et qui galvanisaient la foule par leur exemple ?
Après la chute du mur de Berlin, le vent tourne, l’heure est à la démocratisation de l’Afrique, les aspirations populaires se font pressantes. Tshisekedi se présente alors comme le principal adversaire d‘un dictateur vieillissant et miné par la maladie. L’heure de gloire de celui que l’on appelle déjà « Moïse », ou le « Sphynx de Limete » sonne lorsque la conférence nationale souveraine, qui réunit les forces vives de la nation, l’élit comme Premier Ministre. A l’époque, incarnant la révolte et l’espoir du peuple congolais, légitimé par le suffrage de la CNS, soutenu par les Occidentaux qui souhaitent un changement de régime, Tshisekedi a toutes les cartes en mains, le pouvoir est enfin à sa portée.
Mais l’homme du « non » est d’abord un éternel opposant, construire n’est pas son fort : le gouvernement qu’il met en place est faible, le programme léger, il se résume à « refaire les routes ». Rien n’émerege, ni une école, ni un dispensaire…rès vite l’espoir retombe et Tshisekedi, congédié par Mobutu, retrouve le jardin de sa maison de Limete où, sous les arbres, il réunit ses ministres et les membres de son parti, tandis qu’à l’extérieur, occupant la 25e rue, les « combattants » veillent, conspuent la police et aussi, à toutes fins utiles, les Occidentaux ou les journalistes. Dans le petit bureau, les visiteurs illustres se succèdent en quête d’une improbable conciliation. A chaque passage ils retrouvent un homme qui semble coulé dans le bronze, calé dans son fauteuil, éclairé par une lumière chiche et penché sur un livre qui semble toujours ouvert à la même page.
Dans ce pays où le pouvoir se confond souvent avec l’arrogance et l’ostentation matérielle, la simplicité de la vie et du message de Tshisekedi déconcerte les étrangers mais ravit les Congolais. Autant Mobutu est brillant orateur, parfois outrancier et grandiloquent, autant Tshisekedi, le « Sphynx », se révèle avare de paroles, se bornant à rappeler les questions de principe… Mais lorsqu’il se décide à parler, par exemple pour démonétiser les billets ornés de gorilles (les fameux « mayeshe » la monnaie de singe…) crachés par une infatigable planche à billets, ou pour convoquer des manifestations, le peuple répond massivement : les mamans du marché refusent de toucher les billets maudits et les jeunes bravent les dispositifs de sécurité sans peur de risquer leur vie.
Prônant la non violence, le combat politique et non la lutte armée, même si ses partisans, recrutés dans les quartiers populaires n’hésitent pas à employer la manière forte, ce n’est cependant pas Tshisekedi qui poussera vers la sortie le président Mobutu, son vieil adversaire et néanmoins ami des premières années. C’est l’ancien rebelle lumumbiste Laurent Désiré Kabila, à la tête d‘un mouvement armé hétéroclite dans lequel le Kasaïen, lucide, verra très vite le rôle décisif de forces étrangères, le Rwanda et l’Ouganda, ce qui le poussera une fois de plus à refuser de s’associer au nouveau pouvoir. « Débarrassez vous d’abord de ces étrangers qui vous entourent » assénera-t-il à Laurent Désiré qui, pour toute réponse, l’enverra dans son village natal du Kasaï doté d’un motoculteur avec le commentaire ironique de son ministre de l’Intérieur Gaëtan Kakudji, « cela lui apprendra à travailler un peu ».
Lorsque Laurent Désiré Kabila est assassiné en 2001, une page se tourne, son fils Joseph lui succède et le pays, en guerre depuis 1996, divisé par plusieurs rébellions, entre dans une phase délicate. L’UDPS participe aux accords de Sun City, en Afrique du Sud, qui déboucheront sur la fin de la guerre et un accord de partage du pouvoir, le fameux « un plus quatre » un président, quatre vice présidents dont deux « rebelles » Jean Pierre Bemba et Azarias Ruberwa. Mais Tshisekedi, qui s’est laissé inviter au Rwanda et a flirté avec l’un des mouvements rebelles, le RCD de Ruberwa, n’est pas preneur. Il recommande à ses partisans de boycotter le referendum constitutionnel dont il conteste la validité, interdit la participation aux élections de 2006, le scrutin le plus démocratique jamais organisé dans l’histoire du pays sous la surveillance et avec le financement de la communauté internationale. Là aussi, il laisse passer une chance de peser sur le cours des évènements, de se « mouiller » dans le pouvoir mais aussi de s’impliquer dans la reconstruction du pays qu’entame Joseph Kabila. Construire, voilà qui n’est pas son fort, une fois de plus…
Lors des élections de 2011, bien plus mal organisées et marquées par la violence et la fraude, où le deuxième tour a été supprimé, Etienne Tshisekedi accepte cependant de jouer le jeu. Sa campagne électorale, qui draine des foules immenses et enthousiastes à travers tout le pays confirme une fois de plus la popularité dont il jouit à travers tout le Congo.
A tel point que pour le vieux leader le doute n’est pas possible, il estime qu’il a gagné les élections que la présidence lui revient. En réalité, les chiffres sont contestables et ont été trafiqués, le désordre a été omniprésent, et nul ne connaîtra jamais la vérité des urnes.
Ce doute plombera le deuxième mandat de Joseph Kabila et en 2016, Tshisekedi et son parti se retrouveront en première ligne pour demander le respect d’une Constitution (qu’ils avaient initialement refusé de ratifier…) et exiger le départ de Joseph Kabila à la date prévue.
En décembre dernier encore, le pouvoir redoute les capacités de mobilisation de l’UDPS et de son leader : à la veille de l’expiration du mandat présidentiel, chacun sait que « Ya Tshi Tshi » est capable de faire descendre dans la rue les jeunes des quartiers populaires, de les pousser à affronter les forces de l’ordre, quitte à mourir sous les balles de policiers et de militaires qui n’hésitent pas à recourir à la manière forte. Cependant, chacun sait aussi que depuis des mois des négociations sont en cours, réunissant l’UDPS et des émissaires de Kabila afin d’amener la seule véritable force politique du Congo à accepter le « glissement » c’est à dire un report des élections, période durant laquelle l’ opposition serait associée au pouvoir.
Alors que tous les voyants sont au rouge, les évêques en décembre dernier, réussissent à réduire la pression et à ouvrir un nouveau cycle de négociations qui déboucheront sur l’accord du 31 décembre, où l’opposition se voit proposer le poste de Premier Ministre. En échange de quoi le président est autorisé à demeurer en poste pour une année, le temps d’organiser enfin les élections. L’intraitable Tshisekedi négocie-t-il un poste pour son fils Felix, ou se satisfait-il de devenir la « belle mère » de la transition en dirigeant le « Comité de suivi » ? Alors que le doute persiste, la négociation sur les « arrangements particuliers » prend du retard à cause des objections de la majorité présidentielle, qui veut pouvoir choisir le futur Premier ministre sur une liste qui lui sera proposée. Pendant ce temps, gagné par la maladie, usé par les palabres, le vieux leader se fatigue, jusqu’à devoir être ramené en Belgique par avion particulier pour y recevoir des soins médicaux.
Même si la disparition d’un homme de 84 ans que l’on savait fragile ne devrait pas surprendre, elle a suscité la colère parmi ses partisans et tous les Congolais se sentent aujourd’hui orphelins de l’un des « pères de l’indépendance. » A Limete rassemblés dans la désormais mythique 25e rue, des jeunes mettent en cause, pèle mèle, le pouvoir de Kabila mais aussi les Occidentaux, et en particulier la Belgique qui a cependant longtemps prodigué gratuitement des soins médicaux au leader de l’opposition, avec l’appui des mutualités socialistes, et qui se voit aujourd’hui accusée de l’avoir… empoisonné! Cependant, tous ne partagent pas cette tristesse : des témoins locaux nous rapportent qu’au Katanga, des proches de Kabila ont sabré le champagne en apprenant la disparition de « Moïse », l’homme qui n‘avait jamais renoncé à combattre mais qui ne verra pas la Terre Promise, celle d’un Congo démocratique et réconcilié avec lui-même et qui s’en est allé sans désigner de véritable héritier politique…

4 février 2017

Moïse est mort sans avoir vu la Terre Promise

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Epuisé par de longues négociations politiques à Kinshasa, Etienne Tshisekedi avait du rentrer en Belgique voici quelques jours à bord d’un avion médicalisé et avait été immédiatement hospitalisé à la clinique Sainte Elizabeth à Bruxelles. C’est là que mercredi en milieu d’après midi, il a été emporté par une embolie pulmonaire à l’âge de 84 ans. La famille, réunie dans la maison de son fils à Woluwe, s’est refusée à tout commentaire mais à la clinique, quelques proches et membres du parti, éplorés, se sont présentés individuellement ou en délégation. A Kinshasa, dans le quartier populaire de Limete où la famille Tshisekedi vivait depuis les années 80 la rumeur, puis la confirmation de la disparition du « lider maximo » a aussitôt provoqué un rassemblement de foule. C’est que, qu’on l’ait aimé ou critiqué, un fait est demeuré incontestable, Etienne Tshisekedi était resté, malgré son âge et ses longs séjours à l’étranger, l’homme le plus connu et le plus populaire du Congo.
Était ce du à sa radicalité ? A son attachement au combat non violent ? A sa fermeté touchant quelquefois à l’obstination ? A la simplicité de sa vie, aux années de quasi réclusion dans une modeste maison ceinte d’un jardin où il aimait recevoir ses partisans ? A la peur qu’il inspira tant au président Mobutu qu’à Kabila père et fils, qui voyaient en lui leur seul véritable adversaire ? Toujours est il qu’Etienne Tshisekedi malgré son âge n’avait rien perdu de son prestige, non seulement parmi ses compatriotes originaires du Kasaï, mais aussi parmi les Kinois volontiers sceptiques ou frondeurs tandis que les jeunes admiraient cet homme qui avait le courage de dire non. A tel point que, nommé Premier Ministre par Mobutu au terme de la Conférence nationale souveraine en 1992, il brisa bien vite la cohabitation avec le dictateur.
Ces derniers mois cependant, Etienne Tshisekedi, peut-être parce qu’il se sentait décliner et qu’il était soucieux de sa succession politique, avait accepté de discuter avec les émissaires de Joseph Kabila qui lui proposaient une participation au pouvoir en échange de son accord sur le « glissement » c’est-à-dire la prolongation du mandat présidentiel, qui expira le 19 décembre dernier. Après des tractations de coulisses, Etienne Tshisekedi préféra cependant dire non, une fois de plus, aux propositions du pouvoir et prendre la tête du Rassemblement de l’opposition qui exigeait que la Constitution soit respectée sans autre forme de procès. C’est là, en décembre dernier, qu’intervinrent les év^ques du Congo et qu’au bout d’âpres négociations à huis clos fut conclu un accord de la dernière chance, par lequel l’opposition accordait un an de « bonus » au chef de l’Etat en échange d’un poste de Premier Ministre chargé d’organiser les élections dans un délai de douze mois. Quant à Tshisekedi, « statue du Commandeur » et gardien des principes, il devait être nommé à la tête du Conseil de surveillance de l’accord. Mais les négociations pour les postes gouvernementaux s’enlisèrent, comme si le pouvoir, jouant sur les ambitions des uns et des autres, tentait de jouer la montre. Durant ce temps, chacun savait que la santé de Tshisekedi épuisé par ces interminables tractations, ne tenait plus qu’à un fil….
Ce fil vient de se rompre et dans les couloirs de Sainte Elizabeth, un Congolais, membre de la cellule stratégique du parti UDPS, ne cache pas son émotion en apprenant la nouvelle : « nous sommes orphelins, c’est une tragédie pour notre pays ».
C’est qu’Etienne Tshisekedi, que tous appelaient Moïse, n’aura pas vu la Terre Promise, l’accession de son parti au pouvoir, l’avènement d’un Congo réellement démocratique. Il se sera épuisé dans les combats politiques, les défis aux pouvoirs successifs et les refus sans avoir eu l’occasion de mettre réellement ses idées en chantier et de se salir les mains dans le cambouis de la gestion quotidienne.
Au début de sa carrière cependant, Etienne Tshisekedi, le premier diplômé en droit de l’histoire du Congo, s’était lancé sans hésitation dans la politique : il fait partie du « groupe de Binza » ces premiers intellectuels congolais qui interrompent leurs études à l’étranger pour, en 1960 relever le défi de l’indépendance. Etienne Tshisekedi fait partie du collège des «commissaires généraux » puis en 1965 après la coup d’Etat de Mobutu, il devient Ministre de l’Intérieur puis de la Justice, et rédige les statuts du parti unique, le Mouvement populaire de la révolution. Mais en 1980, rompant avec Mobutu, il crée l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) qui deviendra rapidement la principale force d’opposition.
Depuis lors, c’est avec fierté qu’Etienne Tshisekedi collectionnait les surnoms, « l’éternel opposant », « Ya Tshitshi » « Moïse »… Inflexible, obstiné, imperméable à la peur, il incarna le cauchemar des présidents successifs et l’éternel espoir de changement d’une population qui aujourd’hui se sent orpheline…

30 janvier 2017

Congo: ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable

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Un mois après la signature de l’accord de la Saint Sylvestre qui avait désamorcé une explosion imminente grâce à la médiation des évêques congolais, la situation politique est toujours bloquée à Kinshasa.
Certes, des concessions majeures avaient été faites, par les uns et les autres : les négociateurs de la majorité présidentielle avaient accepté que les élections aient lieu fin 2017 et que M. Kabila ne soit pas candidat à sa propre succession. Ils avaient aussi accepté de confier à un représentant de l’opposition le poste de Premier ministre. En contrepartie, l’opposition avait accepté que le chef de l’Etat, dont le deuxième mandat expirait le 19 décembre, reste en fonctions jusqu’aux élections sans qu’un « régime transitoire » soit mis en place.
Les prélats auraient du s’en douter : dans cet accord comme dans tant d’autres, le diable se trouvait dans les détails. Et le diable, c’était la notion d’ « arrangements particuliers » c’est-à-dire les modalités pratiques de la mise en œuvre de l’accord., où chacun (mais surtout le pouvoir, qui avait tout) tente de mettre en œuvre la vieille tactique du « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable ». Malgré le deuxième ultimatum fixé par les évêques et qui a expiré le week end dernier, quatre points de blocages importants subsistent. Le premier concerne le poste de Premier Ministre. Certes, ce dernier doit être issu de l’opposition et désigné dans les rangs du « Rassemblement », la coalition dirigée par Etienne Tshisekedi. Mais outre le fait que le vieux leader charismatique, malade et affaibli, a du être ramené à Bruxelles dans un jet privé, une divergence majeure subsiste : les partisans de Kabila estiment que c’est au chef de l’Etat qu’il appartient de choisir le chef du gouvernement sur une liste de cinq personnalités qui lui sera soumise par l’opposition. Faut-il dire que la lutte pour le poste est serrée, que le premier ministre sortant Sammy Badibanga (un Kasaïen qui fut proche de Tshisekedi) n’a pas encore dit son dernier mot, que le chef de l’Etat avant de faire son choix définitif, pourra jouer sur la gamme des ambitions et des appétits ?
La répartition des postes ministériels est tout aussi problématique : arguant de sa majorité au Parlement, issue des élections –contestées- de 2011, le camp présidentiel n’entend pas céder les ministères dits régaliens (intérieur, défense, affaires étrangères, justice) et il revendique également les ministères considérés comme « juteux » c’est à dire les mines ou les finances. Autrement dit, Kabila et les siens entendent bien garder en mains les rênes du pays, un atout évident au moment de la future campagne électorale.
La médiation de la Conférence épiscopale (Cenco) représente elle-même le troisième point de blocage : pour la majorité, l’accord conclu à la veille du Nouvel An marquait la fin d’une médiation momentanée. Pour l’opposition, méfiante ou échaudée, les prélats doivent continuer à exercer leurs bons offices et demeurer des arbitres jusqu’au jour du scrutin. Et cela même si certains évêques souhaiteraient retourner dans leurs diocèses respectifs.
La « ligne du temps » est tout aussi problématique : d’un côté les médiateurs comme l’opposition souhaitent respecter les délais et arriver aux élections d’ici fin 2017. Mais de l’autre, les « pinaillages » du camp présidentiel permettent de gagner du temps, afin peut-être, d’atteindre 2018. Ce délai avait été initialement demandé par Kabila et aujourd’hui déjà, il apparaît comme le plus probable. Ajoutons aussi que le jour où l’opposition sera effectivement associée au pouvoir, elle sera peut-être moins désireuse de tout remettre en jeu.
Dans ces négociations en forme de procession d’Echternacht, un non dit progresse dans les esprits : l’idée d’un referendum constitutionnel, soutenu par les amis du président, refusé par l’opposition. Cette consultation, présentée comme une issue à l’impasse actuelle, permettrait de faire sauter le verrou constitutionnel et elle autoriserait M. Kabila à exercer un mandat supplémentaire. A condition que la population consultée marque son consentement. Mais dans un pays où les «mesures de décrispation » (elles aussi promises le 31 décembre dernier) sont loin d’être prises, où la presse demeure sous haute surveillance, chacun sait que poser la question ce sera probablement y répondre…

27 janvier 2017

Reynders veut maintenir la pression en Afrique centrale

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Si l’année dernière a été difficile, 2017 ne s’annonce guère plus aisée. Devant la presse belge et internationale, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a énuméré tous les défis qui se présenteront, du Brexit aux relations entre l’Europe et les Etats Unis. Est-ce l’accumulation de ces crises imprévues ou l’optimisme de la volonté, mais le ministre s’est montré relativement serein au sujet des relations entre a Belgique et l’Afrique centrale et plus largement à propos de l’évolution de la région. Relevons d’abord que le Rwanda est passé en dessous des écrans radar. Au pays de Kagame, circulez il n’y a rien à voir et donc, sans doute rien à dire ou à redire. Tant mieux pour les Rwandais. Quant au Burundi, le ministre prend note de la difficulté du dialogue mais aussi des progrès accomplis, comme la libération de quelques prisonniers politiques. Pas un mot sur les arrestations de militaires, généralement Tutsis, de l’ancienne armée burundaise (les ex FAB) ni sur la famine qui a déjà fait des dizaines de victimes dans la province de Bubanza. Circulez, puisqu’on vous le dit, ou plutôt ne circulez pas puisque, dans le cas des journalistes, vous n’aurez pas de visa.
Quant au Congo, où en décembre dernier la situation était décrite en termes apocalyptiques et où tous les résidents belges étaient priés de prendre (à leurs frais) le premier avion, une relative sérénité semble l’avoir emporté. Bravo les évêques ! Malgré l’accord intervenu à la Saint Sylvestre, le gouvernement associant la majorité présidentielle et l’opposition n’est toujours pas sorti des limbes et les tractations se poursuivent tandis que les prélats multiplient les ultimatums. Il n’empêche que le ministre Reynders se réjouit de l’accord intervenu, le soutient. Il est bien décidé à maintenir la pression pour qu’il s’applique et que les élections puissent avoir lieu en 2017 encore, comme convenu… Même si en sourdine, les diplomates chuchotent qu’il serait plus réaliste de viser 2018. Tout cela s’éclaircira sans doute la semaine prochaine lors de la visite que fera à Bruxelles Léonard She Okitundu le nouveau ministre congolais des Affaires étrangères, qui aura pour première mission de rassurer les partenaires occidentaux. Apparemment, pour ce qui concerne la Belgique, le gros de l’orage est passé et M. Reynders se prépare à inaugurer en mai prochain la nouvelle ambassade du Royaume à Kinshasa.

23 janvier 2017

L’opposition burundaise s’unit… en Belgique

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Tant sur le plan économique que politique, la situation au Burundi est toujours enlisée. En revanche sur le plan militaire, on pourrait assister à de nouveaux développements, mus par l’un des anciens mentors du président Nkurunziza, Hussein Radjabu.
Le médiateur mandaté par l’ Union africaine, Benjamin Mkapa, qui a obtenu le ralliement de certains opposants, à titre individuel, est de plus en plus contesté par le CNARED, la plate forme rassemblant le plus grand nombre d’anciennes personnalités politique en exil. En effet, en décembre dernier, le médiateur avait déclaré que « la question de la légitimité du président Nkurunziza avait été vidée » et cela alors que l’opposition considère que le troisième mandat qu’il exerce actuellement n’est pas légitime et représente une violation des accords de paix d’Arusha. L’Union africaine pour sa part, soutient toujours les efforts du médiateur et tente de convaincre les opposants, un à un, de reprendre le dialogue. Pour le Cnared, « cet agenda du médiateur ne vise qu’à « réconforter et renforcer la dictature de M. Nkurunziza, sinon détruire l’opposition. »
C’est pour tenter de vaincre cette lassitude de l’opposition qu’une réunion importante a eu lieu le week end dernier en Belgique : dans la plus grande discrétion, des représentants de l’opposition politique, de la société civile et de la diaspora burundaise, soit 34 personnes, se sont réunis pour arrêter une stratégie commune. Selon Pancrace Cimpaye, le porte parole du mouvement, «toutes les forces vives de la nation opposées au troisième mandat criminel du président Nkurunziza se sont réunies dans un forum et elles ont désigné un « comité de conciliation » dirigé par Pierre Claver Mbonimpa, défenseur historique des droits de l’homme au Burundi. » Ce dernier est réfugié en Belgique depuis une tentative d’attentat qui a failli lui coûter la vie.
A mesure que le temps passe, l’opposition politique en exil craint cependant de perdre prise sur la situation dans le pays, qui, sur le plan économique et social, à cause de la pénurie de devises et de la suspension des aides étrangères, devient de plus en plus critique, à tel point que l’on enregistre désormais des morts par famine…
C’est pourquoi les regards se tournent à nouveau vers l’opposition armée et en particulier vers un mouvement initié par l ’ancien mentor du président Nkurunziza, l’un des fondateurs de son parti CNDD, (Comité national pour la défense de la démocratie) Hussein Radjabu. Ce dernier se serait rapproché d’un officier très populaire dans les rangs de l’ancienne rébellion, le général Jérémie Ntizanyibagira. Ce dernier était jadis le chef de la garde rapprochée du président Nkurunziza et, quoique ayant combattu dans les maquis où il dirigeait la deuxième région militaire, il était sorti de l’Institut de formation militaire Iscam. Hussein Radjabu aurait rallié à lui les « frondeurs » c’est-à-dire les membres historiques du parti CNDD qui avaient tenté de dissuader le président Nkurunziza de briguer un troisième mandat, tandis que le général Jérémie aurait la confiance des officiers des anciennes Forces armées du Burundi, parmi lesquels de nombreux Tutsis, réputés pour leur professionnalisme et qui avaient été progressivement écartés du service actif…

17 janvier 2017

D’ex-rebelles du M23 reviennent au Kivu

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Alors que la mise en œuvre de l’accord conclu à la veille du nouvel an sous l’égide de la conférence épiscopale tarde à se mettre en œuvre, de nouvelles menaces se profilent à l’Est du Congo : le gouverneur de la province du Nord Kivu, Julien Paluku, a dénoncé une incursion d’anciens rebelles, membres du M23, qui auraient quitté leur cantonnement en Ouganda pour pénétrer en territoire congolais, dans la localité d’Ishasha. Selon lui, sept de ces hommes, dotés d’armes légères, des fusils A47, auraient été arrêtés dans la bourgade de Kisoro, en face de la localité de Bunagana en territoire congolais. Ces informations ont été confirmées par le ministre congolais de l’information Lambert Mende qui a rappelé que ces hommes avaient été enregistrés comme réfugiés en Ouganda et que, cantonnés dans le camp de Bihanga, il n’auraient pas du avoir la possibilité de traverser la frontière.
Les forces armées congolaises, présentes au Nord Kivu, auraient stoppé l’avancée de ces 200 rebelles. Les sources congolaises assurent que ces hommes seraient dirigés entre autres par Sultani Makenga, le chef du M23 en 2013, que l’on disait cependant très malade…
Du côté ougandais, on confirme que des armes auraient été saisies sur la frontière congolaise, mais en assurant que l’Ouganda n’aurait pas autorisé d’opération du M23 au départ de son territoire.
Pour sa part, le ministre congolais des affaires étrangères Léonard Okitundu accuse l’Ouganda « de jouer un jeu dangereux » et rappelle que si de nombreux contacts ont eu lieu entre ces combattants et les autorités de Kinshasa, ces hommes n’ont jamais voulu revenir.
Rappelons que c’est en novembre 2013, à l’issue de la victoire des forces armées congolaises contre les rebelles tutsis du M23 avec l’aide de la Monusco et de la Brigade d’intervention africaine, que 1500 hommes, qui avaient initialement été soutenus par le Rwanda, s’étaient repliés sur l’Ouganda où ils avaient été désarmés et cantonnés. L’accord-cadre d’Addis Abeba, conclu par la suite, avait prévu le retour des réfugiés et l’amnistie des hommes en armes mais ces promesses ne s’étaient pas concrétisées et ces combattants aguerris étaient demeurés une sorte de force de réserve, régulièrement soupçonnée de vouloir s’engager dans l’un ou l’autre des conflits de la région. C’est ainsi que, voici quelques semaines, des membres de l’ancien M23 et des Banyamulenge (Tutsis congolais) avaient été accusés de s’infiltrer au Congo au départ de l’Ouganda, moins pour déstabiliser le pays de Kabila que pour rejoindre, au départ du Sud Kivu, la frontière burundaise afin d’y ouvrir un autre front contre le régime du président burundais Pierre Nkurunziza.
Par ailleurs les incertitudes qui pèsent sur la situation au Congo ravivent toutes les craintes et il est régulièrement question de reprise des combats, par les rebelles hutus rwandais FDLR ou les rebelles ougandais ADF Nalu….

17 janvier 2017

Bruxelles-Kinshasa: le froid persiste

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Malgré la conclusion d’un accord politique entre Congolais, salué par la Belgique, les relations sont toujours glaciales entre Bruxelles et Kinshasa, plombées par la méfiance. Comme en décembre dernier, le Congo vient de refuser que Bruxelles envoie à Lubumbashi une dizaine de militaires, des DAS, chargés de protéger le consulat général.
Rappelons que, découlant de l’accord obtenu par la conférence épiscopale du Congo le 31 décembre dernier, les négociations politiques se poursuivent à Kinshasa, entre autres pour le choix d’un Premier Ministre issu de l’opposition.
Cependant le malaise entre le Congo et ses alliés occidentaux, dont la Belgique, est loin d’être dissipé. En décembre dernier, outre l’annonce de sanctions ciblées contre des proches du président Kabila, la Belgique, la France, les Etats Unis, entre autres, avaient déconseillé à leurs ressortissants de se rendre au Congo ou d’y rester plus que nécessaire. Cependant, alors que mises en garde sévères sinon ultimatums se succédaient, les diplomates occidentaux furent totalement absents de la « négociation de la dernière chance » initiée par les évêques congolais avec le soutien du pape François. Dans l’enceinte du centre diocésain, les Congolais se retrouvèrent entre eux. Une fois l’accord conclu, la «communauté internationale » qui avait été tenue à l’écart des discussions et en ignorait largement le contenu, se contenta de souhaiter que les engagements soient mis en œuvre sans tarder.
Ce satisfecit n’ a toutefois pas réussi à dissiper les inquiétudes des uns, la psychose des autres. En effet, les ambassades occidentales ont maintenu, sinon renforcé les mesures de sécurité prises en décembre. C’est ainsi que la Belgique essaie toujours de renvoyer au Congo la dizaine de militaires (des troupes d’élite) qui, chargés de protéger le consulat général à Lubumbashi, avaient déjà été « recalés » fin 2016.
Une nouvelle tentative a eu lieu cette semaine, lorsque les passeports de ces militaires furent introduits dans d’autres dossiers, relevant, eux, du partenariat existant entre la Belgique et le Congo en vue de former la nouvelle armée congolaise, à Kindu entre autres. Les Congolais avancèrent que les passeports diplomatiques relevaient des Affaires étrangères (en vertu de la Convention de Vienne) et non de la coopération militaire..
Nous expliquant ces réticences, le Ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende devait parler de « nouvelle provocation », ajoutant que « si le consulat de Belgique à Lubumbashi devait être menacé, c’est à la police congolaise qu’il appartiendrait de le sécuriser. Les Belges n’ont pas encore compris que le Congo de Papa, c’est fini… Les procédures doivent être respectées… »
Pour expliquer cette méfiance, le ministre évoqua aussi la méfiance, sinon la psychose qui hante en ce moment les Congolais : « dois je vous rappeler que c’est dans l’ « interrègne » des présidents américains que tant Patrice Lumumba que Laurent Désiré Kabila ont été assassinés, en janvier 1961 et en janvier 2001, c’est pour cela que lundi et mardi prochain seront des jours fériés, des « journées des martyrs ». Nous croyons qu’un attentat est toujours possible et, à la veille de l’investiture de Donald Trump, nous prenons nos précautions… »
Ambiance…

16 janvier 2017

Le fondateur du Village du Livre de Redu a tourné la page

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Noël Anselot, décédé à l’âge de 92 ans, était l’un des derniers acteurs de la résistance, témoin de la bataille de Bastogne où il perdit plusieurs membres de sa famille. Originaire des Ardennes mais né à Liège, il s’engage en 1942 dans les services de renseignement et d’action, sous la direction de William Ugeux qui fondera l’agence Inbel et il termine la guerre avec le grade d’adjudant A.R.A. Il se lance alors dans le journalisme, et, dans les colonnes de la Wallonie, il mène une campagne enflammée contre le retour de Léopold III. Il collaborera ensuite à l’agence Belga puis à Reuter et, spécialisé dans les affaires pétrolières, se fera connaître lors de l’affaire Ibramco, ce projet de raffinerie belgo iranien qui entraînera la chute du gouvernement Leburton. Lui-même reconverti dans les affaires pétrolières (il sera directeur de BP Belgique/Luxembourg) puis d’Elf/Belgique, Noël Anselot deviendra célèbre grâce à ses livres dont un best seller de l’époque, « ces Belges qui ont fait la France »(éditions France Empire).
Par la suite, cet amoureux de l’Ardenne et de la Famenne se découvrit à Redu une autre vocation, celle de bibliophile. Dans ce petit village, il ne se contenta pas de lutter pour empêcher la construction d’un barrage sur la Lesse, il fonda avec le journaliste de la RTBf Gérard Valet le « Village du Livre » qui assura la célébrité de Redu et suscita plusieurs initiatives similaires en France, en Suisse, aux Pays Bas et même en Malaisie. Le fonds initial de Noël Anselot avait été constitué au départ des ouvrages qui appartenaient à la famille de Selys Longchamp et qui avaient été mis en vente. Dûment répertoriés, catalogués, ces ouvrages se révélèrent d’une richesse inépuisable et assurèrent des visiteurs fidèles à la librairie que Noël Anselot avait ouvert à Redu. L’un des plus assidus fut le roi Baudouin, qui, venant en voisin feuilleter les livres rares, n’hésitait pas à s’entretenir longuement avec le libraire…
Esprit ouvert, éclectique, alliant la curiosité d’esprit, le sens des affaires et l’esprit de famille, Noël Anselot venait de célébrer ses 70 ans de mariage avec Joan Cranshaw, qu’il avait rencontrée en Irlande alors que, volontaire de guerre elle aussi, elle conduisait les camions de l’armée britannique. Le seul roman que Noël Anselot n’a pas écrit est celui de sa longue vie, mouvementée et traversés par d’innombrables rencontres…Trop de matière peut-être…Ses amis, sa nombreuse famille, mettront du temps à revisiter toutes les facettes de ce personnage hors du commun, qui, par sa culture et son entregent correspondait assez bien à ce que dans un autre siècle on aurait appelé un « honnête homme »…