4 janvier 2021

L’année où Félix Tshisekedi a mené la reconquista

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Une nouvelle étape a été franchie dans le détricotage de l’accord passé voici deux ans entre Joseph Kabila, le président sortant et Félix Tshisekedi, leader de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social, un parti fondé par son père en 1982), accord qui avait mené à une situation inédite en RDC, une « passation du pouvoir pacifique et civilisée » : un « informateur », Modeste Bahati Lukwebo, a été nommé afin d’identifier un nouveau Premier Ministre d’ici un mois, ou d’occuper lui-même cette fonction. Originaire du Sud Kivu, le sénateur Bahati, à la tête d’un parti appartenant au « camp Kabila », avait fait défection lorsqu’il avait estimé que le maître d’alors ne l’avait pas suffisamment récompensé, entre autres en lui accordant la présidence du Sénat. Bahati est aujourd’hui chargé de pousser vers la sortie le premier ministre en fonction, Ilunga Ilunkamba, qui refuse de céder la place. L’informateur entre donc en fonctions alors qu’il n’y a pas vacance du pouvoir et que la majorité parlementaire fait encore l’objet de savants calculs au rythme des défections et ralliements escomptés.
En réalité, le président Félix Tshisekedi arrive au bout de sa stratégie de « reconquista », motivée par le fait qu’il estimait que son puissant allié ne lui laissait pas une marge de manœuvre suffisante. Le nouveau rassemblement créé sous son impulsion, l’Union sacrée, créé à l’issue d’un mois de consultations nationales, est en passe de détrôner le Front commun pour le Congo, la coalition que Kabila avait rassemblé à la veille des élections du 31 décembre 1998 et qui devait lui permettre, malgré sa retraite apparente, de garder les rênes du pouvoir et surtout, de préparer la prochaine échéance, les élections de 2023. D’une coalition à l’autre, en l’absence de toute réelle idéologie, le ciment de l’allégeance politique demeure le même et la nouvelle plate forme que l’on appelle déjà l’ « Union sucrée » s’est elle aussi constituée à coup de billets verts, le tarif proposé aux « transhumants » oscillant entre 7000 à 15.000 dollars par défection.
C’est une longue marche que celle entamée par Félix Tshisekedi au lendemain de ces élections chaotiques, financées par le seul Congo et dont le seul résultat certain avait été l’échec du dauphin de Kabila, Emmanuel Shadary. Joseph Kabila, qui ne pouvait se représenter, avait sauvé les meubles et sa coalition dominait largement l’Assemblée nationale et le Sénat. La Commission électorale n‘ayant jamais publié les chiffres définitifs, on ignorera toujours qui fut le véritable vainqueur du scrutin, même si les observateurs déployés par l’Eglise catholique et financés par les Occidentaux avaient désigné Martin Fayulu comme le probable gagnant, appréciation qui fut confirmée par des fuites au niveau de la CENI et par des journalistes indépendants.
C’est avec Félix Tshisekedi, jugé plus accommodant, qu’un accord de partage du pouvoir fut finalement conclu, accepté par une opinion congolaise soulagée de voir Kabila quitter le pouvoir. Le vainqueur désigné passa sa première année à parcourir les capitales africaines et occidentales pour légitimer à l’extérieur du pays sa position de chef d’Etat. Il multiplia les promesses, entre autres auprès du Rwanda (qui vient d’être accusé par les experts de l’ONU de maintenir des troupes au Kivu et qui traque à peu près librement ses opposants au-delà de la frontière) , d’Israël, (Jérusalem étant reconnue comme sa capitale par la RDC) et surtout des Etats Unis. Ces derniers souhaitaient démanteler totalement « l’empire Kabila » c’est-à-dire sa fortune colossale, amplement détaillée par une batterie d’ONG et de think thanks bien informés mais surtout réviser deux axes de sa politique : les accords conclus avec Pékin, qui faisaient de la Chine le principal importateur du cobalt congolais, et plus important encore, le Code minier rénové, qui portait à 10% la taxe sur les minerais dits stratégiques, au grand dam des multinationales, dont la Suisse Glencore.
Sur le plan intérieur, la plus importante des promesses de Tshisekedi fut la gratuité de l’enseignement, qui suscita une fronde immédiate des enseignants privés des contributions des parents et in fine à une dégradation de la qualité générale de l’éducation. Le nouveau président mit aussi en chantier de grands travaux, dont quatre viaducs urbains, les « saute mouton » qui viennent enfin d’être inaugurés à Kinshasa et devraient décongestionner le trafic. A plusieurs reprises, le FCC freina des initiatives sociales qui auraient pu être mises au crédit du nouveau président et renforcer ses chances de réélection en 2023.
La ligne bleue de 2023
Tshisekedi employa sa deuxième année au pouvoir à consolider sa propre position, le regard déjà fixé sur la seule « ligne bleue » importante : les futures élections prévues en 2023. En dépit de ses allures de « bon garçon », qui avaient désarmé le suspicieux Kabila, le nouveau président, sut se montrer aussi méthodique qu’implacable : le fils d’Etienne Tshisekedi, qui fut le premier diplômé en droit de l’histoire du Congo, sut utiliser un appareil judiciaire dûment réformé et désormais voué à une lutte contre la corruption savamment orientée. Parallèlement, la mort brusque, jamais élucidée, du général Kahimbi, pilier des services de renseignement militaires de Kabila, permit de fissurer le bastion militaire dès la fin février.
Le 8 avril, le très puissant et très arrogant Vital Kamerhe qui avait négocié l’accord avec Kabila et s’était contenté du poste de directeur de cabinet en échange d’une promesse de candidature à la future élection présidentielle, fut accusé d’avoir détourné 50 millions de dollars alloués aux « travaux dits des 100 jours » de Tshisekedi, travaux de voirie et fourniture de 4500 maisons préfabriquées. L’un des principaux juges, Raphaël Yanyi, trouva la mort le 27 mai, dans les premiers jours du procès et finalement Kamerhe fut condamné à 20 ans de prison. Alors que ses co inculpés, un Libanais, un Américain, furent autorisés à quitter le pays pour raison de santé, le directeur de cabinet, atteint du Covid, est cloué à Kinshasa et l’évacuation sanitaire ne lui a toujours pas été accordée.
Au fil du temps, les litiges entre le président en titre et la majorité « kabiliste » se sont aiguisés, portant sur le nouveau patron de la Commission électorale, -plus faiseuse de rois qu’indépendante-, sur la composition de la Cour Constitutionnelle, dont dépendra la validation du futur président et dont le président du temps de Kabila, Benoît Lwamba, reçut l’autorisation, sinon le conseil, de se réfugier en Belgique pour raisons médicales.
Alors qu’il s’agissait de renverser non sans mal, la présidente d’une Assemblée nationale où les « kabilistes » disposaient encore de plus de 300 sièges, la nouvelle Cour constitutionnelle cautionna un Bureau de l’assemblée composé du doyen d’âge et des plus jeunes. Cette brillante innovation, qui n’est cependant prévue par aucun texte, (un tel bureau provisoire n’est prévu qu’en début de législature) eut raison de Jeanine Mabunda, non sans de regrettables échauffourées auxquelles participa le secrétaire général adjoint de l’UDPS Kabund. Entretemps, les défections se multiplièrent et après un mois de consultations nationales, Félix Tshisekedi finit par dénoncer l’accord conclu avec son prédécesseur qui, toujours silencieux, se retrancha dans son fief de Lubumbashi.
Reste désormais à renforcer la nouvelle majorité avec quelques personnalités de poids : à Kinshasa, le président s’est entretenu avec ses rivaux d’avant les élections, Jean-Pierre Bemba, brièvement descendu de son fief de l’Equateur, et Moïse Katumbi, venu de Lubumbashi et demeuré très populaire, qui se serait vu proposer le poste de premier ministre. Mais les deux hommes sont circonspects : Félix Tshisekedi, qui avait naguère délaissé les autres opposants et quitté Genève pour faire cavalier seul et finalement rejoindre Kabila, puis écarter Vital Kamerhe et « dribbler » ses partenaires kabilistes, ne risque-t-il pas de faire le même coup à ses éventuels alliés et rivaux potentiels ?
Les armes sont déjà fourbies et ont fait la preuve de leur efficacité : des accusations de détournement de fonds peuvent toujours être utilisées pour justifier une mise à l’écart…
Autrement dit, même si i le camp Kabila a été mis sur la défensive, la partie d’échec pourrait être bousculée par l’arrivée des démocrates aux Etats Unis, affaiblissant le tout puissant ambassadeur Mike Hammer ; l’omniprésence des Kasaïens dans les cercles du pouvoir ravive de vieilles inimitiés ethniques, au Katanga, où Kabila s’est replié, la situation demeure très tendue. Quant à l’Est du pays, au Kivu et surtout en Ituri, la violence se poursuit : elle a fait 1135 morts en une année dans l’Ituri, dont 22 victimes le week end dernier et chacun sait que les rebelles ADF (islamistes venus d’Ouganda) disposent aussi de mystérieuses complicités sur le terrain. La position de l’armée, qui subit de lourdes pertes et dont l’état major à Kinshasa a été délogé au profit d’une équipe de conseillers du président s’ajoutant à la fragilisation du système politique pose donc question. Quant à la population, à part les promesses, elle n’a pas encore vu venir grand-chose et le franc congolais ne cesse de perdre de la valeur. …
Sur le plan international, l’Union africaine et un pays comme l’Afrique du Sud qui avait garanti les accords conclus avec Kabila découvrent que le futur président de l’organisation continentale est un homme qui peut renier ses engagements ; la France, qui tente de persuader ses propres dinosaures (Sassou Nguesso à Brazzaville, Bya au Cameroun, Deby au Tchad…) de quitter le pouvoir, se garderait bien d’encore citer la RDC en exemple…
Quant à la Belgique, se félicitant de la mise à l’écart de Kabila, elle se contente de soutenir les promesses de réformes ainsi que la nouvelle agence de lutte contre la corruption, même si deux agents de la nouvelle institution ont été mis en cause et accusés de tentative d’extorsion de fonds……
A noter aussi que le colonel Eddy Kapend, détenu depuis vingt ans et considéré comme un « prisonnier personnel » de Kabila depuis l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, vient d’être remis en liberté, ce qui réjouira les associations de défense des droits de l’homme.

28 décembre 2020

Congo: un couac dans la lutte contre la corruption

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Un couac de taille: des inspecteurs venus de Bruxelles sont mise en cause

La lutte contre la corruption est le cheval de bataille du président Félix Tshisekedi, son arme principale lorsqu’il s’agît de déboulonner des adversaires, d’anciens alliés politiques ou de simples contrevenants et dans ce combat de Sisyphe, le chef de l’ Etat est ouvertement soutenu par les pays comme les Etats Unis et la Belgique. Mais l’arme pourrait aussi se révéler à double tranchant …En effet, la nouvelle agence de prévention et de lutte contre la corruption, APLC, créée l’été dernier, se trouve déjà elle-même dans le collimateur : son responsable, Me Gilbert Kikangala, longtemps avocat au Barreau de Bruxelles et défenseur d’Etienne Tshisekedi, a été placé sous mandat d’arrêt provisoire après plusieurs heures d’audition au parquet général près de la cour d’appel de Kinshasa Gombe. Bénéficiant de la présomption d’innocence, cet avocat de 60 ans a finalement été remis en liberté, mais les investigations se poursuivent et deux de ses chargés des opérations, des officiers de police belge d‘origine congolaise qui auraient été « prêtés » par la Belgique, ont disparu.
L’affaire concerne la filiale congolaise d’une banque d’origine nigériane, Access Bank. Soupçonnée d’être impliquée dans une affaire de blanchiment d’argent, sa filiale congolaise aurait laissé l’homme d’affaires Saleh Assi ainsi que d’autres personnalités placées sous sanctions américaines ouvrir des comptes pour des sociétés fictives. Une enquête de RFI avait établi que des millions de dollars avaient été versés en liquide sur un compte suspect et retirés par virements.
L’APLC ayant été chargée d’élucider l’affaire, le 10 décembre dernier le directeur nigérian d’Access Bank, Arinze Kenechukwu, accompagné de son avocat Me Amani Cibambo fut reçu pour une audition. Par la suite, les deux hommes dénoncèrent les « méthodes cavalières » de l’agence dont les agents, sans réquisition du procureur général, avaient demandé des informations concernant les clients de la banque. Par la suite, sans mandat ni réquisition du parquet, les agents se rendirent au siège de la banque pour saisir des documents.
En outre, le directeur de la banque ayant été mis en détention préventive et privé de son passeport, une caution fut exigée pour sa libération. C’est ainsi que les deux agents, -des inspecteurs de nationalité belge, qui n’ont pas qualité d’officiers de police judiciaire en RDC-exigèrent un montant total de 50.000 dollars au titre de caution, acceptant de se rendre à la banque et de prendre 30.000 dollars en liquide, moyennant reçu, assurant qu’ils passeraient deux jours plus tard pour encaisser les 20.000 dollars restants. Cette opération eut lieu un samedi à 21 heures, après l’heure de fermeture des bureaux et elle fut filmée par les caméras de vidéosurveillance de la banque. Diffusées par la suite, les images firent scandale et l’avocat d’Access Bank ne se priva pas de dénoncer des moyens peu orthodoxes voire des actes d’intimidation. Selon l’association belge « le Congo n’est pas à vendre » les inspecteurs rédigèrent une décharge par écrit sur une feuille blanche sans en tête, et ils signèrent sous de faux noms… Par la suite, les deux hommes ont été suspendus, ne se sont pas présentés devant le Parquet et ils auraient disparu.
L’APLC s’est défendue contre toute accusation de racket, accusant la banque de vouloir faire diversion, et cela alors que l’agence aurait découvert des indices sérieux de blanchiment et de financement de terrorisme et transmis toutes les pièces du dossier au parquet général de la Gombe.
Auparavant, le 27 novembre, l’agence avait convoqué Pascal Nyembo, directeur général du centre d’expertise et d’évaluation des substances minérales précieuses et semi-précieuses et aussi coordinateur de la lutte contre la fraude minière au niveau des pays des Grands Lacs. afin de le soumettre à un interrogatoire. Après avoir attendu quatre heures d’affilée sans explication, le puissant DG décida de quitter les lieux sans avoir été interrogé. Cette “défection” faillit l’empêcher de se rendre à Nairobi un mois plus tard, où il était invité à une réunion régionale, mais l’ANR ayant finalement décidé de clôturer l’affaire, Nyembo put partir et revenir sans être autrement inquiété. Mais il se demande cependant si la manière dont il a été traité ne s’apparenterait pas à une forme de “torture psychologique” ou d’intimidation.
Face aux difficultés et aux déboires de l’Agence de lutte contre la corruption, le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba rappelle pour sa part que seul un Parquet financier, doté de personnalités compétentes, pourrait efficacement nettoyer les écuries d’Augias…

28 décembre 2020

Des Casques bleus rwandais ont déjoué une attaque rebelle sur Bangui

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Alors que des groupes rebelles se sont emparés de Bambari, la quatrième ville de Centrafrique et sont présents à 150 km de Bangui, c’est de justesse qu’aux portes de la capitale, dans le quartier dit PK 12, des troupes rwandaises ont dispersé des groupes soupçonnés d’avoir été infiltrés. Tirant en l’air dans un quartier très peuplé, les Rwandais ont créé un début de panique parmi la population.
La situation se dégrade sérieusement dans ce pays de 4, 5 millions d’habitants, l’un des moins développés d’Afrique et où les autorités de Bangui soupçonnent l’ancien président François Bozize de vouloir fomenter un coup d’Etat afin d’empêcher des élections qui donneraient probablement la victoire au président sortant Faustin Archange Touadera. Officiellement, les rebelles se réclament d’une coalition de trois groupes armés, réunis en une seule entité appelée « Coalition des patriotes pour le changement » parmi lesquelles des milices favorables à l’ancien président François Bozize. Ce dernier, malgré les forts soupçons qui pèsent sur lui, a démenti être l’instigateur de ces mouvements armés, mais les observateurs relèvent que c’est après l’invalidation de la candidature de Bozize à l’élection présidentielle que la violence a resurgi.
Rappelons que François Bozize, bien introduit au sein de l’armée française, était arrivé au pouvoir en 2003 à la suite d(un coup d’Etat avant d’être lui-même renversé en 2013 par une coalition à dominante musulmane, la Seleka. Durant plusieurs années, des milices armées, « Balaka » (musulmans) et « anti balaka » ont semé la terreur en Centrafrique, portant la violence dans les quartiers chrétiens et musulmans de Bangui et plongeant le pays dans le chaos.
Après des années d’exil, Bozize, qui dispose toujours de soutiens au Tchad, -bastion de l’armée française-, a tenté de revenir en politique et s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle. Sa candidature a été invalidée par la Cour constitutionnelle qui a rappelé que l’ancien président était toujours sous le coup de sanctions des Nations unies pour son soutien présumé à des groupes armés responsables de crimes de guerre.
Pays pauvre, connu surtout pour ses gisements de diamants et les « cadeaux » que l’ancien Empereur Bokassa fit naguère au président Giscard d’Estaing, la Centrafrique, naguère chasse gardée de Paris et avant poste militaire voisin de la vaste et riche République démocratique du Congo, représente désormais un enjeu plus large : le pays compte d’importants gisements en uranium et il est l’un des théâtres de la guerre que mène la France aux milices musulmanes très présentes les pays du Sahel.
En outre, de nouveaux protagonistes sont apparus sur le terrain : la force onusienne Minusca censée soutenir un accord de paix signé en 2019 et forte de 11.OOO hommes s’avérant impuissante à restaurer l’autorité de l’Etat, le président Touadéra a signé des accords de défense avec deux nouveaux venus, la Russie et le Rwanda. Des contingents rwandais font déjà partie des Casques bleus, mais en outre des accords de défense bilatéraux ont permis l’envoi de centaines de troupes aguerries. Le mandat de ces troupes venues de Kigali n’est pas seulement d’assurer la sécurité rapprochée du chef de l’Etat, dont le bureau est gardé par des hommes muets et vigilants, il est aussi de « tenir à l’œil » certains alliés des groupes rebelles, en l’occurrence des miliciens hutus qui ont traversé le fleuve Congo après l’exode et la guerre qui suivirent le génocide des Tutsis en 1994 et demeurent actifs.
Quant à la Russie, si les premiers accords portant sur la fourniture d’armes ont été signés avec l’aval des Nations unies, la montée en puissance des troupes russes parmi lesquelles des hommes du groupe Wagner, a été ressentie comme une invasion du pré carré français. Ce qui a précipité à Paris la disgrâce de Touadéra, alors que cet enseignant venu de Lille cherchait avant tout des alliés capables de l’aider à restaurer l’autorité de l’Etat au-delà de la capitale Bangui…

22 décembre 2020

Fernand Allard l’Olivier, peintre de l’Yser, des corons et du Congo d’avant guerre

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Un grand peintre belge redécouvert : Fernand Allard L’Olivier,
De Tournai à Yanonge

L’itinéraire de Fernand Allard l’Olivier, -FALO pour ses admirateurs- pourrait inspurer un roman et la monographie qui lui est consacrée est une belle surprise.
Ses descendants, dont sa petite fille, ont tenu à lui rendre justice et, en ces temps de confinement où l’avenir est lourd de craintes et le public aux abonnés absents, ils ont osé publier un ouvrage important, illustré des œuvres majeures d’un peintre originaire de Tournai, témoin curieux des premières décennies du siècle dernier. Dans sa jeunesse, ce fils d’une famille de lithographes tournaisiens multiplie les voyages en Europe, découvre l’Italie et l’Espagne ce qui l’amène à jouer avec la gamme des rouges, à oser la couleur et les forme généreuses tandis que les audaces futuristes qu’il découvre à Paris ne l’intéressent que modérément.
En 1916, l’insouciant FALO qui exposait dans les salons parisiens quitte Tournai pour une belle maison de Stockel et change de vie et de registre : à La Panne, en compagnie d’Alfred Bastien, il rejoint la section artistique de l’armée belge en campagne et sillonne les tranchées de l’Yser, parcourant une campagne inondée et détruite. Les œuvres du « peintre de guerre », qui plante son chevalet au bord des champs de bataille, au centre des hôpitaux de campagne, sont d’un réalisme abrupt. On y découvre des soldats blessés, des infirmières en coiffe, la médecine de guerre, les champs labourés par les obus. Ne serait ce que pour ces scènes là, qui nous rappellent une guerre qui, avec le recul nous paraît moyenâgeuse, les œuvres de Falo ont valeur de témoignage. Mais pas seulement : ses silhouettes de tirailleurs perdus au milieu des arbres calcinés ou errant au cœur de l‘hiver engoncés dans leurs uniformes trop lourds sont d’une force incroyable de même que les églises calcinées, les fermes écroulées, ce front de digues et d’eau glacée où il fallait tenir. Ces seules images feraient déjà l’intérêt de ces pages qui disent les pénuries, le froid, les boyaux inondés, les tirs d’artillerie, la mort patiente, des pages qui méritent d’être tournées avec lenteur et respect…
L’artiste ne s’arrête pas à la désolation : Fernand Allard prend part à la libération, et là, il éclate, il exulte. Il peint la Grand Place de Bruxelles semée d’oriflammes, ses toiles chantent l’espoir et la liberté et, triomphant, le rouge revient. Pas pour longtemps : démobilisé, le peintre s’en va découvrir le Borinage. Il arpente le pays minier, découvre les luttes sociales, s’attarde devant la force des ouvriers, la simplicité des loisirs modestes…
Carrière oblige : le peintre des tranchées et des corons fréquente aussi les académies, il s’attarde devant les baigneuses, capte les couleurs de son jardin de Stockel, sa pergola et ses bouquets. Mais contemporaines de Manet, de Renoir, de Van Gogh, ces œuvres là laissent plutôt indifférent. Par contre lorsque Fernand Allard découvre la Pologne, l’artiste excelle dans les portraits, les multiples expressions d’une foi intense.
C’est à partir de 1928 qu’il réalise son rêve de toujours et embarque pour le Congo. Renonçant à la traversée classique, il choisit d’aborder la colonie comme l’avait fait Stanley : via l’Egypte d’où, avec l’aide du Ministère des Colonies, il gagne l’Afrique de l’Est, puis remonte vers l’Afrique « belge » en passant par le Burundi. L’artiste traverse le Katanga, descend le fleuve Kasaï puis le Congo jusque Matadi. Une fois de plus les couleurs changent, le rouge se teinte d’ocre, le jaune de safran et, au Burundi comme au Rwanda, l’artiste partage la fascination du colonisateur pour les Tutsis. Avec respect, il s’attache à peindre les danses traditionnelles, les hautes silhouettes des pasteurs, les femmes qui regardent droit dans les yeux, illustrant ainsi les stéréotypes de l’époque.
La monographie de ce peintre voyageur, introduite par Marc Quaghebeur, réalisée grâce à la famille de l’artiste est une œuvre en soi, complète et passionnante ainsi qu’une aventure éditoriale hors du commun, qui ne manque pas de courage en ces temps de crise et de confinement…
vant guerre
Fernand Allard L’Olivier, de Tournai à Yanonge, éditions Wapica, www.editionswapica.be (disponible par vente directe)

22 décembre 2020

La “guerre éclair” en Ethiopie implique aussi l’Erythrée

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Ce devait être une guerre-éclair, une simple opération de police…Près de deux mois après l’attaque menée par l’armée éthiopienne dans le Tigré, non seulement le conflit s’enlise mais surtout, il se transforme en crise humanitaire majeure, tandis que le risque d’une crise régionale pourrait déstabiliser la Corne de l’Afrique et engendrer de nouveaux flux de réfugiés. Privées d’accès au terrain, les organisations humanitaires dénombrent déjà plus de 50.000 réfugiés au Soudan et assurent que les combats ont fait des centaines de morts.
C’est le 4 novembre dernier que le Premier Ministre éthiopien Abiy Ahmed a décidé d’envoyer l’armée dans la province du Nord, afin de remettre au pas les autorités locales qui avaient organisé des élections sans l’assentiment d’ Addis Abeba qui avait repoussé les élections générales pour cause de Covid. En réalité, le Front populaire pour la libération du Tigré, après avoir dirigé l’Ethiopie durant trois décennies, s’était désormais replié sur sa province d’origine, mis continuait à être ressenti comme une menace potentielle par le Premier Ministre éthiopien Abyi Ahmed. Après la chute de Makale la capitale du Tigré début décembre, les dirigeants du FPLT se sont réfugiés dans les montagnes du nord du pays. Les réfugiés atteignant le Soudan décrivent une situation bien éloignée de la pacification annoncée : persécutions, massacres, villages détruits… Ils assurent que les Tigréens font désormais l’objet de discriminations, plus particulièrement dans la capitale Addis Abeba. Cette animosité s’explique, en partie, par le fait que depuis 1991, date de la chute du régime de Mengistu Hailé Mariam, le FPLT avait tenu le haut du pavé, réussissant à se concilier les faveurs des Occidentaux mais aussi celles des Chinois. Ces derniers avaient fait de l’ Ethiopie leur porte d’entrée vers l’Afrique, implantant autour d’Addis Abeba de nombreuses entreprises de transformation de matières premières, empiétant ainsi sur les terres appartenant à d’autres groupes ethniques dont les Oromos.
Un conflit pouvant en cacher un autre, l’une des raisons de l’offensive actuelle pourrait résider…dans le pays voisin, l’Erythrée ! Rappelons que si les jurés du Prix Nobel de la paix avaient récompensé le Premier Ministre éthiopien Abyi Ahmed, c’est parce qu’ils entendaient saluer sa réconciliation avec le président de l’Erythrée Issaias Afeworki. A l’époque, tant l’Ethiopie que l’Erythée espéraient que la réouverture de la frontière entre les deux pays permettrait l’accès aux ports érythréens d’Assab et de Massawa, ce qui désenclaverait le pays en pleine expansion qu’est l’Ethiopie. Mais ce vœu pieux négligeait une autre réalité : la frontière entre les deux Etats est contrôlée par le Tigré, les échanges économiques entre Addis Abeba et Asmara sont toujours au point mort et surtout une haine fratricide oppose les Tigréens au Front populaire pour la libération de l’Erythrée.
Alors qu’en 1991, une coalition réunissant les forces du Tigré (FPLT) et celles de l’Erythrée (FPLE) avait permis de chasser la dictature communiste de Mengistu, ce qui avait mené l’Erythrée à l’indépendance, les anciens alliés s’étaient opposés en 2000 à la suite d’un litige frontalier. Depuis lors, les dirigeants érythréens dont le pouvoir est sans partage considèrent comme des adversaires leurs voisins tigréens, au point de privilégier une alliance avec les nouveaux maîtres d’ Addis Abeba, le Premier ministre Abyi Ahmed en l’occurrence.
S’il est impossible de savoir si l’Erythrée avait été informée de l’offensive sur le Tigré, en revanche, de nombreux témoignages font état de sa participation aux opérations militaires actuelles : des sources diplomatiques assurent que des troupes érythréennes auraient pénétré en Ethiopie (donc via le Tigré) au départ de trois villes frontières, Zalambasse, Badme et Rama, que des soldats érythréens, dont certains portaient l’uniforme éthiopien auraient participé aux combats ainsi qu’aux patrouilles des forces spéciales éthiopiennes le long de la frontière du Soudan et conduit des camions militaires. Mais surtout, des sources humanitaires accusent les militaires érythréens d’actes de pillage et de massacres, entre autres dans un petit village de montagne, Maryam Dengelat, où 150 civils auraient été tués. Le 11 décembre, les Etats Unis ont jugé « crédibles » et graves » les informations faisant état de la présence de troupes érythréennes dans le Tigré. Rappelons que l’Erythrée est régulièrement épinglée pour sa pratique du « service militaire illimité » (en réalité une mise à disposition pour des services publics) une obligation qui incite de nombreux jeunes à fuir le pays…

15 décembre 2020

Le camp Kabila en débandade fait place à l’”Union sucrée”

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« Détruire est facile. Construire par contre, c’est difficile… »Jean-Claude Mputu, porte parole de la plate forme » Le Congo n’est pas à vendre » ne cache pas sa déception au lendemain du discours à la nation du président Félix Tshisekedi : « il a mis fin à l’accord de coalition qu’il avait noué avec le président Kabila et a attribué aux autres tous les échecs de ses deux années à la tête de l’Etat, mais il n’a pas dit un mot pour dénoncer la corruption… » Et pour cause : l’humour congolais a déjà qualifié d’ « Union sucrée » la nouvelle coalition officiellement appelée « Union sacrée » qui s’est miraculeusement reformée autour du parti du chef de l’Etat, dont la coalition CACH (Cap pour le changement) ne comptait initialement que 50 députés . C’est avec 281 voix sur 500 que l’Assemblée nationale a obtenu le renversement de sa présidente Jeanine Mabunda et un député a vendu la mèche, assurant que chaque défection avait été récompensée à hauteur de 15.000 dollars, les premiers chiffres oscillant entre 7000 et 10.000 dollars. Et cela dans un pays où 72% de la population vit sous le seuil de pauvreté et où la crise économique provoquée par le Covid a provoqué la dépréciation du franc congolais qui a perdu 30% de sa valeur.
La chute de la présidente de l’Assemblée a précipité la dislocation du Front commun pour le Congo, la plate forme pro Kabila créée à la veille des élections de 2019 et qui a démontré qu’elle n’était, elle non plus, qu’une alliance de circonstance, cimentée par les intérêts de chacun. Les défections se succèdent donc, qu’il s’agisse de celle de François Rubota qui emmène 23 députés nationaux, un sénateur et deux ministres, de Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord Kivu et considéré naguère comme un pilier du système Kabila qui offre à Tshisekedi 10 députés nationaux et 18 députés provinciaux, du parti Les Républicains, fondé par l’ancien président du Sénat Kengo wa Dondo, retiré de la politique actuelle…Tirant les conclusions de la débandade de ses troupes bien désunies, le coordinateur des FCC, souvent jugé très éloigné de la base, Nehémie Mwilanya a présenté sa démission à son « autorité morale » Joseph Kabila, qui s’est aussi séparé de son ex dauphin Shadary Ramazani.
Autrement dit, si le proverbe « malheur aux vaincus » se vérifie cruellement, le vainqueur du jour aurait lui aussi intérêt à se montrer prudent. Ce que Tshisekedi n’a peut-être pas été : dans son discours à la nation, il a attribué à ses partenaires toute la responsabilité de l’échec relatif à concrétiser le changement qu’il avait promis lors de son entrée en fonctions, déclarant « malgré les efforts que j’ai déployés, les sacrifices que j’ai consentis, les humiliations que j’ai tolérées, cela n’a pas suffi à faire fonctionner harmonieusement la coalition. »
Aujourd’hui qu’il semble avoir les mains libres, M. Tshisekedi a encore du pain sur la planche : le premier ministre Ilunkamba, nommé naguère par Kabila, n’a toujours pas démissionné ; il refuse d’admettre la réalité de la crise mais sa présence aux commandes rend difficile la nomination d’un informateur puisque… le poste n‘est pas vacant. En outre, toute la classe politique étant désormais focalisée sur les élections de 2023, les « grands fauves » de l’opposition congolaise, se souvenant du sort réservé à Vital Kamerhe le directeur de cabinet, condamné à vingt ans de prison et gravement malade, ainsi qu’à Kabila l’allié de circonstance, ne feront guère de cadeau à Tshisekedi, l’actuel tenant du titre. Tous préservent déjà leurs propres chances, qu’il s’agisse de Martin Fayulu qui se présente toujours comme le véritable vainqueur des élections précédentes, de Moïse Katumbi qui attend son heure dans son fief de Lubumbashi, de Jean-Pierre Bemba replié dans l’Equateur et dont le nom est cité par le pouvoir actuel… comme informateur, et peut-être plus, si affinités…

14 décembre 2020

Avis du CDJ

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Le CDJ a constaté que l’article d’un blog hébergé par Le Soir reprenait une information relative à la convocation judiciaire pour audition d’une personne sans l’avoir vérifiée et recoupée préalablement
Le Conseil de déontologie journalistique s’est prononcé, ce 2 décembre 2020, sur l’article d’un blog hébergé par LeSoir.be consacré à une décision récente de la Cour constitutionnelle de la RDC qui confirmait la légalité de l’état d’urgence décrété par le Président Tshisekedi dans le cadre de la crise sanitaire liée au coronavirus, permettant ainsi la poursuite d’une enquête sur des détournements de fonds publics. Le CDJ a constaté que cet article avait repris, sans l’avoir préalablement vérifiée et recoupée, une information relative à la convocation et l’audition de Mme L. Omanga par les autorités judiciaires congolaises qui avait été évoquée dans certains organes de presse du pays. Le CDJ a cependant noté que si la journaliste avait ce faisant manqué de prudence, elle n’avait pour autant pas mis en cause outre mesure l’intéressée, qu’elle s’en était excusée et avait, après vérification, rapidement et explicitement rectifié l’information. Il a relevé que le média avait fait de même y compris dans des supports dans lesquels le passage contesté n’avait pas été diffusé. Le Conseil a en conséquence considéré qu’il n’y avait pas matière à considérer que les droits de la personne avaient été atteints ou qu’il y avait lieu de mettre en question l’honnêteté et la responsabilité sociale de la journaliste.
L’avis complet du CDJ peut être consulté ici.

11 décembre 2020

Echec et mat pour Kabila, mais la partie n’est pas finie

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En renversant la présidente de l’Assemblée, Tshisekedi et les siens mettent en échec le système Kabila

Dans l’implacable partie d’échecs qui se joue au Congo, le président Kabila vient de perdre une pièce importante : Jeanine Mabunda Lioko, présidente de l’Assemblée nationale a été déboulonnée, ainsi que cinq membres du Bureau, par 281 voix contre 200. Forte personnalité, originaire de l’Equateur, la première femme à occuper une aussi haute fonction a été obligée de s’incliner alors que jusque là, le Front commun pour le Congo, la plate forme soutenant l’ancien président Kabila et forte de 340 députés semblait coulée dans le béton. En réalité, cette coalition de circonstance comportait, outres les fidèles du PPRD le parti présidentiel, bon nombre d’opportunistes, ralliés de la dernière heure. En outre certains caciques comme le secrétaire général du FCC Néhémie Mwilanya étaient régulièrement accusés de ne pas suffisamment tenir compte de la base, n’évoluant que dans les hautes sphères de l’argent et du pouvoir. . Les partisans de Tshisekedi ne sont pas, eux non plus, immunisés contre pareille tentation, au risque d’être coupés de la base populaire, qu’il s’agisse des anciens cadres de l’UDPS dribblés par la jeune génération, de membres de la diaspora fraîchement rentrés au pays ou de transfuges dont le retournement actuel n’a été obtenu qu’à coup de billets verts, les chiffres de 700O ou 10.000 dollars étant régulièrement citész… A cela s’ajoute le danger, pour les dynamiques Kasaïens occupant désormais le haut du pavé, d’agacer le reste de leurs compatriotes…
Plusieurs capitales occidentales, dont Bruxelles, ont salué la victoire du président Tshisekedi, dans l’espoir qu’elle lui permette de mettre en œuvre les importantes réformes auxquelles il s’est engagé.
Cependant, deux autres pièces du « dispositif Kabila », par lequel l’ancien président avait gardé le contrôle de la vie politique, restent à abattre : le président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba pourrait lui aussi être victime d’une motion de défiance et dans l’immédiat, c’est surtout le premier Ministre Ilunga Ilunkamba qui représente une cible de choix. Nommé par la « majorité Kabila » aujourd’hui très érodée, il a refusé jusqu’à présent de présenter la démission de son gouvernement, mais il pourrait bien y être contraint.
Excellent stratège sous des allures débonnaires, implacable s’il le faut, (le refus d’évacuation sanitaire infligé à Vital Kamerhe en témoigne) Félix Tshisekedi avait préparé soigneusement l’opération politique actuelle, visant à mettre en place une « Union sacrée ». Au cours de l’été, il avait procédé à d’importants remaniements au sein de la magistrature et du Conseil constitutionnel. En outre, au contraire de son prédécesseur, il s’était très tôt soucié de l’ordinaire des soldats du rang en visitant les camps militaires, avant de s’assurer de la fidélité de la haute hiérarchie militaire : au moment même ou l’assaut contre Mabunda était mené à l’Assemblée, le président se trouvait en réunion avec d’importants généraux.
Le grignotage du terrain congolais avait été précédé, dès le lendemain de son accession au pouvoir, par une succession de voyages dans les capitales occidentales mais aussi en Afrique et Tshisekedi s’était employé à satisfaire son voisin Kagame, tant sur le plan économique que sécuritaire. Cette stratégie s’était avérée payante, qu’il s’agisse de l’appui de l’ambassadeur américain Mike Hammer, de la bienveillance de Kigali, de la satisfaction d’Israël après la reconnaissance de Jerusalem comme capitale. Mais les succès internationaux risquent d’être de courte durée : le pouvoir américain va changer de mains et les voisins africains, qui avaient donné leur aval à la « passation pacifique et civilisée du pouvoir » dans l’un des plus grands pays du continent risquent de ne pas apprécier la volte face actuelle sinon d’y voir un dangereux précédent pour ce qui les concerne…
Mis en échec de manière cuisante et n’ayant pris aucune position publique, l’ex président Kabila, a-t-il pour autant perdu la partie ? Après avoir différé son voyage, il vient d’arriver à Kolwezi, dans la riche province minière du Lualaba où il a été accueilli avec chaleur. Comparaison n’est pas raison, mais face à l’avancée de son ex-allié, Kabila pourrait avoir choisi une retraite stratégique, comme ces troupes russes qui reculèrent naguère devant Napoléon. Provisoirement.

9 décembre 2020

KInshasa: scènes de violence à l’Assemblée nationale

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Pauvre démocratie congolaise ! Malmenée, truquée, prise en otage entre l’ancien et le nouveau président, entre la lettre des textes et l’esprit du changement auquel le peuple aspire, la voici désormais témoin d’échauffourées dans le lieu même qui devrait l’abriter, l’ Assemblée nationale !
Durant deux jours en effet on a vu les « honorables », s’empoigner, tempêter, appeler à la rescousse militants et troupes de choc, casser du mobilier, la palme revenant à Jean Marc Kabund, secrétaire général de l’UDPS et commandant en chef des « parlementaires debout », inlassables deviseurs de la rue, et les « wewas », les taxi moto montés du Kasaï pour gagner leur vie dans la capitale. Le premier jour, on a vu des scènes de casse, le deuxième, des armes blanches ont été brandies… Au lendemain du discours du président Tshisekedi annonçant qu’il mettait fin à la coalition nouée voici deux ans avec Joseph Kabila et nommait un « informateur » chargé de lui présenter une nouvelle majorité, on savait que les cartes allaient être rebattues : le premier Ministre Ilunkamba, sommé de présenter sa démission, devait se préparer à être remplacé, de grandes manœuvres de débauchage –financier-, de séduction –politique- de persuasion –idéologique- (choisissez la case à cocher…) allaient être déployées afin de détrôner la coalition FCC (Front commun pour le Congo) bétonnée par Kabila et lui permettant, grâce à ses 338 députés contre 47 à la coalition de Tshisekedi, de contrôler le système et de paralyser le tenant du pouvoir suprême. Outre d’éventuels transfuges sortis des rangs « kabilistes », d’autres partis et d’autres leaders allaient être approchés, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Martin Fayulu. Des ténors certes, eux aussi positionnés en prévision des élections de 2023, mais peut –être circonspects face à un Tshisekedi venant de renier l’alliance conclue voici deux ans et donc capable de récidiver à leurs dépens.
Si l’affrontement s’est déroulé au Palais du Peuple, c’est parce que la présidente de l’Assemblée, Mme Jeanine Mabunda, nommée par Joseph Kabila et soutenue par la majorité parlementaire, entendait organiser une séance plénière et cela alors qu’elle était visée par une procédure de destitution présentée par les anciens alliés de l’UDPS au nom d’une future « Union sacrée », une majorité alternative évoquée par le chef de l’Etat mais dont le seul défaut est de n’avoir pas encore vu le jour. Face à son refus, les chaises ont donc volé… Il est clair que si Mabunda devait tomber, d’autres piliers du FCC pourraient suivre, comme les gouverneurs de province. Un bureau a finalement été constitué, chargé d’examiner les plaintes contre la présidente. Dismas Kitenge, vétéran des luttes pour les droits de l’homme, a jugé la situation « révoltante », « conséquence des élections frauduleuses de 2018 », le politologue Jean Omasombo a qualifié le spectacle d’ « indigne », craignant que l’on veuille « détruire le Parlement » , même s’il souligne que le conflit était inévitable tandis qu’un autre chercheur, Wamu Oyatambwe est allé jusqu’à redouter un coup d’Etat militaire. La semaine dernière en effet, le porte parole de la «grande muette » avait déclaré que l’armée demeurerait fidèle à la Constitution, aux institutions du pays, ce qui avait été interprété, peut –être un peu légèrement, comme un soutien au chef d’Etat en place. Alors que beaucoup de Congolais ont été choqués par ce spectacle de violence, les capitales occidentales sont demeurées silencieuses se félicitant peut-être des lézardes dans un système Kabila qui ne les avait guère courtisées. En revanche, la représentante de l’ONU, Leila Zerroughi a mis le Conseil de Sécurité en garde contre les conséquences du conflit actuel, soulignant que le pays ne pouvait se permettre une crise institutionnelle grave.
Faut il rappeler que si le blocage devait déboucher sur de nouvelles élections (seul moyen légal de créer une nouvelle majorité…) l’exercice coûterait entre 500 millions et 700 millions de dollars et cela alors que la nouvelle Commission électorale n’est pas encore sur pied. En ces temps de crise sanitaire, l’Europe sera-t-elle disposée à payer la facture d’un scrutin prématuré ?

9 décembre 2020

Le quitte ou double de Félix Tshisekedi

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Désireux de mettre fin aux confrontations permanentes avec son allié le Front commun pour le Congo et son chef Joseph Kabila, le président Félix Tshisekedi a frappé un grand coup : après trois semaines de consultations nationales, il s’est adressé à la nation en termes solennels, annonçant qu’il allait nommer un « informateur » qui serait chargé d’identifier une nouvelle majorité. Autrement dit, après deux années d’existence, la « passation de pouvoir pacifique et civilisée » tant vantée par ses protagonistes et qui représentait une première dans l’histoire du pays a volé en éclats.
Pour justifier sa décision, le chef de l’Etat a cité les doléances de la plupart des interlocuteurs avec lesquels il s’est entretenu au cours des trois dernières semaines. Il a enregistré « l’immense douleur, doublée de révolte de ses compatriotes face à l’instabilité et la guerre qui perdure dans une partie du pays », mesuré « la soif de voir s’instaurer une démocratie exemplaire et un véritable Etat de droit ». En matière de sécurité, il a cité des propositions telles que l‘interdiction d’incorporer des rebelles dans les forces régulières et surtout obtenir de la communauté internationale qu’elle soutienne l’établissement d’un tribunal pénal international et de chambres spécialisées mixtes, poursuivre la réforme de l’armée et de la police. Tirant la leçon des entretiens menés durant trois semaines, le chef de l’Etat a conclu que l’accord de coalition FCC- Cach,(Front commun pour le Congo- Coalition pour le changement) rejeté par une grande majorité de invités n’avait pas été capable de répondre aux attentes et aux aspirations du peuple malgré « deux années d’efforts inlassables, de patience et d’abnégation. »
Autrement dit, exonérant les siens de toute responsabilité dans la crise et les blocages persistants, le chef de l’ Etat a assuré que la dégradation de la situation de notre pays a été voulue et orchestrée par les « fossoyeurs de la république » et par conséquent il a décidé de lancer un grande projet de refondation, appelé Union sacrée de la nation.
Au cours des mois précédents en effet, les blocages n’avaient pas manqué, qu’il s’agisse des nominations des juges à la Cour Constitutionnelle ou à la tête de la Commission électorale indépendante sinon au remplacement de l’actuel premier ministre Ilunga Ilunkamba. A chaque fois, le FCC, une vaste et solide plate forme que Kabila avait « bétonnée » à la veille des élections du 31 décembre 2018 s’est prévalu de sa majorité parlementaire (plus de 300 députés contre une centaine d’élus alignés par Tshisekedi) pour, sinon imposer ses vues, au moins paralyser les initiatives qui avaient pour but, il est vrai, de tenter de desserrer l’emprise que Kabila avait gardé sur les principaux rouages du pays.
Se prévalant d’une exigence qu’il assure être partagée par une grande majorité de ses interlocuteurs rencontrés, Félix Tshisekedi s’est donc senti autorisé à passer outre à l’accord passé avec Joseph Kabila en janvier 2019, lorsque le président sortant, au vu de l’échec de son dauphin Emmanuel Shadary, cherchait à négocier un accord de partage de pouvoir avec l’un des candidats de l’opposition. Rappelons qu’à l’époque, un accord s’étant avéré impossible avec Martin Fayulu présenté comme vainqueur par l’Eglise catholique, mais jugé intraitable, Félix Tshisekedi allié avec Vital Kamerhe, le président de l’Union pour la nation congolaise, avait été jugé plus conciliant. La passation de pouvoir pacifique, la première dans l’histoire du pays, avait été acceptée par l’opinion congolaise et saluée par la communauté internationale dont l’Union africaine qui avait offert le poste de vice président à Félix Tshisekedi.
Deux ans plus tard, Vital Kamerhe, le puissant directeur de cabinet de Tshisekedi, qui pensait se positionner pour les élections de 2023, a été condamné pour détournement de 50 millions de dollars et le chef de l’ Etat, inflexible sous son allure débonnaire, n’a pas autorisé son ancien allié à quitter le pays pour se faire soigner à l’étranger alors qu’il décine à vue d’œil. Quant aux autres « alliés » de l’époque, ils ont fait face à un lent détricotage de leur pouvoir : Jeanine Mabunda, la présidente de l’Assemblée, deuxième personnage de l’Etat, est confrontée à une tentative de destitution, des officiers proches de Kabila (souvent ex rebelles ou affairistes…)ont été mis sur la touche et les commandants en chef de l’armée, reçus par Tshisekedi, ont réitéré leur attachement aux institutions nationales, ce qui a été compris comme l’affirmation de leur loyauté à l’égard de l’actuel président.
Prévoyant de nommer un informateur, Tshisekedi a donc entrepris de se chercher une majorité de rechange, souhaitant obtenir une majorité absolue qui lui donnerait enfin les mains libres. En cas d’échec, les raisons d’une dissolution de l’assemblée seraient réunies et la voie ouverte vers de nouvelles- et coûteuses- élections. Même en supposant que ses partenaires évincés ou trahis s’abstiennent de réagir face au coup de force, Tshisekedi joue à quitte ou double…