10 septembre 2017

La société civile de Butembo se révolte

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La « communauté urbaine » de la ville de la société civile de la ville de Butembo paie cher son hostilité au pouvoir : des menaces de mort pèsent sur ses membres et l’abbé Waswandi, l’un des organisateurs des manifestations, docteur en philosophie de l’Université du Graben a été grièvement blessé lors d’une tentative d’enlèvement par des hommes en armes non identifiés.
Depuis lors l’université est en ébullition et la ville de Butembo, l’une des plus dynamiques et des plus prospères du Nord Kivu est entrée en rébellion contre le pouvoir : exigeant le départ de toutes les autorités, politiques et administratives (le maire et son adjoint, les commandants de la police, de l’armée, des services de renseignements) la « coordination urbaine » a réussi à faire observer le mercredi 6 septembre une journée Ville Morte quasi complète, qui a vu la fermeture de tous les commerces, la cessation de toutes les activités. Ce phénomène est d’autant plus remarquable que la population Nande de Butembo est l’une des plus actives du pays, entretenant de nombreux liens avec l’Ouganda voisin et commerçant avec Dubaï et la Chine.
La population dénonce l’incapacité des autorités à restaurer la sécurité, menacée par le phénomène Kasuku (un groupe de rebelles armés) qui endeuille la ville depuis bientôt dix mois. Elle souligne en particulier l’attitude des agents des services de renseignements qui doivent sans cesse collecter des amendes qui seront ensuite envoyées à Goma.
Après une journée de grève totale, la pression s’est maintenue par des concerts de sifflets et de klaxons, déclenchés à heure fixe, plusieurs fois par jour et aussi par des concerts de «vuvuzela », ces instruments à vent utilisés lors des manifestations et des matches de football en Afrique du Sud.
Durant toute la semaine, un important dispositif militaire avait été déployé dans la ville et les organisateurs des manifestations, membres de la coordination urbaine ont été attaqués de nuit par des bandits non identifiés, ou ont reçu des menaces de mort. Des activistes des droits de l’homme, enseignants par ailleurs, ont été mis en prison par les militaires, accusés d’avoir des relations avec les rebelles Mai Mai.

7 septembre 2017

Mobutu, vingt ans après… Souvenirs et comparaison…

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Grandeur et solitude… Voici vingt ans exactement, le maréchal Mobutu, qui avait dirigé son pays d’une main de fer pendant 32 ans, était victime du cancer de la prostate et s’éteignait à l’hôpital militaire de Rabat. Depuis lors, sa dépouille est demeurée au Maroc et seuls ses proches s’y rendent régulièrement. Malgré les promesses, son corps n’a pas été rapatrié au pays du Fleuve, pas plus d’ailleurs que celui de son adversaire de toujours Etienne Tshisekedi, décédé en février 2017 et qui repose dans un funérarium d’Ixelles. C’est le 18 mai 1997, quelques mois avant son exil au Togo puis au Maroc que Joseph Désiré Mobutu s’était envolé de Gbadolite après avoir du fuir Kinshasa livrée aux rebelles de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) dont le porte parole était Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel président de la RDC. Même dans son fief de l’Equateur où il avait fait construire une réplique de la Cité interdite et une piste d’atterrissage qui accueillait le Concorde, le maréchal naguère tout puissant n’avait pu être protégé : sa garde rapprochée, qui n’avait pas été payée, exigea une rançon pour le laisser parti et en guise d’adieu, les soldats de la Division spéciale présidentielle tirèrent quelques rafales sur l’avion au décollage.
Deux décennies plus tard, ses compatriotes n’ont cependant pas oublié Mobutu Sese Seko waza Banga (le guerrier qui va de victoire en victoire) : dans certains taxis de Kinshasa, il n’est pas rare d’entendre la voix de l’ancien président, car des extraits de ses discours (1) sont utilisés comme sonnerie de portables ! Les commentaires rappellent alors la grandeur de l’ex Zaïre, l’humour et la verve de son chef, la manière dont en Afrique et dans le monde il se faisait respecter. Et lorsqu’il s’agît de la fortune de celui que Bernard Kouchner qualifiait de «coffre en banque coiffé d’une toque de léopard » les comparaisons avec Joseph Kabila tournent souvent au désavantage de ce dernier, désormais considéré comme, à la fois, plus riche et plus chiche que son prédécesseur.
Rien, à priori, ne devrait permettre la comparaison entre Joseph Désiré Mobutu et Joseph Kabila. L’un était un orateur capable d’envoûter les foules, de les faire chanter et danser, autant qu’il charmait les visiteurs étrangers. L’autre est introverti, sa parole est comptée, il évite le culte de la personnalité et encaisse les critiques les plus acerbes, voire les humiliations, sans réagir du premier coup. Mais il est aussi le maître du temps et celui de la vengeance calme : dans la prison de Makala, les détenus politiques, se qualifiant eux-mêmes de « prisonniers personnels de Kabila » ont refusé de s’échapper lors des grandes évasions de cette année, préférant encore la sécurité de leur cellule !
Lorsqu’il prit le pouvoir le 24 novembre 1965, après des années chaotiques marquées par les tentatives de sécession du Katanga et du Kasaï et par la rébellion muléliste, Joseph Désiré Mobutu incarnait les espoirs de son jeune pays et beaucoup étaient prêts à oublier qu’il avait fait arrêter et exécuter Patrice Lumumba. Qui s’émut à l’époque de la mise en congé de la classe politique au profit du parti unique le Mouvement populaire de la révolution ?Qui, en 1969, défendit les « Pendus de la Pentecôte » des hommes politiques sacrifiés en public, pour l’exemple ? Qui osa se gausser de l’ « authenticité » qui mena à débaptiser le Congo devenu Zaïre, à interdire les prénoms chrétiens ? Durant longtemps, à la tête de son pays immensément riche, se présentant comme l’allié de l’Occident au temps de la guerre froide, Mobutu bénéficia de toutes les indulgences, même lorsqu’en 1971 il décida de « zaïrianiser », c’est-à-dire de nationaliser l’économie et de confisquer les biens des étrangers pour les remettre à des proches, des amis politiques qui allaient s’empresser de dilapider l’héritage.
Avec les Belges, Mobutu joua sur tous les registres : les manifestations d’amitié, à l’égard du Roi Baudouin entre autres et les interminables disputes qui tournaient généralement autour d’enjeux économiques (« j’attendais des amis, j’ai trouvé des comptables… » dira-t-il à Tindemans en 1989) ou de pressions en faveur de la démocratisation, du respect des droits de l’homme. Ces dernières allaient s’intensifier dès le début des années 90 : la guerre froide était alors terminée, l’allié stratégique s’avérait moins indispensable, l’économie était en miettes et, cédant à l’air du temps, Mobutu, la larme à l’œil, avait décrété en 1990 la fin du parti unique.
Le multipartisme, aussi qualifié de « multimobutisme » allait se traduire par une crise durable, marquée par la conférence nationale souveraine et l’émergence de la société civile, par d’interminables et dispendieuses manœuvres politiques. Quant à l’économie, elle était minée par les sanctions occidentales (dont la suspension des coopérations économiques et militaires) s’ajoutant à la kleptocratie du régime et à deux vagues de pillages. Seul subsistait l’ « article quinze » la légendaire débrouillardise des Congolais…
Ce n’est cependant pas une révolte populaire, mais une guerre venue d’ailleurs qui, en sept mois, eut raison d’un Mobutu affaibli par la maladie : composées d’anciens opposants congolais et soutenu par les armées du Rwanda et de l’Ouganda, les rebelles de l’AFDL, partis du Kivu après avoir démantelé les camps de réfugiés hutus, entrèrent dans Kinshasa en mai 1997.
Quatre ans plus tard, Laurent Désiré Kabila, brouillé avec les alliés qui l’avaient porté au pouvoir, ayant perdu la confiance de l’Occident, était assassiné en janvier 2001 et son fils Joseph entrait en scène. Qui aurait oser parier sur la longévité politique de ce jeune officier de 28 ans, (presque le même âge que Mobutu lorsqu’il prit le pouvoir…) taiseux, aux origines controversées, qui promettait de restaurer l’état de droit, de rétablir l’unité du pays divisé par les rébellions ?
En 2006 cependant Joseph Kabila sortait victorieux du premier scrutin démocratique, était réélu en 2011 au terme d’élections controversées et marquées par la violence et il aurait du voir son deuxième et dernier mandat se terminer en décembre 2016. Mais comme Mobutu quelques décennies avant lui, le jeune officier devenu général major a pris goût au pouvoir et les courtisans lui ont répété qu’il était indispensable. A nouveau, l’économie est minée par la corruption et les contrats léonins, le pouvoir recycle les méthodes de Mobutu, celle du pompier pyromane, (allumer des feux pour se présenter comme le seul capable de les éteindre), celle des interminables dialogues avec une classe politique vénale… L’histoire semble tourner en boucle et le petit peuple, qui vit au jour le jour, ne peut que répéter : « jusqu’à quand ? »…

6 septembre 2017

Les leçons de l’exception kényane

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Un jugement sec, sans appel. Lorsque les austères juges kényans, souvent jugés ridicules avec leur toge et leur perruque blanche, ont rendu leur verdict, c’est l’Afrique tout entière qui a frissonné : en toute indépendance, la Cour Suprême de justice a invalidé l’élection présidentielle du 8 août dernier qui avait donné la victoire à Uhuru Kenyatta, le président sortant. En octobre prochain, les Kényans devront retourner aux urnes, les cartes seront rebattues et chacun espère qu’auront été corrigées les irrégularités qui avaient marqué l’exercice précédent. Qui l’emportera ? Uhuru Kényatta, fils du premier président du pays son rival Raila Odinga, qui avait peine à croire à ce rebondissement ? A ce stade, l’issue des nouvelles élections est moins importante que le seul fait qu’elles puissent avoir lieu : cette invalidation de l’élection d’un chef d’Etat africain représente une première pour le continent.
Les « réalistes », les « connaisseurs de l’Afrique », si prompts à trouver des excuses aux scrutins truqués et à la loi du plus fort devront peut-être se faire une raison : la fameuse « exception africaine » en a pris un coup. Les juges kényans ont démontré qu’il n’était pas irréaliste de rêver d’une justice indépendante, de magistrats rendant leur verdict en toute liberté d’esprit, de peuples réussissant à faire respecter leur volonté réelle.
D’un bout à l’autre du continent, combien de fois n’a-t-il pas fallu s’incliner devant le verdict d’élections bâclées ou jouées d’avance, accepter l’indulgence des observateurs internationaux (hélas parfois mandatés par des institutions africaines ou des organisations internationales…) qui estimaient acceptables, « à l’aune de l’Afrique » des scrutins dont partout ailleurs ils auraient relevé les truquages, les intimidations, les violences.
Le verdict des juges kenyans est tombé à l’heure où, au Burundi, le président Nkurunziza prépare déjà son quatrième mandat, où le président Kagame vient de prêter serment en grande pompe après qu’un referendum voté à 99% l’ait autorisé à se représenter, où, en République « démocratique » du Congo, toutes les institutions, tous les élus sont frappés de péremption car les délais n’ont pas été respectés et les « dialogues » à répétition ont remplacé le libre choix des électeurs.
Qu’on ne s’y trompe pas : au Kenya rien n’est joué et partout ailleurs, les autocrates désireux de s’accrocher au pouvoir ont encore de beaux jours devant eux. Il n’empêche que le message venu du Kenya est clair : dans l’un des pays d’Afrique jugé parmi les plus corrompus, des hommes libres ont été capables de s’exprimer en âme et conscience. Un tel miracle, assorti à l’éveil d’une jeunesse de plus en plus éduquée et connectée, pourrait faire des vagues sur tout le continent.

4 septembre 2017

Le Docteur Mukwege rencontre le tout-Paris

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Une fois de plus, le Docteur Mukwege n’a pas mâché ses mots. Invité à Paris par le Global Positive Forum, une organisation présidée par Jacques Attali, il a déclaré que cette réunion représentait un défi, à l’heure où « les Congolais continuent d’être tragiquement privés des droits de leur croissance, de la justice, de la liberté et de l’égalité. » «Quel chemin de souffrance et d’humiliation… » s’est exclamé le médecin chef de l’hôpital de Panzi.
S’inscrivant dans le registre économique, le Docteur a décrit la « croissance sans prospérité »de la dernière décennie, soulignant que cette croissance n’avait profité qu’à un petit nombre de titulaires du pouvoir politique et économique. Evoquant la situation dramatique du Kasaï, Mukwege a déclaré « nous assistons impuissants à une tragédie, à une crise humanitaire sans précédent avec la découverte de dizaines de fosses communes et nous ne voyons pas la justice aboutir. » Le médecin a également évoqué le «rapport Mapping » publié voici quinze ans par les Nations Unies, et qui récapitulait les crimes commis sur le territoire de la République , en particulier durant les deux guerres du Congo, des massacres demeurés largement impunis.
Le séjour parisien du médecin congolais s’est avéré très politique : dans les coulisses du Forum de Jacques Attali, il a rencontré la maire de Paris Anne Hidalgo, le gratin du monde économique et financier, Michaëlle Jean, la secrétaire générale de l’ Organisation internationale de la francophonie…Le docteur Mukwege, qui avait rencontré le président François Hollande à plusieurs reprises a également été reçu très chaleureusement par le président Macron, un ami et ancien collègue de Jacques Attali du temps de la banque Rotschild.
A la fin de son séjour, le médecin a rencontré la diaspora congolaise dans un hôtel des Champs Elysées. Devant une foule enthousiaste et fervente, qui voyait déjà en lui le « président de la transition » le docteur a appelé ses compatriotes à se prendre en charge et à s’atteler à la reconstruction de leur pays. Il a aussi souligné l’apport important de la diaspora, dont les membres aident leurs compatriotes et parents restés au pays à résister à la crise et rappelé que cette même diaspora égayée sur tous les continents représentait un réservoir d’intellectuels de haut niveau.
Alors que sur les réseaux sociaux, appels et prises de position se multiplient pour que le lauréat du Prix Sakharov s’engage directement dans la bataille politique, Denis Mukwege est demeuré prudent, mais il a cependant lâché, sous les applaudissements « je ne suis pas un homme politique. Mais si vous me demandez si je suis un homme d’Etat, je dis oui… » A bon entendeur…
Encourageant ses compatriotes à prendre leur destin en mains, le médecin a laissé entendre qu’il pourrait être disponible pour d’autres responsabilités. Alors que dans la diaspora, sa personnalité charismatique et ses discours de haute tenue suscitent l’enthousiasme, le médecin de Panzi, tout en se démarquant d’autres personnalités de l’opposition, comme Moïse Katumbi ou Vital Kamerhe, s’était jusqu’à présent abstenu de « sortir du bois » et de se déclarer ouvertement présidentiable.
Cette prudence peut se comprendre : Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, sait que s’il rentre au pays il risque d’être arrêté tandis que dimanche, l’arrivée à Kinshasa de Félix Tshisekedi, le leader de l’UDPS, principal parti d’opposition, s’est traduite par d’importantes mesures de sécurité. Quoique autorisé de longue date, un meeting du Rassemblement de l’opposition a été interdit par le gouverneur de Kinshasa, des militants de l’UDPS se sont vus interdire l’accès à l’aéroport, quatre personnes ont été arrêtées, des véhicules ont été fouillés et la police a eu recours à des grenades lacrymogènes.
En s’avançant toujours plus avant dans le combat politique, exigeant que la Constitution soit respectée et dénonçant l’ « illégitimité »e du pouvoir actuel le docteur exprime à haute voix les sentiments de nombre de ses compatriotes et il tance aussi la communauté internationale accusée de ne pas en faire assez pour aider la RDC à retrouver le chemin de l’Etat de droit…

4 septembre 2017

Le choix de Denis Mukwege

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A chacun de ses voyages à l’étranger, de plus en plus fréquents, le Docteur Denis Mukwege se retrouve au bord d’un lac imaginaire, celui du pouvoir. Cet homme de terrain connaît mieux que personne les désillusions suscitées par une croissance sans développement, la souffrance des femmes, l’horizon bouché proposé aux jeunes. Sans relâche, le médecin pose ses diagnostics, analyse le mal qui ronge son pays et tente de mobiliser ses interlocuteurs étrangers et les Congolais de la diaspora qui le vénèrent.
A chaque retour, le docteur redécouvre les eaux du pouvoir. Il les connaît depuis longtemps : elles sont glauques, infestées de crocodiles, s’y jeter n’est pas sans risques. Que faire dès lors ? La politique ne se fait pas par incantations, si brillantes soient elles et elle ne se joue pas sur des scènes étrangères. Dans le contexte actuel, où le continent africain veut tenir sur la scène internationale le rôle qui lui revient et se montre sourcilleux face aux ingérences extérieures, si nombreuses, si impudentes par le passé, ce n’est ni en France, ni en Belgique, que se jouera l’avenir des pays des Grands Lacs et du Congo en particulier. Même si le docteur prêche à l’étranger devant des assistances aussi émues qu’enthousiastes ses discours n’auront que peu d’impact tant que ses compatriotes n’en prendront pas connaissance. Et là, le pouvoir veille au grain : pas plus que Moïse Katumbi, contraint à l’exil le docteur n’a accès aux médias publics congolais… Quelle voie choisir ? Préparer l’avenir, mettre sur pied un équipage solide prêt à affronter toutes les tempêtes ? Créer un parti, organiser sa base, tisser les mailles de la mobilisation populaire ? Ou attendre, le verbe éloquent et les pieds au bord des flots, la poussée qui obligera à se jeter à l’eau, à nager enfin ? Ou alors maintenir le cap : celui de rester un médecin, des corps et des âmes, une voix prophétique, un exemple pour les jeunes générations, une conscience…A Paris, le docteur qui ne veut pas être un homme politique a cependant évoqué les responsabilités d’un homme d’Etat…

21 août 2017

Le temps des déboulonnages

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Du passé faisons table rase ! Dans notre souci de ne plus lire sur le visage de nos villes qu’une histoire politiquement correcte, soutenons les Américains qui déboulonnent les statues du général Lee, faisons le ménage chez nous en traquant tout ce qui, dans l’espace public, fait allusion à un passé honni, Léopold II certes, mais aussi Godefroid de Bouillon qui porta la guerre en Palestine pour délivrer les Lieux Saints et aussi s’emparer les épices que lorgnaient les marchands, abolissons, à Waterloo et ailleurs, les hommages déguisés au grand vaincu, Napoléon, cet homme qui mit l’Europe à feu et à sang…
Faut-il vraiment lisser le passé, juger les crimes commis hier à la lumière de nos valeurs d’aujourd’hui ? Pourquoi pas ? Revisiter l’histoire peut inspirer nombre d’intellectuels, d’activistes, permettre de démystifier ces histoires qui ont forgé notre mémoire collective et relativiser l’aura des héros d’autrefois. Mais l’exercice peut s’avérer dangereux, car lorsque Stanley, Léopold II, le génral Tombeur héros de Tabora et tant d’autres auront fait la culbute, sommes nous sûrs d’avoir les moyens de les remplacer dans cet imaginaire collectif qui tisse la conscience des nations ?
En fait, au lieu de gommer l’histoire, ne faudrait il pas plutôt l’enrichir, apporter une meilleure compréhension des faits réels, faire place à de nouveaux héros ? Reprenons l’exemple du Congo, qui, semble-t-il, inspire les protestataires du Nord du pays. Il est vrai que Léopold II, comme d’autres dirigeants européens à l’époque, a envoyé en Afrique des explorateurs, des lieutenants, des fils de famille, mais aussi des mercenaires, des gens de sac et de corde recrutés à travers toute l’Europe et mus par l’appât du gain. Mais les Français firent ils autre chose ? Ou l’Angleterre, qui mena tant de guerres sur tous les continents et finit par accepter la partition de l’Inde, joyau de la Couronne ? Sans oublier les Allemands, qui, lors de la conquête du Sud Ouest africain, organisèrent le génocide des Hereros… L’histoire coloniale, où qu’on la regarde, est jonchée de cadavres, pavée d’injustices, de spoliations multiples et d’ailleurs l’histoire elle-même, aussi loin que l’on retourne, ne déroule que la litanie des haines, des ambitions, les interminables listes des victimes et des héros.
Au lieu de déboulonner des statues, ne faudrait- il pas plutôt reprendre l’enseignement de l’histoire, expliquer aux jeunes quelles sont les origines des écarts de développement entre les pays du Nord et ceux du Sud, rappeler que les Noirs d’Amérique et en particulier les jeunes paient aujourd’hui encore la facture des décennies d’esclavage, mettre l’accent sur les échanges inégaux qui furent imposés aux peuples colonisés et d’où sont nées tant de grandes fortunes aujourd’hui « blanchies », légitimées par le passage des générations ?
Mais surtout, il faudrait, dans nos villes et sur nos squares, accueillir d’autres statues, faire place à d’autres héros. Comment imaginer qu’en Belgique, aucune rue ne porte le nom de Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance congolaise, célébré dans le monde entier ? Que Simon Kimbangu, le prophète non violent, emprisonné par les Belges durant trois décennies, ne soit mentionné nulle part ? Que le gouverneur Pierre Ryckmans, qui choisit de placer le Congo dans le camp des alliés, ou son fils André qui trouva la mort en organisant l’évacuation des Belges en 1960, en compagnie de son ami et collègue Saintraint, n’aient ni plaque de rue, ni statue ? Qu’aucune fresque ne relate le million de Tutsis rwandais massacrés en 1994, victimes d’une haine largement semée par la colonisation belge ? Plus largement encore, pourquoi n’est il pas question d’accueillir les héros des autres, ceux qui s’illustrèrent en dehors de notre pré-carré et firent avancer l’histoire de l’humanité ? Où sont Mehdi Ben Barka, Thomas Sankara , Nelson Mandela mais aussi Agostinho dos Santos le premier président de l’Angola ou Toussaint Louverture le Haïtien ? Si Salvador Allende a trouvé place dans notre panthéon mémoriel, tant d’autres combattants de la justice mériteraient d’être salués à ses côtés…
L’histoire ne progresse pas avec des soustractions, des biffures inspirées par le politiquement correct, des défenestrations aux mobiles équivoques. Elle s’écrit en intégrant toutes les luttes, tous les courages, et si l’on veut que les jeunes trouvent un sens au présent et acceptent de construire l’avenir, il faut enrichir leur ligne du temps non pas avec des anathèmes mais avec la vérité. Avec toutes les vérités. Et prendre le temps de les enseigner.

21 août 2017

Kenya: une crise politique sur fond de tensions entre éleveurs et cultivateurs

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Le Kenya retient son souffle : Raila Odinga, leader de la NASA (National super alliance) et rival malheureux du président Uhuru Kenyatta àl’élection présidentielle n’accepte pas le verdict des urnes et s’est adressé à la Cour Suprême pour lui demander de trancher. Il est cependant probable que la victoire d’ Uhuru Kenyatta, fils du légendaire Jomo Kenyatta, ne sera pas mise en cause et que le président sortant pourra entamer un deuxième terme.
Pour Raila Odinga, 72 ans, la défaite est amère car elle scelle son éviction définitive de la course au pouvoir. Cependant, outre la confusion qui a marqué le scrutin, le risque est ailleurs : la campagne électorale a été marquée par la violence et huit politiciens des deux camps ont été arrêtés pour avoir tenu des propos haineux. Alors que les traces des élections précédentes, en 2007, sont toujours visibles et que nul n’a oublié la violence des affrontements qui avaient fait 1300 morts et un demi million de blessés, beaucoup redoutent, une fois encore, l’exploitation des divisions ethniques à des fins politiciennes.
En effet, la nouvelle Constitution, adoptée en 2010, a prévu le transfert de nombreux pouvoirs du gouvernement central vers les provinces. Cette mesure a eu pour effet de déplacer les enjeux du pouvoir central vers les comtés et de rendre plus importante l’élection des députés provinciaux et des gouverneurs. Autrement dit, la violence naguère concentrée dans la capitale et dans ses quartiers les plus peuplés comme le bidonville de Kibera pourrait désormais se démultiplier en province, partout où des populations d’éleveurs et de cultivateurs sont en compétition pour des terres qui se raréfient.
Les politiciens, à l’instar des deux rivaux à l’élection présidentielle, pourraient à leur tour jouer sur la fibre ethnique : le président Uhurtu Kenyatta appartient à l’ethnie des Kikuyus, son rival malheureux Raila Odinga est un Luo, qui est censé représenter les éleveurs nomades. Or ces derniers, Pokots, Samburu ou, plus connus, Masaï, sont frappés par la sécheresse qui accable l’Afrique de l’Est depuis six mois et pousse les éleveurs à descendre dans la vallée du Rift à la tête de leurs immenses troupeaux. Alors que 2,7 millions de personnes sont touchées par la faim, les pistes du Nord du pays sont jonchées de cadavres de vaches et dans ces vastes savanes l’herbe n’a plus le temps de se régénérer car les troupeaux sont trop nombreux et les pluies trop rares.
Profitant de l’afflux d’armes légères dans la région (provenant entre autres de l’Ethiope et du Soudan) les politiciens locaux ont armé de jeunes miliciens qui ont pris d’assaut es ranchs mais aussi des réserves naturelles accueillant des touristes : des fermiers kikuyus ont été attaqués, un colon blanc a été tué par des guerriers Pokot.
Ce problème des terres, qui risque de déstabiliser le Kenya, remonte à l’époque coloniale : désireux de s’installer dans les régions fertiles de la vallée du Rift, les colons britanniques avaient repoussé les habitants locaux, les guerriers Masaï, vers le sud du pays voisin de la Tanzanie et dans la réserve de Laikipia. En 1911 cependant les Britanniques, brisant leur promesse, chassèrent les Masaï de Laikipia afin d’y installer de grandes fermes et des ranches. Le souvenir de cette éviction inspire les pasteurs qui aujourd’hui fuient les zones semi arides et tentent de se réimplanter à Laikipia, au pied du Mont Kenya.
Chercheur au sein de l’ « International Crisis Group » Murithi Mutiga relève que la violence qui vise des colons de souche européenne (vivant au Kenya depuis trois générations) n’épargne pas non plus les fermiers kényans. Craignant des violences récurrentes et une compétition accrue pour les terres fertiles, le chercheur recommande aux autorités de mieux former les éleveurs, afin qu’ils réduisent la taille de leurs troupeaux tout en améliorant leur qualité et qu’au lieu d’envisager des opérations militaire afin de repousser les pasteurs les autorités veillent plutôt à créer des corridors migratoires par où les troupeaux pourraient passer sans détruire les cultures.
On en est encore loin : au fil du temps, les grandes entreprises agricoles produisant du thé et du café, matières premières plus faciles à exporter et génératrices de devises- ont bénéficié de plus de faveurs que les pasteurs. L’expansion du tourisme a fait le reste, la création de grandes réserves animalières défendues par des rangers et ceintes de barbelés exacerbant plus encore la «faim de terre » des populations locales, même si beaucoup d’ONG et de conservationnistes ont tenté de partager avec les villageois les bénéfices de la manne touristique. On le constate : les enjeux politiques n’ont fait qu’exacerber des tensions récurrentes…

15 août 2017

Deux experts de l’ONU assassinés au Kasaï ” avec préméditation”

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Michaël Sharp, coordonnateur du groupe des experts de l’ONU et spécialiste des groupes armés, ainsi que sa collègue Zaida Catalan, spécialiste des questions humanitaires, ont été assassinés de façon préméditée le 12 mars 2017 dans la province du Kasaï Central. » Le groupe des experts de l’ONU qui, chaque année, remet un rapport au Conseil de Sécurité sur la situation en République démocratique du Congo s’est particulièrement intéressé à l’assassinat de deux de ses propres experts, un crime qui, outre une violation grave du droit humanitaire, représente une attaque contre le Conseil de sécurité lui-même. Rappelons que Michaël Sharp et Zaida Catalan s’étaient rendus au Kasaï Central en janvier 2017. Ils avaient commencé à enquêter sur l’escalade de la violence qui ravageait la région depuis qu’en août 2016 les forces armées gouvernementales aient abattu Jean-Pierre Mpandi, chef traditionnel Kamwina Nsapu, et dirigeant d’une rébellion du même nom visant tous les symboles et les agents de l’Etat. La répression menée par les forces gouvernementales s’était traduite par « un usage disproportionné de la violence » et des dizaines de fosses communes avaient été recensées. Ce conflit, circonscrit à une communauté précise au départ, avait pris de l’ampleur, jusqu’à enflammer de vastes zones du Kasaï, du Kasaï central, du Kasaï Oriental et du Haut Lomami.
Retournant à Kananga pour y clore les enquêtes en cours, les deux chercheurs de l’ONU avaient prévu une visite sur le terrain le 12 mars et la veille ils s’étaient entretenus avec des représentants du mouvement Kamwina Nsapu, afin de mieux comprendre sa structure, ses réseaux de soutien et l’éventuel recrutement d’enfants. Après avoir quitté Kananga le matin du 12mars, les deux enquêteurs furent assassinés dans la localité de Bukonde « par un groupe hétéroclite d’individus » et leurs corps furent retrouvés décapités. Sans pouvoir déterminer les responsables du meurtre, le groupe d’experts affirme cependant, avec prudence, qu’ « on ne saurait exclure l’implication de différents acteurs (favorables ou non au gouvernement), les factions Kamwina Nsapu, d’autres groupes armés et les membres des services de la sécurité de l’Etat. » Le groupe relève aussi qu’en dépit des éléments de preuve disponibles, certains autres suspects clés n’avaient pas encore été arrêtés.
Autrement dit, l’affaire est loin d’être close et la justice congolaise, la police suédoise et le fédéral Bureau of investigation des Etats Unis poursuivent les enquêtes pénales sur un meurtre qui pourrait se transformer en affaire d’Etat.
L’or fuit toujours le Congo
Le groupe des experts s’est également penché sur les circuits de la contrebande de l’or. Il se confirme que le dispositif de traçabilité de l’or artisanal, fruit de l’activité des creuseurs, n’a pas encore beaucoup avancé, que la contrebande se poursuit, en direction de l’Ouganda et des Emirats arabes unis, et que des éléments des FARDC (forces armées congolaises) sont impliqués dans l’exploitation et le commerce de l’or sur toute l’étendue du territoire.
Le groupe a recueilli de éléments de preuve démontrant l’implication du général de division Gabriel Amisi Kumba (alias Tango Four), commandant de la première zone de défense du pays, dans le secteur de l’or, alors que le Code minier interdit aux officiers des FARDC d’exploiter ou de commercialiser les ressources naturelles.
Selon un témoignage recueilli par les experts, des conducteurs de dragues opérant sur la rivière Tshopo dans le territoire de Bafwasende, avaient refusé de payer des taxes à l’Etat avançant qu’elles appartenaient à une entreprise locale, « la Conquête » propriété du général Amisi. Selon les experts, les dirigeants de l’entreprise « la Conquête » ont bénéficié à plusieurs reprises de la protection des FARDC.
Enquêtant sur les circuits de la contrebande de l’or, les experts ont mis en lumière les activités d’une Congolaise, Mme Elysée Chibalonza : en octobre 2016 les agents de douanes de Dubaï ont découvert 150 kilogrammes d’or non déclarés dans ses bagages et, selon les déductions des experts, la contrebandière, exploitant les failles dans le contrôle des bagages, pourrait avoir exporté illégalement jusqu’à 3,6 tonnes d’or au cours des dernières années.
Se penchant sur le rôle des pays étrangers, le groupe des experts relève aussi que le redémarrage des exportations ougandaises officielles coïncide avec, en 2016, l’ouverture de la première raffinerie d’or, African Gold Refinery, (AGR) propriété du Belge Alain Goetz, originaire d ’Anvers et qui était autrefois actif au Burundi. S’entretenant avec les experts, AGR s’est dite «incapable jusqu’à présent de savoir quel chemin emprunte le moindre gramme d’or » et n’a pas communiqué la liste de ses fournisseurs…

4 août 2017

L’expérience rwandaise est-elle transposable?

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Pour beaucoup de spécialistes du développement, le Rwanda représente un gage d’espoir : 23 ans après un génocide, Paul Kagame et le Front patriotique rwandais ont démontré qu’il était possible de transformer un pays déchiré, ruiné, en nation émergente. Qu’il n’était pas utopique d’affecter les résultats de la croissance (7%) à l’amélioration de la santé, de l’éducation, des infrastructures, des services. Dans beaucoup de pays africains, entre autres au Congo voisin, d’aucuns rêvent à leur tour d’un leader visionnaire, attaché au développement de son pays et surtout menant une lutte implacable (et sans cesse renouvelée) contre la corruption. Le succès du Rwanda est-il pour autant sans faille et est- il transposable ailleurs ? La pérennité du succès économique est elle définitivement acquise dans ce pays ambitieux, certes, mais où les ressources sont comptées et la population (trop nombreuse) encore peu ou mal formée ? Entre voir loin et voir trop grand, la marge demeure étroite. Mais surtout, ayant réussi le pari de faire vivre ensemble tous les Rwandais, les victimes et les bourreaux, les exilés des années 60 et les réfugiés de 1994 qui avaient fui vers les pays voisins, ayant assuré à tous une sécurité appréciée mais payée par un contrôle rigoureux, omniprésent, le Rwanda et son chef, s’ils veulent assurer la pérennité de leurs conquêtes, doivent encore, impérativement, réussir un autre pari : soulever peu à peu le couvercle de la casserole à pression, laisser échapper la vapeur afin d’éviter les risques d’explosion. Bref, démocratiser sans dérive, réussir un vrai pluralisme, donner une chance à l’alternance sans réveiller les démons de la revanche et de la haine, bannis depuis 23 ans. L’avenir seul dira si le succès rwandais est transposable mais il est d’ores et déjà certain que si les Congolais -par exemple- s’inspiraient de la détermination de leur voisin à lutter contre la corruption et à mettre de l‘ordre dans leur pays, des ressources autrement plus importantes que celles du Rwanda pourraient assurer un rapide décollage. Quant au pouvoir fort, au leader aussi charismatique et visionnaire qu’il est implacable, est-il vraiment indispensable dans un Congo vaste, multiple, très politisé, habitué à la liberté d’expression et aux joutes contradictoires ? Gageons plutôt que ce qui unit les Congolais (et les manifestations de ces derniers jours le démontrent davantage encore) c’est le désir de voir respectée une Constitution qui après avoir scellé la fin de la guerre en 2002 est toujours le gage du vivre ensemble. Le ciment de ce pays aux 400 ethnies, c’est sa loi fondamentale et seul celui qui s’en prévaudra aura la légitimité et la force d’entreprendre l’indispensable redressement , non seulement de l’économie et de la répartition des richesses, mais aussi cette « révolution morale » qui s’impose et qu’au Rwanda, pour un temps en tous cas, l’austère et inflexible Kagame a réussi à incarner.

3 août 2017

Un tribunal de fiction où tout est vrai

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Fictif certes, ce concept de Tribunal sur le Congo sorti tout droit de l’imagination de Milo Rau. Mais tellement vrai, tellement poignant dans l’évocation des cas et le défilé des témoins qu’au sortir des projections le public criait son exigence d’une justice véritable, d’un changement réel. Par le recours aux moyens du cinéma, par sa prolongation sur Internet et les réseaux sociaux, ce film qui évoque les ravages d’une mondialisation sauvage, précédée ou accompagnée par la violence, est une première, car il met à nu l’engrenage qui mène à la dépossession des Congolais. Mais Milo Rau, mû par l’indignation, par le désir de faire bouger les choses, s’inscrit aussi dans une longue tradition. Dans ce pays, le Congo, que l’on qualifiait à l’époque coloniale d’ « empire du silence », ce sont les écrivains, les artistes qui ont fait bouger les lignes, plus que les politiques complices et les propagandistes achetés. Le dramaturge s’inscrit dans la foulée de ces écrivains engagés, Mark Twain, Conan Doyle, qui, au 19e siècle ont été les premiers à dénoncer le scandale des mains coupées, de l’exploitation de l’ivoire et du caoutchouc. Alors déjà, ils décrivaient les ravages de la mondialisation incontrôlée dans cet immense bassin du fleuve Congo que Léopold II avait ouvert de force au commerce international et aux aventuriers venus de partout. Si l’Etat indépendant du Congo fut finalement aboli, cédé à la colonisation belge, c’est à ces écrivains qu’on le doit, car ils furent les premiers à dénoncer les abus et à susciter un mouvement international de protestation. Faut-il rappeler aussi l’ouvrage de Joseph Conrad, « Au cœur des ténèbres »,(devenu par la suite une métaphore douteuse, une facilité de langage), dont la trame inspira, à propos du Vietnam, bien plus tard, un film mémorable « Apocalyspe now ». Une œuvre de fiction certes, mais qui poussa l’opinion américaine à réclamer la fin de la guerre.
C’est aussi dans l’imaginaire du grand public que se gagnent les guerres, lorsque les émotions se font trop fortes et exigent la fin de l’intolérable. Durant trop longtemps, les guerres menées au Congo se sont déroulées dans le silence ignorant de l’opinion internationale et il a fallu le témoignage du Docteur Mukwege pour que soudain le calvaire des femmes soit porté à la connaissance de tous. Milo Rau va plus loin : son film, plus récent, démontre que les massacres, les viols,les recrutements d’enfant soldats, et, plus largement l’affaiblissement de l’Etat étaient le prélude à un autre chapitre, celui de la mise à sac des ressources congolaises par le capitalisme sauvage, associé aux élites locales complices ou impuissantes. Aujourd’hui comme hier, c’est le « tribunal de l’opinion » qui est interpellé.