18 janvier 2019

La victoire de Félix Tshisekedi a surpris

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Alors que Martin Fayulu était donné vainqueur par la plupart des observateurs, la CENI, (Commission électorale indépendante) a créé la surprise au milieu de la nuit en proclamant la victoire de Felix Tshisekedi Tshilombo, avec 38% des voix. Ce résultat demeure provisoire certes, car des recours demeurent possibles, mais il met fin à une longue attente et il scelle la fin d’une époque, celle de Joseph Kabila, dont le dauphin, Emmanuel Shadary Ramazani n’a engrangé que 23% des voix, arrivant en troisième position, derrière Martin Fayulu, crédité de 34% des voix.
Ce dernier, généralement donné gagnant et qui avait attiré des foules considérables lors de ses meetings de campagne, n’a pas accepté sa défaite, dénonçant le « putsch électoral » et le passage en force…
A la tête de l’UDPS, (Union des forces démocratiques pour le progrès social) le plus ancien des partis d’opposition, créé au début des années 90, Félix Tshisekedi, 55 ans, est surtout le fils d’Etienne Tshisekedi, le leader charismatique de l’opposition qui défia, durant des années, le pouvoir du président Mobutu et ensuite celui de Laurent Désiré Kabila et de son fils Joseph. Ces années de combat politique ont fortement ancré l’UDPS dans certains quartiers de Kinshasa et dans les deux Kasaï dont la famille Tshisekedi est originaire.
Reste à savoir si cette victoire est conforme au suffrage des électeurs ou si elle est le résultat d’un arrangement politique entre la coalition des FCC (Front commun pour le Congo) qui soutenait Joseph Kabila et son dauphin Emmanuel Shadary et le vieux parti d’opposition qui, pour la circonstance, s’était uni avec l’UNC (Union nationale congolaise) dirigé par Vital Kamerhe. Ce dernier, ancien président de l’Assemblée nationale, est un homme politique expérimenté, qui a mené une longue carrière aux côtés de Joseph Kabila avant de passer à l’opposition et il pourrait à l’avenir représenter une passerelle entre la majorité sortante et Félix Tshisekedi, souvent considéré comme inexpérimenté sinon versatile.
Cependant la proclamation des résultats, si elle met fin au silence requis par la CENI qui s’était arrogée le monopole du décompte des voix, n’est encore qu’une étape. Des recours sont possibles et le candidat jusqu’à présent donné vainqueur, Martin Fayulu, entend bien interpeller la Cour constitutionnelle, même si cette dernière est considérée comme acquise au pouvoir de Kabila qui a veillé à nommer des juges considérés comme bienveillants.
Dans l’immédiat cependant, l’une des clés de l’acceptation de ce résultat se trouve entre les mains d’instances puissantes, échappant à l’influence du pouvoir : trois missions d’observation, mises sur pied par les églises protestantes, par la société civile Symocel et surtout par la Conférence épiscopale catholique ont déployé au total plus de 70.000 observateurs sur le terrain, dans l’ensemble du pays . Contraintes au silence par la loi, obligées de respecter le monopole de l’information que détenait la CENI, ces missions d’observations sont aujourd’hui libérées de leur silence. La semaine dernière déjà, tout en accordant un satisfecit modéré au processus électoral dans son ensemble, la CENCO avait déjà déclaré qu’elle connaissait la vérité des urnes c’est-à-dire le nom du vainqueur et tous en avaient conclu qu’il s’agissait de Martin Fayulu. Ce nom aurait été communiqué aux ambassades occidentales et il circulait sous le manteau.
La CENCO et les autres missions d’observation s’inscriront elles en faux contre le verdict de la CENCO , ouvrant ainsi une crise de légitimité? Les heures à venir le diront.
D’autres rebondissements sont également possibles : un recours à la Cour constitutionnelle pourrait invalider l’ensemble du processus électoral, d’autant plus facilement qu’un million et demi d’électeurs, à Beni, Butembo et Yumbi ont été interdits de scrutin, pour des raisons sanitaires et de sécurité. Si les élections devaient tout simplement annulées, c’est Joseph Kabila qui resterait en place, et tout l’exercice électoral, coûteux et spectaculaire, appartiendrait au passé.
Même si la CENI étaiera probablement sa proclamation par des chiffres confirmant la victoire de Tshisekedi, il lui sera difficile d’effacer le sentiment d’un arrangement politique de dernière minute. En effet, les marges séparant Emmanuel Shadary, le candidat du pouvoir, de ses rivaux de l’opposition étaient trop grandes pour faire l’objet de manipulations ou de dénis et beaucoup considèrent que le pouvoir sortant pourrait avoir choisi « un moindre mal », c’est-à-dire un Felix Tshisekedi qui multipliait les déclarations conciliantes et est accompagné d’un ancien compagnon de route de Kabila, Vital Kamerhe.
Voici quelques jours déjà, dans la rue de Kinshasa, des amis congolais commentaient avec réalisme cette issue possible : « le pouvoir abandonne son candidat et met donc fin au système Kabila dont on ne voulait plus tandis que l’opposition abandonne le plus radical de ses champions, Martin Fayulu, qui était soutenu par Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba, deux poids lourds, ennemis déclarés de Kabila. C’est ce qui s’appelle un match nul, à l’issue duquel personne ne perd la face… »
Avec pour victimes la vérité des urnes et la nécessité d’un réel changement, indispensable au redressement du géant congolais…

18 janvier 2019

Les élections dans le Masisi ou la surprise de Zaina

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HAKIZINKA JOANNA ZAINA, candidate aux élections législatives nationales du 30 décembre dernier, pour la circonscription de Masisi, manque des mots.

Depuis des années, cette jeune femme de 42 ans travaille avec les populations de Masisi, les vertes collines qui bordent la lac Kivu. Pour elle, l’action politique se trouve dans la suite logique d’un long engagement auprès des femmes de sa région.

Après avoir créée une Coopérative à caractère social appelée TUUNGANA (Ensemble), elle a développé des activités d’élevage, de distribution des semences, d’accès aux soins de santé. Donnant la priorité à l’éducation, elle a encouragé les enfants, et plus particulièrement les filles à étudier et elle a payé elle-même des frais scolaires :t depuis cinq ans, elle distribue des kits scolaires à 250 élèves par année. Dans le même ordre, la coopérative a entamé dans le Masisi un Centre d’apprentissage aux métiers d’une capacité d’accueil de 700 femmes par année.

Dans ce milieu paysan qui fut longtemps déchiré par les guerres et les mouvements de populations, l’action de TUUNGANA est reconnue par tous et c’est ce qui a incité Zaïna à lui donner une dimension politique. C’est dans ce contexte que les populations de cette circonscription, à travers tout le Masisi, avaient déclaré leur soutien à la créatrice de Tuungana et les premiers procès verbaux affichés à l’extérieur des bureaux de vote attestaient de son succès. .

Cependant, lorsque dans la nuit du jeudi 10 et vendredi 11 janvier la CENI publia ses résultats provisoires, Zaïna s’étonna de ne pas se retrouver sur la liste des élus de Masisi, malgré le fait que son regroupement, AFDC et alliés, membre du Front commun pour le Congo, avait été reconnu par la CENI après avoir atteint le seuil exigé et qu’elle était certaine d’avoir obtenu la confiance des électeurs.

Déjà durant le vote et dans les heures qui avaient suivi les opérations, les irrégularités s’étaient multipliées à travers le Masisi et on avait pu constater la corruption des membres des bureaux des votes, les intimidations des électeurs par les groupes armés. Dans certains villages, les témoins avaient été chassés des bureaux de vote et n’ont pas eu accès à la totalité des procès-verbaux. Ailleurs, les membres des bureaux des votes ont systématiquement voté à la place des électeurs analphabètes qui se trouvaient décontenancés par la machine à voter. On avait même constaté la vente aux enchères des bulletins excédentaires après la fermeture des bureaux de vote !

Malgré cette apparence de « loterie » Zaïna nous assure qu’elle reste optimiste. D’après la compilation des résultats en sa possession, elle a constaté qu’elle totalisait déjà plus de 10.000 voix, ce qui est largement suffisant pour être élu, d’autant plus que le denier candidat à être retenu et publié sur la liste de la CENI ne totalise que 7.000 voix.

Depuis que les résultats ont été publiés, le portable de Zaïna crépite sans arrêt : « les hommes et les femmes de Masisi m’appellent et me disent qu’ils ne comprennent pas. Ils ont même initié une pétition qui a déjà recueilli des milliers de signatures afin de dénoncer le non-respect de leur choix». J’ai déjà reçu plus de trente appels par jour de Masisi… » La jeune femme refuse cependant de se laisser décourager : « on verra bien. Nous avons déposé notre recours pour faire valoir nos droits et nous avons foi en notre justice».

11 janvier 2019

Mathématiques congolaises

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Ouf. Le processus a été incroyablement long, coûteux, parfois chaotique, marqué par le doute et les rebondissements divers, mais il a finalement abouti. Même si les résultats annoncés sont encore provisoires et que des surprises de dernière minute ne peuvent être écartées, la première transition pacifique dans l’histoire du Congo a débouché sur l’élection de Felix Tshisekedi. Le troisième homme, la surprise du chef. Celui auquel ses deux rivaux, le dauphin Shadary Ramazani et le favori de la presse occidentale Martin Fayulu avaient fait de l’ombre et qui en dernière minute réussi à « remonter le peloton » jusqu’à la première place.
Tout au long du processus électoral et du décompte des voix opéré par la CENI, le doute a régné, les procès d’intention ont été nombreux et souvent justifiés. La semaine dernière encore, la conférence épiscopale, forte de ses 40.000 témoins, proférait une menace à peine voilée assurant qu’elle connaissait déjà le nom du vainqueur mais s’abstenait de le divulguer. Aujourd’hui que le verdict est tombé, la CENCO se montre plus prudente. SI elle assure que les résultats ne correspondaient pas aux données collectées par les observateurs, elle se garde bien d’aller plus loin que ce constat sybillin que chacun interprétera à sa guise, qualifiant le résultat final d’ « élection » ou d’ « imposition » et jugeant que si le verre est à moitié vide, il est aussi à moitié plein. Car dans cette curieuse « mathématique congolaise », la vérité des chiffres est une chose, et les recours éventuels à la Cour constitutionnelle n’ont pas encore été déposés et tranchés tandis que les électeurs de Beni, Butembo et Yumbi n’ont pas encore émis leur 1,5 million de votes. Mais sur l’autre versant, la politique compte aussi, et voici une semaine déjà, -bien avant de prendre connaissance du verdict de la CENI- de simples citoyens nous disaient qu’ils espéraient, presque secrètement, qu’ils espéraient que personne ne perdrait la face et que l’on déboucherait sur une sorte de match nul : l’échec pour le candidat du pouvoir, symbole de la continuité d’un système Kabila unanimement rejeté et l’échec aussi pour un candidat d’opposition considéré comme « radical » et très ostensiblement soutenu par les décideurs occidentaux, indépendamment de ses qualités personnelles. « Dans les deux cas, ce sera la guerre » redoutaient nos interlocuteurs, hantés par le souvenir d’affrontements meurtriers.
La victoire actuelle de Félix Tshisekedi ressemble donc fort à une solution de compromis, voire de compromission, insatisfaisante pour beaucoup, mais qui n’humilie personne. Une sorte de “mathématiques congolaises” d’après le livre de Jean Bofane qui pourrait trouver ici une version réactualisée…
Cependant, sur le long terme, le véritable défi est ailleurs :si un seul point a fait l’unanimité des électeurs, c’est l’espoir de changement. L’exigence d’un pays plus juste, plus social, moins miné par l’arrogance et la corruption, moins menacé par la violence. Un pays où la diaspora pourra revenir, où les enfants pourront grandir en paix et où tout le monde, enfin, pourra profiter des ressources et préparer une vie meilleure. C’est à cette aune là que sera jugé le fils d’Etienne Tshisekedi.

11 janvier 2019

Une opposant à la tête du Congo: une première…

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Le processus a été interminable sinon épuisant, pour les acteurs politiques, pour les observateurs et, avant tout, pour la population congolaise mais il a fini par aboutir. Sur le coup de trois heures du matin, après avoir tenu l’opinion en haleine durant une longue soirée, le président de la CENI Corneille Nangaa a finalement révélé le nom du vainqueur de l’élection présidentielle : Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi et présenté par le principal parti d’opposition, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) succédera au président Joseph Kabila qui aura présidé aux destinées du Congo depuis 17 ans.
Selon les résultats provisoires présentés par la CENI, M. Tshisekedi, 55 ans, à la tête de la Coalition pour le Changement qu’il dirige avec son co-équipier Vital Kamerhe, a emporté 38,57% des voix, contre 34, 8% pour Martin Fayulu, à la tête de la coalition Lamuka. Quant à Emmanuel Shadary Ramazani, qui avait été désigné comme successeur potentiel par le président Kabila et été soutenu par la coalition « Front commun pour le Congo », il vient en troisième position, loin derrière ses rivaux, avec 23, 8% des votes.
Pour le Congo, ce scrutin représente une grande première : depuis l’indépendance du pays en 1960, c’est la première fois qu’un président accède au pouvoir par la voie démocratique. En outre, l’exercice électoral, long et coûteux (au-delà de 500 millions de dollars…) a été entièrement financé par le Congo lui-même, le président sortant Joseph Kabila ayant voulu en faire un exercice de souveraineté. Dans la même logique, les observateurs européens n’avaient pas été invités à suivre les opérations mais de nombreux observateurs africains assistaient aux opérations et surtout, plus de 70.000 observateurs congolais, formés et mandatés par l’Eglise catholique, les églises protestantes et Symocel, émanation de la société civile, étaient présents dans plus de la moitié des bureaux de vote, 40.000 sur un total de 70.000.
Dans un premier temps, la population, lassée par des semaines de tension, a surtout réagi par le soulagement. Dans les rues de Kinshasa, en particulier du côté de Limete, quartier général de Tshisekedi, des jeunes ont laissé éclater leur joie et des concerts de klaxons et de motos pétaradantes ont retenti. Internet étant toujours coupé, et les communications avec l’intérieur du pays étant difficiles, on ignore les sentiments des Congolais vivant dans les provinces, mais on sait déjà qu’à Goma la nouvelle a été bien accueillie. Par contre, le Bandundu, province d’où est originaire Martin Fayulu, a connu des manifestations de mécontentement et des violences. C’est ainsi qu’à Kikwit, deux policiers et deux civils sont morts dans un mouvement de contestation des résultats et que la colère de la foule s’est révélée difficile à contenir. A Kisangani (Province orientale ) où Martin Fayulu avait été bien accueilli durant sa campagne électorale, ses partisans ont crié qu’on leur avait volé la victoire et la police a usé de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Alors qu’il avait rassemblé des foules considérables et avait été efficacement soutenu par ses amis politiques Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi dans l’Equateur et dans le Katanga, Martin Fayulu n’a pas caché sa déception. Rejetant les résultats, il a dénoncé un « véritable putsch électoral » assurant que les résultats publiés par la CENI n’avaient rien à voir avec la vérité des urnes.
Montant rapidement au créneau, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, a rapidement fait écho à ce candidat qui avait les faveurs de la France, assurant que les résultats proclamés n’étaient vraisemblablement pas conformes aux résultats réels.
Les seuls à pouvoir trancher sont donc les observateurs et en particulier les 40.000 témoins déployés par la CENCO. Mais l’Eglise catholique, qui avait déclaré jeudi dernier qu’elle connaissait déjà le nom du vainqueur, au point d’entrer en conflit avec la CENI qui lui reprochait d’empiéter sur ses prérogatives, s’est montrée infiniment plus prudente.
Le porte parole de l’épiscopat, l’abbé Donatien Nshole, s’est contenté de dire, laconiquement, que « tels qu’ils ont été publiés par la CENI, les résultats ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation ». Cependant, les mêmes évêques qui affirmaient voici huit jours connaître le nom du vainqueur ont fait preuve d’une remarquable réserve : sans donner de nom, ils se sont contentés de relever que ces élections « pour la première fois dans l’histoire du pays ouvrent la voie à l’alternance au sommet de l’Etat. »
De son côté, Félix Tshisekedi a rendu hommage au chef de l’Etat sortant en assurant que Joseph Kabila « ne devait plus être considéré comme un adversaire mais comme un partenaire de l’alternance démocratique » et à l’égard de ses rivaux, il a déclaré qu’il serait le président de tous les Congolais.
Il faut cependant relever que les résultats publiés ne sont encore que provisoires : seule la Cour constitutionnelle peut se prononcer sur la validité du scrutin et publier les résultats définitifs.

11 janvier 2019

Félix Tshisekedi, fils du Kasaï et… de la Belgique

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Durant longtemps Félix Tshisekedi, 55 ans, a du démontrer qu’il n’était pas seulement le fils de son père. Car Etienne Tshisekedi, décédé en 2017, quelques semaines après la signature des accords de la Saint Sylvestre, dont les négociations l’avaient épuisé, était un monument de la vie politique congolaise : premier juriste diplômé, premier ministre de la Justice après l’indépendance, co rédacteur des statuts du parti unique de Mobutu puis fondateur du premier parti d’opposition l’UDPS, nommé plusieurs fois Premier Ministre sans en avoir exercé les fonctions et toujours appelé Combattant Suprême ou Lider Maximo… Dans cette ombre là, immense et toujours vénérée, Félix a du grandir, terminer ses études secondaires à Kinshasa puis s’installer en Belgique, Tubize puis Bruxelles, au fil des exils successifs de la famille, fréquenter les « combattants » du parti, pères fondateurs ou nouveaux venus militants, forger sa propre identité. Autant son père était têtu, obstiné, parfois imprévisible, autant Félix a toujours donné l’impression, à ceux qui l’ont fréquenté, d’être plus accommodant, influençable et moins clivant. A l’époque, la qualité de ses diplômes n’avait guère d’importance, n’était-il pas avant tout le fils aîné, celui que sa mère, Maman Marthe, discrète et solide, avait désigné comme successeur dans le secret des caucus familiaux ?
C’est en 2016, alors que la santé de son père décline dangereusement, que Félix est nommé secrétaire général adjoint de l’UDPS, un parachutage qui fera des jaloux parmi les militants plus engagés sur le terrain. Lors des négociations qui précèdent l’accord de la Saint Sylvestre, le nom de Félix est de plus en plus souvent cité pour occuper le poste de Premier Ministre dévolu à l’opposition, mais en avril, Joseph Kabila porte son choix sur Bruno Tshibala, un militant de la première heure, habilement « retourné », ce qui accentuera les divisions au sein du parti. C’est en mars 2018 que Félix Tshisekedi est finalement élu à la présidence de l’UDPS et désigné comme candidat à l’élection présidentielle. Si aujourd’hui, Vital Kamerhe, un politicien averti, originaire du Sud Kivu et ancien président de l’Assemblée nationale est le directeur de campagne de Félix et lui a amené les voix de l’Est du Congo, voici deux ans déjà, ce dernier faisait son apprentissage politique aux côtés de Pierre Lumbi, co-président du Rassemblement de l’opposition, qui travaille aujourd’hui pour Moïse Katumbi. On a beaucoup glosé sur les diplômes présentés par Félix Tshisekedi pour étayer sa candidature auprès de la CENI, mais en réalité la centrale électorale s’est contentée d’une attestation d’expérience professionnelle et seul un –improbable- recours à la Cour Constitutionnelle pourrait trancher cette polémique.
Ayant longtemps vécu en Belgique, comptant un certain nombre d’amis au sein de différentes formations politiques, Félix Tshisekedi, selon ses proches, y a acquis une fibre sociale, le désir de bien faire, et last but not least, le goût du compromis à la belge et une solide dose de bon sens. Ce bon sens s’est manifesté plusieurs fois au cours de la campagne, lorsque, le premier, il a accepté l’usage de la machine à voter, lorsqu’il a accepté sans rechigner un dernier report d’une semaine, décidé par la CENI pour des raisons techniques. Auparavant, lors de la réunion de Genève, destinée à faire émerger un candidat unique de l’opposition, il avait inopinément renié sa signature et décidé, avec Vital Kamerhe, de faire cavalier seul. L’histoire dira si ce désistement s’inscrivait dans le cadre d’une stratégie de longue haleine, une sorte de plan B, déjà mis en œuvre par Kabila, s’il répondait il à une réelle exigence de la base où à un ordre émanant du secrétaire général de l’UDPS M. Kabund. Toujours est-il qu’en retirant sa carte du jeu, Félix affaiblissait son rival Martin Fayulu et se posait comme une solution de compromis…
Physiquement imposant, l’apparence sereine, Félix Tshisekedi se veut aujourd’hui rassurant et il peut compter sur une solide base parmi les ressortissants du Kasaï, sa province d’origine. En effet, écartés du pouvoir depuis les années 60, les Kasaïens, et en particulier les Lubas, très nombreux dans la magistrature, les professions intellectuelles et artistiques, la société civile et les défenseurs des droits de l’homme, vont probablement estimer que leur temps d’accéder au pouvoir est enfin venu et, contre vents et marées, défendre la légitimité de « leur » président.

11 janvier 2019

Congo: une victoire plus “politique” qu’électorale

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Alors que Martin Fayulu était donné vainqueur par la plupart des observateurs, la CENI, (Commission électorale indépendante) a créé la surprise au milieu de la nuit en proclamant la victoire de Felix Tshisekedi Tshilombo, avec 38% des voix. Ce résultat demeure provisoire certes, car des recours demeurent possibles, mais il met fin à une longue attente et il scelle la fin d’une époque, celle de Joseph Kabila, dont le dauphin, Emmanuel Shadary Ramazani n’a engrangé que 23% des voix, arrivant en troisième position, derrière Martin Fayulu, crédité de 34% des voix.
Ce dernier, généralement donné gagnant et qui avait attiré des foules considérables lors de ses meetings de campagne, n’a pas accepté sa défaite, dénonçant le « putsch électoral » et le passage en force…
A la tête de l’UDPS, (Union des forces démocratiques pour le progrès social) le plus ancien des partis d’opposition, créé au début des années 90, Félix Tshisekedi, 55 ans, est surtout le fils d’Etienne Tshisekedi, le leader charismatique de l’opposition qui défia, durant des années, le pouvoir du président Mobutu et ensuite celui de Laurent Désiré Kabila et de son fils Joseph. Ces années de combat politique ont fortement ancré l’UDPS dans certains quartiers de Kinshasa et dans les deux Kasaï dont la famille Tshisekedi est originaire.
Reste à savoir si cette victoire est conforme au suffrage des électeurs ou si elle est le résultat d’un arrangement politique entre la coalition des FCC (Front commun pour le Congo) qui soutenait Joseph Kabila et son dauphin Emmanuel Shadary et le vieux parti d’opposition qui, pour la circonstance, s’était uni avec l’UNC (Union nationale congolaise) dirigé par Vital Kamerhe. Ce dernier, ancien président de l’Assemblée nationale, est un homme politique expérimenté, qui a mené une longue carrière aux côtés de Joseph Kabila avant de passer à l’opposition et il pourrait à l’avenir représenter une passerelle entre la majorité sortante et Félix Tshisekedi, souvent considéré comme inexpérimenté sinon versatile.
Cependant la proclamation des résultats, si elle met fin au silence requis par la CENI qui s’était arrogée le monopole du décompte des voix, n’est encore qu’une étape. Des recours sont possibles et le candidat jusqu’à présent donné vainqueur, Martin Fayulu, entend bien interpeller la Cour constitutionnelle, même si cette dernière est considérée comme acquise au pouvoir de Kabila qui a veillé à nommer des juges considérés comme bienveillants.
Dans l’immédiat cependant, l’une des clés de l’acceptation de ce résultat se trouve entre les mains d’instances puissantes, échappant à l’influence du pouvoir : trois missions d’observation, mises sur pied par les églises protestantes, par la société civile Symocel et surtout par la Conférence épiscopale catholique ont déployé au total plus de 70.000 observateurs sur le terrain, dans l’ensemble du pays . Contraintes au silence par la loi, obligées de respecter le monopole de l’information que détenait la CENI, ces missions d’observations sont aujourd’hui libérées de leur silence. La semaine dernière déjà, tout en accordant un satisfecit modéré au processus électoral dans son ensemble, la CENCO avait déjà déclaré qu’elle connaissait la vérité des urnes c’est-à-dire le nom du vainqueur et tous en avaient conclu qu’il s’agissait de Martin Fayulu. Ce nom aurait été communiqué aux ambassades occidentales et il circulait sous le manteau.
La CENCO et les autres missions d’observation s’inscriront elles en faux contre le verdict de la CENCO , ouvrant ainsi une crise de légitimité? Les heures à venir le diront.
D’autres rebondissements sont également possibles : un recours à la Cour constitutionnelle pourrait invalider l’ensemble du processus électoral, d’autant plus facilement qu’un million et demi d’électeurs, à Beni, Butembo et Yumbi ont été interdits de scrutin, pour des raisons sanitaires et de sécurité. Si les élections devaient tout simplement annulées, c’est Joseph Kabila qui resterait en place, et tout l’exercice électoral, coûteux et spectaculaire, appartiendrait au passé.
Même si la CENI étaiera probablement sa proclamation par des chiffres confirmant la victoire de Tshisekedi, il lui sera difficile d’effacer le sentiment d’un arrangement politique de dernière minute. En effet, les marges séparant Emmanuel Shadary, le candidat du pouvoir, de ses rivaux de l’opposition étaient trop grandes pour faire l’objet de manipulations ou de dénis et beaucoup considèrent que le pouvoir sortant pourrait avoir choisi « un moindre mal », c’est-à-dire un Felix Tshisekedi qui multipliait les déclarations conciliantes et est accompagné d’un ancien compagnon de route de Kabila, Vital Kamerhe.
Voici quelques jours déjà, dans la rue de Kinshasa, des amis congolais commentaient avec réalisme cette issue possible : « le pouvoir abandonne son candidat et met donc fin au système Kabila dont on ne voulait plus tandis que l’opposition abandonne le plus radical de ses champions, Martin Fayulu, qui était soutenu par Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba, deux poids lourds, ennemis déclarés de Kabila. C’est ce qui s’appelle un match nul, à l’issue duquel personne ne perd la face… »
Avec pour victimes la vérité des urnes et la nécessité d’un réel changement, indispensable au redressement du géant congolais…

9 janvier 2019

A reculons, le Congo s’est dirigé vers les élections et vers les résultats

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Deux ans après la fin officielle du mandat de Joseph Kabila, c’est à reculons que le Congo s’est dirigé vers les élections : alors qu’un délai de deux ans avait été arraché par les évêques , c’est finalement le 30 décembre, soit vingt-quatre heures avant que soit écoulé le dernier grain du sablier que la Commission électorale indépendante a réussi à organiser un triple scrutin, présidentiel, législatif et provincial, dont la réalité a suscité le doute jusqu’en dernière minute. En effet, par souci de souveraineté, de « dignité » assurait le chef de l’Etat, le Congo avait refusé toute aide étrangère : ni les moyens de transport de la Monusco, qui avait cependant provisionné 80 millions de dollars et des avions en stand by à Entebbe, ni le soutien de l’Union européenne, aide financière ou observateurs. Ces élections ont représenté un effort colossal pour un pays qui ne « tourne » qu’avec un budget oscillant entre 4 et 5 millions de dollars : l’organisation de ce scrutin hors normes a coûté officiellement 500 millions de dollars et sans doute le double.
Finalement, le 30 décembre dernier, déjouant les prévisions les plus pessimistes, les élections ont eu lieu et 38,5 millions d’électeurs ont été présents au rendez vous, les ressortissants de Beni, Butembo et Yumbi ayant finalement vu leur session électorale être retardée de trois mois pour cause d’épidémie d’Ebola et d’affrontements interethniques. Si le pouvoir s’est dirigé à reculons vers cette échéance, la population, elle était bien là. Certes, à cause de la pluie diluvienne, le taux de participation à Kinshasa a été moindre que prévu, aux alentours de 50%, mais dans l’ensemble du pays, jusque dans les coins reculés, les électeurs se sont pressés devant les bureaux de vote, au nombre de 80.000 en tout et, alors que bien des prophètes de malheur avaient prédit le pire, le matériel était en place dans 80% des bureaux et la désormais célèbre machine à voter a permis d’économiser des tonnes de papier.
Les électeurs n’ont pas caché leur détermination : c’est en connaissance de cause, ayant chacun inscrit sur un papier le numéro des candidats de leur choix, qu’ils se sont dirigés vers les bureaux de vote et seuls les plus âgés ont eu besoin d’assistance pour émettre le vote électronique, à raison d’une ou deux minutes par votant.
La plupart des électeurs interrogés à Kinshasa se gardaient bien de dire sur qui s’était portée leur décision mais leur aspiration était unanime : ils souhaitaient le changement, plus de justice sociale, de travail, des prix moins élevés, moins de taxes aussi. Il est apparu aussi que de nouvelles taxes sont particulièrement impopulaires, comme celle que le FONER (Fonds des routes) prélève à chaque barrage routier, en principe pour financer des infrastructures routières, ou le Go Pass, la taxe sur les transports aériens qui frappe chaque voyageur empruntant les lignes intérieures ou étrangères. De la même façon, le passeport biométrique est vivement critiqué car, modernisé, informatisé, il est devenu l’un des plus chers du monde. La plupart des Congolais, au cours des années écoulées, ont eu le sentiment que ces nouvelles taxes servaient moins à financer des travaux d’intérêt général qu’à nourrir une nouvelle élite entourant le président Kabila tandis que la rente minière échappait aux finances de l’Etat à cause d’un taux d’imposition trop faible ou finissait dans des poches privées.
Le hiatus entre le pouvoir de Joseph Kabila et la nouvelle génération (les moins de vingt ans représentent désormais 50% de la population) était d’autant plus criant que ces jeunes n’ont aucun point de comparaison : ils ne sont pas assez âgés pour avoir connu les dérives et la corruption de l’époque de Mobutu, les aînés avaient placés tous leurs espoirs en Joseph Kabila et tous ont le sentiment d’avoir été déçus, voire trahis, d’autant plus que la multiplication des réseaux sociaux, de l’accès à Internet, aux téléphones portables a désenclavé la population congolaise et a donné aux jeunes des raisons de se mobiliser… Sans oublier les points de comparaison avec les pays de la région : dans l’Est, les guerres avec le Rwanda ne sont pas oubliées mais chacun est au courant des progrès spectaculaires réalisés dans le pays voisin et se sent jaloux du réseau routier impeccable et des services sociaux proposés à la population…
Trois hommes sur les routes
La campagne des trois principaux candidats à la présidence a-t-elle répondu à ces attentes de meilleure redistribution des ressources, d’organisation plus efficiente du pays ? Ce serait trop dire : les candidats sont surtout misé sur ce qu’ils représentaient chacun, par leur parcours personnel et le soutien dont ils disposaient. C’est ainsi que Felix Tshisekedi a misé sur le souvenir de son père, sur les bases populaires dont son parti, l’UDPS, longtemps appelé « la fille aînée de l’opposition » dispose dans les quartiers populaires de Kinshasa et dans les deux Kasaï. Nombre de supporters de l’UDPS, après des décennies d’opposition, de mise à l’écart et de crises diverses ont estimé que le temps était venu pour eux de renouer avec l’exercice (et les avantages) du pouvoir et une importante diaspora a galvanisé les suffrages des citadins. En outre, allié à Vital Kamerhe, qui dispose d’un important réservoir de voix dans le Kivu et qui a été son directeur de campagne, Felix Tshisekedi a pu ratisser, sans être inquiété par le pouvoir, des régions assez densément peuplées.
Quant à Martin Fayulu, le « soldat du peuple », il a été la surprise de la campagne : le seul fait qu’il ait été désigné « candidat unique de l’opposition » lors de la réunion de Genève a assuré sa gloire à travers le pays, malgré la défection de Tshisekedi et Kamerhe. Originaire du Bandundu, autre gros réservoir de voix, député à Kinshasa où il est né et où il réside, Fayulu a connu des succès imprévus tant dans la province de l’Equateur qu’au Katanga ou dans le « grand Nord » du Kivu. Il doit ces victoires populaires à plusieurs facteurs : d’abord le fait qu’il a symbolisé le changement auquel aspiraient une majorité de Congolais. Il a bénéficié aussi du soutien, matériel, financier et politique que lui ont assuré ses deux alliés, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, deux « poids lourds » empêchés de concourir mais disposant d’une « force de frappe » non négligeable. C’est ainsi que le MLC de Jean-Pierre Bemba demeure un parti bien organisé, qui a su ratisser dans la province de l’Equateur, tandis que Moïse Katumbi a mis au service de Fayulu sa propre popularité au Katanga et ailleurs ainsi que le maillage des supporters de son club de football le TP Mazembe.
Emmanuel Shadari Ramazani, qui apparaît déjà comme le grand perdant de cette campagne, avait, paradoxalement tout pour réussir : une vaste coalition, le Front commun pour le Congo, créée de longue date et bénéficiant des moyens de l’Etat pour mener campagne en faveur du successeur désigné de Joseph Kabila, d’indéniables qualités personnelles comme une bonne connaissance du terrain, une maîtrise de la « territoriale » acquise lors de ses fonctions de ministre de l’Intérieur, une réputation d’homme fidèle au parti, au président, d’intellectuel aux diplômes incontestables. Mais, choisi par Kabila pour être un homme de confiance, il avait aussi les défauts de ses qualités : un faible charisme, une équipe peu fiable, peut-être minée par la jalousie et qui lui fit peu de cadeaux. Car promettre la continuité à une population qui rêve de changement, vanter l’ « émergence » à des gens qui souhaiteraient que leur route ne soit pas inondée et que leurs enfants aient du travail, apparaissait singulièrement peu approprié. Mais surtout, ERS comme on l’appelle n’a pas eu le temps de sortir de sa « gangue kabiliste » : les proches du président sortant menaient sa campagne, la finançaient et peut-être la contrôlaient… Comment aurait ilpu démonter son éventuelle indépendance par rapport au président sortant ? C’est en tant que symbole de la continuité qu’il a été paralysé puis désavoué par les électeurs, sans oublier que l’Europe a enfoncé quelques clous dans le cercueil en le frappant de sanctions dues à son rôle supposé dans les massacres au Kasaï (perpétrés par une armée dont il n’avait pas le contrôle) et par les violences policières exercées contre les manifestants chrétiens alors qu’il était ministre de l’Intérieur et à ce titre politiquement responsable des bavures et de la répression.
Si la date du vote a été retardée jusqu’à l’extrême limite par un pouvoir qui allait aux élections à reculons, c’est à reculons aussi que la CENI a procédé au dépouillement manuel des votes. Certes, la méthode choisie, dédaignant l’électronique de la machine à voter, s’est avérée la plus lente, mais surtout elle a donné du temps aux politiques : le temps de digérer la défaite, le temps de songer à de nouvelles alliances et recompositions du paysage, le temps de modérer les ambitions et de mesurer les limites du possible.
Quant à la population congolaise, elle s’est une fois de plus montrée incroyablement patiente, respectueuse de l’autorité, acceptant les délais les uns après les autres…Mais les colères des calmes, des patients, de ceux qui avaient rêvé de justice et souhaité être entendus peuvent parfois se révéler les plus dévastatrices. C’est peut-être cette crainte là aussi qui explique la lente marche à reculons, sinon à regrets, vers la proclamation de résultats qui ne sont encore que provisoires…

6 janvier 2019

Le vent de l’histoire

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Le triple scrutin auquel nous avons assisté en République démocratique du Congo n’est pas le premier depuis la chute du président Mobutu : en 2006 puis en 2011 déjà les électeurs avaient été appelés aux urnes. Mais cette fois, une émotion particulière se détachait de cette démarche citoyenne, menée avec sérieux et gravité et tout à coup les souvenirs d’autres élections se sont ravivés. Le premier, c’était au Burundi, en 1993. La population, majoritairement hutue, avait alors voté, massivement, voté pour un candidat hutu Melchior Ndadaye et poussé à la retraite celui que tous donnaient gagnant, le major Pierre Buyoya. Il avait initié une politique d’ouverture et s’inclina, en apparence du moins, devant un échec qu’il n’avait guère prévu. C’est que la population, convoquée à ses meetings, avait chanté et dansé, ne laissant rien paraître de ses sentiments profonds. Quelques mois plus tard, Ndadaye devait périr assassiné, mais ceci est une autre histoire. En 1994, la population sud africaine avait été convoquée aux premières élections démocratiques de son histoire. Dans le Natal, chacun pariait sur la victoire du chef Buthelezi et sur les affrontements qui risquaient de se produire entre ses milices et les militants de l’ANC. Alors que de longues files silencieuses descendaient les collines pour se rendre vers les centres de vote, c’est en vain que nous avions essayé d’arracher quelques mots aux électeurs, aussi graves que s’ils se rendaient à l’office du dimanche. Une seule réponse était murmurée : « my vote is my secret » : nul n’entendait communiquer ses intentions. Bien avant la fin du scrutin, l’évidence allait s’imposer : Nelson Mandela, dans le Natal comme ailleurs dans le pays, allait l’emporter haut la main et devenir le premier président élu d’Afrique du Sud.
Au Congo dimanche dernier, la retenue des électeurs de Kinshasa était tout aussi éloquente : pas un mot sur l’identité du candidat choisi mais la plupart des votants répétaient comme une mantra : « le changement, nous avons choisi le changement… » Sous nos yeux, une secousse sismique secouait le Congo et déjouait toutes les prévisions.
Huit jours plus tard, l’ampleur de l’onde de choc n’a toujours pas été révélée officiellement, mais, dans le silence de son cœur et de ses espoirs prudents, chacun sait déjà. Ce n’est pas pour rien que les avertissements se multiplient : la vérité des urnes ne peut être volée, marchandée ou trafiquée, sous peine de déclencher, dans ce pays encore aussi fragile qu’une porcelaine à peine recollée, une catastrophe aux conséquences imprévisibles. Le président Mobutu s’était bien gardé d’organiser des élections démocratiques, mais il avait le sens des proverbes et il disait : « qu’un fruit soit mûr ou pas mûr, lorsque se lève le vent de l’histoire, il tombe… »

6 janvier 2019

La main tendue de Félix Tshisekedi

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Félix Tshisekedi, à la tête de la CACH (Coalition pour le Changement), s’est révélé, aux côtés de Vital Kamerhe son vice-président et directeur de campagne, un homme responsable, non conflictuel. A Limete, voici huit jours, nous l’avions vu exhorter à la patience des électeurs rendus enragés par une panne qui durait depuis le matin et finalement c’est Corneille Nangaa lui-même qui vint remplacer la machine défectueuse en fin d’après midi, permettant aux Kinois d’émettre leur vote jusqu’au-delà de minuit. On se souvient que, le premier, alors que Martin Fayulu parlait encore de détruire la « machine à tricher » Tshisekedi s’était déclaré confiant du fait que le Congo irait de toutes manières aux élections et il avait accepté le report d’une semaine décidé par la CENI pour des raisons techniques. Cette fois encore, alors que la CENI explique que, dans les centres de compilation, le travail avance mais n’est pas encore terminé et réclame un nouveau délai avant de proclamer le résultat final, le leader de l’UDPS se montre serein. Logique aussi : «ne faisant pas confiance au comptage électronique, nous, dans l’opposition, nous avions exigé un comptage manuel. Or ce dernier prend évidemment plus de temps, il nous faut l’accepter… Il est possible que la CENI, se fiant au verdict électronique, possède déjà le résultat final, mais elle ne peut l’annoncer puisque le seul résultat qui aura de la valeur est celui qui sera issu du décompte manuel… »
Ayant longtemps vécu en Belgique, Félix Tshisekedi, durant sa campagne électorale s’est rendu à l’intérieur du pays, dans le Congo profond, et en particulier dans les provinces de l’Est, fief de son co listier Vital Kamerhe. Il en est revenu bouleversé, par l’accueil chaleureux qui lui a été réservé, par l’espoir de changement, mais pas seulement : « là bas, les conditions de vie sont terribles. Les gens vivent dans une insécurité, une incertitude totale, leur vie est une loterie. Ma priorité, pour ces régions de l’Est mais aussi pour le Kasaï, c’est de ramener la paix. Moi-même, alors que je voulais me rendre à Butembo par la route, j’ai du y renoncer car c’était trop dangereux. On m’a fait comprendre que tout pouvait arriver…Cette situation est d’autant plus scandaleuse que le sous- sol de ces régions est incroyablement riche… Revenant de là, je me suis juré de tout faire pour ramener la paix, pour réconcilier le Congo, le mettre vraiment sur la voie du développement. »
Pour Félix Tshisekedi, dont le père, Etienne, était le premier juriste formé après l’indépendance, « il est urgent de rétablir un Etat de droit, de réhabiliter l’administration. Dans ces régions où je suis allé, j’ai constaté que l’Etat n’existait plus… La première chose à faire, c’est d’organiser un recensement, afin d’identifier la population de manière exacte, son nombre, ses besoins…
Il est urgent aussi de combattre ce que nous appelons les « anti valeurs », d’éradiquer la corruption , de lutter contre l’impunité. Je veux que le Congo redevienne un Etat de droit, dont le premier citoyen, le chef de l’Etat , sera au service de tout le monde…Il faut aussi redistribuer autrement les richesses, miser sur l’éducation : l’enseignement doit être obligatoire, et gratuit aussi, pour tout le monde.
On parle beaucoup des ressources minières de mon pays. En premier lieu, je veux que leur exploitation se fasse dans la transparence, la clarté. Sans vouloir remettre en cause les contrats miniers, je veux qu’ils soient établis dans la transparence, sur le principe du « win win », gagnant gagnant.
Finis les contrats opaques : il faudra que chacun puisse rendre des comptes, à tous les niveaux. Cependant, j’insiste aussi sur le fait que l’on ne peut pas tout attendre des mines : la véritable richesse du Congo, c’est l’agriculture. Alors que nous possédons 80 millions de terre cultivable, les gens ont faim, c’est un véritable scandale. C’est aussi l’agriculture qui donnera des emplois… »
A nouveau, Félix Tshisekedi parle d’apaisement : « pour ce qui concerne la gestion du pays, je veux ramener la confiance. Et dans l’immédiat, à quelques jours de la proclamation des résultats, je lance un appel au calme. Il faut attendre que les résultats remontent des provinces, des régions reculées. De toutes manières je rappelle que le résultat qui sera annoncé par la CENI ne sera jamais que provisoire, qu’ensuite s’ouvrira le temps des recours, avant la proclamation des résultats définitifs. Tout ce processus exigera de la patience. Je n’approuve pas le fait qu’au départ des observations de la CENCO, (la conférence des évêques catholiques), qui a participé au monitoring des élections, la coalition Lamuka ait déjà inondé les réseaux sociaux. La CENCO a peut-être fait une erreur dans sa communication, Lamuka en a profité et cela pousse les gens aux extrêmes…Moi je dis simplement qu’il faut attendre la fin du travail de compilation, et sur la base des informations que nous, nous possédons, je suis confiant. »
Ayant été l’un des premiers à accepter l’usage de la machine à voter, Félix Tshisekedi, huit jours après le vote, ne retire pas sa confiance à Corneille Nangaa, le président de la centrale électorale : « certes, il y a eu des incidents, des temps d’attente, mais globalement cela s’est bien passé. Mon verdict, c’est un satisfecit…Et la machine, tant décriée, a finalement fait ses preuves. Je crois même qu’à l’avenir, on pourra maintenir ce système…»
Félix Tshisekedi écarte toute perspective de désordres sinon de violence lorsque les résultats seront proclamés : « il ne faudra pas se livrer à une chasse aux sorcières, nous devrons éviter les règlements de comptes. Lorsque nous nous trouverons dans un Etat de droit, nous aurons besoin de tout le monde. Il ne faut pas qu’il y ait des frustrations… Vous savez, les dissensions entre Congolais ne sont pas insurmontables.. Il faudra pardonner, tirer un trait sur le passé. Le nouveau leader du pays devra rassembler tout le monde et construire le Congo de demain. Il est temps de rendre espoir à une jeunesse qui doit être encadrée, bénéficier des richesses de son pays… »
Le fils du leader charismatique de l’opposition, ne part pas de rien : « mon parti est l’un des plus anciens, il dispose de nombreux cadres et militants.. Mais pour développer le Congo, il n’existe pas de potion magique : il faut travailler. C’est pour cela aussi que je compte sur le retour de nombreux compatriotes qui vivent à l’étranger, la diaspora va nous aider à changer de mentalité… »
A Genève, il y a eu dol..
Le président de l’UDPS n’a cependant pas oublié l’incident de Genève, en décembre dernier, lorsqu’à l’issue d’un vote qui devait désigner le futur « candidat unique » de l’opposition, le nom de Martin Fayulu apparut, à la surprise générale : « je ne veux pas m’étendre sur ce qui s’est vraiment passé, le moment n’est pas encore venu. SI je n’ai pas gardé de rancœur, j’éprouve cependant de l’amertume. Je me suis senti trahi. Je pèse le mot : il y a eu dol. Dol, cela veut dire tromperie sur la marchandise.
Il y avait eu des imperfections dans la procédure, et elles étaient voulues. Lorsque je m’en suis rendu compte, le mal était fait. Vital Kamerhe partageait mon sentiment et au pays, ma base, mon parti n’étaient pas d’accord.
J’ai donc refusé de poursuivre, à la suite de quoi j’ai été victime d’un véritable lynchage médiatique. Tout cela m’avait beaucoup affecté ; après Genève, j’avais le moral très bas, j’avais perdu confiance… »
Après avoir déclaré qu’il récusait la désignation de Martin Fayulu comme candidat unique de l’opposition Félix Tshisekedi, décida de tenter sa chance séparément aux côtés de Vital Kamerhe et nous fûmes témoin de l’accueil qui lui fut réservé à son retour à Kinshasa : un million de personnes bloquaient la route de l’aéroport ! « Cela m’a vraiment touché, remonté le moral…Par la suite, tout le monde, en voyant les images de ma campagne diffusées en direct (et non reconstruites, remontées, par une cellule de communication…), a pu voir combien j’étais populaire à travers tout le pays… »
Tshisekedi refuse de se prononcer sur ses relations futures avec Martin Fayulu « attendons d’abord que le bateau des élections, piloté par la CENI, arrive au port. J’espère que c’est la démocratie qui gagnera et dans ce cas, j’aurai la main tendue. Je vous le répète, il n’y aura pas de revanche… « Même équanimité à l’égard du président sortant Joseph Kabila : « il est évident qu’il pourra vivre tranquillement dans son pays, vaquer à ses occupations, il n’a rien à craindre. Un jour nous devrons même songer à lui rendre hommage pour avoir accepté de se retirer. Pourquoi, compte tenu de son expérience, ne pas lui confier des tâches diplomatiques spéciales, faire de lui un ambassadeur extraordinaire du Congo ? «

6 janvier 2019

Martin Fayulu, l’homme qui se voit déjà président

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Installé dans son bureau, au rez de chaussée de son hôtel Faden House, Martin Fayulu récupère après une campagne épuisante et en tire les leçons. Même si la CENI entend bien être la seule dépositaire des secrets du vote, qu’elle ne divulguera pas avant le 6 janvier, le « soldat du peuple » ne doute pas de sa victoire et il assure que même dans les fiefs de ses adversaires politiques, comme le Maniéma, province d’origine de Shadary Ramazani, ses résultats ont surpris.
Comment analyse-il ce phénomène, où, même si rien n’est confirmé, il a probablement devancé des caciques bien implantes dans le milieu «Pour moi, c’est l‘expérience qui fait la différence ; je suis aussi un homme qui apprend des autres, j ai observé le parcours de Macky Sall au Sénégal et j‘au toujours su exactement ce que je voulais. Quand j’ai quitté Exxon Mobile en 2003, j’ai dit à mon patron, après dix années de travail à l’étranger, que je voulais faire de la politique et que mon objectif c’était la présidence.
Dans la capitale, personne ne peut me battre, cette ville me connaît, j’y suis né, j’y ai grandi, je suis un fils de Kinshasa… »
Sa famille étant originaire du Bandundu, la province la plus proche de l’immense métropole, Martin Fayulu nous explique que son père qui travaillait chez Chanimetal, une entreprise belge, tenait beaucoup à scolariser ses enfants : « il m’a inscrit chez les pères Xavériens où j’étais un élève assidu et c’est en vélo, le long de pistes cyclables bien tracées que chaque jour je me rendais à l’école… En 2011, lorsque je me suis porté candidat à l’Assemblée, je voulais devenir députe et un jour gouverneur de Kinshasa, afin de gérer cette ville comme une société privée. «
Martin Fayulu qui a étudié l’économie à Paris et fait un MBA aux Etats-Unis est en effet issu du secteur privé, et il a fait carrière dans la société Exxon Mobile. C’est avec fierté qu’il évoque ses étapes professionnelles en Afrique, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana : « à chaque fois, je tentais de redresser les bilans de la société, en même temps que je gravissais les échelons hiérarchiques. Je sais comment gérer : il faut avoir des objectifs précis, une vision claire, exiger des résultats. Je sais comment faire du Congo un pays digne et prospère, doté d’un budget de 126 milliards de dollars. Atteindre la prospérité dans la dignité, on peut y arriver…A Exxon Mobile aussi, c’est la qualité du management qui a fait la différence… »
Martin Fayulu n’est pas étonné du surnom qu’on lui a donné : « soldat du peuple » : « les gens savent que je suis au service du peuple, que je ne recherche pas mon intérêt personnel… » Il promet, s’il est élu, une corruption zéro…
Alors que la CENI compile toujours les résultats venus des provinces et assure qu’avant la proclamation du résultat provisoire, aucune prévision n’est autorisée ni même pertinente, Fayulu assure qu’il a toutes les raisons de se montrer optimiste : « on ne peut pas arrêter un raz de marée, un plébiscite… »
Ravivant ses souvenirs, il insiste sur le fait qu’il n’est pas novice en politique : « en 1990, au Zoo de Kinshasa, lorsque fut créée la société civile, j’étais déjà là et c’est ensuite que fut créée l’Union sacrée de l’opposition. L’UDPS nous a rejoints par la suite… »
Ses succès d’aujourd’hui sont donc la conséquence d’un long engagement et d’une conviction : « il n’y a pas de fracture Est Ouest dans ce pays…Son unité est fondamentale, les gens partagent les mêmes aspirations. Ils sont fatigués.. »Ce qu’il reproche le plus au pouvoir sortant, c’est la manière dont le pays a été géré : « les dirigeants actuels se comportent comme une sorte de caste, comme si le Congo leur appartenait ; la paupérisation est évidente. Même s’il y a du déni, nous avons assisté à un vote sanction… »
S’il se défend d’être un novice, Fayulu avance aussi les qualités de sa formation, le niveau de ses études et aussi le professionnalisme de son équipe : « mon directeur de campagne c’est Pierre Lumbi, qui n’est pas un enfant (il fut le conseiller spécial de Joseph Kabila, le juriste Christophe Lutundula et tant d’autres… Mais à ses côtés,il y aussi, dans la coalition Lamuka, des hommes aussi puissants qu’encombrants : l’homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et qui, dans tout le pays a mis à la disposition de Fayulu la force de frappe des supporters de son club de football le TP Mazembe. Quant à l’ancien vice président Jean-Pierre Bemba, été libéré après dix années passées dans la prison de la CPI à Scheveningen, il a mis sa province de l’Equateur dans l’escarcelle de Fayulu. « Ces personnalités doivent rentrer au Congo, leur place est ici. Mais le leader c’est moi, avec tout ce que cela comporte comme attributs, les compétences, les pratiques managériales, la vision claire, le sens des responsabilités qu’il faut insuffler… Cela, je sais le faire. Mais il faut aussi l’esprit d’équipe, il n’y aura pas de leadership au rabais…Si j’étais faible, il y a longtemps que j’aurais cédé… »
Au cours de sa campagne, il est arrivé à Fayulu de déclarer qu’ après deux ans, il mettrait son mandat en jeu, afin de refaire des élections crédibles. Aujourd’hui, il affirme qu’ « il ne sera pas un président intérimaire… » Il n’entend pas remettre en cause la durée du mandat, « cette élection présidentielle c’est un homme un peuple, mais c’est aussi une équipe, et il faut honorer les engagements pris ». La personnalité de Jean-Pierre Bemba ne l’effraie pas : « je le connais, je le fréquente depuis son jeune âge, nous avons joué au tennis ensemble, c’est mon frère.. Certes, il a un caractère fort mais peut-on le lui reprocher ? Pas plus qu’à moi on ne peut reprocher d’être radical, ce qui veut dire refuser la corruption, être intègre… » Visiblement, Martin Fayulu défend l’équipe qu’il formait à Genève avec Adolphe Muzito, Freddy Matungulu, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi qu’il définit comme un « homme du monde, pas conflictuel, doté d’un réel charisme ».
Le candidat de Lamuka refuse de s’appesantir sur le sort de Joseph Kabila : « la Constitution a tout prévu, il sera sénateur à vie, il bénéficiera des avantages dus aux anciens chefs d’Etat. Pour moi, le maître mot, c’est « pas de revanche » sinon le calme ne reviendra jamais dans ce pays…Ici, tout le monde doit être régi par la loi. Si Kabila considère qu’il est Congolais il doit pouvoir vivre dans son pays, s’il veut, comme Georges Weah, poursuivre des études à distance il en a le droit… Quant à l’armée, elle est républicaine, elle respectera l’ordre constitutionnel et exécutera les ordres que lui donnera le président élu. »
Affirmant sa détermination à lutter contre la corruption, Fayulu, issu du secteur privé, se défend de vouloir modifier une nouvelle fois le Code minier au profit des sociétés multinationales : « nous allons nous asseoir avec les miniers et discuter avec eux. Pour moi le maître mot c’est gagnant-gagnant…Il ne s’agît pas de favoriser qui que ce soit… Ces gens là sont venus investir chez nous, et sans eux nos matières premières ne seraient rien, elles dormiraient dans le sous sol…Il faut que ces gens soient à l’aise pour investir : j entends baisser le taux d’imposition sur les bénéfices, de 30 à 20%, ce qui permet à tout le monde de payer et l’assiette imposable grandira, car il ne faudra plus effectuer de paiements en noir, surmonter les tracasseries…En outre si un Congolais veut entrer dans le capital d’une société il devra amener sa contribution financière propre et non plus revendiquer 30 % des parts sans aucun apport…Comme dirait François Hollande, le Congo devra devenir un pays normal … Il faudra qu’on se rende compte que les choses ont changé…»
Ami personnel du Docteur Mukwege, Martin Fayulu admire » l’homme de valeur » : « Ce Prix Nobel a permis de faire savoir au monde entier que le Congo est là, que dans ce pays il y a des exigences, des valeurs…Je crois que ces élections ont eu lieu dans la foulée de cette très haute distinction. Elles ont renforcé l’exigence de justice, de probité, on ne peut plus faire n’importe quoi dans ce pays…Le futur président de la République doit savoir que, tout acte qu‘il posera, il le fera sous le regard d’un homme comme Mukwege, celui qui ne transige pas……… »