18 avril 2013

Kivu: une rébellion peut en cacher une autre

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Au Kivu, une rébellion peut en cacher une autre

Les apparences sont trompeuses : si, dans la presse rwandaise, les informations en provenance du Congo sont reléguées dans les pages internationales et si les officiels assurent que les remous agitant leur grand voisin ne les concernent guère, la réalité est bien différente.
Mis en accusation par plusieurs rapports de l’ONU décrivant le soutien apporté aux militaires rebelles du M23, le Rwanda, aujourd’hui membre non permanent du Conseil de Sécurité, a été soumis à de fortes pressions et à des mesures de suspension de l’aide d’autant plus douloureuses que près de la moitié du budget est fournie par l’aide internationale.
C’est donc sans barguigner que le président Kagame, en même temps que dix autres chefs d’Etat de la région, a signé le 24 février dernier l’accord cadre d’Addis Abeba s’engageant à ne pas interférer dans les affaires des pays voisins et à ne pas y soutenir de mouvement armé.
C’est au lendemain de cette promesse que le mouvement M23, qui s’était brièvement emparé de Goma en novembre 2012 et n’avait accepté d’évacuer la ville qu’en échange de pourparlers de paix avec une délégation gouvernementale a commencé à se déliter. Les rebelles se sont scindés en deux blocs antagonistes, chacun accusant l’autre d’avoir été « corrompu » par Kinshasa. Alors que l’aile militaire, menée par le colonel Sultani Makenga, se contentait d’exiger un retour aux conditions de l’accord précédent (signé en 2009) c’est-à-dire de meilleures conditions d’intégration au sein de l’armée congolaise et le retour des réfugiés tutsis vivant au Rwanda, l’aide « politique » menée par le pasteur Runiga, allait plus loin, dénonçant la mauvaise gouvernance, réclamant un changement de régime sinon la tête du président Kabila. Runiga était soutenu par le général Bosco Ntaganda, qui, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, savait que toute mesure d’amnistie était exclue.

La suite est connue : des affrontements violents mirent aux prises les deux tendances du mouvement M23 jusqu’à ce que, vaincus sur le terrain, Runiga, Bosco Ntaganda et plusieurs centaines de leurs hommes soient obligés de traverser la frontière et de se réfugier au Rwanda. Ntaganda, dans des circonstances encore mal élucidées, finit par se présenter à l’ambassade américaine à Kigali et demanda à être transféré à la Cour pénale internationale, préférant manifestement les lenteurs de la procédure judiciaire au risque de recevoir une balle dans la tête… « Terminator » prit ainsi place à bord d’un vol spécial vers la prison de Scheveningen et devant la CPI il devra répondre de crimes contre l’humanité, commis dans l’Ituri en 2002 et 2003 et de recrutement d’enfants soldats.
S’ils se déclarent soulagés, les citoyens du Kivu se gardent cependant de pavoiser trop vite.
En effet, ils ont appris qu’un groupe rebelle pouvait en cacher un autre et que les causes des guerres à répétition étaient loin d’avoir disparu.
Aux appétits du Rwanda, qui a longtemps rêvé d’une sorte de « souveraineté partagée » sur le Nord et le Sud Kivu, d’un accès aux ressources et du maintien d’un glacis sécuritaire, s’ajoutent en effet de nombreux problèmes spécifiquement congolais : les lenteurs de la décentralisation, qui devrait accorder 40% des ressources aux provinces, le clientélisme, la corruption, le manque de fiabilité des forces gouvernementales qui ont été obligées d’intégrer de nombreux groupes armés et qui sont minées par les trahisons et les intérêts personnels, les frustrations politiques nées de la contestation des élections de novembre 2012….
Ce cocktail détonnant a failli, au début 2013, faire exploser le Sud Kivu lorsqu’un homme politique déçu par le résultat de élections, Gustave Bagayamukwe, ancien animateur de l’ADIB (Association pour la défense des intérêts de Bukavu) fonda l’ « Union des forces révolutionnaires du Congo », un mouvement politico militaire composé de civils et de politiques mais surtout de plusieurs groupes armés opérant dans la région, dont des combattants Mai Mai (guerriers traditionnels) dirigés par le quasi mythique combattant « Foca Mike » alias Albert Kahasha.
L’URFC envisageait de se lancer dans la lutte armée en appliquant le même modèle qu’un an plus tôt le M23 : attaquer le Sud Kivu le 12 février 2012 au départ de la ville de Fizi dans le Sud de la province, remonter sur Bukavu via Kamanyola (lieu d’une victoire historique des forces du président Mobutu dans les années 60).
Les combattants de ce mouvement se présentant comme « authentiquement congolais » étaient issus de plusieurs groupes ethniques du Sud Kivu, Bafuleros, Bembe, Bashis et ils capitalisaient sur la malaise social et politique ainsi que sur la baisse de popularité du chef de l’Etat.
Avant d’opérer, les dirigeants du mouvement s’étaient rendus au Nord Kivu, à Bunagana, un village situé sur la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda, où ils avaient pris contact avec des dirigeants militaires du M23, dont Sultani Makenga et obtenu l’ouverture d’un couloir d’approvisionnement en armes via le Burundi.
Informées de ce complot, les autorités provinciales de Bukavu mirent M. Bagayamukwe aux arrêts deux jours avant le début de l’opération et l’homme politique fut immédiatement transféré à Kinshasa. Interrogés par les services congolais, des transfuges accusèrent le Ministre de la Défense du Rwanda, James Kabarebe, d’avoir été « à la manœuvre » et d’avoir personnellement séjourné à Bunagana pour coordonner l’extension de la guerre au Sud Kivu et même au Maniéma.
Ils déclarèrent aussi que les combattants hutus FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui sèment la désolation dans la région depuis la fin des années 90 et ont toujours été présentés par le Rwanda comme une menace sécuritaire, étaient sur le point de regagner leur pays d’origine ou, au moins, d’y renvoyer leurs familles (une information confirmée par des sources locales).
Quant aux hommes les plus aguerris, peu désireux de retrouver la vie civile au pays des mille collines, ils seraient prêts à poursuivre des opérations militaires au Congo, à condition de trouver des commanditaires.
Ce qui ne devrait pas être bien difficile, alors que l’autorité de l’Etat peine toujours à s’imposer dans l’Est du pays.
A ces informations qui remontent à quelques semaines s’ajoutent d’autres constats, tout aussi inquiétants: à Bukavu, plusieurs personnalités en vue (des avocats et défenseurs judiciaires, un chef coutumier) ont été abattus à leur domicile par des hommes en armes non autrement identifiés tandis que d’étranges mouvements ont été enregistrés à Nyamukubi, un village sur le lac Kivu, où des hommes ont débarqué d’une pirogue et se sont dirigés les uns vers Bukavu, les autres vers les haut plateaux…

18 avril 2013

Le chaos s’installe à Bangui, la France appelée au secours

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« L’insécurité est permanente, les pillages se poursuivent. Ils visent les quartiers supposés soutenir le président déchu François Bozize et, sous prétexte de rechercher des hommes en armes, les maisons particulières sont systématiquement pillées et vidées par les rebelles de la coalition Seleka, les véhicules emportés. Quant aux organisations humanitaires, elles représentent une cible de choix : depuis la chute de Bangui, elles ont été attaquées et pillées à plusieurs reprises, qu’il s’agisse des agences de l’ONU ou des ONG. »
Joints par téléphone, des témoins requérant l’anonymat font état d’un chaos persistant dans la capitale centrafricaine où la coalition Seleka (alliance en sangho) non seulement peine à établir son autorité mais surtout s’avère incapable de discipliner ses propres troupes. Ses combattants, des hommes recrutés dans le Nord du pays, mais aussi au Tchad et au Soudan, et parmi lesquels on retrouve bon nombre d’enfants soldats issus de l’Armée de libération du Seigneur de Joseph Kony, se livrent depuis leur victoire du 24 mars à une véritable mise à sac de la capitale. L’archevêque de Bangui a dénoncé à hauts cris le saccage d’un orphelinat et le week-end dernier, des opérations de fouille dans des maisons particulières ont fait une vingtaine de morts dans un quartier situé au sud de Bangui et des civils ont tenté de traverser le fleuve Oubangui pour se réfugier en République démocratique du Congo, où la province de l’Equateur compte déjà plus de 30.000 réfugiés venus de Centrafrique.
Non contents de faire face au désordre, les nouveaux maîtres de Bangui se retrouvent dans une impasse politique : les pays voisins refusent de reconnaître le nouveau régime et l’organisation des Etats d’Afrique centrale, réunie à N’Djamena, la capitale du Tchad, a refusé d’inviter le nouveau président autoproclamé, Michel Djotodia, même si le Premier ministre a, lui, été accepté.
Souhaitant que la France l’aide à restaurer l’ordre, le nouveau régime s’est heurté, sinon à un refus poli, du moins à une exigence de légitimation des institutions, formulée par Laurent Fabius. En outre, un porte parole du quai d’Orsay a précisé que : « la persistance des violences à l’encontre des populations civiles n’est pas acceptable, il est urgent que les autorités assurent l’ordre et la sécurité. »
Il faut cependant rappeler que l’ancienne puissance coloniale, demeurée très présente dans un pays longtemps considéré avant tout comme une base militaire, n’avait rien fait pour soutenir le président François Bozizé. Ce dernier, lui-même porté au pouvoir voici dix ans par une rébellion militaire, avait remporté par deux fois des élections présidentielles mais son pouvoir était considéré comme étant à bout de course, miné par la corruption. En outre, Paris ne lui avait pas pardonné de vouloir céder des mines d’uranium à des sociétés chinoises.
Dans un premier temps, il apparut que la rébellion Seleka jouissait de plusieurs atouts : la France était trop occupée au Mali tandis que le Tchad, qui avait soutenu Bozize voici dix ans, accompagna cette fois les rebelles jusqu’aux portes de Bangui. En outre, le Nord de la Centrafrique, musulman, appuyait le principe d’une revanche sur les zones chrétiennes du Sud.
Certains mystères ont continué à entourer l’avancée fulgurante des combattants Seleka, car les carences de l’armée centrafricaine n’expliquent pas tout. Dans la région, des observateurs se demandent si les rebelles, dont les revendications ressemblaient à des « copier coller » de celles du M23 au Nord Kivu n’auraient pas, via le contingent de Casques bleus rwandais déployés au Darfour, bénéficié de soutiens de même nature que les mutins congolais.
Lors de la prise de Bangui, seul un bataillon sud africain tenta de défendre la ville, au prix de lourdes pertes, 13 morts et de nombreux blessés, ce qui a provoqué une tempête au Parlement sud africain et semé le doute sur l’efficacité du millier de soldats qui devraient bientôt être déployés dans l’Est du Congo et qui auront pour tâche de désarmer le M23 et autres groupes..
Manifestant son intérêt soutenu pour la Centrafrique, l’Afrique du Sud s’est cependant invitée au sommet régional de N’Djamena, où les pays voisins, Tchad en tête, vont s’efforcer de définir une « feuille de route » permettant de sortir de la crise institutionnelle et d’enrayer le chaos grandissant.
Même si Kinshasa se montre discret, la situation en Centrafrique est suivie avec attention. Non seulement parce que les nouveaux dirigeants, issus du Nord du pays, n’ont guère de liens familiaux, politiques ou ethniques avec leurs voisins congolais, mais parce que le flot de réfugiés qui fuient les désordres et traversent le fleuve pèsera inévitablement sur la RDC. De plus, l’arrivée à Bangui d’un nouveau pouvoir « peu sympathisant » (le mot est faible…) dégarnit le «front nord » de la RDC, pourrait créer un nouveau foyer de tension alors que des opposants armés se trouvent déjà au Congo Brazzaville et que la province de l’Equateur n’est pas favorable au chef de l’Etat…

16 avril 2013

KIgali accuse la justice internationale de “trahison” et réclame les archives

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Même si les relations entre le Rwanda et le Tribunal pénal international chargé de juger les crimes commis durant le génocide de 1994 ont toujours été difficiles, cette fois Kigali ne décolère pas : le Ministre de la Justice, Tharcisse Karugarama, a accusé le TPIR de « trahison », ajoutant qu’il avait échoué à atteindre ses objectifs.
S’exprimant à l’occasion d’une rencontre convoquée par le président de l’Assemblée générale de l’ONU Vuk Jeremic, le ministre a vivement reproché au TPIR de refuser de céder au Rwanda les archives des procès des « génocidaires » qui se son tenus à Arusha (Tanzanie) depuis la mise sur pied du tribunal en 1995.
« Les technocrates gérant ce tribunal ont nié au Rwanda le droit d’abriter ces archives, qui appartiennent cependant à l’histoire du pays. Pour d’obscures raisons, ils ont privé les Rwandais du droit de s’approprier leur histoire et le Rwanda se sent trahi par cette attitude. »
Pour Eric David, professeur de droit international à l’ULB, le refus de céder les archives du TPIR au Rwanda est une décision « juridiquement correcte, mais moralement discutable. En effet, le TPIR ayant été mis sur pied par les Nations unies, qui l’ont financé et organisé, ses documents sont la propriété de l’ONU. Cependant, il s’agît ici d’éléments de la mémoire d’un peuple, de documents qui relatent une partie importante de son histoire et qui, de ce fait, font partie du patrimoine du Rwanda. Or, de nos jours, les questions de patrimoine, de propriété des biens culturels s’avèrent de plus en plus sensibles : voyez les remous suscités par la vente des masques hopis, la fureur de la Grèce lorsque l’Etat de Macédoine s’est approprié le nom de l’une de ses provinces…Au vu de la vigilance avec laquelle les noms de marques commerciales sont protégées, on peut se demander pourquoi la mémoire des peuples, aussi douloureuse soit-elle, ne pourrait pas bénéficier des mêmes droits ? » Et le juriste de suggérer un arrangement de bon sens : « transmettre au Rwanda les originaux des archives du TPIR et en garder une copie dans les tiroirs des Nations unies »…. Du côté rwandais, même si le sort des archives est volontiers présenté comme un casus belli, on suggère cependant que des compromis seraient possibles, comme la protection maximale des dossiers et la règlementation des règles d’accès aux plus sensibles des documents.
En réalité, alors que le TPIR doit fermer ses portes en janvier 2014, le conflit à propos de ses archives n’est que l’une des facettes des incompréhensions qui ont émaillé ses relations avec le pouvoir rwandais. Déjà la localisation du tribunal à Arusha, en Tanzanie, avait été mal perçue par Kigali, qui aurait souhaité que la justice internationale puisse, dans le pays même, travailler sous le regard des victimes et participer ainsi au travail de pédagogie et de réconciliation.
D’autres frustrations ont émaillé les 17 années d’existence du tribunal : en 17 années de travail, 88 prévenus ont été mis en accusation, 44 ont été condamnés, 10 ont été acquittés. Ont ainsi comparu l’ancien premier ministre du « gouvernement intérimaire » Jean Kabanda, le bourgmestre de Taba Jean-Paul Akayesu, accusé d’avoir fait assassiner 2000 Tutsis et commandité des viols collectifs, le colonel Bagosora, appelé le «cerveau du génocide » tandis que le « procès des médias » a permis d’analyser l’idéologie de la haine et les méthodes de la propagande.
Cependant d’importantes personnalités sont toujours en liberté, comme Félicien Kabuga, considéré comme le financier du génocide, Protais Mpiranya, qui dirigeait la garde présidentielle ou l’ancien ministre de la défense Augustin Bizimana. Avec amertume, le Ministre de la Justice rwandais rappelle que « avec 1.500.000 dollars, le TPIR a jugé 75 personnes alors que le Rwanda, avec un budget de 52 millions de dollars, a fait comparaître deux millions de citoyens devant les tribunaux « gaçaça » (ndlr.sorte de tribunaux populaires dont les audiences publiques ont généré beaucoup d’aveux et de témoignages inédits, mais qui ont aussi été accusés de procédures expéditives)»
En réalité, le TPIR, qui, avec le tribunal sur l’ex-Yougoslavie, représentait une première depuis Nuremberg, a donné la priorité à la création de sa propre jurisprudence, en veillant à appliquer une procédure inattaquable, mais lente, au lieu de se mettre au service de la reconstruction politique et morale du Rwanda.
Cette contradiction a été reconnus par le président de l’Assemblée générale lui-même, qui a déclaré, à quelques mois de la fermeture des tribunaux sur le Rwanda et l’ex-Yougoslavie, que la question essentielle demeurait posée : «comment la justice internationale peut-elle, dans des situations post conflit, aider d’anciens adversaires à se réconcilier et à vivre ensemble ? »

15 avril 2013

Les rebelles du Nord Kivu tentent de dissuader la future brigade africaine

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Longtemps accusée d’impuissance, l’ONU muscle sa présence dans l’Est du Congo : le département des affaires politiques a nommé Mme Mary Robinson, l’ancienne présidente de la République d’Irlande au poste d’envoyée spéciale pour les Grands Lacs, tandis que le département chargé du maintien de la paix s’active à mettre sur pied une brigade d’intervention africaine de 3.069 hommes qui pourraient être déployés entre mai et juillet prochains. Trois pays, l’Afrique du Sud, le Malawi et la Tanzanie fourniront chacun un bataillon d’infanterie de 850 hommes soit un total de 2. 550 hommes. Les 550 hommes restants seront répartis en une compagnie d’artillerie, une compagnie de forces spéciales et une unité de reconnaissance, l’ensemble de la brigade étant placée sous le commandement d’un officier tanzanien. Rappelons que c’est le 28 mars dernier que le Conseil de Sécurité de l’ONU, après de longs débats, a adopté une résolution créant cette brigade chargée de lutter contre les groupes armés sévissant dans l’Est du Congo, parmi lesquels les rebelles hutus FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) présents dans la région depuis 1994, plusieurs groupes armés congolais se réclamant de la mouvance Mai Mai et surtout le mouvement M23, un groupe composé de militaires tutsis. Apparu début 2012, le M23 a été décrit dans plusieurs rapports de l’ONU comme un mouvement fortement soutenu par le Rwanda, ce qui avait entraîné de lourdes sanctions internationales à l’encontre de Kigali.
L’électrochoc représenté par la prise de Goma par le M23, le 20 novembre 2012, avait accéléré la décision de déployer une brigade d’intervention africaine, dotée d’un mandat plus robuste que les impuissants Casques bleus. La perspective de ce déploiement militaire a déjà précipité la scission du M23, dont l’ « aile dure » incarnée par le pasteur Runiga et le général Bosco Ntaganda, a été militairement vaincue fin mars. Alors que Kinshasa considérait,- un peu vite-, que le M23 avait « implosé », décapité par l’envoi de son chef, Bosco Ntaganda à la Cour pénale internationale, les rebelles se sont faits menaçants. Bertrand Bisimwa, le porte parole politique de la faction victorieuse du M23 dirigée par le général Sultani Makenga s’est adressé au Parlement de Tanzanie, lui demandant d’annuler le projet d’envoi de troupes et il a mené la même démarche auprès du Parlement sud africain, tablant sur l’émotion provoquée par la mort de 13 soldats sud africains en Centrafrique.
Le M23 a aussi promis de « riposter » au cas où il serait attaqué par la Brigade d’intervention et a déjà multiplié les vexations à l’encontre de convois onusiens. Les observateurs reconnaissent que les 2500 hommes du M23 sont des combattants aguerris, dotés d’un armement important, et qu’ils poursuivent formations et recrutements. Nombre d’entre eux espèrent qu’au terme de la négociation qui, à Kampala, devrait reprendre avec le gouvernement, ils seront réintégrés au sein des forces gouvernementales mais les pressions internationales, dont celles de la Belgique, bloqueront sans doute cette option. Les rebelles essaient aussi de mobiliser la société civile du Nord Kivu, afin que les rwandophones locaux s’opposent à la Brigade d’intervention, mais les autres communautés de la province espèrent, elles, que les soldats africains les délivreront des mutineries et des guerres à répétition.

28 mars 2013

Faustin Twagiramungu annonce son retour au Rwanda

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« Une balle, ça va encore… Même s’il est vrai qu’on ne choisit pas… La mort je ne la crains pas, même si tous ceux qui étaient dans la politique en même temps que moi ne sont plus de ce monde, Gafaranga, Gatabazi, Shendashonga… »Ancien Premier Ministre du Rwanda de juillet 1994 à août 1995, candidat malheureux à la présidence en 2003, M. Faustin Twagiramungu, depuis lors exilé en Belgique, a gardé à la fois sa verve et son esprit critique. Pour lui, les changements spectaculaires opérés au Rwanda par le régime dominé par le Front patriotique rwandais ne sont qu’une façade : « le développement, ce ne sont ni des buildings dans la capitale, ni de beaux quartiers portant des noms anglais…Le monde rural, lui, n’a pas progressé. Dans ce régime de « monarchie militaire », le président Kagame concentre tous les pouvoirs. Quant à nous, nous estimons que le peuple rwandais voudrait retrouver la liberté ; il a besoin de respirer. Notre décision est prise : nous rentrons au pays… »
En même temps que M. Gérard Karangwa, vice-président du parti PDP-Imanzi, (pacte de défense du peuple) dont le président Déo Mushaydi est en prison à Kigali, M. Twagimamungu a communiqué sa décision à la presse, au nom de sa formation, RDI-Rwanda Rwiza (Initiative du rêve rwandais) : « même si je ne vous communique pas le numéro du vol que je prendrai, sachez que d’ici juin, je vais exercer mes droits de citoyen rwandais et, sans avoir aucunement négocié avec le pouvoir, je vais regagner mon pays. »
Les deux dirigeants en exil estiment que leurs partis respectifs, qui doivent encore s’implanter au Rwanda, ne seront pas prêts pour participer aux prochaines élections législatives de 2013. Quant à l’échéance des élections présidentielles de 2017(qui verront s’achever le deuxième et dernier septennat du président Kagame) M. Twagiramungu, qui, visiblement n’en pense pas moins, refuse de se prononcer mais annonce que « toutes les options sont ouvertes… Ce que nous voulons, c’est ouvrir une alternative politique et surtout permettre à la population à vaincre la peur. En 2003, j’étais seul à me présenter, mais cette fois nous formons un groupe et nous voulons défendre une cause…»
Les deux dirigeants, sitôt arrivés au Rwanda, assurent qu’ils suivront la procédure légale, c’est à dire demander l’enregistrement de leurs formations politiques respectives. Ils plaideront aussi, dans le cas du PDP-Imanzi, pour la libération des prisonniers politiques, dont Déo Mushaydi et Victoire Ingabire, condamnée à huit ans de prison et qui, cette semaine, comparaît en appel.
Tous deux estiment aussi qu’il est urgent d’ouvrir au Rwanda un « dialogue interrwandais hautement inclusif » c’est à dire ouvert à des formations et des groupes qui ne sont pas membres du « forum des partis politiques ».
S’adressant à un public occidental, MM. Twagiramungu et Karangwa se sont aussi employés à démystifier les progrès dont s’enorgueillit le régime : « les paysans n’ont plus le droit de disposer de leurs lopins de terre, la jeunesse est désemparée car privée d’accès à l’emploi dans sa grande majorité tandis que de nombreux petits commerçants sont obligés de cesser leurs activités pour cause de harcèlement fiscal. » A propos de Bosco Ntaganda, détenu par la Cour pénale internationale, M. Karangwa a relevé que le prévenu n’était que le «maillon d’une longue chaîne qui s’est nouée au Rwanda… »

25 mars 2013

La chute de Bangui dégarnit la frontière nord du Congo Kinshasa

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Indignée, l’Union Africaine a suspendu la Centrafrique, et refusé de reconnaître le nouveau pouvoir, dirigé par l’un des chefs de la coalition rebelle, Michel Djotodia. C’est que, en dépit de deux cycles électoraux et de dix années d’une stabilité apparente, l’histoire se répète : le président François Bozizé, qui avait lui-même pris le pouvoir voici dix ans avec le soutien des forces tchadiennes, a été chassé du pouvoir par une coalition, la Seleka, dont on ne connaît pas encore tous les contours mais qui, cette fois, n’a pas rencontré sur sa route de militaires tchadiens, ces derniers étant actuellement mobilisés au Mali où ils épaulent les forces françaises. Seule l’armée sud africaine a tenté, jusqu’au bout, de protéger le président sortant, mais cet engagement a été payé au prix fort : treize soldats ont été tués, en plus de nombreux blessés.
Cette prise de pouvoir par la Seleka (un terme qui signifie alliance, en sango) a des aspects connus : les troupes rebelles se sont emparées de la capitale et des pillages ont éclaté, le président sortant aurait fui en direction de la République démocratique du Congo (seul le fleuve Oubangui sépare Bangui de la province congolaise de l’Equateur et de Gbadolite, ancien sanctuaire du président Mobutu). Quant aux rebelles de la Seleka, ils s’inspirent, avec plus de succès, des revendications présentées par le M23, qui a implosé au Congo Kinshasa. En effet, l’entrée en guerre de la coalition rebelle a été motivée, au départ, par le non respect des accords de paix signés en 2007. Ces accords prévoyaient, sur le même modèle qu’en RDC, la réinsertion et l’indemnisation des combattants rebelles. Par la suite, alors qu’en décembre dernier déjà, les rebelles menaçaient de s’emparer de Bangui, des accords furent signés à Libreville, avec la médiation de la Communauté des Etats d’Afrique centrale. Ils prévoyaient la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale, la libération des prisonniers politiques et le départ des troupes sud africaines qui avaient prêté main forte au président Bozize. Selon la Seleka ces accords ne furent pas appliqués, ce qui a justifié l’offensive actuelle.
Tout n’est cependant pas répétition : la rapidité et l’efficacité des rebelle ont surpris ainsi que la relativement bonne tenue des combattants. Selon des observateurs, les membres de la coalition, relativement bien armés et disciplinés, seraient descendus de la frontière soudanaise et en particulier de la province du Darfour où sont déployés des casques bleus de différentes nationalités dont un contingent rwandais, très apprécié.
La situation en Centrafrique est suivie de très près à Kinshasa, car le président François Bozizé était un allié du président Kabila. On se souvient en effet que, voici dix ans, lorsque cet ancien général était arrivé au pouvoir par les armes, il avait chassé son adversaire Ange-Félix Patassé avec le soutien de l’armée tchadienne. Patassé à l’époque, bénéficiait aussi du soutien de Jean-Pierre Bemba, dont les troupes, qui campaient à Gbadolite, avaient traversé le fleuve pour se porter au secours du régime. C’est d’ailleurs le comportement des soldats du MLC (Mouvement pour la libération du Congo) qui vaut à Jean-Pierre Bemba d’être toujours détenu par la Cour pénale internationale : alors que le principal challenger du président Kabila se trouvait à cette époque en train de négocier à Sun City, en Afrique du Sud, il avait été tenu pour responsable du comportement de ses troupes qui, à Bangui, placées sous commandement centrafricain, s’étaient livrées à des viols et des pillages. A l’époque, l’opposition congolaise dénonça le « service » que François Bozizé, après son arrivée au pouvoir, avait rendu à son voisin Kabila, en permettant l’inculpation de Jean-Pierre Bemba.
Autre signe des temps : le changement de pouvoir actuel a eu lieu sans qu’intervienne la France, ancienne puissance coloniale. Une telle passivité eut été impensable jadis, où la Centrafrique était considérée comme un « porte avions » de la France : située aux confins du Tchad, qui entretenait des relations troubles avec la Libye de Kadhafi, voisine des deux Congo et du Cameroun, ouverte sur le soudan et de là sur l’Afrique de l’Est, la Centrafrique, qui ne manque cependant pas de ressources naturelles, (or et diamants entre autres) valait surtout pour sa situation stratégique et la France avait installé deux bases militaires dans le pays, l’une dans la capitale, l’autre à Bouar, tournée vers le Tchad et rendant possible les interventions régionales.
Cette importance stratégique de la Centrafrique avait justifié, à l’époque du président Giscard d’Estaing, l’un des épisodes les moins glorieux de la « Françafrique » : le sacre, en 1977, de l’ « empereur » Jean Bedel Bokassa, un ancien caporal qui avait servi dans les forces françaises en Indochine et en Algérie. A l’époque, un ministre français, Robert Galley, assista au sacre de l’empereur et de l’impératrice Catherine, accompagné d’une palanquée d’hommes d’affaires. Deux ans plus tard cependant l’empereur, devenu gênant fut renversé et finit ses jours dans son château d’Hardicourt en France.
De telles complaisances semblent appartenir au passé : la France a fermé la base de Bouar pour ne garder que 250 hommes à Bangui (même si des renforts viennent d’être envoyés) et le président Hollande a déclaré que « si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts. Et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays. Ce temps là est terminé. »
Au-delà de cette volonté de non ingérence et de ce changement de politique, François Bozize, qui avait cependant été élu deux fois après sa prise de pouvoir mais s’était lui aussi illustré par la corruption de son régime, a aussi été une victime collatérale de l’intervention française au Mali, qui mobilise toutes les forces disponibles. Quant à ses alliés africains, l’Afrique du Sud et, plus discrètement, le Congo Kinshasa, ils se sont avérés impuissants à enrayer l’avancée des rebelles qui, sur le plan militaire tout au moins, avaient peut-être bénéficié des conseils des stratèges du M23…

24 mars 2013

Des Mai Mai révoltés envahissent Lubumbashi

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Lubumbashi a commencé le week end dans le crépitement des balles et les cris des manifestants. « Les combattants Mai Mai étaient vêtus de costumes traditionnels, brandissaient des manchettes, des arcs et des flèches et ils criaient « Kata Katanga », nous raconte un ressortissant belge, encore sous le choc de la violence avec laquelle les forces de l’ordre ont dispersé quelque 300 manifestants.
Venus du Nord Katanga, les miliciens Mai Mai accompagnés de femmes et d’enfants sont entrés dans la ville par la commune de Ruashi, puis ont gagné la place de la poste, en plein centre ville. « Ils marchaient, sans que rien ne les arrête » assure notre témoin, « et même lorsque les forces de l’ordre ont commencé à tirer, ils poursuivaient leur progression. C’est ainsi que l’on déplore au moins cinq morts dans les rangs des manifestants. »
Dans l’après midi, alors que la panique était générale au sein de la population de Lubumbashi, quelque 150 miliciens Mai Mai se sont dirigés vers le siège de la Monusco où ils se sont rendus et ont été désarmés. La police a par la suite procédé au ratissage de la ville.
D’après notre témoin, les manifestants, qui brandissaient le drapeau du Katanga ne scandaient pas de slogans politiques mais exprimaient plutôt un ras le bol social : « ils criaient : on n’en peut plus, nous ne sommes pas des esclaves »…
Le gouverneur du Katanga, M. Moïse Katumbi, s’est dit indigné par cette manifestation violente et il a promis de mettre ces miliciens à la disposition de la justice. Il a aussi évoqué des complicités politiques : « ceux que nous allons interroger vont citer des gens que nous allons arrêter… »
Il apparaît en effet que derrière le malaise social, le Katanga traverse aussi une crise politique : la province du cuivre, l’entité la plus riche du pays, vit très mal la perspective d’être découpée en quatre provinces distinctes, très inégales sur le plan économique. Dans le Nord Katanga en particulier, berceau de la famille du président Kabila, les Balubakat redoutent d’être coupés du « Sud utile » où se trouvent les principaux gisements miniers générant l’essentiel des ressources de la province.
En outre, plusieurs « Balubakat » importants, comme le général John Numbi (mis en cause dans l’assassinat de Floribert Chebeya) ou le pasteur Mulunda Ngoy(critiqué à la suite des élections de novembre 2012) sont écartés du pouvoir tandis que le député de Pweto, Katumba Mwanke a péri dans un accident d’avion. Se sentant de plus en plus écartés du pouvoir présidentiel, dont ils ont été la matrice, des notables « Balubakat », dénonçant l’ « ingratitude » du chef de l’Etat, laisseraient volontairement fermenter la révolte d’une base frustrée, qui craint d’être privée des progrès économiques de la province. Ce week end, la révolte a gagné Lubumbashi, mais il y a déjà plusieurs semaines que le Nord Katanga affronte la révolte des Mai Mai…

22 mars 2013

La dernière cavale de Terminator

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Dans son centre d’accueil, où il apprend la menuiserie, Raphaël a certainement appris avec un mélange de soulagement et de tristesse que son « afande » (commandant) Bosco Ntaganda avait pris la direction de la Cour pénale internationale. C’est un appareil américain de couleur noire, pareil à ceux qui transportaient les détenus de Guatanamo, qui a décollé de Kigali pour La Haye, avec l’appui des autorités rwandaises. Durant des années, Raphaël, aujourd’hui âgé de 17 ans, a suivi Bosco Ntaganda comme son ombre. Recruté à l’âge de douze ans, le jeune homme a tout fait pour son chef : le protéger, le servir, mais surtout exécuter ses ordres, au quart de tour. « Lorsqu’il interrogeait quelqu’un, ou se fâchait, il suffisait qu’il me jette un coup d’œil, et je comprenais ce qu’il me restait à faire : tirer une balle dans la tête de celui qu’ « afande » avait condamné. » Lorsque nous l’avions rencontré à Goma, voici quelques mois, Raphaël, bien que décidé à revenir à la vie civile, avouait cependant : «si mon chef, sachant que je suis ici me demande de repartir avec lui, je reprends le fusil, tout de suite… »
C’est bien cela qui, durant tant d’années, a fait la force de Bosco Ntaganda, un mélange de violence brutale, sans scrupules, mais aussi un magnétisme qui lui permettait de s’attacher, par la peur ou la persuasion, la fidélité de ses combattants, recrutés au début de l’adolescence.
A mois de 40 ans, Bosco Ntaganda a traversé toutes les guerres de la région des Grands Lacs : né en 1973 à Kinigi, près de la ville rwandaise de Ruhengeri, ce jeune Tutsi rejoint en 1990 le Front patriotique rwandais alors en lutte contre le président Habyarimana. En 1994, il participe aux combats qui mettent fin au génocide des Tutsis et installent le FPR au pouvoir. En 1996-97, lors de la première guerre du Congo, il fait partie des forces spéciales qui traquent les réfugiés hutus et lors de la deuxième guerre du Congo (1998-2002), il rejoint les rebelles du « Rassemblement congolais pour la démocratie », soutenus par le Rwanda.
En 2002, il met le cap sur l’Ituri, (dans le « grand nord » du Kivu), déchiré par les affrontements entre les Lendus (proches des Hutus) et les Hemas (apparentés aux Tutsis). Il y rejoint l’Union des patriotes congolais (UPC) dirigé par Thomas Lubanga (un chef politique qu’il retrouvera d’ici peu derrière les murs de la CPI où il purge une peine de 14 ans de prison…).
Placé à la tête des opérations militaires, Ntaganda se livre à de véritables épurations ethniques contre les Lendu afin de les chasser d’un territoire qui possède d’importantes réserves d’or : des villages sont incendiés, des femmes violées, des garçons recrutés comme miliciens. Au fil des massacres, il gagne son surnom de « Terminator ».
Lorsque les Casques bleus rétablissent la paix dans l’Ituri, c’est vaincu, désargenté, que Ntaganda arrive au Kivu et propose ses services à un autre officier tutsi, lui aussi issu de l’armée rwandaise, Laurent Nkunda. Amnistie et réconciliation obligent, les deux hommes seront intégrés au sein de l’armée congolaise, mais ne se rendront jamais à Kinshasa pour y recevoir leurs grades. Se posant en protecteurs des Tutsis du Kivu, ils créeront plus tard un autre mouvement rebelle, le CNDP (Conseil national pour la défense de la démocratie).
« Désireux de conclure la paix avec Kabila et d’écarter Laurent Nkunda, j’ai proposé Bosco pour le remplacer »…James Kabarebe, le ministre rwandais de la Défense, qui est resté le vrai patron des deux hommes, nous expliquera plus tard comment, en 2009, il plaça Bosco Ntaganda à la tête des 3000 hommes du CNDP qui avaient accepté leur intégration dans l’armée congolaise. Cette « armée dans l’armée », qui avait gardé ses propres structures de commandement, n’allait pas seulement tenter d’éliminer les rebelles hutus des FDLR (toujours perçus comme une menace par le Rwanda) elle allait aussi, Bosco en tête, prendre le contrôle des principaux carrés miniers du Nord et du Sud Kivu, protéger de juteux trafics et coopérer avec des hommes d’affaires tutsis congolais. C’est que le chef de guerre, avait aussi pris goût au business et à la bonne vie : tout le monde à Goma connaissait sa villa, ses restaurants préférés, les courts de tennis où il entretenait sa forme avec des officiers de la Monusco. Propriétaire d’une station service, d’un hôtel, faisant exploiter à son profit les mines de Nyumbe, Nyabibwe et surtout de Lweshe (niobium) et faisant passer ses minerais au Rwanda via une frontière contrôlée par ses hommes, Bosco Ntaganda s’était aussi lancé dans un juteux trafic d’or.
Trop riche, trop arrogant, visé par un mandat d’arrêt de la CPI, dénoncé par tous les défenseurs des droits de l’homme, Bosco Ntaganda, début 2012, avait fini par devenir gênant et Kinshasa comme Kigali avaient convenu de l’écarter, sans pour autant déférer devant la justice internationale un homme détenteur de tant de secrets.
C’est alors qu’éclata une nouvelle rébellion, le M23, dirigée par le colonel Sultani Makenga (un ancien fidèle de Nkunda). Bosco Ntaganda, passé du côté des mutins et retranché dans sa ferme du Masisi, réussit à passer entre les filets de l’armée congolaise qui s’avéra impuissante à l’arrêter.
C’est finalement l’implosion du M23 qui eut raison de « Terminator » : de violents combats opposèrent les fidèles de Bosco, -l’aile dure du mouvement- aux troupes de Sultani Makenga, désireux de trouver un accord avec le gouvernement. Vendredi dernier à Kibumba, Makenga, qui contrôlait les collines et les réserves d’armement, infligea de lourdes pertes à son ancien chef. Laissant sur le terrain 150 morts et de nombreux blessés, Bosco conseilla à ses fidèles de fuir en direction des forêts de Walikale via le parc des Virunga ou de rallier l’armée gouvernementale congolaise. Quant à lui, il franchit la frontière du Rwanda près de Ruhengeri, sa région d’origine, sans savoir quel sort l’attendait tandis que 600 de ses hommes arrivaient à Gisenyi.
C’est là qu’un véhicule du chef d’état major rwandais le général Kayonga, vint chercher le fugitif, lui annonçant qu’il était attendu pour une réunion à Kigali. Dans un premier temps, des sources militaires rwandaises démentirent catégoriquement la présence de Ntaganda dans le pays. Mais à mesure que se multipliaient les informations sur le sujet, le sort de Terminator se décida : il serait abandonné par ses anciens protecteurs. C’est dans le véhicule l’amenant à Kigali qu’il apprit ce qui lui restait à faire : traverser seul le trottoir de l’ambassade américaine, se présenter et demander son transfert à la CPI. Sans tenter d’aller à gauche ni à droite, sous peine d’être « cueilli » tout de suite…
La suite est connue : le Rwanda déclara n’avoir rien à voir avec le sort de Bosco Ntaganda, les Etats Unis, même ne reconnaissant pas la CPI, décidèrent de l’extrader vers La Haye par avion spécial.
Reste à savoir qui touchera la prime de 5 millions de dollars que les USA avaient offert à celui qui livrerait « Terminator » : Sultani Makenga a déjà rappelé que c’est lui qui l’avait forcé à fuir, tandis que le Rwanda souligne que le fugitif s’est rendu, « volontairement »…

22 mars 2013

Ne pas pavoiser trop vite…

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La reddition et le transfert de Bosco Ntaganda représentent certainement un succès pour la CPI car le fait que les Etats Unis, qui ne sont pas signataires, pas plus que le Rwanda, aient accepté de coopérer avec la justice internationale, représente un précédent important, un avertissement pour d’autres criminels.
Cette issue de la cavale de « Terminator » réjouira aussi tous ceux qui luttent contre l’impunité et mettra peut-être un peu de baume au cœur des victimes.
Cependant, les populations du Kivu demeurent circonspectes : il y a trop longtemps qu’un chef de guerre en cache un autre, que les accords de paix, fondés sur l’amnistie et l’impunité, portent en germe de nouvelles rébellions. Il faudra que la pression internationale soit forte pour que Kinshasa s’interdise la solution de facilité, consistant à intégrer, sans autre forme de procès, les anciens mutins de Makenga et à récompenser leur chef, qui a permis la neutralisation de Bosco Ntaganda. Mais il faudra aussi, pour empêcher d’éventuelles récidives, que le rétablissement au Kivu de l’autorité de l’Etat s’accompagne de mesures concrètes : améliorer la gouvernance et la justice sociale, reconstruire une région sinistrée, permettre le retour des déplacés et des réfugiés. Sinon les prétextes de nouvelles guerres demeureront posés.

22 mars 2013

Un complot serait parti de Belgique

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Un complot est parti de Belgique pour renverser Kabila

Un complot parti de Belgique a été déjoué à Kinshasa et deux suspects, dont l’un est un Congolais de nationalité belge, ont été présentés par le ministre congolais de l’Intérieur Richard Muyej.
Ces comploteurs ont bénéficié de l’ « appui » d’un député belge, qui semble être le parlementaire indépendant Laurent Louis, que l’on sait proche des opposants « Bana Congo ». L’un des suspects, M. Kanku Mukandi, de nationalité belge, vit à Hoeilaart. Détenu depuis un mois à Kinshasa, il serait le fondateur d’un mouvement appelé « Mouvement Debout Congolais » et son complice, Isidore Madimba Mongombe, est un ancien policier. M. Mukandi aurait tenu plusieurs réunions en Belgique avec des Congolais expatriés, et eu des contacts en Allemagne et en France. Selon d’autres sources, son contact français serait un ex-militaire, M. Mbuku, lié avec certaines « officines » de l’Hexagone.
Les suspects sont accusés d’avoir comploté afin de renverser les institutions et d’éliminer le chef de l’Etat. Cinq armes automatiques, un lance-roquette et des munitions ont été saisis dans un hôtel de Kinshasa. Ce groupe serait en contact avec les signataires du « traité de Nice » une sorte de pacte signé par des représentants de l’opposition cédant l’île de Mateba dans le Bas Congo en échange du renversement du régime.