19 mars 2021

Modeste Bahati Lukwebo, l’homme qui a détricoté le système Kabila

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Le nouveau président du Sénat congolais, Modeste Bahati Lukwebo qui succède à Alexis Thambwe Mwamba est bien plus que le nouveau patron de la Chambre haute, que le deuxième personnage de l’Etat. Cet homme de 65 ans, docteur en économie formé à l’Université de Milan est aussi un vétéran de la politique. Un vieux routier qui a connu tous les combats des dernières décennies, depuis la fin du régime Mobutu jusqu’à la défaite électorale du dauphin de Joseph Kabila et la sortie de scène d’un ex-président qui avait rêvé de régner depuis les coulisses. Elu à Kabare au Sud Kivu et originaire de Katana, Bahati a partagé tous les combats pour l’avènement de la démocratie. Durant la conférence nationale souveraine, au début des années 90, il était déjà l’un de ces coriaces représentants de la société civile de sa provinces, l’un de ceux qui, plutôt qu’être confortablement hébergés dans le domaine présidentiel de la N’Sele, avaient préféré loger chez l’habitant, au cœur de la cité. Un vieux de la vieille donc, qui s’est frotté à plusieurs générations de politiciens congolais, qu’il s’agisse des survivants du mobutisme, des ex- combattants kabilistes, des –rares- hommes de confiance de Joseph Kabila et aujourd’hui, de la nouvelle génération souvent issue de la diaspora et se bousculant dans le sillage de Félix Tshisekedi. Dans la législature précédente, le parti de Bahati Lukwebo, AFDC, (Alliance des Forces Démocratiques du Congo), allié à Kabila, était le mieux représenté à l’Assemblée, mais son chef dut attendre la « révolution tranquille » de Félix Tshisekedi pour se retrouver enfin élu à la présidence du Sénat, un poste qu’il convoitait de longue date.
C’est que Modeste Bahati (un prénom qu’il ne mérite plus…) a su se rendre indispensable au chef de l’Etat, il est devenu le complément d’un opposant qui a vécu durant trente ans en Belgique. Lui, issu du milieu, il connaît tout le monde et sait comment convaincre.
Si la nouvelle majorité sur laquelle s’appuie le président Tshisekedi compte désormais 391 députés sur 500, c’est bien à Bahati, informateur tenace et attentif, qui en fut l’artisan. Pourquoi Félix Tshisekedi, après avoir conclu voici deux ans un accord de coalition avec Joseph Kabila, réunissant CACH, (coalition pour le changement) et FCC, (Front commun pour le Congo) finit il par décider la rupture, au risque d’apparaître comme un homme qui ne respecte pas ses engagements ? La réponse de Bahati fuse : « il a rompu parce que ce n‘était plus tenable ; les blocages étaient constants, toutes les réformes que voulait introduire le chef de l’Etat, qu’il s’agisse de la direction de la Gecamines, ou de la réorganisation de la société des chemins de fer congolais étaient bloquées ; au fil des crises à répétition, le pays devenait tout simplement ingouvernable… «
C’est pour cela que Bahati, au début de l’an dernier, fut chargé d’une mission à première vue impossible : « prendre contact avec les « forces vives » du pays, la société civile, les milieux religieux, les universitaires, les représentants du secteur économique et même les chefs coutumiers, et voir si une autre formule pouvait être envisagée. Tous furent consultés et peu à peu, la majorité changea de camp : la Chambre a basculé, le Sénat est aujourd’hui acquis à Tshisekedi à raison de 85 sénateurs sur 109. » Bahati compte poursuivre le détricotage jusqu’au niveau des assemblées provinciales, afin qu’elles se rangent elles aussi dans le nouveau camp présidentiel. Sa méthode : « expliquer, écouter, persuader, convaincre…Etre issu de la société civile vous apprend à être à l’écoute de tous… » Le président du Sénat ne s‘étend cependant pas sur les arguments sonnant et trébuchants, -des milliers de dollars- utilisés pour encourager ce qu’ailleurs on appellerait le débauchage.
Lui, il rappelle qu’au Congo, « ce n’est pas l’idéologie qui compte. Ce sont les affinités tribales, géographiques, intellectuelles, économiques… » L’informateur préfère aussi souligner sa force de conviction personnelle, l’usure du système et l’arrogance dont faisait preuve l’entourage de Kabila, sans oublier l’immense aspiration au changement qui traverse toute la population. Si le nouveau gouvernement que le nouveau Premier Ministre Sama Lukonde s’efforce de constituer tarde à être proclamé, c’est parce qu’il y a beaucoup d’appétits à satisfaire, que Bahati revendique 5 postes pour les siens proportionnellement à son poids politique à l’Assemblée nationale, que le parti de Tshisekedi, l’UDPS, réclame sa place de parti présidentiel… Les places sont d’autant plus chères que le nouveau chef de gouvernement entend constituer une équipe stable mais réduite. ‘Tout le monde ne pourra pas en être membre », tranche l’ « informateur »… Les grands axes de la future équipe seront le rétablissement de la paix et de la sécurité, le maintien de la gratuité de l’enseignement primaire, la bonne gouvernance dans tous les domaines.
Mais le temps file : la confection de cette nouvelle majorité, qui concède à Félix Tshisekedi l’essentiel des pouvoirs et lui donne les moyens d’agir tout en le privant d’excuse en cas d’échec a pris du temps, consommant déjà près de la moitié d’un mandat qui expire en 2023. Une échéance qui n’inquiète pas le président du Sénat : « les élections auront lieu, fin décembre 2023 au plus tard. On peut aussi tenter d’en réduire le coût, de faire les choses plus simplement : pourquoi commander en Asie un matériel électoral coûteux que l’on pourrait produire ici ? L’essentiel, c’est que tout se passe dans la transparence. Si les gens voient que Félix Tshisekedi tient ses promesses, il n’aura pas de souci à se faire, les électeurs lui donneront les moyens de poursuivre son programme. Allez dans la cité, posez les questions aux gens, vous verrez combien le président est populaire. Il n’a rien à craindre. Impulser un tel changement, sans tirer un seul coup de feu, ce n’est pas si fréquent en Afrique, les électeurs le savent… »
Elu au Sud Kivu, propriétaire de plusieurs hôtels et d’une cimenterie, Modeste Bahati n’ignore rien des guerres qui déchirent l’Est du Congo depuis plus de vingt ans, mais pour lui, la solution passe par l’intégration régionale, « nous devons développer des projets communs. Pourquoi ne pas reprendre l’une des idées de Laurent Désiré Kabila, proposer aux combattants démobilisés de réhabiliter des tronçons de route, de faire du cantonnage, moyennant un salaire fixe ? » On le voit, l’ancien militant de la société civile a gardé le sens du terrain…

14 mars 2021

Le “jihad”est-il déclaré à Beni?

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Washington s’inquiète désormais de l’implantation de l’Etat islamique en RD Congo et au Mozambique

La jeune journaliste Giséle Kaj travaillant à Goma pour radio Okapi, la radio des Nations unies, avait peut-être parlé trop vite lorsque, s’interrogeant sur les violences qui dévastent la région de l’Ituri et plus particulièrement la ville de Beni, elle avait mis en cause la mouvante islamiste, la rendant en grande partie responsable des tueries qui, depuis 2017 ont fait plus de 2300 morts dont 1300 civils et provoqué le déplacement de 670.000 personnes. Par mesure de sécurité, au vu des menaces de mort qui pesaient sur elle, la journaliste fut rappelée à Kinshasa par ses supérieurs et vertement tancée parce qu’elle avait relevé le rôle parfois ambigu de la force des Nations Unies et s’était permis de critiquer le Groupe d’études sur le Congo, think thank attitré de la région.
Cette fois, la questions de la journaliste sont relayées par un rapport de taille, très documenté, produit par le « programme sur l’extrémisme » de l’Université George Washington. (1)Il assure que, dans les efforts déployés par l’Etat islamique pour se développer à l’échelle mondiale, le mouvement venu d’Ouganda, initialement connu comme ADF Nalu (Allied democratic forces ) aurait fusionné avec l’EI pour devenir sa branche dans la province de l’Afrique centrale (ISCAP) en République démocratique du Congo. Ce rapport, pris très au sérieux par la nouvelle administration américaine, établit que si l’Etat islamique perd du terrain en Syrie et en Irak, en revanche il se déploie désormais en Afrique centrale et plus particulièrement dans l’est du Congo d’où il se trouve en relation avec d’autres foyers de tension, au Kénya et surtout au Mozambique, où les violences se multiplient dans la province de Cabo Delgado au nord du pays.
Compte tenu de ce rapport corroborant d’autres informations, l’administration américaine aurait placé la RDC et le Mozambique sur la liste des Etats menacés par Daesh. C’est en 2018 que l’EI en perte de vitesse en Syrie et en Irak, aurait commencé à se restructurer, reconnaissant des groupes armés qui jusque là s’étaient vus refuser ce statut de « provinces ». La rationalisation a réduit à quatre les 28 provinces qui divisaient la Syrie, l’Irak, le Yemen et la Libye mai en revanche des groupes, à travers l’Asie (aux Philippines, en Indonésie) en en Afrique (en RDC et en Somalie) ont été élevés au rang de « provinces » formelles, avec des limites territoriales beaucoup plus larges. Même s’il existe peu de preuves établissant un contrôle direct par le commandement de l’Etat islamique, des liens existent cependant au niveau de la propagande, des finances et du serment d’allégeance à une cause commune.
Si l’allégeance des ADF à Daesh représente un changement de nature des groupes rebelles, la présence de ces derniers dans la région remonte cependant à bien plus longtemps. Le journaliste congolais Nicaise Kibel Bel’Oka, qui enquête depuis longtemps sur le sujet (2) relève que les groupes dits ADF Nalu sont présents dans l’Ituri depuis plus de deux décennies. C’est à l’occasion de la première guerre du Congo (1997-1998) menée aux côtés du Rwanda, que le président ougandais Museveni avait eu l’idée de rassembler au Congo tous les mouvements armés ougandais opposés à son régime afin de pouvoir entamer un dialogue avec eux. S’étaient ainsi retrouvés, dans la région de l’ituri, des anciens compagnons d’Idi Amin Dada, des Soudanais du Sud ayant quitté John Garang, des déserteurs de l’armée soudanaise, tous étant musulmans. Ces groupes s’installèrent au pied du Mont Ruwenzori dans la région de Beni et aussi dans la partie nord du parc des Virunga, qu’ils appelèrent Mayangose.
Au fil des années, ces groupes nouèrent dans la région des alliances familiales ou des relations d’affaires. Ils financèrent la construction de mosquées, les activités des taxi motos, le commerce du bois et du café (acheminé en grandes quantités vers l’Ouganda), se lancèrent dans le négoce de l’or, vendu à la famille Goetz d’origine anversoise, qui a construit en Ouganda la plus grande raffinerie d’Afrique. Ayant trouvé des complices au sein de la population, parmi les hommes d’affaires et les hommes politiques locaux, parmi les chefs coutumiers sinon au sein même de certains contingents musulmans de la Monusco, les ADF se sont révélés extrêmement difficiles à éradiquer. Ils donnent du fil à retordre aux forces armées congolaises elles aussi minées par des informateurs et régulièrement trahies. Voici quelques semaines, l’auditeur général Munkuto qui avait mené un procès public contre les islamistes est décédé subitement en Afrique du Sud au retour d’un voyage aux Etats Unis tandis que le major magistrat qui enquêtait à Rutshuru sur la mort de l’ambassadeur italien Luca Attanasio était assassiné.
A chaque offensive de l’armée congolais, les ADF pont pu se réorganiser grâce à leurs réseaux financiers et la « taxation » des communautés environnantes. Le rapport de l’Université George Washington relève aussi que les ADF travaillent avec des collaborateurs congolais, entre autres dans les plantations de l’Ituri.
D’après le rapport américain, l’insertion des ADF dans le mouvement plus large qu’est l’Etat islamique, leur a donné une visibilité « mondiale » mais dès 2014, les attaques de l’armée congolaise ont également brisé le modus vivendi et les représailles contre les civils sont devenus monnaie courante, de même que les enlèvements. Dès octobre 2019, le président Tshisekedi, soutenu par les Etats Unis ayant manifesté l’intention d’ « exterminer définitivement » ces groupes, la violence punitive contre les civils a redoublé, d’autant plus que les combattants ADF bénéficieraient désormais d’apports financiers et seraient soutenus par des combattants internationaux…
L’indice d’une inquiétude croissante est le fait qu’en février dernier une délégation américaine composée d’Andrew Young, du contre amiral Heidi Berg et de l’adjoint au commandant militaire pour l’Afrique se soit rendue à Kinshasa, ce qui devrait achever de convaincre les sceptiques.

(1) Program on extremism, the George Washington University, l’Etat islamique au RD Congo, mars 2021
(2) Nicaise Bel Bel’Oga, l’avènement du jihad en RD Congo, éditions Scribe

11 mars 2021

L’administration Biden coupe les ailes de Dan Gertler

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Le temps n’est plus où le milliardaire américain Dan Gertler pouvait débarquer en RDC à bord de son avion privé et être reçu avec la déférence due à un ami du président Kabila… Alors que les révélations se bousculent à propos de ses transactions douteuses dans les domaines minier et pétrolier et que l’homme d’affaires est accusé d’avoir fait perdre plus d’un milliard de revenus à l’Etat congolais, l’administration Biden a fait sauter le bouclier de protection que le président Trump lui avait accordé in extremis : elle a rétabli les sanctions décidées par le Trésor américain en novembre 2017 empêchant les transactions en dollars et elle a annulé la licence accordée par Trump pour un délai d’un an, à titre probatoire. Elle a accusé l’homme d’affaires de « corruption massive » et d’atteinte aux intérêts des Etats Unis. L’administration américaine a ainsi rétabli la cohérence entre les pressions qu’elle exerce sur la RDC en matière de lutte contre la corruption et le comportement de Gertler, spécialiste des circuits financiers off shores, régulièrement dénoncé par les ONG américaines et européennes comme l’un des prédateurs des ressources congolaises.
Avant ce coup de Jarnac , Gertler, sentant le vent tourner, avait essayé de réorganiser ses affaires avec le soutien d’une banque d’origine camerounaise, Afriland CD présente à Kinshasa mais il s’était heurté à la vigilance d’employés congolais auprès desquels il n’était pas passé inaperçu. Gradi Koko Lobanga, chef de l’audit interne de la banque, et Navy Mandela, contrôleur permanent, avaient identifié Gertler dans les couloirs de l’établissement après l’avoir vu dans un documentaire et avaient discrètement commencé à s’intéresser à ses comptes. Il était apparu que le volume des dépôts à Afriland First Bank avait doublé entre 2017 et 2018, grâce à des sociétés liées à l’homme d’affaires et titulaires de comptes dans la banque. Réfugiés à l’étranger, les deux hommes ont expliqué devant la presse internationale que si, sur le compte de Gertler on n’enregistrait plus de mouvements de fonds, par contre un certain nombre de sociétés écran avaient été créées, brassant, elles des dizaines sinon des centaines de millions de dollars tandis que leurs dossiers se trouvaient dans le bureau du directeur général adjoint de la société. C’est en juillet 2020 que la plate forme de protection des lanceurs d’alerte (PLAAF) publie ses premiers dossiers sur Dan Gertler, illustrant la manière dont les sanctions américaines ont été contournées. D’autres ONG, Global Witness en Grande Bretagne, The Sentry aux Etats Unis s’engouffrent dans la brèche et les rapports se succèdent. Mais à Kinshasa, la banque Afriland porte plainte pour vol d’informations bancaires confidentielles tandis qu’au Congo les deux lanceurs d’alerte sont traînés devant les tribunaux et lourdement condamnés pour vol, faut et usage de faux, association de malfaiteurs. Craignant pour leur vie à la suite d’une condamnation à mort, et leur famille étant également menacée les deux hommes, entretemps, se sont réfugiés en Europe d’où ils dénoncent la disproportion entre les sanctions qui leur sont infligées et l impunité dont jouissent ceux qui ont fait perdre des millions de dollars à l’Etat congolais. Face au durcissement américain, tous les regards se portent désormais vers le président Tshisekedi qui a renforcé ses pouvoirs à Kinshasa.

7 mars 2021

La communication de Tshisekedi sera dirigée par un professionnel formé en Belgique

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C’est un familier des téléspectateurs belges qui a été nommé à la tête des services de presse du président Tshisekedi : Erik Nyindu Kibambe.
Né à Kinshasa en 1970, ce ressortissant du Kasaï oriental mène ses études supérieures à Bruxelles et sort de l’UB avec une licence en philosophie et communications. C’est à Radio Tele Matonge, anciennement « les amis de Wetshi » qu’il fait ses premiers pas, secondant le déjà légendaire Wetshi, pionnier de la presse eurafricaine à Bruxelles, qui fut le premier à donner la parole aux communautés congolaises et africaines dans la capitale. Erik Nyindu passe ensuite à TeleBruxelles puis à TV5 avant d’être repéré par Vox Africa, une chaîne de télévision orientée vers l’Afrique et qui diffuse depuis Londres. Revenu à Bruxelles, il fonde sa propre société de production Voix media. De 2017 à 2019, il dirige la rédaction de MEDI I TV Afrique, une chaîne internationale produite par le Maroc. Le sourire n’empêchant pas les questions pointues et les activités de Matonge menant aussi aux grandes chaînes internationales, Erik Nyindu est avant tout un vrai professionnel de la presse, spécialiste de l’information et non de la propagande. Directeur de la cellule de communication de la présidence de la république, il succède à Lambert Mende Omalanga, éloquent porte parole du gouvernement et du président Kabila, un ancien lumumbiste rallié aux rebelles puis au pouvoir kabiliste et ayant aujourd’hui rejoint les rangs de l’Union sacrée de Tshisekedi.

7 mars 2021

KInshasa prépare le retour des “restes” de Lumumba

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Le 30 juin prochain verra le grand retour des « restes » de Patrice Lumumba au Congo
L’hommage est attendu comme un grand moment des relations entre la Belgique et le Congo

L’année du 60 e anniversaire de la mort de Patrice Lumumba sera aussi celle de la réhabilitation en grande pompe du martyr de l’indépendance congolaise. En accord avec les enfants de Lumumba, ses fils François et Roland, sa fille Juliana une task force a été créée autour du président Tshisekedi afin de coordonner hommages, monuments et cérémonies. Un mausolée sera érigé à Kinshasa, où une construction, connue aujourd’hui comme l’échangeur de Limete, portait déjà autrefois le nom de tour Lumumba. C’est là que devraient se dérouler les cérémonies de mémoire et d’hommage. Quant à Onalua, le village natal de Patrice Lumumba, il sera rebaptisé Village Lumumba, même si c’est à Kisangani (Stanleyville) que débuta l’action politique du futur Premier Ministre. La partie culturelle des cérémonies de commémoration a été confiée au cinéaste belgo-congolais Balufu Bakupa Kanyinda.
Le rapatriement des « restes » du Premier ministre assassiné représentera un moment fort de l’hommage national. Le corps ayant été dissout dans l’acide pour éviter les pélerinages, une dent fut cependant ramenée en Belgique par Gérard Soete et elle a été saisie par le Parquet de Bruxelles. Modeste sur le plan matériel, ce rapatriement aura cependant une grande valeur symbolique, car, aux yeux des Congolais, seul un enterrement dans l’honneur permettra au Premier ministre assassiné de reposer en paix. Le « dernier voyage » devrait être précédé d’une cérémonie solennelle à Bruxelles à laquelle devrait assister le procureur fédéral et où la diaspora congolaise sera fortement représentée. Dans la foulée du discours prononcé le 30 juin dernier par le roi Philippe reconnaissant les erreurs commises par la Belgique, une importante délégation belge devrait faire le voyage à Kinshasa. Secret ou non, le vœu des Congolais et en particulier du président Tshisekedi serait qu’à cette occasion le roi Philippe puisse être accueilli à Kinshasa, en réponse à une invitation plusieurs fois formulée et adressée également à la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès. Mais de source diplomatique, si l’invitation est confirmée, un déplacement à la date du 30 juin parait plus qu’hypothétique et le « niveau » de la délégation belge n’est pas encore connu.
Malgré les années, le destin tragique de Patrice Lumumba demeure un sujet sensible en Belgique comme au Congo. C’est ainsi qu’à Kinshasa, la représentation de la pièce d’Aimé Césaire, « Une saison au Congo », qui a eu lieu cette semaine au Théâtre national à l’occasion de l’accession de la RDC à la présidence de l’ Union africaine a fait des vagues : jugé trop long, le texte a du être raccourci, et, le président Tshisekedi ayant quitté les lieux avant la fin de la représentation, la fin du spectacle, illustrant l’engagement politique et la disparition du Premier Ministre, fut pratiquement escamotée. Ce qui suscita des protestations, d’autant plus que les débuts de la représentation montraient le futur Premier Ministre, alors directeur commercial de la brasserie Bracongo, mener sa campagne électorale dans les bars de Kinshasa…

7 mars 2021

Désastre humanitaire dans le Tigré

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Selon Amnesty, « des centaines de civils » ont été massacrés par l’armée éthiopienne dans la province rebelle du Tigré

Précédée par Kagame, Amnesty lance l’alerte à propos de la situation dramatique du Tigré, qui pourrait empirer davantage encore

Le président du Rwanda, Paul Kagame, sait mieux que quiconque ce que signifie un génocide commis dans l’indifférence du reste du monde. C’est pourquoi son inquiétude à propos de la situation dans le Tigré doit être prise au sérieux, d’autant plus que le Rwanda entretient d’excellentes relations avec le Président éthiopien Abyi Ahmed, prix Nobel de la paix. Le président rwandais, à l’occasion d’un échange avec la Hoover institution, a déclaré que la situation dans le Tigré ne recevait pas encore l’ attention qu’elle mériterait, de la part de l’ONU et des autres pays africains, alors que, dit-il, « elle devient de plus en plus inquiétante et que, d’ici un à trois ans, elle devrait devenir encore plus difficile à gérer ». Trois mois après le début des opérations militaires éthiopiennes dans le Tigré, qui n’auraient du n’être qu‘une simple « remise au pas », Amnesty International a cependant collationné des informations accablantes et dans un rapport récent, accuse Addis Abeba de « crimes de guerre ». Se basant sur des témoignages recueillis auprès de réfugiés ayant réussi à joindre le Soudan et sur des images satellites de la ville d’Aksoum, ville « sacrée » et berceau de la religion copte, Amnesty assure que les troupes éthiopiennes, essayant de reprendre le contrôle de la ville avec le soutien de leur allié érythréen, ont commis de multiples crimes de guerre :« ces troupes se sont déchaînées et ont méthodiquement tué, de sang froid, des centaines de civils, commettant des crimes contre l’humanité. » Amnesty rappelle que les troupes éthiopiennes et érythréennes ont pris le contrôle de la ville le 19 novembre dernier lors d’une vaste offensive, tuant et déplaçant des civils par des bombardements et des tirs indiscriminés. Aux côtés des troupes gouvernementales, de nombreux témoins ont reconnu des soldats érythréens, se livrant à des pillages et tuant des gens au hasard, dont de nombreux civils sans armes qui tentaient de prendre la fuite. Décrivant les violences commises les 28 et 29 novembre, en représailles à une attaque menée par un groupe de miliciens favorables au pouvoir déchu du TPLF (Front populaire pour la libération de l’Erythrée) des témoins assurent qu’à la nuit tombée « dans la rue il n’y avait que des cadavres et des gens qui pleuraient » et que le lendemain, les soldats auraient tiré sur ceux qui voulaient emporter les corps et fouillé les maisons.
Amnesty assure avoir recensé les noms de plus de 240 victimes et des habitants lui ont déclaré que plusieurs centaines de personnes avaient été enterrées après le massacre. En outre, des images satellites ont montré des fosses communes creusées près de deux églises.
Après trois mois de silence, le rapport d’Amnesty a suscité les premières réactions : Josip Borrell, au nom de l’Union européenne (l’un des premiers bailleurs de fonds de l’Ethiopie) a plaidé pour la fin immédiate des hostilités et le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est dit gravement préoccupé par les atrocités. Mais de leur côté, les autorités érythréennes ont qualifié de « mensonge » les allégations de massacre et nié la participation de leurs troupes tandis que l’ambassadeur d’Ethiopie à Bruxelles Hirut Zemene assurait qu’ « un tel scenario était hautement improbable. » .
En réalité, tout indique que le Premier Ministre éthiopien Abyi Ahmed, prix Nobel de la paix, ait voulu en novembre dernier écraser le pouvoir local du Tigré, le Front populaire pour la libération du Tigré, qui, en octobre, avait organisé et remporté, des élections locales jugées illégales. L’ intervention militaire, qui n’aurait du être qu’une « opération de police » se heurta à la résistance acharnée des dirigeants du TPLF, des combattants aguerris maîtrisant parfaitement le terrain montagneux et soutenus par la population.
Quant à l’intervention des troupes érythréennes, confirmée par de nombreux témoins, elle ne s’explique pas seulement par les bonnes relations entre le président érythréen Issaias Afeworki et le premier ministre éthiopien Abyi Ahmed qui reçut le Prix Nobel de la paix pour saluer cette réconciliation : le pouvoir érythréen tient le FPLT tigréen, aujourd’hui en déroute mais réfugié dans le maquis, pour personnellement responsable de la guerre meurtrière qui, de 1998 à 2000 opposa les deux pays à la suite d’un litige frontalier du côté de la ville de Badme. Cette guerre obligea l’ Erythrée, toujours sur pied de guerre, à renforcer le service militaire obligatoire, récusé par des milliers de jeunes gens et elle fit des milliers de morts. Même après la réconciliation entre Addis Abeba et Asmara, la frontière passant par le Tigré demeura bloquée tandis que des milliers de déserteurs érythréens désireux de gagner l’Europe via le Soudan, fuyaient leur pays en passant par le Tigré. L’intervention érythréenne dans le conflit actuel a d’ailleurs permis de rapatrier de force nombre de ces fuyards…

24 février 2021

Luca Attanasio était l’ami des pauvres, en Italie et au Congo

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Luca Attanasio, l’ambassadeur d’Italie tué lundi matin au nord de Goma, dans la zone du parc des Virunga alors qu’il allait visiter un centre de distribution de vivres dans une école gérés par le Programme alimentaire mondial, était plus qu’un diplomate, qu’un politique. Il a laissé au Congo le souvenir d’un homme de cœur et les témoignages commencent à se multiplier. Depuis son arrivée au Congo voici 5 ans, d’abord attaché d’ambassade puis ambassadeur, il s’était donné une double mission : représenter son pays comme diplomate européen mais aussi se montrer attentif aux pauvres, faire pour eux ce qu’il pouvait, à titre personnel et avec son épouse mère de ses trois enfants.
Proche des sœurs des pauvres de Bergame, il multipliait les visites auprès des plus humbles des Congolais, les malades, les vieillards, les enfants des rues. On le vit à la mission de Tumikia, à Kikoti. Son épouse et lui se rendaient régulièrement dans le home de vieillards de Masina où ils préparaient de la nourriture et partageaient le repas des personnes agées . A Kingasani, où les religieuses manquaient de courant, ce qui mettait en danger les couveuses et la banque de sang, le diplomate trouva bien vite la solution : son épouse et lui achetèrent un groupe électrogène de 100 KVA et la livraison se fit sans caméras ni communiqué de presse.
A Kinshasa, il organisa à l‘hôtel Pullman une collecte de fonds pour soutenir des actions de bienfaisance et sa femme ouvrit dans la capitale un centre appelé « Mama Sophia » destiné à accueillir les enfants de la rue. C’est là qu’il découvrit une fillette, presque à l’agonie et l’emmena à l’hôpital du Cinquantenaire, couvrant tous les frais d’une opération coûteuse…
Son engagement social était bien antérieur à sa nomination au Congo : proche de la communauté Sant Egidio, il avait monté des projets pour les personnes handicapées, pour les vieillards et en Italie, il avait reçu le Prix Nassiryia, récompensant les œuvres de paix mais jamais il ne se vantait de cette distinction.
Il connaissait bien l’Est du Congo et compatissait avec les victimes de la guerre. A plusieurs reprises il avait visité l’hôpital de Panzi où il avait rencontré le Docteur Mukwege. La veille de sa mort, il se trouvait à Bukavu, et avait assisté à une messe en compagnie du père Franco, très connu dans la ville et rencontré Marie Masson, une religieuse belge qui avait longtemps dirigé le bureau des œuvres diocésaines et qui s’occupe actuellement d’une organisation qui prend soin des personnes âgées, Wawe Wetu. L’ambassadeur s’était aussi informé de la situation des ressortissants italiens vivant au Sud Kivu dont plusieurs prêtres et religieuses. Avec de tels contacts, le diplomate engagé aux côtés des pauvres et des victimes n’ignorait rien des souffrances subies depuis un quart de siècle par les populations de l’Est du Congo et c’est discrètement, trop discrètement sans doute, qu’il rendait visite aux plus démunis et en compagnie de son épouse, tentait de les aider. Lors de sa mission au Nord Kivu, il avait emprunté une route classée « jaune » et pour laquelle aucune autorisation particulière n’était nécessaire et il n’était pas homme à se faire escorter par des caméras et précéder par des jeeps chargées d’hommes armés jusqu’aux dents…
A son retour en Italie, l’ambassadeur mort en héros des pauvres reçut un accueil ému. Quant aux Congolais, ils se souviendront d’un homme qui les aimait vraiment et qui, à force de fréquenter et d’écouter les plus humbles d’entre eux, en avait peut-être appris trop sur les secrets de la région…

23 février 2021

La mort très suspecte de l’ambassadeur d’Italie en RDC

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L’ambassadeur d’Italie en RDC a-t-il été victime du « business du kidnapping » ?

Au lendemain de la mort de l’ambassadeur d’Italie en RDC et de l’arrivée aux Emirats arabes unis de Joseph Kabila, plusieurs questions demeurent en suspens. Essai de réponses.
1. Pourquoi l’ex président Kabila a-t-il quitté Lubumbashi pour Dubaï ?
D’après ses proches, il a répondu à une invitation de longue date et le séjour dans les Emirats arabes unis ne devrait durer que quelques jours. Dubaï est devenue pour les Congolais, et en particulier pour la famille Kabila, une capitale familière, d’où opèrent, off shore, plusieurs sociétés minières et autres présentes en RDC. A Dubaï, au cours d’une réunion, Joseph Kabila a rencontré des officiers supérieurs occidentaux, dont des Américains. Il a laissé une situation tendue à Lubumbashi : sa propre garde personnelle a été remplacée par des policiers, 1800 soldats de la garde républicaine sont arrivés dans la ville. La question de l’arrestation du général Numbi, commanditaire possible de l’assassinat de Floribert Chebeya est présente dans tous les esprits et dans cette hypothèse, Joseph Kabila a peut-être préféré se trouver à l’extérieur du pays.
2. Pourquoi l’ambassadeur italien Luca Attanasio voyageait il au Nord Kivu ?
Devenu familier de l’est du Congo, Luca Attanasio était parfois considéré comme plus humanitaire que diplomate : à Kinshasa, il avait créé avec son épouse une association s’occupant d’ex-enfants soldats, « socia mama » et il était un visiteur régulier de l’hôpital Panzi à Bukavu. Au Nord Kivu, invité par le Programme alimentaire mondial, il visitait des projets onusiens et, lundi matin, il se rendait dans un centre scolaire. Arrivé le vendredi à bord d’un vol de la Monusco, il ne s’était pas présenté aux autorités locales et n’avait pas averti la police de son déplacement, contrairement aux usages diplomatiques. L’absence d’une escorte armée avait surpris, mais plusieurs ONG de la place, dont MSF et Médecins du monde, préfèrent opérer ainsi, estimant que des hommes en armes, susceptibles d’ouvrir le feu, peuvent représenter un danger supplémentaire. En outre, la région où se déroula l’attaque était qualifiée de « zone jaune », où la protection armée n’est pas obligatoire.
3.Qui pouvait avoir intérêt à s’en prendre au diplomate ?
Parmi les 120 groupes armés ( !) qui opèrent au Nord Kivu, certains pratiquent régulièrement les prises d’otages. De nombreux notables congolais nous confirment ce « business du kidnapping » : après l’enlèvement par des hommes armés, une demande de rançon est adressée aux familles. Les circuits de paiement étant bien rodés, la somme requise peut atteindre les 10.000 dollars . Aussitôt versée, elle est acheminée via des intermédiaires et permet la libération de l’otage. Identifié au départ de Goma comme une « prise » intéressante, le diplomate italien pourrait ainsi avoir été «pisté » dès le départ de Goma par des kidnappeurs et leurs complices. C’est pour cela que les assaillants tentèrent d’abord de l’entraîner à pied dans la brousse voisine et l’échange de coups de feu fut déclenché par l’irruption de gardes du parc des Virunga. Le garde du corps italien et un accompagnant congolais furent tués sur le coup et l’ambassadeur mortellement atteint.
3. Les rebelles hutus peuvent ils être mis en cause ?
Les FDLR (qui pratiquent cependant les prises d’otages) ont fermement démenti leur éventuelle participation à l’attaque. Mais surtout, ils sont peu présents dans cette région située à moins de 5 km de la frontière du Rwanda où opèrent les forces congolaises avec à leurs côtés, des éléments de l’armée rwandaise. Ces derniers collaborent désormais étroitement avec leurs voisins en vertu d’un accord entre les deux pays, renouvelé voici quelques jours par le général rwandais Kazura et François Beya, conseiller du chef de l’Etat en matière de sécurité. Voici deux semaines des opérations conjointes avaient repris dans la région, Rutshuru, Masisi et Walikale) perturbant les activités humanitaires. Les opérateurs économiques du Nord Kivu dénoncent régulièrement des opérations de déstabilisation de leur région à la veille de l’inauguration de projets touristiques importants, à Goma ou dans le parc des Virunga. En outre, des photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent qu’au cours de son dernier week end dans le Nord Kivu, le diplomate avait visité des sites miniers non officiels où travaillent de jeunes mineurs, ce qui aurait pu l’amener, au retour, à formuler des conclusions dérangeantes.
Depuis Kinshasa, un dirigeant dissident de l’UDPS, Valentin Mubake, s’est demandé pour sa part pourquoi les 1800 hommes de la garde républicaine avaient été envoyés au Katanga et non dans le « chaudron » du Nord Kivu.

22 février 2021

L’ambassadeur d’Italie victime d’une embuscade au nord de Goma

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Alors que les regards sont tournés vers Lubumbashi, c’est au Nord de Goma que l’ambassadeur d’Italie tombe sous les balles d’un groupe armé

C’est sur une route nationale toute droite, menant à la ville de Rutshuru et bien connue des touristes qui visitent le parc des Virunga, que l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio, 44 ans, a trouvé la mort. Dans la province du Nord Kivu, tous savent que le croisement dit des « trois Antennes », à 10 km de Goma, est un lieu dangereux, où le conservateur du parc des Virunga, Emmanuel de Merode a lui-même failli trouver la mort voici quelques années alors qu’il se rendait à Goma en moto. Le lieu se trouve en effet au milieu d’un « sanctuaire » où opèrent divers groupes armés, rebelles rwandais FDL R, Mai Mai congolais ou simples malfaiteurs et « coupeurs de route ». C’est là que, lundi matin, à 10h 15, l’ambassadeur d’Italie a été victime d’une attaque d’hommes armés sortis de la brousse. Le véhicule du diplomate, qui était encadré par deux jeeps du Programme alimentaire mondial, a été pris pour cible par un groupe d’assaillants qui ont d’abord tenté d’enlever les sept occupants. Des gardes de l’ICCN (Institut congolais pour la préservation de la nature) qui opéraient à la lisière du parc voisin, sont aussitôt intervenus mais le chauffeur du véhicule et le garde du corps du diplomate avaient déjà été mortellement touchés par les tirs des assaillants. Quant à l’ambassadeur, atteint à l’abdomen de plusieurs balles, il a été emmené à Goma dans un état critique et il a succombé en cours de route.
Le diplomate avait été invité à visiter des centres de distribution de vivres gérés par le PAM dans le Nord Kivu et, s’il voyageait dans un convoi de trois véhicules portant les sigles du PAM et des Nations unies, il ne disposait pas d’une escorte de la Monusco ou de l’armée congolaise, précaution qui est cependant d’usage pour des personnalités de son rang. Le commissaire provincial de la police s’est déclaré surpris du fait que l’ambassadeur d’Italie se soit déplacé dans une zone à risque sans en informer la police et l’armée.
La disparition de Luca Attanasio, le premier assassinat d’un diplomate européen depuis la mort à Kinshasa de l’ambassadeur de France Philippe Bernard victime en 1991 d‘une « balle perdue », a suscité une vive émotion à Kinshasa et elle a confirmé la détérioration de la situation sécuritaire dans le nord est de la RDC , qu’il s’agisse des abords du parc des Virunga au dessus de Goma ou de l’Ituri. Ces dernières années, plus de 200 gardes du parc, sur près de 700 au total, ont perdu la vie dans des affrontements avec des groupes armés. Ces groupes sont le plus souvent des rebelles hutus d’origine rwandaise, qui subsistent dans la région depuis deux décennies grâce à la fabrication et à la vente du charbon de bois, ou des groupes ADF (Allied démocratic forces) venus d’Ouganda et ayant fait souche au Congo. De religion musulmane, ils sont souvent considérés comme des « djihadistes » en liaison avec la nébuleuse islamiste. Des observateurs militaires relèvent aussi que cette prolifération de groupes armés est le résultat paradoxal d’une politique initiée après les accords de paix de 2002, où les membres des groupes rebelles furent intégrés dans l’armée congolaise à la faveur des programmes DDR (Désarmement, démobilisation, intégration) financés par la communauté internationale. Actuellement, cette dernière préconise la réintégration dans des réseaux communautaires civils, mais le mal est fait, l’assurance de l’impunité suscite sans cesse de nouvelles « vocations ».
L‘assassinat du diplomate italien rappelle cruellement que la situation dans l’Est est loin d’être réglée, alors que c’est à Lubumbashi, la capitale économique du Katanga, que 1800 soldats de la Garde Républicaine ont atterri dimanche, traversant la ville à l’occasion d’une « marche sportive ». Ils ont pour mandat de poursuivre les milices « Bakata Katanga » qui avaient ouvert le feu sur une caserne militaire voici quelques jours, mais beaucoup se demandent si les GR ne devraient pas accompagner l’éventuelle arrestation du général John Numbi, l’ancien inspecteur général de la police, que de récents témoignages désignent comme le responsable de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya.
« Homme fort » du Katanga, le général Numbi se trouve toujours dans sa ferme située non loin du domaine de l’ex-président Joseph Kabila. Ce dernier a quitté la capitale du Katanga pour une mission dans les Emirats arabes unis et sa garde armée vient d’être remplacée par de simples policiers.

22 février 2021

Le” transfèrement” de Paul Rusesabagina demandé par sa famille

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La famille de Paul Rusesabagina demande son « transfèrement » en Belgique

Le héros du film « Hôtel Rwanda » était arrivé à Kigali « à l‘insu de son plein gré »

La famille de Paul Rusesabagina, ancien gérant de l’hôtel des Mille Collines et héros du film Hôtel Rwanda, comparaît cette semaine devant ses juges à Kigali, accusé de financement de groupes armés et de soutien à des opérations terroristes. Visé par neuf charges distinctes, il risque une peine de réclusion criminelle à perpétuité.
Dans une conférence de presse à Bruxelles, son avocat Me Vincent Leurquin a rappelé qu’il n’avait pas été autorisé à se rendre à Kigali pour assister son client tandis que la famille du détenu a expliqué que ce dernier ne recevait pas les médicaments qui lui étaient envoyés et elle a comparé sa situation à celle du chanteur Kizito Mihigo, dont le corps avait été découvert voici un an dans la cellule d’un commissariat de police. Me Leurquin rappelle aussi que M. Rusesabagina, qui a des affaires en Europe et aux Etats Unis, a obtenu la nationalité belge. Or celle-ci est exclusive et M . Rusesabagina, qui a donc perdu sa nationalité rwandaise devrait, estime l’avocat, avoir droit à l’assistance consulaire de son pays d’adoption et être extradé afin de pouvoir être jugé en Belgique. Comme l’avait été en son temps le père Guy Theunis, un religieux belge arrêté et jugé au Rwanda puis extradé mais qui ne purgea jamais de peine au départ de la Belgique, d’autant moins qu’il n’avait jamais encouragé aucune action violente.
Rappelons que les circonstances dans lesquelles M. Rusesabagina s’est retrouvé à Kigali sont dignes d’un film de James Bond : il a été piégé par un pasteur d’origine burundaise, Constantin Niyomwungere, détenteur lui aussi de la nationalité belge et à la tête d’une église dont les ramifications s’étendent au Burundi, au Rwanda, en Tanzanie et en RDC. En Belgique, les deux hommes sont entrés en relation et, selon le pasteur Niyomwungere, son interlocuteur, mis en confiance, lui aurait confié le véritable visage de son engagement: ayant fondé un parti politique, le Mouvement rwandais pour un changement démocratique, l’ancien directeur d’hôtel soutenait aussi un groupe armé, le FNL(Forces de libération nationales) menant des attaques contre le Rwanda depuis le Burundi et le Sud Kivu.
Ce qu’ignorait le héros d’ « Hôtel Rwanda » c’est qu’entretemps l’homme de Dieu avait été « retourné » par les services de renseignements rwandais, qui, avec le soutien de leurs homologues belges, poursuivaient leurs investigations sur les activités de Rusesabagina en Europe et en Afrique. Ces recherches sur les groupes terroristes dans la région des Grands Lacs bénéficient aussi du soutien des Américains.
Selon un récit confié à Jeune Afrique, le pasteur, lors de l’un de ses séjours au Rwanda, aurait été interrogé durant cinq jours par les enquêteurs du Rwanda Investigation Bureau (RIB) qui lui auraient finalement demandé de maintenir ses contacts avec la » cible ».
Quelques mois plus tard, il fut question d’un voyage au Burundi. La famille de Paul Rusesabagina assure que ce dernier avait été invité par le pasteur pour « parler dans les églises » tandis que ce dernier soutient que l’invitation est venue de l’homme d’affaires. Selon d’autres sources, Paul Rusesabagina ne souhaitait pas se rendre au Burundi pour prêcher ou rencontrer des membres de son parti mais surtout pour se trouver à proximité du Rwanda au cas où le président Kagame, qu’il croyait gravement malade, serait venu à disparaître.
Toujours est-il que le 27 août 2020, Rusesabagina arrive à Dubaï en provenance de Dallas via Chicago. Epuisé par le voyage, il fait confiance au » bishop » qui l’accueille puis l’amène, après un bref repos à l’hôtel, vers un aéroport secondaire où un Challenger 605 de la compagnie Gainjet est prêt à décoller. Les deux passagers disposant d’un passeport belge, les formalités sont rapides et à peine installé dans l’avion, Rusesabagina s’endort en confiance et ne se réveillera qu’à l’atterrissage. Il croit être arrivé à Bujumbura mais en réalité, il débarque à Kigali où l’attendent les services du bureau d’investigation. « Une procédure illégale » tempête Me Leurquin, qui demande un « transfèrement » de son client vers la Belgique, afin de lui assurer un procès équitable et des soins médicaux appropriés.