On croyait avoir tout vu, la semaine passée, dans le football belge, avec – surtout – l’« affaire Eupen » et aussi – un peu – les remous autour de la date d’Anderlecht- Standard.
Mais le grand cirque s’est poursuivi de plus belle ce week-end avec un «Clasico» surréaliste, dans tous les sens du terme. Un «Clasico» où le Standard a choisi délibérément de placer sur le banc (ou dans la tribune) ses meilleurs éléments. Officiellement pour les laisser au repos avant le match de Coupe. Mais de façon subliminale, sans doute, c’était l’occasion de marquer sa désapprobation face à la formule actuelle des playoffs en montrant que la compétition n’est somme toute pas fondamentale pour les Liégeois.
A l’autopsie, les Rouches sortent grands vainqueurs de ce coup de poker sans précédent dans un «sommet» du championnat, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’est pas sérieux pour un club du standing du Standard de jouer avec le feu et d’expliquer que la Coupe est plus importante que le championnat. Qu’auraient dit, ce matin, les dirigeants liégeois à leurs supporters qui ont acheté des abonnements pour les Playoffs 1 en cas de défaite au parc Astrid? Ce qui est sûr, c’est que la Belgique est le seul pays au monde où une formation du top montre qu’elle ne s’intéresse pas vraiment à son championnat, où elle aligne une équipe B chez l’autre formation du top et… où elle gagne haut la main! Allô Magritte, tes héritiers se surpassent!
Et comme le football est une grande loterie, ce matin, Lucien D’Onofrio est à nouveau le maître du jeu, celui qui a réussi un coup de génie, celui qui revient dans la course pour l’Europe, voire le titre, celui qui gagne malgré l’opposition du Comité exécutif, du bourgmestre d’Anderlecht, du G4,etc.
Alors que c’est bien Roger Vanden Stock qui doit rentrer des comptes à son public. Et quels comptes! Car au parc Astrid aussi, on se moque des supporters, quoi qu’on en dise. Les joueurs d’Anderlecht qu’on a vus à l’œuvre dimanche ont été indignes du maillot qu’ils portent. Sans génie, sans imagination, sans rigueur et même sans orgueil. Ce qui est sans doute le moins pardonnable de tout. «Les joueurs n’ont plus faim», glissait récemment, en «off», un membre du staff mauve, inquiet pour la fin de saison. Entre ceux qui rêvent d’un transfert, ceux qui savent qu’ils seront écartés et ceux qui sont là par hasard et uniquement «parce qu’ils ne coûtaient pas cher» (le grand argument des dirigeants lors de leurs derniers achats), les joueurs mauves forment aujourd’hui un groupe hétéroclite et déséquilibré, qui s’en est sorti jusqu’ici grâce à son caractère et à la faiblesse de l’opposition. Mais qui ne peut désormais plus compter sur les coups de patte de Boussoufa pour garder le sourire. Et sauver les apparences.
Car ceux qui suivent Anderlecht chaque semaine ne sont pas étonnés outre mesure de l’humiliation subie dimanche face à l’équipe B du Standard. Voici des semaines, pour ne pas dire des mois, que le Sporting joue mal, sans amélioration en vue. De l’équipe qui a survolé la compétition l’an dernier, avec un jeu souvent chatoyant et un beau parcours européen, il ne reste plus rien, sinon des souvenirs. La faute à tout le monde, comme toujours: dirigeants trop passifs, entraîneur trop timide et joueurs surévalués.
Anderlecht, cette saison, a déjà perdu 10 matchs, toutes compétitions confondues. Il lui en reste neuf pour sauver l’essentiel. Avec une pression énorme sur les épaules et une seule solution en vue, à défaut du talent: le caractère. Ce dimanche, les Mauves l’avaient laissé au vestiaire.
CHRISTOPHE BERTI