Une rivière coule entre les doigts du sertisseur

Crédit : Laura Canducci

Entre les doigts de Steven, sertisseur, naviguent chaque jour des dizaines de pierres précieuses, particulièrement ces diamants tant convoités. Aujourd’hui, c’est une rivière de diamants qui va retenir toute son attention. Au moment de rejoindre Steven dans son atelier, l’or blanc qui servira de base à ce bijou est déjà forgé. Il ne manque plus que les quelques 125 diamants pour habiller le matériau.

Une chaise, un plan de travail et un microscope binoculaire surplombant le tout : voici l’univers de Steven. Pour lui, les mots qui caractérisent le mieux le travail de sertisseur sont «patience, concentration et précision ». Il a 39 ans et exerce ce métier depuis dix ans, à Anvers, au cœur du quartier diamantaire.

Crédit : Laura Canducci

Première étape : sélectionner les diamants. Steven doit choisir 125 cailloux de tailles différentes. Dix tailles différentes pour être exact. La plus grosse pierre prendra place au centre du collier et puis, au fur et à mesure que l’on s’approche de la fermeture du bijou, les pierres deviendront de plus en plus petites. Par ailleurs, le sertisseur prête également attention à la couleur de la pierre. Il est primordial que chaque diamant qui composera la rivière ait la même qualité et la même couleur. Pour vérifier qu’il n’y ait pas de discordance de couleur, les collègues de Steven alignent les diamants dans un petit papier.

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La manière dont est taillé le diamant a également son importance. Pour le collier d’or blanc, Steven va utiliser des diamants « brillants ». « Les diamants brillants sont les plus beaux. Ils s’appellent comme cela puisque ce sont ceux qui brillent le plus. C’est la forme de diamant que je préfère et, en plus, ils sont plus faciles à sertir. » C’est le nombre de facettes que le tailleur dessine qui rend la pierre plus ou moins brillante. Un « brillant » compte 57 facettes, plus qu’un diamant taillé en « poire », en « émeraude » ou en « carré », par exemple. La taille « brillant » est le diamant tel qu’on se le représente le plus couramment : une petite pyramide ronde à l’envers, étincelante et lumineuse.

Les 125 diamants d’un demi-carat sont examinés et enregistrés par un contrôleur puis placés au creux de feuilles, ressemblant à du papier calque, pliées plusieurs fois jusqu’à obtenir un petit carré. Munis de ces pochettes discrètes, Steven s’assied à son établi et déballe les petits sachets de papier bleu-clair. Dans le fin couvercle d’une boite transparente, il trie les diamants par taille et les dispose en rangées. Ensuite, il positionne correctement sa « boule de sertisseur ». La boule de métal va maintenir le collier et permettre à Steven de le faire pivoter facilement. Avant de commencer, il chauffe, avec un décapeur thermique, une sorte de plasticine noirâtre. Dans la pâte molle, Steven vient placer le collier. Quelques instants plus tard, la matière a durci ; l’or blanc est solidement ancré.

Crédit : Laura Canducci

Tout est prêt ; la base du collier est fixée dans l’argile améliorée pour ne pas qu’elle bouge, les diamants sont bien ordonnancés, le microscope correctement réglé. Le travail peut commencer.

Crédit : Laura Canducci

Steven constate que les pierres – et les bijoux en général – sont de plus en plus petits, il doit donc employer de nouveaux outils comme le microscope. Il a d’abord appris la technique artisanale puis seulement après il a introduit les nouvelles techniques dans son travail, comme le microscope. « C’est vraiment différent de travailler avec le microscope, c’est une autre façon de penser : je ne vois plus mes mains, je vois seulement les pierres. »

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Steven va bientôt se consacrer à la première pierre, dans un calme religieux. Ce silence absolu n’est pas toujours accessible. L’une des perturbations prévisibles est la présence de touristes : le magasin dans lequel Steven travaille permet à des visiteurs d’observer le travail autour du diamant. Pour le sertissage, c’est évidemment Steven qui s’y colle. Une personne extérieure peut regarder sa technique à travers une vitre devant laquelle Steven est assis. Cette observation persistante ne déconcentre pas Steven : il en a maintenant l’habitude.
Le sertissage comporte plusieurs étapes que notre sertisseur a appris à maitriser. Premier palier: choisir la bonne taille de diamant pour l’emplacement à sertir. Steven saisit le diamant qu’il croit être de bonne taille. Pour agripper correctement la pierre, Steven s’empare d’une petite boule de cire d’abeille améliorée, en forme de poire. La matière adhère parfaitement à la surface brillante. Le diamant s’y colle comme un aimant et s’en détache sans effort.

Crédit : Laura Canducci

Steven essaie de faire entrer le diamant, au bout de la boule de cire, entre les mailles d’or blanc. Raté. Apparemment, ce n’est pas le bon gabarit. Il prend alors une petite pince dont l’écart entre les becs donne la mesure. Après quelques minutes à examiner le tour de taille de différentes pierres, il trouve finalement le diamant adapté. Le premier palier est franchi, le travail d’artisan va commencer.

Crédit : Laura Canducci

Le deuxième palier est plus périlleux. Il doit maintenant entailler l’or pour faire une place à la pierre. Armé de sa fraiseuse, il attaque les quatre tiges qui cernent la cavité. Il crée une petite encoche au niveau où arriveront les bords les plus larges du diamant.

Crédit : Laura Canducci

Une fois cette tâche accomplie, la pierre peut prendre place. Il vérifie qu’elle tient bien. Il redonne quelques petits coups de fraiseuse. Il enfonce bien le diamant dans l’encoche à l’aide d’une de ses échoppes.

Crédit : Laura Canducci

Voilà, la pierre est bien enchâssée dans le collier. Maintenant, Steven doit rabattre les tiges d’or sur le diamant et façonner au bout de ces tiges une petite sphère. C’est aussi une fraiseuse, mais avec un autre embout, qui va créer cette petite boule. Un petit coup de lime pour lisser le travail et le tour est joué. Toutes les étapes ont été franchies – du moins pour ce diamant. Steven doit encore sertir la centaine d’autres. Et plus on approche de la fin, plus les pierres sont petites et plus le travail devient minutieux pour Steven.

Crédit : Laura Canducci

Cent-vingt-cinq petites pierres encastrées dans de minuscules enclaves plus tard, la rivière de diamant est presque prête à flotter autour du cou d’une dame. Un examen final s’impose : toutes les pierres sont bien alignées, aucun couac. Tout s’est déroulé sans encombre. Tout doit être parfait pour présenter au client. Mais avant la présentation et la vente, le bijou a besoin d’un petit rafraichissement. Les coups de lime, les impacts des fraiseuses et l’argile dans laquelle était maintenu le collier laissent quelques saletés sur l’or et les diamants et ça ne brille pas comme cela le devrait.
La rivière s’apprête à passer au car wash – ou plutôt jewel wash. D’abord, le bijou passe sous les poils d’une rotative ; le polissage. Le bijou commence à rayonner. Ensuite, les diamants sont plongés dans un bac à ultrason contenant une solution savonneuse. Le liquide et les vibrations nettoient le collier, lui retirent toutes les souillures. Le bijou scintille. Puis, dernière épreuve, la rivière est passée sous la vapeur pour retirer les dernières impuretés. Enfin, le bijou étincelle.

Après deux jours de traversée et 125 obstacles franchis, Steven est venu à bout de ce flot de diamants. La rivière est finie.

© Guy Kleinblatt

Laura Canducci

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