Crainhem : création de « Kraainem-Unie »

Quatre citoyens appellent à la création de listes électorales multiculturelles.

Le mouvement « Kraainem-Unie » ambitionne d'essaimer dans les autres communes de la périphérie. © D. Rodenbach

Ils en ont marre du débat communautaire qui, disent-ils, occulte les vrais enjeux de la gestion communale et maintient Crainhem sous le feu de la guerre linguistique.

Quatre Crainhemois, José Michaux, Peggy Cortois, Bertrand Waucquez et Carel Edwards (absent de l’interview), ont lancé, à la mi-janvier, le mouvement « Kraainem-Unie ». « Une action citoyenne, sans exclusive à l’égard de personne et indépendante des partis politiques », souligne son initiateur José Michaux. Le projet ? « Mettre fin à la guerre communautaire à Crainhem et recentrer les priorités sur la gestion communale et les différences idéologiques. En convaincant les partis traditionnels de présenter des listes multiculturelles ou, à défaut, en en présentant une nous-mêmes, qui pourrait être composée de représentants de partis – même du FDF ! – et d’indépendants »

Le Mouvement « Kraainem- Unie » ambitionne aussi d’essaimer dans les autres communes de la périphérie bruxelloise.

Le communautaire perturberait la gestion communale…

José Michaux J’habite à Crainhem depuis 28 ans. Le jour de mon arrivée, j’ai déposé un vase sur un meuble. Sur le vase, j’ai écrit : lassitude de la guerre communautaire. Le vase s’est rempli au fur et à mesure que je voyais les médias parler de ma belle commune en termes de guerre communautaire. Il y a deux ans, une goutte a fait déborder le vase : je me suis rendu compte que cette guerre masquait une gestion de la commune qui laisse grandement à désirer. Et je me suis investi dans cette action citoyenne.

Peggy Cortois A Crainhem, on vit très bien tous ensemble. Avec les voisins, on parle toutes les langues. C’est génial. Or, nous avons toujours deux listes électorales : une francophone contre une néerlandophone. Cela me dérange terriblement car cela ne reflète pas la réalité quotidienne. Je veux mettre l’accent sur le multilinguisme et le multiculturalisme.

Bertrand Waucquez A Crainhem, on exploite à dessein l’opposition des “peuples qui s’aiment” et des “politiciens qui se détestent” On n’a pas besoin de défendre les francophones, personne ne les attaque. On oppose une communauté à l’autre. Cela ne profite qu’à ceux qui sont là pour leurs intérêts personnels.

J.M. Le dernier slogan électoral de notre bourgmestre (Arnold d’Oreye, FDF, NDLR) fut exclusivement communautaire. Le fait pour lui de se présenter comme “bourgmestre non nommé” lui suffit pour être élu par une majorité de Crainhemois qui ne voient pas que la gestion de la commune laisse grandement à désirer.

Quelques exemples ?

J.M. Augmentation de 50 % des impôts à deux ans des élections communales. Dette publique ? Le double de la moyenne flamande. En cinq ans, augmentation des dépenses courantes de 35 %.

P.G. On doit gérer une commune comme une entreprise.

B.W. Majorité et opposition produisent des chiffres différents – du simple au double ! – sur la réalité financière de la commune. Cela traduit un manque de communication total.

J.M. Il y a un grand amateurisme dans la gestion… En matière de finances, la plupart des élus ignorent de quoi on parle… Ils votent avec la majorité francophone pour qui le communautaire est très confortable. Et quand un expert-comptable néerlandophone de l’opposition (Luk Van Biesen, VLD, NDLR) pose des questions très pertinentes, la majorité a tôt fait de dire : “c’est les Flamands qui nous attaquent…” L’étendard communautaire masque une gestion calamiteuse…

B.W. Pourquoi n’y a-t-il pas d’échevin néerlandophone ? On nous répond que celui-ci bloquerait la gestion de la commune…

P.C. Les clivages communautaires, la question de l’élargissement de la Région bruxelloise sont complètement archaïques, ici à Crainhem… Nous sommes ici à 200 mètres de la frontière avec Bruxelles. Le principe de frontière disparaît de plus en plus dans notre monde globalisé. Or on se retrouve ici dans un mini-Etat où on voudrait que les gens s’opposent.

« La (re)flamandisation ? Un combat perdu d’avance… »

entretien

L’accord institutionnel est censé pacifier la périphérie…

J.M. Si votre fonds de commerce est la guerre communautaire, alors, vous considérez, au nord comme au sud, que le verre est à moitié vide. Si, comme nous, vous voulez promouvoir la paix communautaire, alors le verre est à moitié plein. Certains partis ont pris de gros risques politiques.

Les circulaires flamandes n’ont pas été retirées…

J.M. Je refuse de mettre de l’huile sur le feu. Mettons-nous à la place des « autres ». Kraainem est en territoire flamand avec des facilités. Sur les 18 élus francophones, 9 ne prennent jamais la parole car ils sont incapables de parler le néerlandais. Et les 9 autres parlent un néerlandais très laborieux, y compris le bourgmestre…

B.W. Les communautés linguistiques sont une valeur ajoutée. Les Flamands ne sont pas une ethnie qu’on trouve à l’orée des bois, ce sont des compatriotes. Pourquoi faut-il défendre les francophones ? On est en Flandre. On peut recevoir ses papiers en français. Passons à autre chose !

P.C. De nous trois, je suis la seule « vraie » Flamande. Et je suis plus catégorique que mes deux amis en ce qui concerne les circulaires. C’est d’un ridicule incroyable ! Ce genre de truc me rend malade. Cette circulaire Peeters est inacceptable, « een echte pesterij » (une vraie tracasserie, NDLR). Au concept de « facilités » je préfère celui de statut bilingue ou trilingue. Pourquoi pas des convocations électorales recto/verso F-N. On complique les choses inutilement. Oublions ces circulaires le plus vite possible…

Et les non-nominations de bourgmestres ?

P.C. Elles me dérangent aussi terriblement. Ils ont été élus par une majorité de la population, ils doivent être nommés. Point à la ligne. Pour moi, le droit des gens primera toujours sur tout.

B.W. Ils doivent être nommés. Ainsi on arrêtera d’en parler !

J.M. Le statut de bourgmestre non nommé est très confortable. Cela ne change rien au fonctionnement de la commune. Il perçoit son salaire. Et quelle magnifique campagne électorale on lui offre ! Il ne doit même plus organiser de bal du bourgmestre… Sa non-nomination, je résiste à l’envie de penser que le bourgmestre l’a provoquée…

P.C. Il y a de la provocation des deux côtés…

J.M. et B.W. C’est vrai.

J.M. Je dis aux francophones : « Construisons un pont vers les autorités flamandes » et je demande aux élus flamands de Crainhem de dire à leurs autorités qu’elles sont aussi responsables de la situation dans la commune.

P.C. Que ces autorités essayent notamment d’éviter que des bus débarquent d’Ostende et de Courtrai dans notre commune, avec des bandes d’extrémistes. C’est terriblement dérangeant…

Comment réagissez-vous à cette volonté de la Flandre de « flamandiser le Rand » par l’adoption récente de 63 mesures ?

J.M. Je pense que les autorités flamandes ont déjà compris que ce combat était perdu… Par 1.000 habitants, vous avez à Crainhem 285 étrangers, soit plus de 28 %… Plus du double des communes semblables et plus du quadruple de la moyenne flamande.

B.W. Il est dommage d’avoir un « programme » de flamandisation et que les gens n’aillent pas spontanément vers plus de bilinguisme. Mettons-nous à la place du Flamand qui voit que Bruxelles est en Flandre et qu’on n’y parle presque plus le flamand. Ce n’est pas normal non plus.

P.C. Je ne suis pas d’accord. A Bruxelles, on parlera de moins en moins le flamand. Et cette réalité, « 900 mesures » ne l’arrêteraient pas ! Ces 63 mesures ne me vont absolument pas. Flamandiser ou reflamandiser la périphérie, ce n’est pas réaliste. Et ce n’est pas nécessaire. On vit ici dans un environnement très international. C’est un combat perdu d’avance. Mes voisins polonais parlaient anglais en arrivant. Ils ont appris le français plutôt que le néerlandais. C’est logique, pour pouvoir communiquer dans leur vie professionnelle, sociale et culturelle, à Bruxelles. Ils ne l’ont pas fait par mépris pour le néerlandais. Dans notre rue, les langues véhiculaires sont le français et l’anglais… Cela me choque de lire dans la presse flamande que la périphérie est francisée. Ce n’est pas vrai ! Elle s’internationalise.

MICHELLE LAMENSCH
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Une réponse à Crainhem : création de « Kraainem-Unie »

  1. Jean SIMON dit :

    “Au concept de « facilités » je préfère celui de statut bilingue ou trilingue. Pourquoi pas des convocations électorales recto/verso F-N. On complique les choses inutilement. Oublions ces circulaires le plus vite possible…” Bien parlé certes mais vu la filiation affirmée de Madame Cortois, “Timeo Danaos et dona ferentes”…L’égérie des nuisances aériennes ne se contente-t-elle pas de mots à vocation électorale pour imaginer un seul instant que Moeder Vlaanderen puisse un jour supprimer les circulaires Peeters et consorts qui ne servent qu’à lasser les Francophones de la commune, par ailleurs bien souvent bilingues, pour un jour décréter la suppression des facilités devenues inutiles puisque las Francophones auraient disparu de Crainhem.

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