Charleroi : Paul Ficheroulle (PS) dépeint des perspectives financières inquiétantes

« La Région devra encore nous aider »

Paul Ficheroulle en appelle au gouvernement wallon pour permettre une politique de relance à Charleroi. © Bruno Dalimonte

Cette rentrée, c’est pour lui la dernière. Paul Ficheroulle achèvera cet automne sa carrière politique, en transmettant son échevinat à son successeur. Pour celui-ci, quel qu’il soit, le travail ne manquera pas : le compte 2011 approuvé lundi soir par le conseil communal, dresse un tableau sombre de la situation de Charleroi (lire ci-dessous). Libéré de toute contrainte, le socialiste s’exprime sur le présent et le futur proche de Charleroi.

Que vous inspire le choix de Paul Magnette d’assumer le mayorat si celui-ci lui échoit ?

Il a fait le bon choix. On ne peut pas se situer dans une ambiguïté vis-à-vis du citoyen. L’élection est une démarche de confiance. Magnette est tête de file du parti le plus important de la ville et les gens attendent qu’il vienne redresser la situation sur Charleroi. Et l’électeur lui donnera le rapport de force politique pour pouvoir imposer ce redressement.

La situation n’apparaît guère reluisante, au regard du compte 2011…

C’est un fait, la situation est difficile. Mais beaucoup de paramètres avaient déjà été mis en lumière à partir de 2008. Le travail de cette tripartite a été de jeter les bases du redressement de la ville sans pouvoir le concrétiser. Sur le plan budgétaire, on a rétabli une maîtrise des dépenses. Et on transmet à la nouvelle coalition une situation dégraissée. Par ailleurs, sur base de l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera », nous avons également demandé à nos concitoyens un effort pour accroître les recettes, en plaçant les impôts communaux dans la moyenne des grandes villes. Mais nos fondamentaux restent moins bons que ceux des autres grandes villes. La base fiscale, donc la richesse, de notre population est plus basse. L’activité économique, également. Et les charges sociales assumées par le CPAS sont très lourdes, tout comme le coût de la sécurité. Enfin, le poids du passé n’est pas totalement surmonté, avec un retard en terme d’investissement, malgré une augmentation de ce poste lors de cette législature. On reste donc confronté à un patrimoine usé et dégradé : les écoles, les bâtiments publics…

C’est inquiétant…

Oui, d’autant que les futures charges des pensions représentent une hypothèque sur les finances communales. Comme d’autres communes wallonnes, on continue de consommer le reliquat de notre fonds de pensions. D’ici à deux ans, la Région wallonne devra prendre des mesures d’aides aux pouvoirs locaux par rapport à ces coûts. Sinon, nous serons confrontés à des charges insupportables. La Région va devoir changer son fusil d’épaule par rapport à Charleroi. J’espère qu’elle le fera au cours de la prochaine législature. Jusqu’ici, la Ville a dû se justifier parfois de manière caricaturale et elle a réalisé des efforts. Mais nous avons atteint des limites, sauf à vouloir pratiquer des coupes sombres dans les dépenses de personnel et licencier 200 personnes, au risque de ne plus pouvoir assumer certaines de nos missions de service public. Et l’attitude du Centre régional d’aide aux communes à notre égard a beaucoup ressemblé à celle de l’Union européenne vis-à-vis de la Grèce : faire payer les erreurs du passé par une austérité accrue. La Région doit maintenant adopter une attitude qui permette la relance de Charleroi.

Comment ?

Par une attitude de soutien systématique et de réinvestissement dans des projets de relance à Charleroi. Mais ces projets doivent être crédibles et pas chimériques, comme l’était celui de la Porte des sports. Ils doivent permettre de relancer l’attractivité de la ville pour les investisseurs et les nouveaux habitants. La ville, elle, doit poursuivre l’assainissement de ses finances et défendre des projets nécessaires : la cité des métiers, une cité administrative, un palais des expos, compléter la rénovation urbaine de la Ville Haute, régler la question du stade sans tomber dans la mégalomanie, et poursuivre le développement du métro en étendant les lignes et en modernisant le charroi. Si on ajoute la gare du Nord et la sortie Sud de Charleroi, cela donne une décennie de grands travaux.

Cela n’équilibre pas pour autant le budget de la ville…

La Région devra assouplir ses exigences à l’égard de Charleroi. On ne tire pas du sang d’un caillou. Il faudra nous donner du temps. D’autant que 2012 est une année perdue sur le plan de l’assainissement budgétaire : on a reporté les efforts comme la fermeture de Marcinelle-en-Montagne. Mais ils reviendront au galop dès 2013, les perspectives pluriannuelles étant effrayantes. A partir de l’année prochaine, ce sera churchillien, avec du sang, de la sueur et des larmes, le plan pluriannuel d’économies approuvé par le Crac étant en partie basé sur des hypothèses purement théoriques (lire ci-dessous). Et les hausses fiscales ont déjà été adoptées en 2012.

Vous réclamez que la Région soutienne des projets sur Charleroi. Mais le taux de concrétisation de ceux-ci était faible, jusqu’ici. Surtout en 2011…

Il traduit une trop grande différence entre les ambitions budgétaires et les moyens humains pour les réaliser. Dans mes départements, entre 2007 et 2012, j’ai perdu la moitié de mon personnel non remplacé. Il faut changer cela et restructurer les services de la Ville en favorisant les dépenses de personnel porteuses d’avenir. De plus, la tutelle et ses contraintes sont devenues ingérables, en matière de voiries ou de bâtiments. La multiplication des contrôles et leur redondance rendent presque impossible d’investir dans des projets à un an. Et la répartition des subsides régionaux est effectuée en fonction du ratio de la population, sans intégrer les externalités et les charges spécifiques. La Région n’intègre pas la réalité des grandes villes. Or le coût d’un kilomètre de voirie à la campagne n’équivaut pas celui d’un kilomètre en ville.

Que faut-il pour redresser Charleroi ?

Il faut une cohérence politique. et que les décisions importantes ne soient plus freinées par les belles-mères mais approuvées au sein du collège. De ce point de vue, l’arrivée de Magnette est une bonne chose. Il faut ensuite une révolution culturelle au sein de l’administration, qui doit fonctionner comme une entreprise de service public travaillant au service du citoyen. Enfin, il faut une discrimination positive de la Région à l’égard des grandes villes.

Combien de temps faudra-t-il ?

Au vu de la législature qui s’achève, encore au moins six ans, en réalisant des efforts aussi importants que ces six premières années. Bref, en faisant mieux, avec moins, plus vite et en travaillant plus. On doit éviter le piège du défaitisme tout en effectuant son autocritique. J’essaie de le faire. C’est peut-être le début de la sagesse.

17,6 millions qu’il faudra trouver, demain

Une ville pauvre habitée par des gens pauvres ». La formule de l’échevin carolo des Finances, Antoine Tanzilli (CDH), résume à elle seule la présentation du compte communal 2011 livrée par le receveur devant les conseillers, lundi soir. Un bilan financier inquiétant.

Résumé. La Ville a terminé l’année avec un mali de 6,1 millions. Son CPAS (7 millions) et sa police (0,5 million) lui coûtent toujours plus à chaque exercice (à l’inverse des frais de personnel et de fonctionnement, en diminution), la Ville investit trop peu et ne concrétise pas la moitié des investissements qu’elle a budgétés, elle reçoit moins d’argent (hors inflation) du fonds des communes et, surtout, la fiscalité communale y rapporte moins qu’ailleurs (179 euros et 203 euros par habitant pour l’IPP et le précompte immobilier, soit moins que Liège et les sept autres grandes villes wallonnes).

Des paramètres qui font plaider Antoine Tanzilli en faveur d’une mixité sociale à rebours (attirer dans la métropole des habitants à moyens et hauts revenus), avec l’aide de la Région wallonne. Paul Ficheroulle ne dit rien d’autre.

Le hic, c’est que la situation financière de la Ville ne devrait pas s’améliorer au cours des prochaines années. Parce que certains efforts (la fermeture du centre de vacances savoyard de Marcinelle-en-Montagne, qui coûte un million par an à Charleroi) ont été reportés. Et, surtout, parce que le plan financier pluriannuel (2012 – 2017) remis par la Ville au gouvernement wallon (condition pour obtenir le prêt/l’aide de 75 millions), contient des zones relativement floues.

Dans les recettes, les « autres mesures de prestations » permettront de recueillir de 250.000 (l’an prochain) à 510.000 euros (2017) de plus. Quelles mesures, sachant que la fiscalité communale a atteint son plafond ? Augmenter le prix des garderies scolaires, l’entrée de la piscine ? On voudrait entendre les candidats à ce sujet. D’autant qu’un autre poste – « autres taxes locales » – prévoit dès l’an prochain près de 3,8 millions de recettes supplémentaires. Pourtant, la marge de manœuvre fiscale de la Ville paraît réduite. Dans ce même volet des recettes, le collège table sur d’« autres mesures de transferts » oscillant entre 4 et 8 millions d’euros, endéans les cinq ans.

Le plan mentionne encore une réduction des dépenses via les « autres mesures de transferts », de 5 à 9,1 millions sur cette période. Des économies sur le compte du CPAS et de la police ? Impossible car celles-ci sont reprises à un autre poste. Alors ? Et que dire de cette économie sur les « autres mesures de fonctionnement » ? De 4,6 à 7,6 millions à économiser en cinq ans.

Au total, ces postes encore à définir représentent 17,6 millions d’euros pour la seule année 2013. Sans oublier le déficit de la RCA (2 millions). « Churchillien », promet Ficheroulle.

Pascal LORENT
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