Ixelles : un appel à l’aide pour les roms

Le bourgmestre Willy Decourty (PS) dénonce : « Le fédéral et l’Europe restent muets »

Pour les familles roms, des conditions de vie intolérables. © Thomas Blairon

Lassé par le mutisme des autorités fédérales et européennes, le bourgmestre Willy Decourty (PS) dénonce le silence et l’inaction face au désarroi de la communauté Rom dont les familles, parfois avec enfants, survivent vaille que vaille entre expulsions et relogements et ce, dans des immeubles précaires voire insalubres. Une fois encore, c’est probablement seule qu’Ixelles devra monter au créneau pour venir en aide aux occupants d’un squat située rue de la Concorde sur lesquels plane la menace d’une expulsion.

Quelle est la situation rue de la Concorde ?

Le bâtiment abrite une trentaine de Roms, parmi lesquels des femmes et des enfants. Le lieu appartient à la Régie des bâtiments (fédéral) qui a demandé et obtenu auprès de la justice, fin juillet, une décision d’expulsion. Nous n’avons aucune idée de quand cette décision sera appliquée mais cela ne saurait tarder.

Avez-vous pris contact avec les autorités fédérales ?

Oui, avec le cabinet de Maggie De Block, (secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Open VLD). Il nous a été répondu que nous pouvions envoyer une liste de noms à Fedasil mais que vu l’origine européenne des Roms, ils sont pour la plupart Slovaques, l’agence n’a aucune obligation de les accueillir.

Et du côté de l’Europe ?

Nous avons écrit au président du Parlement européen il y a de cela près d’un an, nous n’avons jamais eu de réponse. L’Europe dit plancher sur des plans d’action concernant la problématique des Roms mais on ne voit rien venir.

Les structures d’accueil pour sans-abri affichant complet, ne reste donc que le pouvoir local.

C’est exact et cela ne peut plus durer. Alors que nous ne sommes théoriquement pas compétents en cette matière, nous sommes malgré tout en première ligne. Dois-je laisser des gens dans la rue ? C’est impensable. Et nous voilà pris entre deux feux. Si nous ne bougeons pas, nous serons soumis à la pression bien légitime des associations et si on s’en occupe, on prend aussi tous les ennuis.

C’est pourtant bien cette dernière piste que vous suivrez.

Oui et, à la veille de l’hiver, on va se retrouver avec des gens à loger et à nourrir pendant des mois. Que va-t-il se passer ? Une fois qu’ils seront expulsés, ils retrouveront un autre bâtiment vide et sans doute insalubre. Et c’est reparti pour le cycle infernal. Il faudra faire venir les pompiers qui constateront la dangerosité des lieux. Des travaux seront nécessaires, ils seront à notre charge, sans compter le personnel qu’il faudra mobiliser, comme nous le faisons chaque fois pour permettre aux enfants d’être scolarisés et aux parents d’essayer de trouver un boulot. Tout cela en plus de l’essentiel, à savoir l’aspect humain. Et du désarroi de ces gens dont personne ne s’occupe et qu’on ne peut renvoyer dans leur pays d’origine où ils sont maltraités.

Que faire alors ?

Une commune ne peut accueillir toute la misère du monde. Je lance donc un cri d’alarme. Il faut que l’on se rende compte de l’ampleur de cette problématique et que tous les acteurs susceptibles d’intervenir se mettent autour de la table pour trouver une solution durable. Moi, je n’en ai pas. Jeudi encore, après un incendie dans un immeuble occupé par des sans-papiers, nous avons déjà eu énormément de mal à reloger, provisoirement, une dizaine de personnes. Il faut provoquer un déclic pour faire en sorte que tout le monde arrête de se renvoyer la balle.

118.000 euros

La commune a sorti la calculette pour estimer le coût lié aux interventions autour des divers lieux occupés, que ce soit par des roms ou des sans-papiers. Verdict ? 36.000 euros pour les interventions communales menées entre novembre 2011 et avril 2012. « Auxquels vous rajoutez 82.000 euros si vous prenez en compte le nombre d’heures prestées par notre personnel », dit le mayeur ixellois.

Patrice LEPRINCE
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