Beersel : les musulmans au dessus des clivages linguistiques.

Beersel Un centre culturel islamique qui inquiète

De Beersel, on connaît surtout le château médiéval, le fromage blanc et la bière lambic. Une commune calme où le bourgmestre Hugo Casaer a su apaiser les esprits depuis un quart de siècle en jouant sur la vocation européenne de l’entité. Bien sûr, comme beaucoup de ses confrères du Rand, il est un peu chatouilleux sur l’orthodoxie linguistique, mais sans tapage médiatique.

Comme dans les romans de René Fallet, ce bucolisme vigilant a été mis a mal en juillet dernier à l’annonce d’un événement inattendu : le projet de création et d’implantation, à Lot, d’un centre culturel musulman, à l’initiative du CICVB, en l’occurrence le « Cultureel en islamitisch centrum voor Vlaams Brabant ».

D’emblée les Belangers ont sauté sur l’occasion pour raviver des fantasmes d’un choc de civilisation. Le Vlaams Belang demanda même la convocation d’un conseil communal extraordinaire pour bloquer l’initiative derrière laquelle ils voyaient des manœuvres souterraines salafistes.

Le péril de Molière

Mais ce sont les craintes de la N-VA qui agitèrent le plus les esprits : un prospectus annonçait la création de ce centre en arabe et… en français. Le péril de Molière étant à leurs yeux plus dangereux que celui de Mahomet, ils s’assurèrent rapidement qu’il ne s’agissait pas d’une mosquée (il n’y aura pas d’imam) puis vérifièrent longuement avec une précision d’entomologiste l’absence de toute trace de français dans les communications du centre musulman.

C’est avec le sourire que l’un des responsables du CICVB évoque, dans un français impeccable ou dans un néerlandais aux accents dialectaux, ses rapports avec la commune et la nature de ce projet : « Nous sommes presque tous belges, issus de la vague d’immigration des années cinquante. Certes nous sommes restés musulmans, mais nous sommes pour la plupart très bien intégrés dans la vie locale et communautaire. Les problèmes linguistiques nous intéressent peu puisque… nous sommes pour la plupart trilingues et nous avons presque tous été scolarisés en néerlandais. C’est justement pour éviter que les musulmans, nombreux dans la commune industrielle de Lot et autour du canal de Charleroi, n’aient à se déplacer vers Bruxelles où la plupart des centres ne nous accueillent qu’en français que nous créons cet espace, un centre beerselois pour les Beerselois. »

Et il ajoute : « A part quelques exceptions très marginales, la coexistence est très pacifique. L’intégration est facile et globalement réussie. Nous avons de bons rapports tant avec le bourgmestre qu’avec les francophones des autres listes. » Pour terminer il tient aussi à repréciser que… toutes les communications internes et externes du centre musulman ne se feront qu’en néerlandais. On n’est jamais trop prudent.

Olivier STEVENS
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