Linkebeek : organiser la cohabitation francophones/néerlandophones

A Linkebeek, « Toernee générale », « Open tuinen-jardins ouverts » et les fêtes de la musique doivent une part de leur succès à la mobilisation de nombre de bénévoles parmi la population. Photo de D. Rodenbach

La plus petite des « Six », la plus francophone, la plus rebelle aussi, avec son remuant député bourgmestre FDF non nommé, Damien Thiéry, Linkebeek subit régulièrement les assauts et vociférations de groupuscules extrémistes, sur les chemins de sa vallée des Artistes et les pavés de sa place communale. « Et pourtant, explique Rik Otten, président du Cultuurraad et 9e candidat sur la liste bilingue PROLINK, on est tellement bien à Linkebeek ! Dommage, toutefois, que les francophones et néerlandophones qui se disent bonjour dans la rue se divisent en deux mondes différents dès qu’ils s’adonnent à une activité structurée, car la commune n’organise pas la cohabitation des deux communautés. »

La commune n’organise pas la cohabitation. La critique est récurrente, en périphérie. « A Linkebeek, précise Rik Otten, francophones et Flamands, nous partageons souvent les mêmes intérêts et voulons faire des choses ensemble, au-delà de la barrière linguistique, comme lors des opérations “Open tuinen-jardins ouverts”,“Toernee générale” qui nous a emmenés dans les anciens cafés reconstitués, ou encore la fête de la musique, qui était un projet bilingue, mais la commune n’affirme jamais l’implication explicite des deux communautés. »

le maïeur a sa réplique en poche : « Cette cohabitation est difficile à organiser. Les activités culturelles des 90 % de francophones se concentrent à la ferme “Holleken”, le centre culturel francophone, qui vit sur fonds propres. Le “Moelie”, centre culturel néerlandophone, est subsidié à 100 % par la Flandre et tout doit s’y passer en néerlandais. Tout ce qui est organisé par la commune est bilingue, sans le moindre subside. »

Propagande communale Peut-être, convient l’opposition, « mais le journal d’informations communal soigne surtout les articles politiques et tient plus de la propagande francophone que de l’information ». La communication officielle serait donc défaillante. Les opposants flamands à Damien Thiéry invoquent surtout celle qui concerne les chantiers, et en particulier celui du RER.

Aucune attention au RER Le blocage du dialogue avec Infrabel serait complet et la collaboration avec les communes voisines pour régler le problème de la circulation de transit total.

Le bourgmestre est piqué au vif : « Infrabel a voulu travailler sur Linkebeek sans plan d’aménagement ni permis de bâtir. Or la loi est la même pour tout le monde. Nous avons eu gain de cause au Conseil d’Etat, nous avons renégocié avec la SNCB pour les vibrations et nuisances sonores, l’accès des quais aux moins valides et les descentes d’eaux pluviales dans notre commune fort accidentée. La Flandre a accordé le permis de bâtir. Que les travaux commencent ! »

Stationnement sauvage et zone 30 La gestion des petits chantiers fait aussi polémique. « La mobilité est la première priorité des Flamands, soutient Rik Otten, or la commune ne réprime pas suffisamment le stationnement sauvage et la zone 30 pourrait être étendue. »

Damien Thiéry dégaine : « Plusieurs parkings ont été mis en zone bleue sur la place communale et la police organise des contrôles réguliers. L’opposition flamande n’est pas attentive : un plan de mobilité a été voté au conseil communal, l’an dernier, et toutes nos rues, à part les grands axes, sont petit à petit mises en zone 30 ! »

Nuisances sonores, décharges illégales La gestion de l’espace public souffrirait d’autres lacunes. « La commune nous demande d’êtres tolérants par rapport aux nuisances sonores, embraie Rik Otten, mais elle ne fait pas respecter les règles. Idem pour les décharges illégales, les chiens errants ou encore le vandalisme. »

PROLINK réclame des assistants de prévention et de sécurité, qui signaleraient « amicalement mais fermement tous les comportements asociaux », et demande à la commune de compléter le cadre policier.

« Nous travaillons avec des policiers très efficaces, réplique le bourgmestre, ils sont parvenus à démanteler des bandes de voleurs et nos ouvriers communaux font des rondes incessantes. »

Des forces de police souvent sollicitées, en tout cas, pour contenir les débordements de trublions extrémistes dont Rik Otten tient à souligner qu’« ils n’ont vraiment rien à voir avec les gens de la commune, les gens paisibles du village… ».

Quatre francophones alliés aux Flamands

Avec 13 élus francophones (sur 15), dont les 3 opposants de la liste LB de 2006, et un collège homogène francophone, le bourgmestre FDF Damien Thiéry coule des jours paisibles dans l’assemblée locale. Avec sa nouvelle « Liste de votre Bourgmestre » (FDF-MR-PS-Ind.), la joute électorale s’annonce sans grosse surprise. Encore que…

La liste flamande LK 2000 (tendance CD&V), de 2006, a disparu, au profit d’une liste bilingue – PROLINK – tirée par l’un des 2 actuels élus néerlandophones, Eric De Bruycker, l’autre, Eric Kirsch étant à la 13e place.

Cette liste comporte 3 candidats francophones sur 15, au conseil communal, et 1 sur 9 pour le CPAS. Ils pourraient convaincre quelques électeurs francophones de tenter l’expérience bicommunautaire. « PROLINK est une alternative citoyenne de néerlandophones et de francophones dont certains sont membres de partis ou appartiennent à une mouvance politique, mais qui ne s’affirment pas en tant que tels », indique Rik Otten, son nº9.

Christophe Boulert, 3e de liste et premier francophone opine :

« Je vois dans PROLINK une alternative crédible à la liste du bourgmestre, un grand signe d’ouverture qui sort Linkebeek de son profil communautaire. Laissons cette politique-là se décider au niveau fédéral et concentrons-nous sur la gestion locale. »

Rik Otten complète : « Nous préférons la coopération au conflit, il faut que francophones et néerlandophones se rapprochent dans un village comme Linkebeek, un des échevins devrait avoir cette coopération dans ses attributions. Il faut aussi collaborer avec les communes voisines sans s’empêtrer dans des préjugés communautaires. »

Etre jugé sur sa gestion communale, telle est aussi l’ambition affichée du bourgmestre dont le programme ne comporte qu’une revendication à caractère communautaire : celle de voir chacun s’exprimer dans la langue de son choix, quelle que soit son appartenance linguistique.

Parmi ses priorités, la « Liste de votre bourgmestre » a placé la participation citoyenne dans les commissions de travail officielles (Sportraad, Gecoro) ou bénévoles (jumelages, brocantes et fêtes de village, etc.). Le soutien aux commerçants, une sécurité renforcée, une mobilité adaptée à la circulation de transit et une vie culturelle et associative en concertation avec les associations Holleken et Moelie, notamment.

« PROLINK, assure, de son côté Rik Otten, ne présente pas de programme communautaire, nos candidats s’investiront dans tout sauf dans un combat communautaire. Chaque Région a ses limites, il faut les accepter, les frontières peuvent apporter la paix si on sait vivre avec elles. Nous n’avons pas d’agenda caché. » Si PROLINK refuse de se prononcer sur un éventuel rattachement de Linkebeek à la Région bruxelloise (« Cela se décide ailleurs… »), la liste se dit toutefois favorable au maintien des facilités linguistiques.

Au cours de la prochaine mandature communale, l’équipe dirigeante portée par les urnes, à Linkebeek, devra sans doute moins batailler à l’interne qu’affronter une tutelle dont une des premières tâches sera de nommer le bourgmestre. A l’heure d’écrire ces lignes, les modalités d’envoi des convocations électorales (en néerlandais pour tous ou, plus probablement, dans la langue de l’électeur) n’étaient toujours pas arrêtées…

Michelle LAMENSCH
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