Grimbergen : la commune lutte contre la « tache d’huile »

Les francophones de Strombeek-Bever font de la résistance

Plusieurs mesures antifrancophones, prises par la bourgmestre Marleen Mertens, ont soulevé la polémique jusque dans les rangs flamands. Photo : Alain Dewez

Un panneau accroché à l’entrée de la piscine communale Pierebad l’annonce : « le flamand est la langue de la commune de Grimbergen. » A l’intérieur, la caissière suit les injonctions des autorités communales et se démène avec un garçon d’une dizaine d’années. Il veut acheter un billet d’entrée. Il lui fait signe qu’il en veut un avec son index et pose un euro sur le comptoir. Elle lui explique en néerlandais : « c’est 1,50 euro ». Il lui répond, un peu mal à l’aise et en français, qu’il veut « un ticket pour entrer ». Elle lui répète par deux fois, en néerlandais, que le ticket coûte 1,50 euro. Le garçon ne dit plus rien. La caissière jette un regard aux alentours, personne d’autre dans la file. Elle lui glisse en français : « c’est 1,50 pour le billet d’entrée ». L’enfant sort 50 centimes de sa poche et prend son billet.

Le Pierebad se trouve à Strombeek-Bever, une localité qui a été rattachée à la commune de Grimbergen en 1977. De nombreux francophones y vivent. Place Saint-Amand, au centre de Strombeek-Bever, on entend plus parler le français que le néerlandais. Isabelle et Philippe sont assis devant l’enseigne délavée du café Saint-Amand, ils vivent à Strombeek depuis plus de trente ans. Elle ne parle pas le néerlandais, lui est bilingue. « Ici les gens se côtoient sans problèmes. La serveuse du café est francophone, le magasin à côté, c’est un Flamand et le suivant est Chinois ».

« Incidents linguistiques »

Et pourtant les « incidents linguistiques » entre les autorités communales qui veulent « préserver le caractère flamand de la commune » et ceux qui continuent à parler le français dans cette partie de la périphérie ne sont pas rares. Fin 2011, la commune de Grimbergen invitait ses citoyens à dénoncer les commerçants qu’ils auraient entendu parler une autre langue que le néerlandais et à le signaler aux autorités communales. Cet appel avait soulevé les critiques de nombreux citoyens, de l’association des commerçants de Grimbergen et de l’Union flamande des entrepreneurs indépendants (Unizo). Suite à la polémique, la bourgmestre de Grimbergen, Marleen Mertens (CD&V), a finalement retiré l’appel à la délation du site internet de la commune.

Au mois de juillet 2012, le collège communal a décidé d’exclure le KFC Strombeek, un club de deuxième division provinciale, du conseil du sport de la commune de Grimbergen dont il était membre. Le club a été exclu pour usage excessif du français durant les entraînements des équipes de jeunes. « Comment peut-on demander aux entraîneurs de parler le flamand à des enfants qui parlent le français ? », soupire Philippe.

Pense-t-il que les francophones devraient faire un effort pour apprendre le néerlandais ? « Je parle le néerlandais, d’autres ne le parlent pas, du moment que l’on se comprend. Ce sont les gens de la commune et les politicards qui causent des problèmes. Ils s’agitent toujours à l’approche des élections. » Et Isabelle d’ajouter : « je n’irais pas à la maison communale sans mon interprète. »

Cheyenne KRISHAN
Cette entrée a été publiée dans Grimbergen, Région flamande, toutes les communes. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>