Ixelles : et si Decourty (PS) réussissait la passe de trois…

Dans une campagne à couteaux tirés, socialistes et libéraux partent avec les faveurs du pronostic

Atef Wahba, président de l'association des commerçants, se dit favorable à la création d'un semi-piétonnier chaussée d'Ixelles. Photo : D. Rodenbach

Et si Willy Decourty coiffait tout le monde sur le poteau ? Improbable ? Allez savoir car l’homme n’en serait pas à son coup d’essai. Douze ans que le socialiste est bourgmestre à Ixelles alors que sa formation n’est que la troisième force politique locale. Et que personne à l’époque n’aurait parié un kopeck sur son accession au mayorat.

Un petit retour historique s’impose pour comprendre. En 2000, la route est grande ouverte pour les bleus emmenés par Yves de Jonghe d’Ardoye qui sont persuadés de rester à la tête de leur bastion historique et ce même si le MR a perdu sa majorité absolue, les Ecolos s’offrant une impressionnante montée en puissance. Un accord est scellé entre De Jonghe et le PSC devenu CDH. Mais l’encre de ce pacte n’est pas encore sèche qu’elle va couler sur une tout autre feuille de route. Après des heures de négociations, CDH, Ecolo et le PS convolent et font pousser un olivier au nez et à la barbe du MR.

Et Decourty s’empare du mayorat. Une fois mais pas deux ? Eh bien, si. En 2006, le stratège socialiste va remettre le couvert en changeant simplement les convives invités à la table du pouvoir. Exit l’olivier (les relations du mayeur avec les verts ont été très tendues durant la législature), les socialistes alliés au MR formeront une assise de 27 élus sur 41 au conseil communal. Les premiers ont 9 sièges, les seconds en comptent le double mais qui va occuper le fauteuil mayoral ? Willy Decourty et ses 2.774 voix, pardi. Alors, jamais deux sans trois ? A la lecture du passé, l’hypothèse ne paraît plus si improbable.

Pour être honnête, la succession de Decourty par lui-même n’a rien non plus d’une évidence. Car, ne l’oublions pas, le MR emmené par Dominique Dufourny (2.661 voix) est et devrait sans conteste rester la force dominante en terre ixelloise. D’ailleurs, cette dernière l’annonce haut et fort : malgré la bonne entente affichée avec le partenaire PS durant six ans, elle est candidate bourgmestre. Et si l’ex-échevin des Finances Olivier de Clippele s’en est allé (lire infra), la liste libérale compte de nombreux poids lourds au box-office : Nathalie Gilson (1.792 voix), Yves de Jonghe d’Ardoye (2.324), la transfuge du FDF, Delphine Bourgeois (1.234). Ou encore le très imprévisible Alain Destexhe qui a déclaré sa flamme aux Ecolos lors du débat organisé ce mercredi sur lesoir.be et ce, alors que sa patronne a, elle, brandi le carton rouge « au parti qui nous a déclaré la guerre ».

Deuxième force politique en 2006 (avec 10 sièges), les verts sont solidement ancrés à Ixelles. Et eux aussi affichent la couleur : décrocher le mayorat, comme l’a d’ailleurs annoncé dans nos colonnes le candidat bourgmestre Yaron Pesztat. A-t-il pour autant la popularité nécessaire ? Une question d’image plus que de fond mais qui a toute son importance pour ce candidat (certes suppléant) qui fut élu en 2006 avec 246 voix. Jusqu’ici, il est resté plutôt discret dans cette campagne, tout comme Christos Doulkeridis, qui pousse la liste.

D’interrogations, il est aussi question du côté des FDF. Ou plutôt du côté de la liste Olivier de Clippele/FDF. Un drôle d’attelage, pour tout dire, avec un parti amarante qui a accueilli en son temps des cadors comme Antoinette Spaak. Et qui se retrouve aujourd’hui à la colle avec celui qui fut échevin des Finances avant de se voir retirer ses compétences pour avoir refusé de voter le budget. Notamment parce qu’il désapprouvait l’investissement « pharaonique » pour l’îlot communal (lire par ailleurs). Un gros faiseur de voix (1.695) mais qui reste affilié au MR. Belgicain, parfait bilingue, c’est lui aussi qui, en vue des dernières communales, avait suggéré d’accueillir des candidats VLD sur la liste MR avant d’être sèchement rappelé à l’ordre par les siens. Soluble dans le FDF ? A voir.

On l’a compris, les jeux sont extrêmement ouverts, ce qui explique au passage cette campagne féroce émaillée d’incidents, d’accusations et de coups de poignard malgré les appels au calme de façade. Bien intrépide celui qui se risquerait au petit jeu du pronostic. Mais refaisons les comptes. Même en alliant leurs forces, Clippele/FDF, Ecolo et les Centristes parviendront-ils à faire sauter la majorité actuelle ? On peut en douter, à moins d’un désaveu complet pour le PS et surtout pour le MR. Un scénario très hypothétique pour ce dernier qui, pour rappel, a recueilli à lui seul près de 45 % des suffrages ixellois en 2006 !

Finalement, le match ne se jouera-t-il pas au concours de voix de préférence entre Dufourny et Decourty qui, s’ils prétendent n’avoir passé aucun accord, ont affiché leur préférence : poursuivre le partenariat ? Reste alors à savoir à qui reviendrait le poste de bourgmestre. Traumatisé après six ans d’opposition, le MR l’a cédé en 2006 mais devrait cette fois s’y accrocher. A moins, peut-être, d’accepter de partager l’écharpe. Dans ce cas, pour réussir la passe de trois au mayorat, Decourty n’aurait d’autre choix que de se contenter d’un demi-mandat.

L’inconnue

Olivier de Clippele (et le FDF)

Mariage a priori saugrenu que celui-là. « Il s’agit d’élections communales et non communautaires », se défend le député et notaire qui est un faiseur de voix et fait du ramdam autour de l’îlot communal, son cheval de bataille. Suffisant pour peser sur les négociations à venir ? A voir car du côté FDF, on doute qu’Alain Back parvienne à faire oublier Delphine Bourgeois, partie au MR.

le poids lourd

Dominique Dufourny (MR)

La patronne des bleus s’est positionnée en faveur de la poursuite du partenariat avec le PS. Ses bouillants colistiers devraient l’aider à garder la suprématie dans ce bastion libéral. Une femme bientôt à la tête d’Ixelles, l’hypothèse est crédible. Le cas échéant, le tout est de savoir quand elle s’emparera de l’écharpe.

Le pari

Yaron Pesztat (Ecolo)

S’il a les épaules d’un chef de file, le numéro uno Ecolo en a-t-il pour autant la popularité ? Réponse ce 14 octobre pour le candidat mayeur qui emmène la 2e force politique du cru. Une formation qui ne pourra sans doute compter que sur le CDH et la liste de Clippele/FDF pour monter aux affaires, PS et MR ayant affiché de grandes réserves envers les verts. Même si, à entendre Alain Destexhe…

le stratège

Willy Decourty (PS)

Réussira-t-il la passe de trois ? Telle est la question. Ses chances apparaissent bien minces face à l’ogre libéral mais il compte bien en tout cas tenter de sauver son fauteuil, Willy, quitte à le céder en cours de route. Un scénario qui ne paraît pas si improbable sauf si le PS devait se prendre une raclée. Dans le cas contraire ? « Le MR reste le partenaire privilégié mais s’il devait se montrer trop gourmand et qu’il y a des alternatives, je ne pourrai pas empêcher mon parti d’aller voir ailleurs. »

Les enjeux du scrutin

L’îlot communal

C’est le dossier qui fâche et un des nombreux qui unit l’opposition : le projet de déconstruction/reconstruction de l’îlot communal est pharaonique et mettrait à mal les finances locales, tonne-t-elle en chœur. C’est LE cheval de bataille d’Olivier de Clippele, celui pour lequel il a refusé de voter le budget et pour lequel il ne désespère pas d’imposer une consultation populaire. La majorité, elle, défend son bébé. « On parle de 13 millions d’euros engagés sur 6 ans avec en outre plus de 4 millions de subsides, argue le bourgmestre Willy Decourty. Sans oublier les futures économies d’énergie mais aussi celles engendrées par la fin des locations de bureaux pour des services aujourd’hui installés à l’extérieur de la maison communale, soit plus de 8.000 euros par mois. Parler d’éventuelle hausse d’impôts pour les Ixellois, c’est de la désinformation. »

Du côté de l’opposition, on reconnaît que le bâtiment actuel est plus que vétuste. Mais tous les partis prônent la rénovation, beaucoup moins onéreuse. Soit 4,3 millions, avance Olivier de Clippele. « D’autant que la majorité parle aujourd’hui de 15 millions mais les rapporteurs au compte ont déjà souligné que chaque fois qu’Ixelles entreprend de grands travaux, les budgets initiaux sont doublés voire triplés », ajoute Julie de Groote (CDH). « Avec un record du monde pour les logements sociaux construits rue Gray dont le prix a atteint près de 300.000 euros », enchaîne l’Ecolo Yves Rouyet.

Les finances

Pour la majorité, on serait bien loin du marasme financier annoncé par l’opposition et ce malgré un budget 2012 prévoyant un déficit d’1,7 million. « Ixelles est une des dernières communes à ne pas être sous plan régional d’assainissement. Et nous avons aussi plus de 44 millions de réserves, nous sommes donc très loin de la faillite », dit la majorité. « Avec les projets en cours ou à venir, le bas de laine sera bientôt mangé », répond Olivier de Clippele qui parle, lui, d’un déficit de 4 millions pour 2012.

La chaussée d’Ixelles

Le réaménagement (et élargissement partiel) des trottoirs actuellement encours est jugé bien tardif. « A cause du laisser-aller durant 10 ans, on dirait une zone bombardée », dit de Clippele. Tardif et exemplatif d’une majorité « en conflit constant avec la Région ». Pour Ecolo, il faut aller plus loin et accepter le contresens bus en direction du centre. « Ce sera fait immédiatement si nous arrivons au pouvoir », promet Yves Rouyet. Dominique Dufourny, elle, défend les acquis. « Alors que la Région ne voulait rénover qu’une partie des trottoirs, nous avons obtenu que cela soit fait tout au long des chaussées d’Ixelles et de Wavre ».

Patrice LEPRINCE
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