Jette : la guerre des clans

La liste du bourgmestre  Hervé Doyen aborde les élections forte d’un pacte pour reconduire la majorité sortante.

Membre du comité de quartier des Jardins de Jette, Paul Verbruggen suit les avancées du dossier du tram 9

La fracture politique intervenue au cours de la législature qui s’achève marque la campagne électorale et l’avenir politique de Jette. On trouve d’un côté la liste du bourgmestre Hervé Doyen (CDH) ayant rendu public un accord reconduisant la majorité sortante (CDH-CD&V-Ecolo-Groen-MR-Open VLD-FDF), de l’autre le PS (allié au SP.A) et les nouveaux « libéraux », nés d’une scission du MR.

Les relations impossibles entre l’échevin PS Merry Hermanus et le maïeur Hervé Doyen se sont soldées, en 2009, par l’éviction du socialiste et l’entrée du MR dans la majorité. Un changement de camp des bleus qui laissera le chef de file de l’époque Jean Werrie sur le côté, rejoint par un autre conseiller, Charles-Henri Dallemagne. Ceux-ci font désormais campagne sous le label « Les Libéraux ». Monté au collège en 2006 avec sept sièges (sur les 35 que compte le conseil), renouvelant une alliance CDH-PS héritée de longue date, le parti socialiste espère, au sortir des urnes, peser davantage et modifier l’échiquier politique. Si aucun parti démocratique n’est exclu, le PS fait le pari d’écarter le bourgmestre Hervé Doyen et son échevin Paul Leroy (LB – indépendant). En face, le maïeur dit ne pas entrer dans ce jeu-là mais avoue ne pas envisager de travailler avec le parti socialiste tel qu’il est, aujourd’hui, à Jette.

Ce blocage pourrait-il faire émerger d’autres personnalités ? Si le candidat bourgmestre de la LB est bien Hervé Doyen, elle compte dans ses rangs d’autres candidats populaires, comme l’échevin des Sports Benoît Gosselin (CDH). En face, Merry Hermanus est absent de la liste PS, mais la tête de liste Mireille Francq n’est autre que l’épouse de l’ex-échevin, et ne se distancie pas des attaques portées par son mari à Hervé Doyen, note le maïeur. « Les libéraux » comptent bien emporter avec eux quelques-uns des 6 sièges gagnés à l’époque par le MR-Open VLD. Sans avancer d’exclusive, ils estiment cependant que « Jette a besoin d’un nouveau capitaine, pour un nouveau souffle », lâche Charles-Henri Dallemagne.

L’action sociale fait débat

En attendant, le capitaine préfère faire campagne sur le bilan de sa majorité. « Nous accompagnons l’augmentation de la population. Les places de crèches ont doublé, en novembre, nous démarrerons le chantier d’une nouvelle école. Les finances sont redressées, nous affichons désormais un boni, après 30 ans de mali ! » Une bonne nouvelle que l’opposition nuance, évoquant l’aide régionale, mais aussi des recettes irréalistes, issues de créances qui ne seront jamais couvertes, selon le PS. Un apport régional qui touche toutes les communes bruxelloises, répond Hervé Doyen. Et le chef de la majorité d’évoquer le renouveau de l’espace public : l’argent fédéral amené à la place Cardinal Mercier, l’argent régional pour l’avenue Charles Woeste, ou encore une trentaine de voiries rénovées. La majorité avance aussi l’augmentation du nombre d’assistants sociaux au CPAS, « tout en luttant contre la fraude sociale ». La tête de liste socialiste, Mireille Francq, y voit, elle, un « démantèlement du CPAS. Il y a eu un virage à droite ! Le CPAS est en boni, ce qui est une aberration vu la paupérisation de la population jettoise ! Ils ont une approche très restrictive de la loi qui régit l’action du CPAS ». La socialiste s’en prend encore à une gestion qu’elle juge chaotique, pour la propreté comme pour l’accompagnement des chantiers.

Charles-Henri Dallemagne, chef de la dissidence MR restée dans l’opposition, fusille la politique menée en matière d’emploi, dénonçant une certaine passivité jusqu’à l’ouverture de la maison de l’emploi en 2009 par Actiris, une matière jusque-là attribuée à l’échevin PS sorti depuis de la majorité, Merry Hermanus…

le favori

Hervé Doyen (CDH-LB)

A la tête de la commune depuis 1999, le bourgmestre sortant (3.311 voix en 2006) rempile pour un 3e mandat. La traditionnelle alliance avec le PS a volé en éclats, mais le maïeur s’appuie sur une nouvelle majorité.

La challenger

Mireille Francq (PS)

L’épouse de l’échevin évincé Merry Hermanus n’est pas une inconnue. A la tête du CPAS de Jette durant 10 ans, elle s’affiche candidate bourgmestre. Elle comptabilisait 1.159 voix en 2006.

le « libéral »

C.-H. Dallemagne (Libéraux)

L’ex-numéro 35 de la liste MR (202 voix en 2006) tire la liste née de la scission du MR, « Les Libéraux », restés dans l’opposition et forts de la présence de la machine à voix de l’époque, Jean Werrie (690 voix).

Le bleu

Geoffrey Lepers (MR)

Présent sur la liste MR en 2006 (168 voix), il tire la liste d’une section locale remodelée suite à la montée aux affaires et au départ d’une partie de ses membres. Le MR a signé un pacte pour reconduire la majorité.

les grands enjeux du scrutin

Le tram 9

Le dossier « à haute valeur démagogique » comme aime le qualifier Hervé Doyen, est hérité de la Région. Le maïeur estime avoir fait de ce caillou venu encombrer la chaussure des dirigeants jettois un atout. « Je rappelle que la Région a décidé, voici longtemps, de créer une ligne de tram Simonis-UZ. En 2008, elle a opté pour un trajet, passant par la place Reine Astrid. Nous avons obtenu une triple contrepartie : la réfection de l’avenue de Jette de façade à façade, la rénovation de la place Reine Astrid et la création d’un parking souterrain sous ladite place. » Une étude d’impact a été menée et prise en compte, un élément qui aura fait changer d’avis le bourgmestre de Jette, qui, en 2006, se posait la question de la pertinence de cette ligne et estimait la couverture bus pour relier Simonis et le Nord-Ouest de Jette suffisante, quitte à la mettre en site propre (Le Soir du 10 janvier 2006). Aujourd’hui, avec les garanties obtenues, Hervé Doyen défend le tram, et son tracé issu de l’étude. « Nous avons un engagement politique de la part de la Région. Les demandes de permis d’urbanisme sont bloquées, les trois demandes se feront simultanément », souligne le maïeur. Le dossier du tram fait effectivement du surplace à la Région. Au-delà des

élections ? « Nos demandes ont été entendues grâce à une bonne collaboration. » Et Hervé Doyen de railler ceux qui, dans l’opposition, assurent pouvoir faire changer la Région de plan. Le PS défend en effet un passage par l’avenue Poplimont, sur Ganshoren, et estime que la commune a les outils pour s’opposer à la Région et la Stib. Un PS qui accuse la majorité de mentir. Le tract programmatique 2012 – 2018 de la LB évoque, pour le parking souterrain, un « financement par la Région acquis ». Hervé Doyen parle, lui, d’un parking qui « devrait être financé soit par le public, soit par le privé ». Un courrier du ministre président Charles Picqué (PS), datant du 13 septembre 2012, stipule par contre, « qu’à ce stade, aucun accord formel n’est intervenu au niveau de la Région quant au financement du parking sous la place Reine Astrid. Seul le placement des voies du nouveau tram 9 fait l’objet d’un financement acquis (via Beliris, NDLR) (…) ». Près de 19,7 millions sont engagés. La Région prévoit, elle, deux tranches de 6 millions (2013 – 2014), pour les voiries.

La fiscalité

Quelle politique fiscale pour les Jettois ? L’opposition PS-Les Libéraux critique le bond effectué par les centimes additionnels au précompte immobilier, passés de 2.990 à 3.290, soit une hausse de 10 % sur 6 ans. « Sur une base cadastrale la plus basse de la Région », nuance Hervé Doyen, qui a préféré baisser l’IPP de 7,5 % à 7 %. « Cela touche les revenus, soit tous les Jettois, contrairement aux additionnels qui ne concernent que les propriétaires, qui pour une partie n’habitent pas la commune. »

 Marie DE SCHRIJVER

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