Bruxelles-ville : la majorité PS-CDH risque la rupture

Les socialistes sont tentés par un retour du MR

Jean-Claude est le patron du Metteko, à deux pas de la Bourse. Il est enthousiaste à l'idée de la mise en place d'un piétonnier : « une bonne chose pour le commerce ». Photo Alain Dewez

Une campagne n’est décidément pas l’autre. En 2006, dressant le bilan de son Olivier avec les partenaires CDH et Ecolo, le bourgmestre Freddy Thielemans (PS) se félicitait du pouvoir d’attraction retrouvé de la Ville, passée, en une législature, de 134.000 à 145.000 habitants. Six ans et plus de 20.000 habitants plus tard, c’est le même Freddy Thielemans qui se demande si, intellectuellement, on ne pourrait pas aborder la question du contrôle des naissances.

On ne répétera jamais assez : il s’agit d’une réflexion personnelle du bourgmestre et non d’une proposition venant s’ajouter aux 1.000 autres – bien 1.000 ! – du programme du PS, mais elle illustre bien les enjeux auxquels sont confrontées les autorités publiques de la Ville, que l’on aborde la question du logement, de l’école, de la mobilité, de l’emploi ou même de la sécurité. Avant de passer à la caisse le 14 octobre, la ministre de l’Intérieur et tête de liste CDH (ou l’inverse), Joëlle Milquet, a d’ailleurs jeté dans son caddy une nouvelle proposition témoin de cette problématique : la révision à la hausse, pour Bruxelles, de la norme KUL, qui fixe le nombre d’agents de police en fonction des nouveaux chiffres de population.

Du reste, alors que la Ville a construit 1.250 logements, les deux partenaires annoncent vouloir poursuivre l’effort : le PS parle d’accroître l’offre de 850 unités supplémentaires, tandis que le CDH avance, lui, le chiffre de 1.500 nouveaux logements… accompagnés des équipements collectifs nécessaires. Cette fois. « Je rappelle que c’est le CDH qui était en charge de l’échevinat du Commerce », rappelle le président du CPAS, Yvan Mayeur (PS), qui a coordonné le plan 1.000 logements (critiqué par l’opposition MR-FDF-Ecolo aussi pour cette raison) et qui est pressenti pour succéder à Freddy Thielemans en cours de mandat si le PS garde le mayorat. Selon le mandataire socialiste, « il est aussi faux de dire que nous n’avons pas songé aux crèches, mais nous avons aussi parfois dû faire face à des réflexes Nimby (Not in my back yard : pas dans mon arrière-cour) de certains habitants ».

Quant au métro, alors qu’on parle aujourd’hui de le prolonger vers Schaerbeek, il rappelle que « cela fait six ans » qu’il plaide pour qu’il desserve Neder-over-Heembeek et que « le CDH y était à l’époque opposé ». En la matière comme ailleurs, Yvan Mayeur n’est pas le moins critique sur le bilan du partenaire humaniste. Une manière pour le PS d’assumer la totalité de l’héritage de 6 ans de cohabitation parfois difficile. Tour à tour, ces dernières semaines, le PS est sorti pour fustiger l’immobilisme du CDH en matière de culture, de mobilité – « on ne fait pas des plans de mobilité uniquement pour réduire la circulation automobile mais intégrer la dimension commerces et entreprises » – et d’emploi – « un échec de cette législature ». Autant de flèches brisées par Joëlle Milquet et l’échevin Hamza Fassi-Fihri (Culture et Emploi), convaincus du bilan de l’équipe CDH et plus encore de la nervosité qui s’emparerait du partenaire à l’approche du scrutin. En réalité, on ne sait pas qui est le plus inquiet.

Avec 18 conseillers communaux contre 10 au CDH, le PS semble dans un fauteuil, aussi forcément mayoral. Mais alors que la volonté était claire, en 2006, de reconduire l’Olivier, orphelin de la branche écolo après que Durant (Ecolo) a mangé l’accord avec Onkelinx pour sceller une alliance avec le bourgmestre Clerfayt (FDF) à Schaerbeek le soir des élections, chacun – le PS surtout – annonce qu’il ira les mains libres au scrutin. Mais, une nouvelle fois, le PS aura à nouveau un œil du côté Schaerbeek, s’il reste en position de force pour mener une nouvelle majorité.

Car si Denis Grimberghs confirme sa volonté de faire monter le CDH dans l’attelage Clerfayt-Durant, confinant de facto le PS de la vice-Première PS Onkelinx dans l’opposition, c’est une autre vice-Première, CDH celle-là, qui risque, ici, d’en payer les conséquences. À moins que le Premier, Elio Di Rupo, ne vole à son secours ; le patron du CDH, Benoît Lutgen, ne semblant pas pressé de faire entendre raison à Denis Grimberghs. On sait aussi que, à Bruxelles, comme ailleurs, excepté l’une ou l’autre posture matamoresque de certains de leurs représentants, le PS et le MR ont retissé des liens. A moins que l’affaire Irisport ne vienne contrarier des amourettes éternellement renaissantes.

Les principaux enjeux du scrutin

Le « succès » du CPAS

En six ans, le budget du CPAS de la Ville a augmenté de 50 %, alors même que le pourcentage de la dotation Centre public d’action sociale dans le budget Ville restait constant. Le nombre de bénéficiaires du CPAS est passé, entre 2006 et 2011, de 15.966 à 18.847. « Si on ajoute les 16.942 demandeurs d’emploi inoccupés, cela signifie qu’il y a aujourd’hui 35.000 pauvres à Bruxelles », s’inquiète Yvan Mayeur. On ne parle même pas du nombre de bénéficiaires de l’aide médicale qui a, lui, quasiment doublé en cinq ans (10.005 en 2011). « Parmi les gens qui frappent à la porte du CPAS, il y en a de plus en plus qui ont un travail », précise le président PS du CPAS. L’avenir n’est guère rieur. On risque de se presser encore plus aux portes du CPAS de Bruxelles dans les mois qui viennent. En plus de la crise qui continue à frapper durement, la révision des conditions d’accès au chômage (dégressivité des allocations, exclusion plus rapide…) enverra une série de chômeurs vers les CPAS, avec d’évidentes conséquences sur les finances communales dès 2015 (accroissement de l’aide sociale, nombre des revenus d’intégration sociale…).

Le boom démographique

Actuellement, la commune compte 168.230 habitants (1er janvier 2012). Entre 1999 et 2009, le taux de natalité a grimpé de 48 %. On annonce près de 200.000 habitants d’ici 2020. La question est revenue à la une de l’actualité à la faveur de la « sortie » du bourgmestre Freddy Thielemans, concernant la question du contrôle des naissances. Une progression qui suppose une série d’aménagements, en matière de logements ou d’écoles, notamment. Lors de la législature précédente, la Ville a investi dans la construction de plus de 1.200 logements publics et de près de 1.000 places dans les crèches et dans les écoles. La prolongation et l’accélération de cette politique d’investissement figure d’ailleurs comme l’une des priorités du programme du PS.

Chassez la voiture que je ne saurais voir

Le programme du duo PS-CDH était très ambitieux en matière de mobilité. Une fois encore, sur ce plan, on ne peut pas dire que la majorité puisse se targuer d’un bilan très brillant. En 2006, le PS disait que c’était la faute de l’échevin Decloux (Ecolo). Cette fois, c’est l’immobilisme du CDH qui est pointé du doigt et notamment la frilosité de l’échevin Ceux, qui a fait un passage sur la pointe des pieds au Sablon, que l’on annonçait piéton, ou qui a été chassé du bois de la Cambre, qui devait être en partie fermé à la circulation automobile. Qu’importe. Une idée chassant ou rattrapant l’autre, l’ensemble des formations annoncent, bis repetita, un plan ambitieux pour, selon l’expression consacrée, « rendre la ville à ses habitants ». Dans la foulée des pique-niques estivaux, l’essentiel de la communication s’est concentré sur l’annonce du futur réaménagement des boulevards du centre. Le FDF dit ne pas y être opposé, mais demande qu’un renforcement des transports en commun et la mise en place de parkings de dissuasion précèdent la mise en piétonnier d’une partie des boulevards.

Fabrice VOOGT
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