Schaerbeek : trio de papier

L’alliance pourrait vaciller dans les urnes

Il s’en casse de la vaisselle dans l’arrière-cuisine de Schaerbeek. Six ans que ça dure : depuis, un soir d’octobre 2006, lorsqu’Isabelle Durant a préféré « respecter le choix de l’électeur », qui la poussait, disait-elle, dans les bras de Bernard Clerfayt, quand Laurette Onkelinx pensait que fiançailles signifiaient mariage. Il faut dire que la liste du bourgmestre avait fait un carton – à lui seul, Bernard Clerfayt avait récolté 12.654 voix, soit plus que le PS dans son ensemble. Un PS pourtant en nette progression puisque passé de 5 à 13 sièges. Insuffisant pour Isabelle Durant. Elle a jugé, alors, que la majorité PS-CDH-Ecolo à laquelle la néo-Schaerbeekoise rêvait était trop fragile (24 sièges sur 47). Difficile à contester.

En attendant, l’accord mangé par la toujours tête de liste Ecolo continue de peser sur l’estomac de sa meilleure ennemie, Laurette Onkelinx. L’alliance, signée avant la confection des programmes, entre Ecolo, la liste du bourgmestre (entre-temps délestée d’une partie des élus MR) et le CDH (opposition) n’a pas aidé à rétablir la ligne. Depuis peu, on sait même qu’elle est, pour cette législature, définitivement coupée : Isabelle Durant a dit que ce serait le pouvoir avec la liste du bourgmestre et le CDH ou rien du tout – lisez l’opposition.

Le CDH dans un fauteuil

En théorie, le trio hétéroclite est appelé à régner. En cas de copier-coller des votes de 2006, la majorité actuelle, tenant compte du départ de 4 MR et de l’arrivée de 5 CDH, compterait 29 sièges, soit un de plus que les 28 actuels, sur 47. Sauf que, ce genre de calcul à Schaerbeek aujourd’hui tient plus de la numérologie que de la pure logique mathématique. D’abord parce que, outre le fait que les Schaerbeekois de 2012 ne sont plus ceux de 2006 – ils sont plus de 15.000 de plus et pas nécessairement prêts à voter pour les mêmes. Ensuite, avec le départ de l’échevin de l’Instruction publique, Georges Verzin (MR), c’est tout simplement le deuxième faiseur de voix (1.906) de la liste du bourgmestre qui s’est fait la malle. Enfin, alors que, on l’a dit, Ecolo exclut toute alliance avec le MR ou le PS, ses deux partenaires n’ont, eux, prudemment, pas fait dans l’anathème. Certes, Clerfayt ne manque pas de dire et redire publiquement tout le mal qu’il pense de la vice-Première ou de se désolidariser de son ex-ami Verzin ; mais on n’a jamais cru non plus que les majorités se faisaient sur les plateaux de télévision.

Il n’empêche, l’électeur comprendrait mal que tout ceci ne fût qu’un écran de fumée. Et le troisième partenaire, le CDH, il dit quoi ? Rien. En tout cas rien qui fâche. On dit de son chef de groupe, Denis Grimberghs, qu’il est le meilleur conseiller communal. Depuis quelques mois, il apparaît aussi comme le plus malin.

Reconnu pour avoir mené l’opposition la plus constructive, il a choisi, voici quelques mois, avec son groupe, de sceller une alliance avec la majorité, se distanciant de facto du PS, au grand dam de Joëlle Milquet, inquiète de subir les représailles de son allié socialiste à la Ville. En réalité, Denis Grimberghs s’est fait plaisir en réglant un vieux contentieux avec Joëlle Milquet et n’a, semble-t-il, subi aucune remontrance de son président, Benoît Lutgen.

Depuis, le chef de file du CDH n’a pas cessé de répéter son engagement : il est lié à Clerfayt et à Durant, pour monter dans la majorité, si l’électeur le décide. Et si l’électeur ne le décide pas ? Denis Grimberghs ne le dit pas franco, mais il pourrait alors construire une majorité alternative, avec le MR et le PS. À 55 ans, le chef de groupe CDH rêve d’enfin monter dans l’exécutif de sa commune.

Car, bien que partenaire virtuelle de la majorité, sa formation paraît également soluble dans une tripartite avec le MR et le PS, avec lequel on note d’ailleurs une série de convergences programmatiques. Qu’il s’agisse de construction de logement public – le CDH plaide, comme le PS, pour doper la construction de logements publics – ou de politique de stationnement, Denis Grimberghs ne se prive d’ailleurs pas de critiquer le bilan de la majorité. À force, il finirait par rendre Bernard Clerfayt nerveux, même si avec ses 5 sièges, le CDH paraît devoir se contenter de faire l’appoint. Comme le PS à Ixelles en 2000 ? Avec 7 sièges sur 41, c’est pourtant lui, en la personne de Willy Decourty, qui avait, à la surprise générale, obtenu le mayorat.

Fabrice Voogt
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Une réponse à Schaerbeek : trio de papier

  1. Observateur BXL dit :

    Le FDF a travaillé 12 ans pour reconstruire Schaerbeek et la souris PS veut lui ravir le fromage… Minable, si le cdH ose se prêter à une telle arnaque aux électeurs !

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