Mons : le chef-lieu de province va vivre une mandature très particulière

Maurice Lafosse devant l’hôtel de ville qu’il occupa entre 1988 et 2000. L’ancien bourgmestre conserve un regard aiguisé sur sa ville et son avenir. Il a posé des questions aux quatre têtes de liste à la demande du « Soir ». © avpress.

Pas de surprise : lorsque Maurice Lafosse, bourgmestre de la ville de 1988 à 2000, est invité par Le Soir à interroger les têtes de liste aux communales, Mons 2015 lui vient immédiatement à l’esprit.

La future mandature de six ans sera tout entière tournée vers cette échéance historique qui verra le chef-lieu du Hainaut se parer du titre très enviable de capitale européenne de la culture.

Avant l’échéance ? Ce sera l’heure des grands chantiers et de la course aux inaugurations : nouvelle gare, musée des Beaux-Arts, palais des congrès, centre d’interprétation de la Ducasse… L’heure de la mobilisation, aussi. Comment faire pour que l’événement suscite autre chose qu’un « frémissement » parmi les habitants et les artistes ?

En 2015 ? A deux ans de l’échéance, la chape de plomb qui pèse sur le programme devient insupportable. Les Montois attendent autre chose qu’une expo de prestige, des sons et lumières et des défilés peuplés de créatures géantes et étranges.

Après l’événement ? Tous les candidats sont d’accord : on fait quoi le 1er janvier 2016 ? La capitale européenne devra rayonner sur la ville, ses habitants, ses commerces et ses entreprises, une fois le rideau tombé. Là se situera le véritable débat politique en vue des communales de 2018.

L’enjeu du scrutin de ce 14 octobre ? Comme à la veille d’un match des Diables rouges, la composition de l’équipe et sa disposition tactique. Défensive ou offensive ? Active au centre ou préférant les ailes droite et gauche ?

Une seule certitude : le « vrai » patron restera Elio Di Rupo, Premier ministre, bourgmestre en titre et tête de liste du PS. Mais il est acquis que ce maître à jouer ne débutera pas la partie pour cause de transfert au « 16, rue de la Loi ». Voilà bien la grosse inconnue à Mons : qui sera sélectionné pour animer l’équipe ?

La question n’a rien de protocolaire. Elio Di Rupo sera pleinement de retour à Mons quand il ne sera plus Premier ministre. En théorie, cela nous mène aux élections de juin 2014. Ajoutez les prolongations (affaires courantes, négociations…) et nous voilà… en 2015. Le substitut devra avoir les épaules solides.

Les voix de préférence seront déterminantes. Marc Barvais, bourgmestre ff sortant, a donné satisfaction. Mais il ne représente pas l’avenir et on parle de lui comme gouverneur de province. Après un long échauffement, l’heure de Nicolas Martin (36 ans) a sans doute sonné.

Le choix de la jeunesse serait d’autant plus judicieux que les adversaires du PS n’ont pas perdu leur temps : tous ont résolument opté pour la nouvelle génération.

Le CDH a gardé sa confiance à Savine Moucheron (35 ans) qui a pris de l’assurance depuis qu’elle est députée wallonne. Le MR a fait un choix audacieux en choisissant Georges-Louis Bouchez (26 ans) comme chef de file. Idem chez Ecolo avec Charlotte De Jaer (30 ans). On peut même ajouter John Joos (36 ans) qui mène la liste Citoyen.

Bref : en fin d’année, les trentenaires pourraient bien être au pouvoir à Mons. Dans quelle configuration ? Une alliance PS-MR qui a douze ans d’expérience ? C’est à voir. Le CDH (5 sièges en 2006) rêve de doubler le MR (7) pour s’imposer comme partenaire du PS.

ERIC DEFFET

Les questions de Maurice Lafosse

Elio Di Rupo (PS)

L’opération Mons 2015 ne devrait-elle pas servir de détonateur pour la création d’une vraie « Région de Mons » ?

Mons 2015, pour lequel j’ai travaillé d’arrache-pied, est une opportunité exceptionnelle de développement pour Mons et sa région. Associer les communes du Borinage est une priorité et déjà une réalité. Un comité de villes partenaires existe. Nous développons évidemment avec les communes du bassin montois des relations privilégiées.

Les citoyens réclament, à juste titre, plus de vrais agents de quartier sur le terrain. Quelles sont vos propositions ?

D’abord, l’engagement de 60 policiers supplémentaires d’ici à 2015, qui est décidé. Nous avons en outre travaillé au fonctionnement de vrais agents de quartier, clairement identifiés, qui vont chez le citoyen et non l’inverse. Nous voulons aussi poursuivre le recrutement et la formation des gardiens de la paix.

Georges-Louis Bouchez (MR)

L’opération Mons 2015 ne devrait-elle pas servir de détonateur pour la création d’une vraie « Région de Mons » ?

C’est une super-occasion pour rassembler toute une région derrière un projet commun. Mais cela ne pourra marcher que si on fait appel aux créateurs locaux et régionaux. Il ne faut pas que Mons 2015 soit un événement de prestige qui aurait pu se faire partout ailleurs.

Comment rencontrer la mixité sociale dans le logement locatif public ?

En mélangeant le logement social et le logement moyen. Mais ça ne suffit pas : on ne ferait que mettre des maisons, des immeubles et des gens les uns à côté des autres. Il faut privilégier les actions communes entre tous les habitants d’un quartier, les jardins communautaires par exemple, et favoriser ainsi l’entraide.

Savine Moucheron (CDH)

L’opération Mons 2015 ne devrait-elle pas servir de détonateur pour la création d’une vraie « Région de Mons » ?

Bien sûr ! C’est une opportunité pour Mons, je veux dire le « Grand Mons », pour le Borinage, et même au-delà. Veillons toutefois à ne pas exagérer l’impact possible : la comparaison avec Lille 2004 est très audacieuse. Mons est une ville de 93.000 habitants. Mais oui, Mons 2015 doit avoir un effet de drainage social et économique pour toute la région.

La mobilité concerne aussi les anciennes communes comme Jemappes ou Flénu. Que proposez-vous ?

Un plan de mobilité à l’échelle de toute l’entité, plutôt que des mesures ponctuelles. La rénovation de l’avenue du Champ de Bataille qui mène à Jemappes, c’est très bien, mais il n’y a pas de place pour les cyclistes. Ce n’est pas normal. La circulation entre les villages doit être favorisée, sans passage presque obligé par la ville.

Charlotte De Jaer (Ecolo)

L’opération Mons 2015 ne devrait-elle pas servir de détonateur pour la création d’une vraie « Région de Mons » ?

Mons 2015 doit se développer avec les Montois, les Borains, leurs acteurs culturels, leur patrimoine. Il faut donc avancer avec l’ensemble des communes de Mons, du Borinage et des Hauts-Pays. La réflexion à l’échelle d’une région vaut d’ailleurs pour d’autres domaines dont la mobilité.

Que préconisez-vous pour diminuer voire supprimer les incivilités urbaines ?

Eduquer, prévenir mais aussi sanctionner. Nous proposons la création d’une cellule de policiers formés au droit de l‘environnement et chargés de développer des stratégies d’identification des délinquants en la matière, en collaboration avec les communes. En appliquant le principe du pollueur-payeur voire du pollueur-nettoyeur.

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