Pour gagner l’élection générale du 6 novembre, les candidats devront parvenir à rallier à leur cause l’électorat féminin, qui représente plus de la moitié des suffrages. Mais à ce jeu-là Romney est loin derrière le président démocrate, suite au virage très conservateur qu’ont pris les primaires républicaines.
Barack Obama a plus de succès auprès des femmes que Mitt Romney. Il ne s’agit pas ici de l’avis d’un magazine de mode mais bien du résultat du dernier sondage national commandé par CNN. Au sein de la gente féminine, l’écart entre les deux adversaires se creuse énormément jusqu’à atteindre 16 points, soit 55 contre 39%. Le constat est sans appel: les femmes plébiscitent largement Obama face au champion républicain.
La surenchère conservatrice
Romney semble bel et bien payer les pots cassés d’une campagne des primaires qui s’est jouée très à droite, pour courtiser les militants les plus conservateurs du parti. Les différents prétendants à l’investiture, Santorum en tête, n’ont cessé de surenchérir sur des questions de société, en défendant des positions toujours plus radicales sur les méthodes de contraception et sur le droit à l’avortement.
Les nombreux débats télévisés où les candidats rivalisaient sur des thèmes conservateurs, semblent avoir effrayé une bonne partie de l’électorat féminin. Car si aujourd’hui l’avortement est légal aux États-Unis, rien ne garantit qu’il le reste à l’avenir. Nombre de « pro-life » remettent en cause le rôle de l’état dans le contrôle des naissances et militent aujourd’hui pour retirer aux femmes le “droit de choisir”. L’objectif final de ce mouvement rétrograde étant d’abroger le fameux décret « Roe V. Wade », qui assure la légalité de l’avortement depuis 1973.
A chaque élection le sujet fait polémique mais lors des primaires républicaines, ce débat a véritablement monopolisé la scène politique, en occultant même les thèmes économiques. Conséquence directe: le corps électoral féminin penche nettement plus aujourd’hui en faveur du président démocrate.
Ann Romney: l’atout charme
Débarrassé de l’exercice des primaires, Mitt Romney a d’ores et déjà lancé sa campagne générale et vise à réduire au plus vite le fossé électoral qui le sépare de Barack Obama.
Afin de séduire la gente féminine, l’ancien gouverneur du Massachusetts utilise sa carte maitresse : son épouse de longue date Ann Romney.
Parfaite incarnation des valeurs familiales, le crédo républicain par excellence, la seule femme du clan Romney a élevé les cinq fils du couple. L’amour de jeunesse de Mitt s’avère aussi être une battante, à l’image des combats personnels qu’elle a mené contre la sclérose en plaques et le cancer du sein.
La famille parfaite
Atout majeur pour la campagne, Ann Romney contribue surtout à casser l’image froide du favori républicain. Surnommé « candidat robot » par la presse américaine, le mormon a du mal à se défaire de son apparence de multimillionnaire coupé des réalités.
Grâce à sa femme, à laquelle des millions d’Américaines peuvent s’identifier, le favori républicain endosse de plus en plus l’image du candidat présidentiable. Depuis quelques temps, son équipe de campagne diffuse des montages d’archives vidéos afin de mettre en avant cette dimension familiale.
Le message est clair : Mitt Romney est plus qu’un businessman à succès et qu’un ancien gouverneur de talent. C’est aussi un mari aimant et le père idéal que tous les enfants rêvent d’avoir. A la manière de Charles Ingalls dans la petite maison dans la prairie…
Scandale Rosen
Ann Romney a très envie de poser ses valises à la Maison Blanche et est prête à monter sur le devant de la scène pour y parvenir. L’occasion parfaite s’est présentée récemment avec la gaffe commise par Hilary Rosen, une lobbyiste étiquetée démocrate.
Lors d’une interview sur CNN, elle a déclaré qu’Ann Romney, “n’avait jamais travaillé un jour dans sa vie“…
Saisissant la balle au bond, l’épouse du favori républicain a fait la tournée des plateaux TV, s’estimant insultée par ces propos. A l’instar de “toutes les mères qui décident de rester à la maison afin d’élever leurs enfants“.
Guerre aux femmes
Mitt Romney en rajoute une couche en qualifiant de « guerre aux femmes » l’attitude des démocrates qui critiquent les femmes aux foyers.
Reprenant à son compte l’expression qui désignait jusqu’alors les attaques républicaines à l’encontre des femmes pratiquant l’avortement. Un renvoi d’ascenseur destiné à redorer son image de grand défenseur des femmes.
Stratégie de campagne
L’administration Obama prend rapidement ses distances par rapport à Hilary Rosen puis Michelle Obama s’en mêle en précisant sur son compte Twitter que “toutes les femmes travaillent dur et que toutes les femmes méritent d’être respectées”. Afin d’étouffer le scandale, la lobbyiste a finalement présenté ses excuses à la femme du favori républicain.
Bref, la polémique semble désamorcée mais elle a eu le mérite de lancer véritablement Ann Romney sur le devant de la scène politique. Car derrière ses airs de femme au foyer, la meilleure alliée de Mitt Romney se révèle fin stratège. Lors d’une soirée de collecte de fonds en Floride, où les journalistes n’avaient pas accès, une indiscrétion a révélé le fond de sa pensée. Abordant la critique d’Hilary Rosen dont elle a fait l’objet, elle a estimé que “c’était un cadeau d’anniversaire avant l’heure “. Maintenant que ses enfants sont grands, Ann Romney semble s’être trouvé un travail sur mesure. “Première Dame” ça donne toujours bien sur un CV.





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