A six mois du scrutin, tous les coups sont permis dans cette campagne qui s’annonce d’ores et déjà agressive. Dernière stratégie en date: séduire les “amis des chiens”, un groupe électoral pour le moins inédit mais qui risque de peser dans la course à la Maison Blanche.
L’affiche du 6 novembre étant désormais officielle, les équipes des deux camps peaufinent leurs stratégies de dénigrement de l’adversaire. Le passé des deux candidats est passé au peigne fin et la moindre “casserole” détectée se transforme en arme de campagne. Après un affrontement concernant les épouses, c’est à présent au tour des animaux domestiques. Ainsi, un voyage familial du clan Romney qui remonte à une trentaine d’années, provoque encore aujourd’hui des remous dans la campagne présidentielle…
En 1983, Mitt Romney alors âgé de 36 ans, décide d’emmener toute sa tribu en vacances. L’idée est de voyager par la route depuis leur domicile de Boston au Massachusetts, jusqu’au Canada voisin, où ses parents possèdent une propriété au bord du lac Huron. Le patriarche embarque sa douce moitié et ses cinq fils dans le break familial mais très vite un problème se pose. Il n’y a pas assez de place dans la voiture pour Seamus, le setter irlandais de la famille. Mitt ne se laisse pas abattre et trouve une solution en fixant une cage sur le toit du véhicule pour y installer son compagnon à quatre pattes. Et le voyage peut commencer, soit une douzaine d’heures de route…
Étrangement, le canidé n’apprécie que moyennement la balade et est soudain victime de diarrhée. Lorsque les enfants aperçoivent, horrifiés, les traces de la crise d’angoisse de leur toutou, s’écoulant le long de la vitre arrière, ils préviennent papa Romney. Sans broncher, celui-ci prend une nouvelle fois les choses en main. Il se gare à une station-service et à l’aide d’un tuyau d’arrosage nettoie du même coup la voiture et le pauvre Seamus. Un bel exemple de gestion de crise version Mitt Romney. Après cet escale, la famille reprendra la route jusqu’à destination…
Cette anecdote familiale pour le moins étonnante a fait surface pour la première fois lors de la campagne des primaires républicaines de 2007. Afin d’illustrer le côté pratique de son père, Tagg, l’ainé des garçons, a détaillé à un reporter du Boston Globe ce périple familial. Si les admirateurs du candidat y trouvent une nouvelle preuve de son pragmatisme, ses détracteurs estiment que ce geste est celui d’un individu sans cœur. Souvent critiqué pour son image froide de businessman impitoyable, de requin de la finance, l’épisode du “chien sur le toit” n’améliore pas vraiment l’image du candidat.
Interrogé sur ces faits lors d’une interview, le favori républicain ne s’est pas du tout excusé de son comportement mais a au contraire minimisé l’incident en expliquant que son geste ne visait que le confort du canidé. Il avait plus de place sur le toit que dans la voiture avec les cinq enfants! Romney précisera même en souriant que “Seamus avait adoré le voyage… “. Curieuse façon d’exprimer sa joie.
Cruel et inhumain
Comme le rappelle le journaliste, transporter de cette façon un animal domestique est considéré, selon les lois en vigueur au Massachusetts, comme un traitement cruel et inhumain. En tout cas, tel est l’avis des associations de protection des animaux, qui ne tardèrent pas à réagir. Durant les primaires républicaines, des militants déguisés en chiens sont ainsi venus perturber plusieurs meetings du candidat en “aboyant”. Plusieurs sites internet ont aussi été créés, le plus célèbre étant “Dogs against Romney” qui entretient la polémique à l’encontre du “cruel Mitt”.
Le groupe compte déjà plus de 53.000 sympathisants sur Facebook et propose, business oblige, de nombreux produits dérivés. Des t-shirts aux slogans évocateurs “Je ne suis pas un bagage”, “Je voyage à l’intérieur”, qui rappellent l’épisode de Seamus, le “meilleur ami” de Romney…
Récupération démocrate
Le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres et cette règle s’applique particulièrement en politique. La mésaventure de la famille Romney est aujourd’hui récupérée par l’équipe de campagne du président démocrate, qui profite de l’aubaine pour souligner à quel point Obama s’occupe bien de son chien. C’est pourquoi devant les photographes, il n’hésite jamais à afficher sa relation très complice avec “Bo”, le chien le plus célèbre du pays.
Dans la même optique, David Axelrod a commenté sur Twitter un cliché du président accompagné de son compagnon canin dans une limousine. “Voilà comment les maîtres aimants transportent leurs chiens…” précise cyniquement le stratège démocrate. Une pique directe à l’attention de Romney !
Si le sujet peut paraitre léger, la stratégie de séduction des “amis des chiens” peut s’avérer une arme de campagne redoutable. Ainsi, selon une étude récente, plus de 78 millions de chiens vivent aux États-Unis. Ce qui représente, selon les sources, entre 35 et 46 millions de foyers américains !
Alors que les stratèges politiques visent habituellement des groupes électoraux en fonction de leurs caractères ethniques (latinos, asiatiques, afro-américains,…), religieux (évangélistes, juifs, mormons,…) ou professionnels (indépendants, ouvriers,…) cibler le groupe hétéroclite des “propriétaires de chiens” est pour le moins inédit. Mais difficile de savoir dans quelle mesure le “facteur canin” pèsera sur le choix présidentiel…
Du chien au menu !
Alors qu’il remportait haut la main le “vote canin”, le président démocrate subit à présent une contre-attaque républicaine. En fouillant le passé de Barack Obama, l’équipe de campagne de Romney a mis en exergue une petite phrase écrite dans son récit autobiographique. Dans un passage extrait des “rêves de mon père”, le jeune Barack qui n’est alors qu’un enfant, compare différentes plats lors de son séjour en Indonésie. La sauterelle grillée qui s’avère assez croquante, la viande de serpent plus coriace et la viande…de chien !
La petite phrase refait soudain surface et le camp républicain s’insurge à l’unisson de cet acte qualifié de “barbare”. Le message est lancé : “Au fond, Romney n’a fait que mettre son chien sur le toit de sa voiture, pas dans sa bouche… “. L’ancien candidat John McCain commente sur son compte Twitter une photo du chien de son fils en précisant à Obama que “ce chien ne se trouve pas sur le menu“. Une idée reprise par de nombreux militants qui diffusent des recettes de chien qui pourraient plaire à Obama ou des photos de leurs compagnons à quatre pattes avec la mention “SVP Monsieur le Président, ne me mangez pas” !
Lors du souper annuel des correspondants de presse à la Maison Blanche, Obama n’a pas manqué d’attaquer son rival républicain sur le sujet, avec un montage parodique (ci-dessous, à partir de 11’55). Après le festival de blagues du président démocrate, l’excellent humoriste Jimmy Kimmel s’en est donné à cœur joie sur le même thème (à partir de 11’38), en s’attaquant à “Obama le mangeur de chien” et à “Romney le maître cruel”. Le comédien s’en prend aux deux rivaux de la présidentielle d’un seul coup, en prétextant reprendre des conseils d’Uggie, le chien du film the Artist: “Si Romney t’invite à faire un tour en voiture, prends un flingue. Si Obama t’ennuie, cours aussi vite que tu peux… “









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