En se déclarant en faveur du mariage homosexuel, Barack Obama continue de creuser le fossé qui le sépare de son rival républicain. A moins de six mois du scrutin, ce volte-face n’a rien d’un hasard mais résulte au contraire d’une stratégie politique mûrement réfléchie.
Le 9 mai dernier, Barack Obama a lâché une véritable bombe lors d’une interview pour la chaine ABC. En se déclarant “à titre personnel” en faveur du mariage des couples du même sexe, il est devenu le premier président américain à prendre parti publiquement en faveur de ce sujet très controversé. Les réactions des associations militantes et des médias n’ont pas trainé, transformant instantanément Obama en la “nouvelle icône de la cause homosexuelle”.
“Obama : le premier président gay”, a titré Newsweek d’après un article d’Andrew Sullivan, journaliste-écrivain-blogueur ouvertement homosexuel, qui compare la déclaration du président démocrate au mouvement pour les droits civiques dans les années 60. Les militants pour l’égalité des droits de la communauté LGTB (lesbienne, gay, trans-genre et bisexuelle) défilent à l’unisson dans les rues, en brandissant des portraits d’Obama. Les couvertures des journaux sont plus colorées que jamais et le New Yorker se permet même de redécorer la Maison Blanche aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole depuis 1978 de la diversité d’orientation sexuelle.
Pas d’amélioration en vue
A en voir ces manifestations et certains titres de journaux, on pourrait croire que la situation a radicalement changé aux États-Unis et que d’un seul coup de baguette magique, les couples du même sexe ont obtenu les mêmes droits que les hétéros. Malheureusement, il n’en est rien. Si la déclaration d’Obama peut être considérée comme “historique”, elle ne change strictement rien au niveau de la législation. Le mariage homosexuel n’est pas du ressort du fédéral mais bien des gouvernements locaux des différents états, qui décident au cas par cas de l’autoriser ou non. Et à ce niveau là, la situation est beaucoup moins rose…
A l’heure actuelle, le mariage entre personnes du même sexe n’est autorisé que dans six états américains (Massachusetts, Connecticut, Iowa, Vermont, New Hampshire et New York) ainsi que dans la capitale, Washington D.C. Ces états, majoritairement de la côte-Est et pro-démocrates, font figure d’exception par rapport au reste du pays qui suit plutôt le mouvement inverse. Comme le précise le New York Times, une trentaine d’états a au contraire adopté des amendements constitutionnels “limitant exclusivement le mariage à une union entre un homme et une femme”. Bref, pour la grande majorité de la communauté LGTB aux États-Unis, ce droit est encore très loin d’être acquis.
Opération séduction
La petite phrase de Barack Obama va-t-elle vraiment faire avancer les droits des homosexuels? Probablement pas. Sa prise de position est un symbole positif pour le mouvement mais elle devra se concrétiser à travers des actes officiels. Or, le président démocrate n’a rien promis à ce sujet. Dans le cas où il parvient à décrocher un deuxième mandat, il reste à voir s’il compte réellement soutenir un projet de loi en ce sens.
En attendant, sa déclaration “à titre personnel” peut être considérée comme une bénédiction symbolique et pas forcément désintéressée. En pleine campagne de réélection, l’opération séduction lancée par Obama va clairement aider à remplir les caisses, jusqu’au scrutin du 6 novembre. Selon une estimation du Washington Post, pas moins d’un grand collecteur de fond démocrate sur six appartient à la communauté gay ! Voilà de quoi les inciter à contribuer généreusement…
Une lente sortie du placard
Jusqu’à son récent “coming-out”, Barack Obama n’a jamais été très clair avec le mariage homosexuel et son opinion a beaucoup changé en fonction des opportunités électorales. En 1996, lors de sa première campagne pour devenir sénateur de l’Illinois, il se dit plutôt favorable au mariage gay mais change d’avis par la suite, une fois lancé dans la course à la Maison Blanche. Lors des primaires démocrates en 2008, Hillary Clinton gagnait clairement la confiance du milieu homosexuel, avec des prises de position beaucoup plus claires sur le sujet. Tandis qu’Obama se prononçait quant à lui “en faveur d’unions civiles mais tout en laissant le pouvoir aux états de légaliser ou non le mariage entre personnes du même sexe“. Obama n’était alors pas du tout considéré comme un candidat pro-gay.
Une fois en poste, son administration a été plutôt favorable au mouvement pour l’égalité des droits envers la communauté LGTB. La plus grande avancée en la matière étant l’abrogation fin 2010 de la loi en vigueur depuis 1993 “Don’t ask, Don’t tell” (Ne demandez pas, n’en parlez pas). Cette politique discriminatoire obligeait les militaires homosexuels à cacher leur préférence sexuelle sous peine de renvoi de l’armée.
Un timing parfait
La soudaine prise de position d’Obama est tout sauf spontanée. Dans une campagne présidentielle, rien n’est laissé au hasard. Cette déclaration, politiquement suicidaire il y a à peine dix ans, n’est plus aussi risquée à présent. Avant de se décider, les stratèges démocrates ont bien pesé le pour et le contre. Avant de laisser le soin au vice-président de mettre “accidentellement” le sujet sur le tapis.
Lors d’une interview sur NBC, Joe Biden a expliqué qu’il était “tout à fait à l’aise avec le fait que les hommes qui se marient avec des hommes et les femmes qui se marient avec des femmes aient exactement les mêmes droits que des couples hétérosexuels“. La presse s’enflamme à l’unisson et demande finalement au président de s’exprimer sur ce sujet controversé. Et Obama s’engouffre dans la brèche en éloignant toujours plus la campagne du thème de l’économie, cheval de bataille de Romney et terrain sur lequel il risque de s’enliser si les signes de reprise ne viennent pas rapidement.
Une opinion publique qui évolue
Selon le dernier sondage Gallup, 53% des électeurs sont aujourd’hui favorables à la légalisation du mariage entre personnes du même sexe. Contre 45% qui s’y opposent. Et la tendance va probablement se confirmer avec le temps car la jeune génération est beaucoup plus à l’aise avec le sujet. Selon la même source, plus de 70% des 18-34 ans se déclarent en faveur d’une égalité de droits. Une tranche de l’électorat qui, si elle se déplace en masse comme en 2008, peut faire la différence dans les urnes. L’équipe de réélection d’Obama l’a très bien compris et entend séduire ces jeunes électeurs avec un programme tourné vers l’avenir. En accord parfait avec le slogan de campagne pour 2012 “Forward”.
Selon ces indicateurs, il semble clair que l’opinion publique évolue en faveur du mariage homosexuel. A moyen terme, la loi devrait donc changer dans ce sens. Un constat confirmé par Michael Bloomberg, le maire de New York “Aucun président américain n’a soutenu une extension majeure des droits civiques qui n’ait pas été ultérieurement adoptée par le peuple américain. Pour moi il ne fait aucun doute, le cas présent ne fera pas exception…”
Stratégie de campagne
Si l’Amérique semble plus favorable au sujet que par le passé, il y a toujours d’énormes variations suivant les régions. Sans surprise, les côtes des États-Unis sont bien plus “gay-friendly” que le centre et le sud du pays, qui restent très hostiles. Une différence de vision qui correspond grosso-modo au clivage classique entre modérés et conservateurs, même si les frontières sont toujours difficiles à déterminer.
En clair, là où Rick Santorum a cartonné lors des primaires républicaines, Obama va très probablement payer cette déclaration au prix fort mais il n’avait quand même aucune chance de remporter ces états historiquement conservateurs. Par contre en prenant position, il motive la base des jeunes électeurs, rallie à sa cause nombre d’indépendants et transforme l’élection en un combat de valeurs. Obama, le président d’avenir face à Romney, le candidat du passé.
Forcé de jouer dans l’opposition, le favori républicain n’a eu d’autres choix que de réaffirmer son attachement aux valeurs traditionnelles du mariage entre un homme et une femme. D’autant que ce débat survient à un moment particulièrement délicat, peu de temps après le renvoi polémique de Richard Grenell, l’un de ses conseillers sur la politique étrangère…ouvertement homosexuel.
Et juste au même moment, une vieille histoire aux relents homophobes refait surface du passé de Romney. A l’époque de sa jeunesse dorée, Mitt s’en serait pris à un écolier aux cheveux longs, suspecté d’être gay. Parfois, il semble que le hasard fait un peu trop bien les choses…







L’Occident fait l’erreur de passer de la tolérance au relativisme. Etre tolérant vis à vis des gays ne signifie pas qu’on ne puisse pas défendre le fait que le mariage a pour but la procréation, et l’union d’un homme et d’une femme. Des civilisations ont déja suivi le même chemin que nous et se sont effondrée. Tout simplement parce que la sexualité humaine est quelque chose d’infiniment complexe qui n’est pas une affaire de biologie ou de génétique. C’est pourquoi l’hétérosexualité a toujours été encouragée dans toutes les sociétés.
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Mise à jour du 23 mai.
Selon un sondage récent du Wall Street Journal et de NBC news, la prise de position de Barack Obama en faveur du mariage homosexuel semble avoir un impact relativement limité sur le choix des électeurs…
17% des sondés estiment que cette décision “pourrait les inciter” à voter pour le président démocrate, tandis que 20% pensent le contraire et auraient plutôt tendance à soutenir le candidat républicain (Mitt Romney). Mais surtout, pour 62% des électeurs interrogés, la déclaration d’Obama en faveur du mariage homosexuel n’influencera pas leur choix lors du scrutin du 6 novembre!
Parmi cette catégorie: 75% des sondés se considèrent comme “indépendants”: en fonction des scrutins ils peuvent voter aussi bien républicain que démocrate. Ce segment électoral est toujours décisif lors d’une élection générale, car c’est lui qui au final fait pencher la balance d’un côté ou d’un autre…
( Source: Politico > http://www.politico.com/blogs/burns-haberman/2012/05/wsjnbc-poll-gay-marriage-a-wash-for-now-124213.html )
Je pense pas que Obama soit contre le mariage gay, mais ca pourrait lui permettre d’être réélu dans une amérique très divisé par ce thème
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