Le parti de la prohibition, qui milite pour l’interdiction de la vente d’alcool sur le territoire américain, participe une nouvelle fois à l’élection présidentielle. Un combat symbolique, qui dure depuis plus de 140 ans. Objectif: le retour à une “Amérique sèche”, où l’alcool serait déclaré illégal comme dans les années 20.
Peu connu du grand public, même américain, le “parti de la prohibition” est pourtant l’un des plus anciens mouvements politiques des États-Unis. Présent à chaque scrutin depuis 1869, ce courant extrêmement rigoriste se bat pour préserver la pureté du pays contre l’ensemble des “tentations démoniaques”. Tabac, jeux d’argent, pornographie et évidemment la consommation d’alcool et de drogue, sont autant de vices qu’un homme vertueux se doit d’éviter. Profondément religieux, ce groupe défend les valeurs d’une vie saine et a pour ambition ultime de réinstaurer la prohibition de l’alcool sur le sol américain.
Aujourd’hui, son poids sur la scène politique est clairement anecdotique mais jusqu’au début du 20e siècle, le parti représenté – non sans humour – par un chameau, pouvait se targuer de posséder une réelle influence au niveau national. Les différentes “ligues pour la tempérance”, qui militaient en faveur d’une “Amérique sèche”, regroupaient à l’apogée du mouvement plus d’un million et demi de membres. L’heure de gloire arrivant en 1919, avec la ratification par le Congrès du 18e amendement, qui inscrivait dans la Constitution la prohibition de l’alcool à l’échelle nationale.
L’âge d’or d’Al Capone
Cette époque assez folle, où la vente d’alcool sur le territoire américain était illégale, s’est avérée une véritable bénédiction pour les trafiquants en tous genres. Aux quatre coins du pays émergeaient des distilleries clandestines, tandis que des salles secrètes étaient aménagées au fond des “bars à sodas” et autres night-clubs. Certains malades parvenaient à se procurer légalement de l’alcool “pour raison médicale” (à l’instar du cannabis aujourd’hui) tandis que des quantités colossales de boissons liquoreuses traversaient illégalement la frontière depuis le Canada voisin.
Finalement, cette période qui dura treize ans, a surtout été synonyme de la montée en puissance du crime organisé. Avec pour couronnement le règne d’Al Capone, le plus célèbre des gangsters américains. Parrain incontesté de la mafia de Chicago, “Scarface” a énormément profité de la prohibition pour bâtir sa réputation et son empire. Un âge d’or qui inspirera de nombreux films cultes, dont “les Incorruptibles” (The Untouchables) pour n’en citer qu’un seul.
Afin d’en finir avec cette période de violence et cette loi étant de toute façon impossible à faire respecter, le Congrès ratifie le 21e amendement fin 1933, qui autorise à nouveau la consommation d’alcool aux États-Unis. Permettant aux Américains de se ruer à nouveau dans les bars!
En perte de vitesse
Avec le retour de la libre consommation d’alcool aux États-Unis, le parti de la prohibition a progressivement perdu de son influence. Suivant une courbe descendante, il séduit de moins en moins d’électeurs à chaque élection. Le parti du chameau passe sous la barre des 100.000 voix de préférence en 1948, autour des 10.000 en 1976…pour ne ratisser plus que 643 votes en 2008!
Le parti des abstinents n’a désormais plus aucune chance de remporter l’élection et ses membres reconnaissent ouvertement qu’il s’agit plus d’un combat militant à mi-chemin entre le prêche et la politique. Pratiquement invisible sur la scène nationale, ce mouvement un rien anachronique continue néanmoins à présenter un candidat à chaque scrutin présidentiel. Généralement un représentant haut en couleurs…
Un militant radical
Face aux deux têtes d’affiche que sont Barack Obama et Mitt Romney, Jack Fellure défendra dans les urnes les idées du mouvement prohibitionniste. Âgé de 81 ans, cet ingénieur retraité appelle à la suppression pure et simple de l’alcool, de l’avortement et de la pornographie. Il milite aussi pour l’apprentissage obligatoire de la Bible à l’école ainsi que pour la criminalisation de l’homosexualité.
Pour ce militant un tantinet radical, tous les maux de la société viennent d’une certaine partie de la population qu’il décrit comme “des athées, des marxistes, des libéraux, des menteurs, des brûleurs de drapeau, des tapettes, des accros à la came, des déserteurs, des pervers sexuels et des anti-chrétiens“. Un constat sans appel. Sur son site Internet, il affiche une vieille photo de lui posant tel un chevalier chrétien avec une épée de templier dans le dos.
La bible pour programme
Jack Fellure base tout son programme politique sur la bible. Pour lui, le livre saint des chrétiens montre la voie à suivre en mettant en garde contre les conséquences néfastes de l’excès d’alcool. “Ne vous enivrez pas de vin, dans lequel il y a de la débauche” (Éphésiens 5:18). “Ne te trouve pas parmi les buveurs de vin ni parmi les gloutons de viande. Car ivrogne et glouton tomberont dans la pauvreté” (Proverbes 23:20,21). Et autres déclarations du même acabit.
Néanmoins, il n’est pas du tout certain que Jésus Christ soit partisan des préceptes prohibitionnistes. Dans le nouveau testament qui relate ses aventures, JC ne semble jamais contraire à partager une bonne bouteille avec ses disciples. De même que son fameux “Buvez en tous” sans équivoque. Et lorsqu’il fait sensation aux noces de Cana, c’est en transformant de l’eau en vin et non l’inverse! En clair s’il avait commis son premier miracle sur le sol américain durant les années de prohibition, il aurait volé directement au cachot sans autre forme de procès.
L’ange de la mort
Jack Fellure est le candidat officiel du parti pour 2012 mais il reprend le flambeau d’anciens porte-drapeaux atypiques. Décédé en 2009, l’ancien pasteur Gene Amondson incarnait auparavant les valeurs du parti. Particulièrement excentrique, ce sculpteur amateur ne ratait jamais une occasion de faire de la publicité pour son parti. Vêtu comme l’ange de la mort, une faucille dans une main et une bouteille dans l’autre, il déambulait la nuit sur “Bourbon Street”, l’artère la plus festive de la Nouvelle Orléans en hélant les passants pécheurs…
Il n’hésitait pas non plus à poser assis sur un bar avec sa tronçonneuse ou à participer à des émissions à succès tel le Daily Show de Jon Stewart. Jamais avare de bons mots, le militant enchainait les répliques cultes: “La prohibition était les 13 plus belles années des USA. Je préfère avoir cent Al Capone dans chaque ville plutôt que d’avoir de l’alcool vendu dans chaque épicerie”. Ou encore “Boire raisonnablement c’est comme apprendre à un porc à manger avec une cuillère, c’est juste impossible…”
Le mauvais exemple d’Obama
Depuis qu’il a remporté l’élection en 2008, Barack Obama n’a pas montré le meilleur exemple en matière de consommation d’alcool. Toujours soucieux d’afficher une image cool devant les caméras, le président démocrate a souvent posé une bière à la main. Lors de la Saint Patrick par exemple, O’Bama n’a pas manqué de rappeler aux électeurs ses origines irlandaises, une Guinness à la main (voir l’article : O’bama joue la carte irlandaise)
Désireux de se montrer proche des gens simples, tout en contraste avec un Mitt Romney qui semble parfois mal à l’aise en société, Obama n’hésite jamais à boire la boisson du petit peuple. Il suffit de taper “obama beer” dans Google Images pour se rendre compte à quel point. Toujours dans le même ordre d’idée, l’équipe marketing d’Obama est en train de développer une bière pour sa campagne de réélection.
Selon un article de Politico, un cuisinier de la Maison Blanche a mis au point trois variétés de bières qui seront vendues aux militants lors des évènements de collecte de fonds. Histoire d’encore renforcer le côté cool et classe moyenne du président! Obama consomme régulièrement de l’alcool, il a reconnu avoir fumé du cannabis lorsqu’il était ado et pas mal de cigarettes jusqu’à récemment. Conclusion: il est très loin d’entrer dans les critères moraux du parti de la prohibition.
Romney et la rigueur mormone
D’obédience mormone, Mitt Romney est au contraire un exemple d’esprit sain dans un corps sain. Fidèle à la doctrine de l’ “Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours”, le candidat s’abstient de prendre le moindre excitant. Pas d’alcool ni de drogues évidemment… Pas même de café ni de thé! Si sa vie personnelle est un exemple de rigueur au quotidien, le champion républicain évite pourtant d’en faire étalage, afin d’attirer le moins possible l’attention sur son appartenance à la communauté mormone. 4e religion du pays avec plus de six millions de fidèles, les disciples de Joseph Smith ne sont pas toujours très populaire aux États-Unis. En période électorale mieux vaut faire profil bas.
Désireux de ne pas apparaitre comme un ascète absolu, complètement déconnecté des électeurs, Mitt Romney a récemment déclaré “avoir gouté une bière et tiré quelques bouffées sur une cigarette“, alors qu’il était adolescent. Voilà tout en ce qui concerne les écarts moraux du jeune Mitt, qui traversait vraisemblablement sa phase bad boy. Même s’il fait preuve d’une hygiène de vie irréprochable, pas question pour autant de militer en faveur de la prohibition. Interdire aux électeurs américains de boire ce qui leur chante équivaudrait à se tirer une balle en pleine tête, à la veille du scrutin présidentiel. Encore quatre mois de campagne et peut être que Romney l’abstinent battra Obama le pécheur dans les urnes. Le 6 novembre au soir, peut-être pourra-t-il savourer sa victoire et sabrer le champagne. Enfin, façon de parler.










Hello ceci est bien interressant, j’ai appris un truc aujourd’hui