Coups bas, rumeurs et manipulations: pourquoi la campagne dérape

Détournement de l'affiche de 2008: "espoir" se transformant en "sans espoir"

C’était prévisible, c’est désormais confirmé: la campagne de 2012 sera sale! Bien loin du combat d’idées, la joute politique se tient désormais dans le caniveau, où les deux camps se livrent à une surenchère d’attaques personnelles, à coups de spots télévisés de 30 secondes. Peu importe l’éthique, seule compte la victoire.

Pas d’angélisme, chaque élection connait son lot d’offensives plus ou moins régulières. Mais cette campagne sent particulièrement le souffre. En cause? des candidats qui peinent tous deux à séduire, une période de crise qui ne cesse de se prolonger, une course à l’argent complètement débridée ainsi que la création de “super-pacs” chargés de faire “le sale boulot”… Tentative de décryptage d’une campagne au vitriol.

http://www.cagle.com/author/martin-sutovec/

Obama en solde

Barack Obama “version 2012″ n’a plus grand-chose à voir avec la révélation de 2008. Il ne s’agit plus du jeune sénateur idéaliste et débordant d’énergie, mais bien du grisonnant président en exercice, tentant par tous les moyens de s’accrocher à son poste le temps d’un deuxième mandat. Même s’il peut toujours  compter sur le support inconditionnel de plusieurs millions de partisans, l’occupant de la Maison Blanche peine à ressusciter la frénésie électorale du dernier scrutin.

En 2008, Barack Obama a mené une campagne brillante et relativement propre parce qu’il était tout simplement imbattable après huit années passées sous l’ère Bush. A l’issue du scrutin, il avait finalement devancé McCain de près de 10 millions de voix, en remportant la mise dans 28 états sur 50 avec une avance confortable de plus de 7%. Un exploit difficilement renouvelable aujourd’hui. En ce moment, la plupart des analystes prédisent une élection très disputée entre les deux opposants.

Obama de 2008 à 2012

“Kill Romney”

Avec des indicateurs économiques qui stagnent désespérément dans le rouge, Barack Obama se trouve aujourd’hui dans une posture plus délicate. Il doit défendre son premier mandat à la tête du pays mais son bilan est pour le moins mitigé. La magie qui entourait l’élection précédente a disparu, laissant la place à une approche bien plus pragmatique.  Cette année, il ne s’agit plus de vendre de l’espoir et du changement (Hope & Change) mais plutôt de démontrer que la situation serait pire avec le rival républicain aux commandes.

La meilleure défense c’est l’attaque. C’est pourquoi  l’équipe de réélection d’Obama a sorti l’artillerie lourde déjà plus d’un an avant le scrutin. Pour preuve: le mémo dévoilé à la presse l’été dernier, où la stratégie démocrate pour 2012 était résumée en deux mots:  “Kill Romney”.

Mitt vs Mitt: deux hommes coincés dans un seul corps! (vidéo)

Campagne de diabolisation

Avant même que Mitt Romney ne domine les primaires de son parti, il était déjà victime d’une véritable campagne de destruction préparée de longue date par le camp démocrate. Son passé a été scruté en détail et chaque étape de sa vie a donné lieu à des spots négatifs. Sa carrière de chef d’entreprise chez Bain Capital, sa gestion de l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de Salt Lake City, son mandat comme gouverneur du Massachusetts, son train de vie de millionnaire, etc. (Lire l’article : Obama-Romney : tous les coups sont permis 2/2)

Au début les attaques étaient assez légitimes mais récemment la campagne anti-Romney est encore montée d’un cran avec  des spots de plus en plus agressifs. Ainsi un nouveau clip de 30 secondes, validé par Obama, tourne carrément le candidat républicain en ridicule. Comme bande son : l’interprétation assez laborieuse d’un hymne patriotique (America the beautiful)  par l’ancien gouverneur du Massachusetts. A l’image, des articles de journaux censés prouver que Romney n’est pas un véritable patriote. C’est le  champion des délocalisations et de l’argent sale, sa fortune opaque étant dissimulée sur des comptes secrets  dans différents paradis fiscaux…

Romney tourné en ridicule (vidéo)

Le poids de la rumeur

Afin de faire oublier la situation économique peu avantageuse, la Maison Blanche essaye par tous les moyens de garder l’actualité focalisée sur les “dossiers Romney”. A l’aide de fuites savamment orchestrées, quelques reporters qui gravitent autour du QG démocrate reçoivent de temps en temps l’un ou l’autre sujet brûlant. Rumeur du moment: l’implication de Mitt Romney dans des délocalisations massives. La polémique a été lancée par un article du Boston Globe, qui met en doute la date à laquelle Romney prétend avoir  quitté son poste de directeur de la société d’investissement Bain Capital.

Une précision qui a son importance car après son prétendu départ en février 1999, la société a procédé à de nombreuses restructurations économiques : licenciements, mises en faillite, délocalisations,… pas vraiment le genre de bilan idéal pour un candidat qui se présente comme le sauveur de l’économie. L’équipe démocrate entend prouver qu’il était toujours en charge chez Bain Capital, tandis que Romney nie avoir la moindre responsabilité, prétendant se trouver alors en Utah pour organiser les JO d’hiver de 2002. Difficile de connaitre la vérité dans ce dossier mais en tout cas la rumeur est lancée et peu importe les démentis futurs…

Les secrets de Mitt Romney chez Bain Capital... (vidéo)

Romney: vautour, menteur ou hors la loi?

Les insinuations du spot démocrate sont sans appel pour le candidat républicain : soit c’est un patron sans scrupules, un véritable vautour capitaliste, soit c’est un menteur…  Fait aggravant, s’il n’a pas déclaré à l’époque sa situation réelle à l’IRS (équivalent du Fisc) il pourrait même s’exposer à d’éventuelles poursuites judiciaires! Ce qui sonnerait très probablement le glas de sa campagne.

Dans la même veine, l’équipe de réélection d’Obama enfonce le clou concernant les déclarations fiscales des dix dernières années que Romney refuse malgré les pressions de dévoiler à la presse. Ce qui n’est pas une obligation légale mais plutôt une tradition de transparence à l’égard des électeurs…

Romney: fraudeur fiscal? (vidéo)

Romney et ses petits secrets (vidéo)

Une stratégie négative

Même les slogans des spots démocrates posent question : “Mitt Romney n’est pas la solution, il est le problème“. Romney serait donc le plus gros problème de l’Amérique aujourd’hui? Pas le déficit géant qui ne cesse de se creuser? Ni la file des chômeurs qui ne cesse de se prolonger?
Coincé par son propre bilan, Obama a finalement opté pour une stratégie de campagne  peu glorieuse, qui vise uniquement à détruire la candidature de son rival. La preuve: en ce moment, son équipe diffuse plus que de spots négatifs “anti-Romney” que de positifs “pro-Obama”. Une méthode à double tranchant qui effraye un nombre croissant de militants démocrates. Obama a beau se monter tout sourire lors des meetings de campagne, il n’hésite pas à montrer les dents lorsqu’il s’agit de conserver son poste quatre années de plus.

À suivre: la riposte de Romney…

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3 réponses à Coups bas, rumeurs et manipulations: pourquoi la campagne dérape

  1. Guy dit :

    Quand l’objectif des deux candidats se résume à “USA will beat the world” ou “Wall street mit uns”, il est difficile de trouver des arguments permettant de se positionner, puisque aucun des candidats ne se soucie de la misère de ses habitants…. S’il n’y a rien à combattre, ni dans la tête ni dans le coeur des candidats, il ne reste que ce qui devrait se trouver en dessous de la ceinture……

  2. Whereismymind dit :

    D’un autre coté si Romney a éludé l’impôt en planquant ses sous dans les paradis fiscaux, il ne peut franchement pas prétendre à la présidence. D’habitude, ce sont les républicains qui sortent l’artillerie lourde. Pour une fois que ce sont les démocrates qui mordent à raison. Les républicains, eux ne se gêne pas pour attaquer Obama,non pas sur son bilan, qui malgré ce que certains en disent n’est pas si mauvais que cela vu le contexte, mais sur ses “origines” (pour ne pas dire sa couleur de peau). Alors, je suis désolé, mais pas de pitié pour les racistes et les bigots. Certains républicains sont vraiment devenu dangereux pour la démocratie.

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