Romney ne tendra plus l’autre joue

Couverture conçue mais non publiée par Bloomberg Businessweek

Constamment sous le feu d’attaques lancées par le camp démocrate, Mitt Romney est coincé dans une posture défensive et passe la plupart de son temps à essayer de se justifier. Désireux de reprendre l’initiative, le candidat républicain change de tactique et rend désormais coup pour coup. Pour le plus grand plaisir des membres les plus radicaux de son parti.

Depuis qu’il s’est déclaré candidat à la présidence en juin 2011, Mitt Romney est resté  relativement correct vis-à-vis de l’occupant actuel de la Maison Blanche. Bien évidement il critiquait abondamment son bilan économique mais les attaques restaient assez légitimes. En avril dernier, Romney se contentait encore de décrire le président démocrate comme un “nice guy” mais juste une personne pas taillée pour le job. (voir la vidéo du discours)

Un message vraiment modéré par rapport aux militants de l’aile dure du parti républicain qui eux qualifiaient à loisir Obama de: socialiste – européen – islamiste – élitiste – assisté – tueur de jobs – extrémiste – populiste – communiste – déconnecté – kényan – drogué – magouilleur – etc. (biffer les mentions inutiles).

L’ancien gouverneur du Massachusetts menait donc une campagne relativement propre, les super-pacs se chargeant du sale boulot… Mais c’est désormais terminé. A force d’essuyer les attaques incessantes du camp démocrate, (voir l’article: Coups bas, rumeurs et manipulations: pourquoi la campagne dérape ) Romney a finalement décidé de passer lui aussi à l’offensive, dans l’espoir de reprendre le contrôle de la campagne. Avec une nouvelle volée de spots, le candidat républicain tente de ramener le débat dans sa zone de prédilection : le secteur économique.

Caricature anti-Obama

Renvoi d’ascenseur

Depuis quelques jours, la contre-attaque déployée par l’équipe de campagne de Romney semble être basée sur la technique du “C’est celui qui le dit qui l’est” bien connue des cours de récré. Alors qu’il était à la tête de sa société d’investissement Bain Capital, le candidat républicain a été accusé par Obama d’être un “pionnier des délocalisations”.

La riposte: désormais le président démocrate sera dépeint comme le “délocalisateur en chef” (outsourcer -in-chief). Le message: depuis qu’il est en poste à la Maison Blanche, Obama a surtout favorisé la création d’emplois…à l’étranger. En dépensant des milliards de dollars afin de relancer l’économie, il a surtout contribué aux développements de sociétés étrangères, en Europe et en Asie!

Obama: outsourcer-in-chief (vidéo)

Dans le même genre, ce clip fait référence au plan de relance économique lancé par Obama en février 2009, tout au début de sa prise de fonction. Un “stimulus” colossal de 787 milliards qui semble parti en fumée…

Où est passé l'argent? (vidéo)

Obama : le roi du copinage

Depuis le début de la campagne, la stratégie démocrate a toujours été de présenter l’élection comme une lutte des classes entre Romney, le candidat des super-riches et Obama, le défenseur de la classe moyenne (ce qui est en partie fondé). La réponse républicaine: le président démocrate est un expert en copinage, qui octroie des faveurs économiques uniquement à ceux qui ont soutenu financièrement sa candidature. Malgré ce qu’il affirme, Obama n’est vraiment pas l’allié des “petites gens”…

Le réseau d'Obama (vidéo du comité national républicain)

Obama: beaucoup d'amour pour les gros donateurs (vidéo)

L’ennemi des entrepreneurs

Alors qu’il abordait le sujet de la création d’entreprises, Obama a déclaré que ” les patrons ne bâtissent pas leur société à eux seul“. Dans le discours, cela voulait surtout dire que personne ne part de zéro et que si par exemple une entreprise d’e-commerce cartonne aujourd’hui, c’est aussi grâce au fait que le gouvernement a par le passé contribué à l’émergence d’Internet.

Hors contexte évidemment, la petite phrase “If you have a business, you didn’t build that” peut être interprétée comme une attaque directe à l’encontre de tous les chefs d’entreprise de milliers de PME américaines. Une véritable aubaine pour la campagne de Romney qui s’est directement engouffré dans la brèche en soulignant qu’Obama était un homme qui n’a rien compris à l’esprit d’entreprise américain….

Dans ce spot qui met en scène un chef d’entreprise du New Hampshire, le message est clair: Obama est en train de tuer les petites sociétés alors que le pays a besoin d’un candidat qui  comprenne ce que c’est de gérer un business. Bref, Romney est l’homme providentiel pour l’Amérique.

Obama ne comprend pas l'Amérique (vidéo)

Le pire reste à venir

D’autres spots de campagne sont à l’étude et risquent d’envahir prochainement les écrans de télévisions des foyers américains. Des clips ciblant le passé d’Obama, lorsqu’il consommait de la drogue ou fréquentait des milieux pas forcément recommandables. Les hostilités sont lancées et rien ne semble pouvoir arrêter l’escalade entre les deux camps.  Les rivaux ont tous deux quelque chose à fuir: Romney, sa fortune opaque et Obama, les mauvais signaux économiques. Reste quand même à espérer que la campagne aborde à un moment les véritables sujets électoraux.

Cartoon de Scott Stantis pour le Chicago Tribune

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