Les jeux olympolitiques de Romney

Capture d'écran d'un jeu d'arcade opposant Romney & Obama

Mitt Romney assistera ce vendredi à l’inauguration des jeux olympiques de Londres. Mais le candidat républicain ne se contentera pas d’admirer la chorégraphie des danseurs et le feu d’artifice. En marge des festivités, le prétendant à la Maison Blanche mène une campagne féroce face à Barack Obama. Une compétition politique pour laquelle il ne se contentera de rien de moins que la médaille d’or.

Buckingham Palace au grand complet, des vedettes d’Hollywood, des anciens athlètes de renom et plus d’une centaine de chefs d’états. Tout le gratin mondial sera présent ce vendredi à Londres qui devient pour l’occasion l’épicentre d’une véritable frénésie médiatique. Dans les gradins VIP, à quelques sièges d’Angelina Jolie et Brad Pitt, on pourra sans doute apercevoir le champion républicain Mitt Romney. En train de taper causette avec William et sa royale moitié ou d’admirer les biceps du légendaire Mohamed Ali.

L’ancien gouverneur du Massachusetts doit sa présence à son statut de candidat à l’élection présidentielle mais également à son passé  d’organisateur des jeux olympiques d’hiver de 2002. En 1999, l’ex-businessman est appelé à la rescousse pour sauver de la faillite les JO qui se déroulent à Salt Lake City, capitale de l’Utah et bastion de la religion mormone. Grâce à sa gestion efficace, les comptes retrouvent finalement l’équilibre et Romney gagne du même coup l’étiquette de “sauveur des jeux”.

Après ce succès, Romney visitera le site d’Olympie, berceau antique des jeux où est à chaque fois allumée la flamme olympique. Il fera également une apparition remarquée à Pékin en 2008, présent dans la tribune d’honneur, aux côtés de Georges Bush. Bref, Romney est devenu un initié du monde olympique et il revient à Londres en terrain connu.

Les couples Romney et Bush à Pékin en 2008 - le passé et l'avenir du parti républicain (Mandel Ngan-AFP-Getty Images)

Un gestionnaire de choc

Si Romney est présent cette semaine dans la capitale anglaise, ce n’est pas uniquement pour admirer le galbe des athlètes et leurs exploits sportifs. Mais plutôt pour s’afficher dans la “place-to-be” du moment, afin de gagner en crédibilité sur la scène internationale. Et par effet boomerang, d’améliorer son image de présidentiable dans l’opinion américaine. Londres n’est que la première étape d’un programme chargé qui le mènera ensuite en Israël et en Pologne, où il rencontrera d’autres chefs d’états et personnalités en vue.

L’inauguration des JO de 2012, c’est aussi l’occasion idéale pour rappeler aux électeurs son rôle dans le sauvetage des jeux de 2002. Un point fort indiscutable de son CV, qui renforce parfaitement le message de sa campagne: il est le sauveur de l’économie. Comme pour les JO, Romney est l’homme providentiel qui sortira la machine US hors du gouffre de la crise…

Romney à l'époque des JO de Salt Lake City en 2002 (vidéo en français!)

 Apprenti diplomate

En marge des JO, le passage de Romney au Royaume-Uni est aussi l’occasion de souligner la “relation spéciale” qui unit les États-Unis et la Grande-Bretagne, les deux cousins anglo-saxons séparés par l’atlantique.  S’exprimant sur NBC News, le champion républicain a longuement vanté les vertus de cette union sacrée, qui tire ses racines dans leur histoire et leur culture commune. L’ancien gouverneur du Massachusetts en a également profité pour nouer quelques contacts et surtout s’afficher en compagnie de Tony Blair et David Cameron.

Malheureusement pour lui, ses premiers pas sur la scène diplomatique ont créé quelques remous suite à ses déclarations concernant l’organisation des Jeux. Lors d’une interview sur NBC il a fait part de ses doutes concernant les services de sécurité et de douanes ainsi que sur le réel engouement des habitants de la capitale pour les JO. (voir la vidéo) Des propos, un rien paternalistes, qui n’ont pas manqué de froisser ses hôtes du moment. Boris Johnson, le bouillonnant maire de Londres n’a d’ailleurs pas manqué de contredire ouvertement Romney devant une foule de milliers de riverains. (voir la vidéo)

En outre, le candidat républicain a révélé, sans doute pour souligner son importance, avoir discuté de sujets géopolitiques avec le chef du MI6, la division étrangère des services secrets britanniques (l’équivalent de la CIA). Pour la discrétion diplomatique on repassera.

Romney de passage au 10, Downing Street, pour rencontrer le Premier ministre David Cameron (Reuters-Jason Reed)

Liborgate: un scandale qui fait tache

L’ancien gouverneur du Massachusetts profitera également de son passage à Londres pour récolter des contributions financières afin d’alimenter ses caisses de campagne. Néanmoins, les soutiens britanniques de Mitt Romney pourraient lui causer plus de tort que de bien en matière d’image…

Durant sa carrière chez Bain Capital, Romney a tissé de nombreux liens dans les milieux financiers un peu partout sur la planète. Et bien évidemment ce sont ces anciennes accointances aux portefeuilles bien garnis qui contribuent généreusement aujourd’hui. Seul bémol: certains de ces patrons de banques et d’entreprises de cotations boursières sont impliqués aujourd’hui dans le “Liborgate”, un scandale de manipulation financière qui secoue les institutions de la City. (en savoir plus sur le sujet)

Au moins deux des partisans locaux de Romney sont mouillés dans cette affaire, ce qui risque d’éclabousser sa campagne. Bob Diamond, directeur jusqu’il y a peu de la puissante banque Barclays, et  Patrick Durkin, un autre ponte présent dans les comités de direction du Crédit Suisse, de la Deutsche Bank et d’HSBC. Des alliés désormais gênants car  suspects dans cette vaste opération de fraude aux prêts interbancaires.

Des ultra-riches qui magouillent, ce n’est vraiment pas le genre d’entourage dont Mitt Romney a besoin en ce moment, lui qui est déjà attaqué sans cesse par le camp Obama sur ce sujet. Sa fortune opaque dissimulée dans différents paradis fiscaux et ses anciennes déclarations fiscales qu’il refuse de révéler, sont autant de boulets que le candidat républicain devra porter jusqu’à l’élection. (voir l’article – Obama-Romney: tous les coups sont permis)

La fortune de Romney: un sujet intarissable de la campagne

 Attaques ciblées

Afin de célébrer à sa manière l’arrivée des JO, le camp démocrate va diffuser dans les états-clés de nouveaux spots “Anti-Romney” concoctés sous l’angle olympique. Le premier, conçu par le très prolifique super-pac “Priorities USA Action“, reprend encore l’idée que l’ancien chef d’entreprise est un expert en délocalisations. Dans ce montage d’archives truffé de jeux de mots, Romney y est acclamé par les délégations étrangères de la Chine et de l’Inde, qui le remercient pour tous les emplois créés dans leurs pays!

La Birmanie n’est pas en reste car c’est dans cette dictature que les milliers de costumes officiels des JO de Salt Lake City en 2002 ont été sous-traités. La Suisse, les Bermudes et les îles Caïmans saluent également le candidat républicain qui a déposé plusieurs millions de dollars dans leurs banques…

Romney vise l'or: assurément l'un des meilleurs spots de la campagne (vidéo)

Rafalca Romney

Un autre spot aborde une fois encore le mystère entourant les anciennes déclarations fiscales que Romney refuse obstinément de dévoiler à l’opinion. Ce qui ne constitue pas une obligation légale mais plutôt une tradition à laquelle se plient la plupart des candidats  à la présidence. Dans ce clip, Romney essaye d’éviter le sujet tandis qu’une jument danse sur la piste. Il ne s’agit pas d’un cheval lambda mais bien de “Rafalca”, la propriété d’Ann Romney. L’épouse du candidat républicain s’est découverte une véritable passion pour les chevaux et a même pris part dans l’organisation d’une équipe de dressage olympique… laquelle concourra cet été à Londres! Chez les Romney, les olympiades sont décidément une tradition familiale.

Mitt évite les sujets délicats (vidéo)

Marathon diplomatique

Après cette étape chargée à Londres, Mitt Romney se rendra en Israël puis en Pologne, deux fervents alliés des États-Unis. Des escales stratégiques qui devraient lui permettre d’encore développer sa stature présidentielle. A condition évidemment qu’il évite les  dérapages diplomatiques et ne transforme pas sa campagne internationale en fiasco.

Finalement, les élections  américaines et les jeux olympiques ont toujours été intimement liés grâce à leur timing concordant. Tous les quatre ans, l’événement sportif le plus globalisé précède de quelques mois le scrutin présidentiel le plus suivi mondialement. Ce soir, l’inauguration des JO de Londres donne en quelque sorte le coup d’envoi d’un sprint d’une centaine de jours. Une épreuve de longue haleine qui opposera Mitt Romney et Barack Obama, avec la Maison Blanche sur la ligne d’arrivée. Aucun doute, dans cette course hors catégorie, les deux rivaux ne se contenteront pas d’une second place sur le podium.

Voir l’article en anglais adapté par David Ketchell: Romney’s Olympolitics

Cette entrée a été publiée dans Candidats républicains, Mitt Romney +, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Les jeux olympolitiques de Romney

  1. Ping : Romney’s Olympolitics | Elections USA 2012

  2. Ping : J-50: Romney peut-il vraiment gagner? | Elections USA 2012

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>