Mythes et Vases Communicants

Saviez-vous que l’Europe accueille à peine 16 % des demandeurs d’asile du monde ? Que 80 % des demandeurs d’asile sont accueillis par des pays en voie de développement, souvent par les pays les plus pauvres dans le monde ? Saviez-vous que la Syrie accueille plus de deux millions de réfugiés, surtout des Irakiens ? Saviez-vous qu’un camp de réfugiés, au Kenya, construit au siècle passé pour 90.000 réfugiés, en accueille aujourd’hui plus de 300.000 ? Ce seul camp pourrait contenir plus de dix fois le nombre de demandeurs d’asile accueillis par la Belgique en 2010. Pour Vanessa Saenen, « c’est de notre intérêt de rester raisonnable et de partager cette responsabilité. »

Vanessa Saenen travaille pour le UNHCR, l’Agence des Nations Unis pour les Réfugiés qui remplissait, jusqu’en 1981, la fonction du CGRA. La mission de l’Agence est de mettre en place un accueil pour les demandeurs d’asile là où il fait défaut. En Europe de l’ouest, le HCR observe les pays qui ont souvent de bonnes lois en matière de demandeurs d’asile mais ne les appliquent pas toujours correctement. « Le rôle du HCR, me dit Madame Saenen, c’est d’agir avec les gouvernements, les ONG, dans les coulisses, pour essayer de changer ça et pour alarmer aussi en cas de problème. »

« Ça ne rend pas populaire de faire quelque chose pour protéger les réfugiés. Mais ce qu’on essaye de dire c’est que pour certaines personnes c’est une question de vie ou de mort. C’est aussi une partie du problème de faire la différence entre un réfugié et un migrant économique. La différence c’est qu’un réfugié doit fuir son pays parce qu’il est persécuté, parce que sa liberté et sa vie sont en danger, et qui mérite une protection dans un autre pays. C’est important qu’ils reçoivent cette protection. »


Vases communicants

Une politique européenne de migration ?

(Écouter l’extrait)

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« …les migrants essayent d’entrer en Belgique ou en Europe par les portes de l’asile… »

« Ce qu’on essaye d’obtenir depuis des années c’est d’abord une politique commune européenne harmonisée, pour l’asile. Pour les réfugiés c’est une question très urgente. Ça n’existe pas pour l’instant. Ce qui se passe en Belgique est directement lié à ce manque européen. Depuis deux ans, le nombre des demandeurs d’asile en Europe est resté assez stable, mais les changements géographiques sont énormes à l’intérieur de l’Union. On pense que c’est parce que certains pays européens sont devenus beaucoup plus strictes. C’est comme les vases communicants. »

Mythes

« Nous travaillons avec les demandeurs d’asile et avec les réfugiés. Nous avons vu qu’il y a beaucoup de mythes qui entourent cette thématique : ce sont des profiteurs, ils sont trop nombreux, etc. Les réfugiés ont des talents aussi, ce sont souvent des gens éduqués qui peuvent contribuer à notre société. Il faut leur donner une chance au lieu d’en avoir peur. C’est aussi une question d’humanité : donner une protection aux gens, c’est quelque chose dont il faudrait être fier. Cette peur des demandeurs d’asile et des réfugiés est irrationnelle. »

Attention : les extraits présentés sont à remettre dans le contexte d’une conversation plus longue et n’ont pour but que de lancer la réflexion. Nous reviendrons, à la fin du reportage, sur ce qui a été dit, en intégrant autant que possible les discussions lancées sur ce blog.

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4 réponses à Mythes et Vases Communicants

  1. jeanpaul legentil dit :

    Bonjour,
    je me permets de réagir à votre article qui utilise à merveille le sentiment de culpabilisation des citoyens européens dans les problèmes mondiaux – sentiment créé par nos gouvernants et relayé par nos médias.
    Je souhaiterais vous poser quelques questions quant aux pays que vous citez en tant qu’exemple d’accueil à l’asile. Vous parlez de 2 millions d’Irakiens en Syrie – pays “frère” de l’Irak. Ces réfugiés ont-ils un jour une chance d’avoir un statut similaire aux Syriens, voire m^me la nationalité syrienne ? L’exemple du camp kényan – j’imagine le tollé ici en Europe, rien qu’à l’évocation du mot “camp”- n’illustre t-il pas le refus d’intégrer ces gens à la société kényanne ? ces gens d’où qu’ils viennent seront ils un jour kényans ? visiblement l”évolution démographique du camp me fait plus penser à une enclave étrangère quà une intégration harmonieuse.
    Un noir africain animiste, ou un juif israelien, recevrait-il le même accueil en Syrie qu’un Irakien ?

    Je trouve donc inapproprié votre utilisation des deux exemples donnés tant votre approche du problème est différente de celle appliquée dans ces deux pays.
    Votre ambition n’est pas seulement d’offrir une protection “temporaire” à des gens qui auraient à souffrir de persécutions. Elle est visiblement tout autre et se raccroche à une idéologie qui prend sa source dans une espèce de culture de l’excuse, et de dévotion à l’Autre toujours magnifié . Cela amène nos gouvernants à faire preuve de tant de sollicitudes à l’égard des demandeurs d’asile, qu’ils en deviennent presque discriminants par rapport à nos nationaux nécessiteux. Ne sommes nous pas devenus otages des traités et autres conventions signés à des époques révolues ? Le terme “asile” recoupe t- îl la même notion qu’il y a 50 ans ? Comment le citoyen “lambda” peut il encore faire la distinction entre réfugié politique réel, immigration clandestine, sans papiers débouté, immigré au titre de regroupement familial … ? peut-être, comme vous le prétendez, y- a^til dans la masse un talent, voire même un génie mais n’allez pas faire croire qu’il ny a que cela à des gens à qui on demande juste de financer et de la fermer – même s’i ils ont des raisons de l’ouvrir – Quoi qu’il en soit et contrairement à ce que vous pensez, je pense qu’il ne s’agit pas d’un rejet lié à une peur irrationelle mais bien d’un refus raisonné et conscient face à un projet de société non-désiré.

    merci de m’avoir lu

    • Bonjour et merci pour votre réaction. Je l’ai lue et l’apprécie. Permettez-moi néanmoins d’y répondre. De toute évidence, je ne peux qu’être d’accord avec vous pour ce qui est d’une responsabilité gouvernementale et/ou médiatique dans cette problématique délicate qu’est l’asile, mais j’y apporterai cette nuance : je peux me tromper mais je ne pense pas qu’il s’agissait ici d’exploiter ou de renforcer un sentiment de culpabilité mal placé. Les chiffres et les exemples utilisés par Vanessa Saenen n’avaient, à mon sens, pour but que de tenter de relativiser les choses et de les mettre en perspectives.

      Je suis heureux de voir que vous portez la réflexion plus loin, en interrogeant aussi la qualité d’accueil. J’ai bien peur de ne pas pouvoir vous suivre davantage dans l’argumentation mais il n’en reste pas moins que vous posez des questions qui méritent qu’on y réfléchisse. Pour nourrir cette réflexion, il y a aussi le glossaire que nous avons mis en place pour tenter d’éclaircir la confusion, ainsi que les textes de loi et conventions en matière d’accueil et d’asile.

      Laissez-moi tout de même – et sans fétichisme – citer ces traités et conventions qui, qu’ils aient été signés à des époques révolues, ou qu’on en soit devenu otage (alors je serais certainement atteint du syndrome de Stockholm), ne semblent pas avoir pris une ride mais bien avoir gagné en pertinence. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme: « art.1: tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Art.3.: tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Art.14: devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier e l’asile en d’autres pays. » Convention de Genève : « un réfugié est toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée (…) se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. »

      Pour terminer, j’inviterais simplement, comme l’avez très bien fait, à porter la réflexion sur « un projet de société » (si une telle chose existe) qui ne devient, pour moi, non-désiré que lorsqu’il n’est pas porteur d’humanité.

  2. anna dit :

    Si on accueillait les réfugiés comme dans certains pays du tiers-monde, on pourrait en accueillir plus, les patrons auraient une main d’œuvre très bon marché,etc…etc..
    Ce n’est pas une solution viables pour les réfugié (et même pour le pays hôte).
    Les déplacements de population ne sont pas une solution.

    • Bonjour et merci pour votre réaction. Je ne pense pas que le propos de Vanessa Saenen, ou les chiffres qu’elle avance pour l’illustrer, suggère qu’une augmentation du flux migrant soit positif ou négatif. Le flux est là, c’est un fait. Il me semble qu’elle tentait seulement de relativiser un peu les choses, de les mettre en perspectives. Maintenant, si, comme vous le dites, les déplacements de population ne sont pas une solution, reste encore à travailler sur les problématiques qui les causent irrémédiablement.

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