
Une partie des bâtiments du centre de Dinant
Les deux vidéos précédentes ont été réalisées au centre pour demandeurs d’asile de Dinant, géré par la Croix Rouge. La particularité de ce centre réside dans ses conditions d’ouverture : « La Croix Rouge a été contactée au mois de novembre 2009 par le fédéral, m’explique Evelyne Dogniez, pour rendre le site opérationnel en urgence vu le manque de places d’accueil dans le réseau. À ce moment-là il y avait déjà pas mal de non-désignations et des gens à la rue. Le bâtiment a été mis à notre disposition au départ pour trois mois, et puis ça a été prolongé jusqu’à maintenant, jusqu’à ce qu’il soit voué à d’autres affectations. On est toujours dans un centre temporaire. »
Le centre de Dinant peut accueillir 230 personnes, des primo-arrivants. Il est adapté pour de grandes familles ou de nombreuses personnes isolées. Madame Dogniez revient sur l’implantation du centre dans la ville : « à l’ouverture d’un centre pour demandeurs d’asile, les réactions sont mitigées, les gens se disent méfiants, inquiets. Nous on a eu un petit phénomène Facebook : certaines personnes ont publié des messages assez hostiles et ça a mobilisé d’autres personnes qui, en réaction, se sont organisées pour nous aider. Après un an, c’est beaucoup plus calme, les gens relativisent leur regard. »

Naila, une résidente du centre de Dinant, à l’atelier couture
Les effets pervers des structures d’accueil
Et puis c’est la problématique générale de l’accueil qu’on aborde. Pour Madame Dogniez, il y a des choses qui seraient totalement à revoir. Les centres d’accueil pour demandeurs d’asile ont de nombreuses qualités : ils encadrent les personnes lors de leur procédure en leur permettant de faire le point au niveau médical, au niveau psycho-social. Ils leur permettent de souffler, ils les accompagnent d’un moment d’entrée vers un moment de sortie.
Malgré cela, « au départ, la Croix Rouge était contre l’optique d’ouvrir plus de centres, me dit Madame Dogniez. Parce qu’on dénonce depuis toujours les effets pervers des structures d’accueil sur le long terme. À un moment, vivre dans ces structures pendant un an, deux ans, trois ans, voire plus, ça déstructure complètement les personnes, ça les abime, vraiment. Ce qu’il faut, c’est une accélération de la procédure, tout en respectant les garanties de droit nécessaires. »
Les lourdeurs administratives du système d’accueil des demandeurs d’asile se prêtent mal à la gestion d’une problématique aussi sensible où la vitesse de réaction est une caractéristique déterminante qui semble néanmoins souvent proportionnelle, dans ce cas-ci, aux moyens disponibles pour la mettre en place.
Pour Evelyne Dogniez, les réponses à la crise de l’accueil ne semblent pas être bien plus qu’une « emplâtre sur une jambe de bois ». Ouvrir des centres en urgence, des centres de transit, engager des gens pour traiter les dossiers, ça n’est qu’une partie de la solution : « à un moment il faut vraiment des questions de fond et des solutions de fond. »

Des enfants jouent au centre de Dinant
En croisant les doigts pour que personne ne meure dans la rue
Je lui demande alors si des mesures vont être prises par le gouvernement pour éviter une répétition de la débâcle à laquelle on a assisté, fin 2010. « À l’heure actuelle on essaye de parer au plus pressé, on essaye de trouver des solutions rapidement, à court terme, avec les arriérés qui sont là, avec le nombre de dossiers, avec les contraintes. »
(Voir la vidéo)
Et ce plan de répartition qui aurait pu éviter une saturation du réseau, pourquoi n’a-t-il pas été mis en place, alors qu’il est prévu ? « Une marche en arrière », et une peur de l’appel d’air de la part du gouvernement, selon Madame Dogniez.
(Écouter l’extrait)
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
« …on n’a pas pensé que ça monterait si fort… »
« Il a fallu la saturation, la crise, pour qu’on se donne les moyens de réagir. Vous faites ça dans n’importe quelle situation, on va vous reprocher de ne pas avoir pris vos précautions, de ne pas avoir travaillé à la source du problème. »
(Écouter l’extrait)
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
« …il a fallu passer par là pour se dire que, humainement, on allait trop loin… »
Et, finalement, pour quelle réaction de la part du gouvernement ?
–
Attention : les extraits présentés sont à remettre dans le contexte d’une conversation plus longue et n’ont pour but que de lancer la réflexion. Nous reviendrons, à la fin du reportage, sur ce qui a été dit, en intégrant autant que possible les discussions lancées sur ce blog.

Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
Ping : Pour Fedasil, la crise n'est pas terminée | elisA
Ping : La théorie | elisA