
Un bloc de logements à Bastogne
Ouvert en urgence le 15 décembre 2010, le centre pour demandeurs d’asile de Bastogne (installé dans une caserne partiellement non-occupée) est un centre de transit opéré par la Croix-Rouge. Il accueille des primo-arrivants, mais aussi des demandeurs d’asile qui étaient à la rue, à la Gare du Nord de Bruxelles ou dans des squats.
Avec environ 300 personnes accueillies, le centre de Bastogne atteindra les 550 personnes fin mars. C’est en compagnie de son directeur, Jean-Michel Gerimont, que je le visite.« Un centre c’est une machinerie énorme. Il faut nourrir toutes ces personnes », me dit-il.

Les cuisines, installées en trois semaines.
« Au départ, on pensait installer un chapiteau. Heureusement qu’on ne l’a pas fait : avec les neiges qu’on a eu, il aurait craqué. » Le centre pour demandeurs d’asile de Bastogne est un centre d’urgence censé être éphémère. Il est prévu qu’il dure jusqu’au 30 novembre 2011. Monsieur Gerimont, directeur du centre d’Hotton, est en charge de son ouverture, jusqu’à ce qu’un autre directeur soit trouvé. Le centre emploie un peu plus de trente personnes en personnel de nuit et de jour. Cela comprend six veilleurs et des collaborateurs polyvalents.
« La Croix Rouge fonctionne avec moitié moins de personnel que les centres Fedasil, m’explique Monsieur Gerimont, parce que les collaborateurs sont polyvalents et pas cloisonnés dans une fonction. Toutes les personnes qui travaillent ici ont été engagées pour ça, elles ne viennent pas d’un autre centre, elles sont toutes néophytes. On engage beaucoup sur Bastogne, des collaborateurs arabophones, russophones, des gens qui parlent le serbo-croate. Parfois des anciens demandeurs d’asile eux-mêmes. »
Je rencontre Jessica, 31 ans, de Bastogne. Elle travaille au centre depuis sa création. Elle évoque son premier jour : « C’était très prenant. Je me souviens c’était de nuit, il y avait beaucoup de neige quand les premiers résidents sont arrivés. Une petite fille m’a sauté dans les bras en sortant du bus. C’est un job qui, humainement, est très riche. »
Et pour ce qui est des relations avec le voisinage, je pose la question au directeur. « Force est de constater que ça se passe assez bien, me répond-il. L’horreur annoncée n’arrive pas. On a été mal accueillis avant de s’implanter. Mais la réalité c’est que les gens sont tout à fait charmants, on croule sous les demandeurs de bénévoles. »
Nous visitons les bâtiments : quatre blocs, où les gens logent. Des chambres de six personnes en moyenne. Une salle d’activité, une salle de télévision, un vestiaire, un lavoir, une infirmerie. Des containers préfabriqués pour les sanitaires : « deux salles de douche et deux salles WC par étage c’est trop peu, on a du installer des container qui font office de sanitaires supplémentaires, m’explique le directeur. »
« Les chambres ne ferment pas ici, continue-t-il. On a envisagé de mettre des serrures comme ça se fait dans les autres centres mais on se serait vite retrouvé avec des milliers de clés, des centaines de serrures. Alors on leur donne des armoires avec des cadenas. On verra pour plus tard. C’est toujours un centre éphémère et il y a tellement de travaux à faire. Impossible de penser au long-terme. Ce qu’il faut c’est la sécurité et le bien-être, un minimum de confort. Les gens sont ici en transit, ils sont sensés aller dans d’autres centres après dix semaines, des centres un peu plus appropriés. »
Monsieur Gerimont revient sur la crise qui continue de miner l’accueil des demandeurs d’asile : « Quand j’ai commencé le métier, me dit-il, les gens avaient des perspectives au long-terme. Et puis Fedasil a été créé et on a oublié tout ça parce qu’à un moment donné il y a eu une baisse dans le flux migratoire. Et ils n’ont plus vu les choses au long-terme. Il y avait des plans d’ouverture de centres, mais tout ça a été bazardé. C’est vrai qu’à une période on avait des centres qui ne fonctionnaient qu’à 50% d’occupation. Mais il faut voir plus loin. Et puis fin 2008 ils se sont rendu compte de la situation. C’est venu d’un coup. Ensuite les hôtels sont venus, les hôtels sont restés. Dans des conditions effroyables. Dans une espèce de no man’s land, sans information. Les demandeurs d’asile rataient leur rendez-vous, ils étaient exclus d’office. »
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Attention : les extraits présentés sont à remettre dans le contexte d’une conversation plus longue et n’ont pour but que de lancer la réflexion. Nous reviendrons, à la fin du reportage, sur ce qui a été dit, en intégrant autant que possible les discussions lancées sur ce blog.





Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
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