
File d’attente devant les portes de l’Office des Étrangers
L’Office des Étrangers, c’est la première étape pour une personne qui veut demander l’asile en Belgique. Certains y sont convoqués mais pour la plupart c’est la première confrontation avec la machine administrative.
Les portes ouvrent à 8h, fouille, vous choisissez la langue de la procédure (français ou néerlandais), on vous donne un numéro et vous attendez qu’on vous appelle dans une salle bientôt trop petite pour trouver une place assise où se mêlent toutes les nationalités, où des familles entières attendent avec bagages et poussettes. Puis viendra votre tour pour la photo, une première série de questions, la prise des empreintes digitales, la radio des poumons pour détecter la tuberculose, et la deuxième série de questions. Après tout ça, dans l’après-midi, le dispatching Fedasil vous octroie une place d’accueil. Et la procédure suit son cours : un parcours du combattant presque ordinaire.
Environ 1.800 personnes travaillent pour l’Office des Étrangers, une moitié dans l’administration centrale, l’autre en centres fermés. Je rencontre Yakub Urun, le responsable de la cellule interview. « J’étais dans cette salle d’attente il y a trente ans, me dit-il. Mes parents ont introduit une demande d’asile en 1980. »
Cette même salle d’attente est déjà pleine, et les portes de l’Office fermeront dans 30 minutes, à 9h. « On dira aux personnes dehors de revenir demain, m’explique Monsieur Urun. On essaye de demander si elles ont un endroit pour dormir ou pas. Et dans la mesure du possible on demande au personnel de Fedasil de les prendre en charge mais parfois ils n’ont rien, il faut dire la vérité. Souvent il y a une solution. Ceux qui viennent les déposer ou les accompagner, ou les filières, ceux-là savent qu’on ferme à 9h et viennent les déposer avant. »
Monsieur Urun m’explique avoir reçu pratiquement 2.000 demandeurs d’asile par mois pour décembre 2010 et janvier 2011. « On est aux alentours de 88 adultes par jour. Il faut ajouter environ un tiers du chiffre pour les enfants. Quand Fedasil n’avait pas de places, l’année dernière, c’était un réel problème. On se retrouvait avec des gens ici qui sont en attente d’un logement. Et nous, on y est pour rien, l’Office des Étrangers n’est pas là pour le logement. Mais on ne peut pas renvoyer des gens, on est aussi des êtres humains. Maintenant nous sommes très contents, tout le monde a une place. »
« Ce qui est positif par rapport aux demandeurs d’asile, continue-t-il, c’est qu’il y en a quand même une poignée qui seront entendus et qui auront leur dossier transmis au CGRA pour analyse au fond. Mais il y a toute une autre partie pour laquelle ça n’arrivera pas. »
Ceux pour lesquels ça n’arrivera pas, m’explique-t-on, ce sont, entre autre, les multirécidivistes : « Des gens qui ont déjà fait quinze ou vingt demandes d’asile et qui n’apportent pas d’éléments neufs mais qui veulent simplement faire durer leur séjour en Belgique. »
On m’assure que l’ordre de quitter le territoire est notifié rapidement lorsque de tels cas se présentent. « Les demandes multiples sont permises, donc ils essayent. », me dit-on. Lorsqu’un ordre de quitter le territoire est émis, la personne a sept jours pour le contester en introduisant une nouvelle demande : « trente demandes multiples, c’est donc trente fois sept jours à pouvoir rester. Mais à partir de la troisième demande d’asile, s’il n’y a pas de nouveaux éléments et que le dossier n’est pas transmis au CGRA, la personne ne se voit plus attribuer de place d’accueil. Mais chaque dossier fait l’objet d’un examen individuel, on ne peut pas généraliser. »
Arrivée à l’Office des Étrangers (voir la vidéo)

Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
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