« Chaque Belge paie environ 1.670 € par an pour la sécurité sociale, et environ 27 € par an pour les demandeurs d’asile. »
« La dotation de Fedasil s’élève à 321,4 millions d’euros en 2010, soit 0,6% des dépenses de l’État. »
Ce sont les chiffres qu’avancent le Secrétaire d’État à l’Intégration sociale, compétent pour l’accueil des demandeurs d’asile. Et c’est de cela que va me parler Monsieur Courard, de l’accueil, surtout quand ça ne fonctionne pas.
« L’accueil est une obligation, c’est mon job. Pourquoi n’accueille-t-on pas ? On a été en difficulté jusqu’au 6 décembre 2010 parce que nous n’avions pas suffisamment de places. On avait connu une montée importante des demandeurs d’asile [2007-2008 = + 10, 2% • 2008-2009 = + 40% • 2009-2010 = +16%, ndlr]. On ne sait pas être réactif du jour au lendemain, puisqu’il s’agit d’ouvrir des centres. Il y a donc eu des demandeurs d’asile qui n’ont pas eu de places. Les non-désignations ont été suivies, dans un certain nombre de cas, d’une action en justice. » (Écouter l’extrait)
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« …certains avocats, qui avaient peut-être besoin de travail, faisaient de la retape en rue pour inciter les gens à essayer de faire reconnaître leur droit… »
Et donc la situation était laissée à pourrir, les signaux d’une crise étaient clairs, mais rien n’a été fait. Pourquoi ?
« Il y a eu des réactions mais pas assez proportionnées. Au sein du gouvernement, avant que je n’arrive, il y avait un clash majeur et une tension extrême. Marie Arena, qui voulait ouvrir des places, était constamment barrée par le VLD et Madame Turtelboom. Il n’y avait pas d’argent : elle n’aurait pas su ouvrir des places sans moyens supplémentaires. Moi je suis arrivé en juillet 2009 et là on a commencé à investir et on a créé des milliers de places. »
Les centres créés en urgence ne sont pas faits pour durer, mais les flux migratoires si : quelles sont les solutions mises en place pour le long-terme ?
(Écouter l’extrait)
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« …Si la situation se dégradait, si le flux entrant venait à augmenter, on se retrouvera rapidement face une difficulté, que le gouvernement sait… »
« Je ne suis pas suspect »
« Le monde politique fonctionne souvent ‘réactivement’ quand les problèmes se posent. Je peux vous dire, ici, et même s’il faut garder une certaine solidarité gouvernementale, que je peux démontrer que je ne suis pas suspect. Ces points ont été porté à l’ordre du jour dès mon arrivée. On tient des tableaux en ordre, pour tenir compte des flux et voir quand et comment on va pouvoir fonctionner. On a mis à un moment 1.200 personnes à l’hôtel pour essayer d’éviter un maximum de personnes en rue. Je suis relativement isolé au niveau du gouvernement, même si on a reçu du bois de rallonge à plusieurs reprises. Je ne peux pas dire que le gouvernement n’ait rien donné, mais est-ce suffisant ? Je ne le crois pas. »
Le jour de l’entretien (fin février), le cabinet de Monsieur Courard m’indiquait qu’il restait 700 personnes en hôtel, l’objectif étant qu’il n’en reste plus à la fin du mois de mars. « Mais, nuance-t-il, est-ce qu’on ne sera pas obligé, dans quelques semaines, en fonction des arrivées, de rouvrir des places en hôtels ? C’est plus acceptable que de laisser des gens sans désignation, et donc en rue. Et c’est mieux que de payer une astreinte. »
Astreintes
Fedasil, l’administration de Monsieur Courard en charge de l’accueil des demandeurs d’asile, s’est trouvée dans l’impossibilité de désigner une place pour certains demandeurs et s’est vue condamnée, dès 2009, à trouver une solution. Les condamnations ont finis par être assorties d’astreintes. (À ce propos)
« Avec les astreintes, ajoute Monsieur Courard, ça a vraiment crié vengeance dans la population. C’est la faute du gouvernement, pas celle de Fedasil qui est l’administration, la mienne, qui travaille avec les moyens qu’on lui donne. C’est faute d’obtenir un consensus. En affaires courantes, un seul partenaire peut tout bloquer, et pour ceux qui ont moins de chances d’être dans le prochain gouvernement, moins ça fonctionne mieux c’est. »
En 2009, Fedasil aurait préféré payer les astreintes que loger des demandeurs d’asile. Je demande à Monsieur Courard ce qu’il en pense. (Voir la vidéo)
« …Les condamnations dont on fait l’objet sont justifiées, soyons clairs. Je n’ai jamais critiqué les condamnations, elles sont normales puisqu’on ne rempli pas notre mission… »
Selon Monsieur Courard, 350.000 € auraient effectivement été payés en astreintes. Et pour quel nombre de non-désignations ? « On a parlé de 6.000 ou 7.000 non-désignations. Mais les gens peuvent revenir plusieurs fois pour essayer de trouver une place. Il y en a aussi qui se présentent mais, comme il n’y a pas de places, ils partent vers un autre pays, ou ils trouvent une autre filière, ou ils disparaissent dans la nature. D’autres repartent dans leur pays. C’est compliqué de faire une évaluation. On a essayé de savoir combien il y avait de personnes à la rue ou dans les squats : il y en avait moins que les 7.000 non-désignations. Et il n’y a plus de non-désignations depuis le 6 décembre. »
Le porte-parole de l’agence Fedasil (administration de Monsieur Courard) me précisera plus tard que les demandeurs d’asile qui reçoivent une non-désignation « ne peuvent pas se représenter au dispatching un autre jour, pour essayer d’obtenir une place. On se présente une seule fois », contrairement à ce que me disait Monsieur Courard. (Écouter l’extrait)
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Même si en période de crise les demandeurs d’asile qui recevaient une non-désignation pouvaient revenir plusieurs fois au dispatching pour tenter de recevoir une place, ils n’étaient pas compter comme une nouvelle personne à chaque tentative. Il apparaît donc que le chiffre des non-désignations correspond au nombre de personnes qui n’ont pas eu droit à l’accueil.
Du côté du CPAS de Bruxelles on parle de 7.745 personnes avec non-désignations entre le 12 octobre 2009 et le 18 février 2011. Le chiffre est confirmé par Fedasil qui précise qu’il y a eu 6.145 non-désignations pour toute l’année 2010. En outre, il y avait déjà des non-désignations avant octobre 2009 (Fedasil est condamnée dès le mois d’avril). Vraisemblablement, le phénomène concerne donc plus de personnes.


Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
27 euros par demandeur d’asile, un chiffre qui ne veut rien dire. Comprend-il le paiement des fonctionnaires de l’asile, l’accueil, le suivi médical, social, le paiement des tuteurs et avocats dont bénéficient gratuitement les mineurs d’âge demandeurs d’asile, leurs frais de scolarité, les examens médicaux, l’octroi médicale gratuite aux personnes déboutées de leur demande d’asile, le fonctionnement des centres fermés (et des jugements pour les quelques-uns qui commettent des délits), etc ?
Bonjour et merci pour votre réaction. Je pense que le cabinet de Monsieur Courard arrive à ce chiffre en divisant le budget qui lui est octroyé par la population belge. Il est vrai qu’on en apprend peu en voyant simplement un tel chiffre, merci donc pour vos précisions sur quelques unes des finalités de cet argent. Si je puis juste me permettre une remarque, je peux me tromper mais je pense que cela ne concerne que les compétence de Monsieur Courard, à savoir l’accueil en tant que tel, et pas l’asile (ce qui est de la compétence de Monsieur Wathelet). En outre, à mon avis, il s’agit de 27€ par an pour tous les demandeurs d’asile (et non ‘par demandeur’) : un chiffre symbolique donc qui représenterait la somme totale qu’un contribuable paie par an pour l’accueil des demandeurs d’asile en procédure (avec pour but une mise en perspective des sommes dépensées).
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