Lorsque je les interrogeais sur l’origine de cette crise de l’accueil qui semble ne pas s’être résorbée, les interlocuteurs rencontrés tout au long de ce reportage faisaient souvent référence au passé. À une époque où c’était Marie Arena (PS) qui était en charge de l’accueil (une fonction assumée depuis 2009 par Philippe Courard (PS)), et Annemie Turtelboom (VLD) qui avait les responsabilités assumées aujourd’hui et depuis 2009 par, en premier lieu, Melchior Wathelet (CDH), sur les instances d’asile.
Après avoir rencontré Madame Arena, je recontre Annemie Turtelboom qui accepte de revenir plus longuement sur la problématique d’alors et qui répond, à ceux qui la pointent du doigt avec la Flandre et la droite : « j’ai été la première ministre à introduire la réinstallation des réfugiés dans notre pays. Une femme, libérale, flamande, tout ce qu’on ne peut pas être lorsqu’on est ministre compétent pour la migration. J’ai été la deuxième en Europe à faire que les familles avec enfants ne soient plus envoyées en centres fermés (l’envoi de familles avec enfants dans un centre fermé reste légale, en cas de non-coopération, mais reste rare, ndlr). Ça c’est ma réponse. Je n’ai jamais vu un ministre francophone qui a fait ça. »
Il reste que les instances d’accueil semblent une nouvelle fois prêtes à déborder. Voici ce qui, selon elle, n’a pas fonctionné.
La régularisation
« Si vous faites une régularisation, explique Madame Turtelboom, et que vous communiquez beaucoup sur cette régularisation, vous allez avoir un appel d’air. Et il y a eu cet effet, c’est clair et net. Après une régularisation massive, il y a toujours une augmentation des demandes d’asile. Couplez cette régularisation assez large avec une crise économique et voilà. »
« Même s’il s’agissait d’une régularisation au cas-par-cas, elle concernait tellement de gens qu’elle devenait collective. Il faut garder en tête l’image qu’on donne à l’étranger avec les décisions qu’on prend et la communication qu’on fait. On donne des signaux qui disent que si on est en Belgique sans papiers et qu’on reste suffisamment longtemps, on obtiendra à un moment donné des papiers. Moi je suis claire et nette, je dis que tout le monde est bienvenu en Belgique mais j’ai quelques conditions : on doit parler l’une des trois langues nationales, on doit vouloir travailler ou avoir un travail. »
Finalement, une régularisation a eu lieu. Pour Madame Turtelboom le résultat est là : « ils ont vidé les centres ouverts et quel a été le résultat ? demande-t-elle. Quel était le résultat l’hiver passé ? On l’a vu. »
« Si on n’avait pas fait cette régularisation et si on avait renforcé le retour volontaire ou forcé, ça aurait pu parfaitement éviter la crise. On m’a toujours dit qu’à cause du fait que je ne voulais pas de cette régularisation, on n’avait pas suffisamment de places dans nos centres ouverts, parce qu’on n’avait pas la possibilité de les vider. Je vois que deux ans après la régularisation on n’a toujours pas assez de places dans les centres. Soit le raisonnement des autres n’était pas correcte, soit ils n’ont pas bien géré leur boutique mais il y a quelque chose qui ne colle pas. »
Le plan de répartition
Aujourd’hui, une réactivation du plan de répartition pourrait faire sortir certains demandeurs d’asile des centres ouverts pour les répartir sur les CPAS du territoire belge. Cependant, un blocage au niveau du conseil des ministres empêche la réactivation de ce plan qui pourrait momentanément faire sortir de la crise. Selon Madame Turtelboom : « si on a un problème on ne doit pas essayer de le résoudre avec un autre problème. Si on a suffisamment de places en centre ouvert, on n’a pas besoin d’un plan de répartition. » À l’heure actuelle, pourtant, le réseau d’accueil est saturé. « Mais combien d’argent a-t-on déjà donné aux centres d’accueil ? Répond Madame Turtelboom. Ce n’est pas à cause de moi que les demandeurs d’asile se sont retrouvés à la rue. »
« Si on a bloqué le plan de répartition ce n’est pas simplement pour avoir un blocage, c’est parce que pour nous ce n’est pas la meilleure solution. Si on crée un appel d’air avec une régularisation, on peut en créer un deuxième avec un plan de répartition. Ce n’est pas ma vision d’une politique organisée de la migration. Pour avoir une politique organisée, on donne une place dans un centre d’accueil, on traite le dossier le plus vite possible, si la procédure est positive on ne donne pas seulement des papiers mais aussi un futur, si elle est négative on cherche une solution de retour. »
« Le plan de répartition peut résoudre quelque chose, continue-t-elle, mais n’est pas une solution à long-terme. On doit travailler sur des solutions au fond. On dit que ça prend trop longtemps pour traiter un dossier. Je ne comprends pas, quand j’étais ministre de l’immigration ça prenait trois mois [un objectif général jamais atteint, ndlr]. »
Un problème communautaire ?
Pour Annemie Turtelboom, le dossier n’était pas communautaire. « Ça l’est devenu et ça n’a pas aidé la problématique, ça n’aide pas les gens. Je reste convaincue du fait que l’asile et que la migration sont les thèmes les plus importants pour les années futures. La population européenne vieillit, la situation du marché s’améliore après la crise et nous n’avons pas assez de travailleurs. Je suis convaincue du fait qu’on a vraiment besoin d’une migration. Cette migration, il faut mieux l’organiser. »
« Mais c’est aussi l’un des dossiers les plus difficiles à gérer, conclut-elle. Si on organise la migration correctement, on peut être très humain et avoir une société avec moins de racisme où les étrangers sont bienvenus, mais sans les abus. »


Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
Par pitié, lions enfin le flux migratoire au taux de chômage. Et limitons surtout le chômage dans le temps, comme dans nos pays voisins. On est prêt de l’effondrement financier du pays, et surtout de Bruxelles-Wallonie ! Arrêtons enfin d’importer en masse des chômeurs supplémentaires !
Bonjour et merci pour votre commentaire. Pour étayer vos propos, auriez-vous un lien vers une enquête ou une étude à proposer? Personnellement j’ai quelque chose d’intéressant à soumettre, qui pourrait (par pitié?) mener la discussion un peu plus loin : une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale (française. Mais je serais prêt à parier que la différence n’est pas si grande avec la Belgique. En tout cas je serais curieux d’en savoir plus si quelqu’un à vu une étude similaire pour notre pays).
Non, j’ai longtemps cherché, et je n’ai jamais rien trouvé qui ressemblait à une étude objective sur le sujet pour la Belgique. Il y a juste le livre de Jean-Marie Dedecker (“Hoofddoek of blinddoek” ) qui semble traiter de ce sujet, et vu l’auteur, j’ai beaucoup de mal à croire qu’il puisse s’agir d’une étude objective (bien que je ne l’ai pas lu). Peut-être une étude à suggérer de faire, soit aux autorités ou aux univesrités (Anne Morelli de l’ULB publie beaucoup de documents relatifs aux migrations, peut-être serait-elle intéressée ou au moins pourrait pointer qui serait en mesure ou intéressé de le faire).
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