Entretien avec Marie Arena

Lorsque je les interrogeais sur l’origine de cette crise de l’accueil qui semble ne pas s’être résorbée, les interlocuteurs rencontrés tout au long de ce reportage faisaient souvent référence au passé. À une époque où c’était Marie Arena (PS) qui était en charge de l’accueil (une fonction assumée depuis 2009 par Philippe Courard (PS)), et Annemie Turtelboom (VLD) qui avait les responsabilités assumées aujourd’hui et depuis 2009 par, en premier lieu, Melchior Wathelet (CDH), sur les instances d’asile (la procédure).


Marie Arena

J’ai d’abord rencontré Madame Arena, partisane, à contre-courant de la plupart de ceux qui gravitent autour de la problématique, d’une séparation des compétences accueil et asile, comme c’est le cas aujourd’hui, pour, dit-elle, « pouvoir travailler à partir du moment où les personnes sont sur le territoire, sur un accueil de qualité, quel que soit la procédure dans laquelle la personne se trouve, et quelle qu’en soit l’issue. »

Voici ce qui, selon elle, n’a pas fonctionné.

Deux crises

« Quand il y a eu l’accord de gouvernement, explique Madame Arena, juste après l’Orange Bleue, sur les moyens de l’accueil, on avait misé sur un raccourcissement des procédures et donc on avait diminué les moyens de l’accueil de 30 % dans les budgets. Étant donné que la loi asile n’a pas fonctionné en tant que telle (la procédure n’a pas été raccourcie, par manque de moyens et peut-être de volonté politique), la réduction budgétaire est venue rendre les choses très difficile en matière d’accueil et donc en matière de disponibilité des places. »

« Ça a été la première bataille au sein d’un gouvernement qui n’était pas très favorable à la politique de l’accueil. Le VLD, le CD&V, le MR ont leurs idéologies. Une fois que l’accord de gouvernement avait été signé, il était très difficile de revenir en demandant, à l’époque, 100% des moyens par rapport au passé. La deuxième année on a obtenu la modification des moyens mais on a assisté alors à une augmentation des flux. Il fallait créer de nouvelles places, ce qui est difficile et ce qui prend du temps. »

« La première crise, résume Madame Arena, a été une mauvaise estimation des moyens lors de l’accord de gouvernement sur base d’une mauvaise analyse de la loi. La deuxième crise a été une augmentation du flux migratoire qui a fait en sorte que les besoins d’accueil étaient plus importants alors que trouver des places est difficile. On ne pouvait plus satisfaire à tous les besoins et donc on a eu des gens dehors. D’où la logique des hôtels et des astreintes. »

Et les raisons de cette mauvaise analyse de la loi ? Pour Marie Arena, cette loi prévoyait une procédure bouclée en un an sans pour autant se donner les moyens de régler les arriérés ni de rencontrer les nouvelles dispositions, d’où un allongement de la durée de procédure.

La régularisation

Marie Arena continue : « c’est la raison pour laquelle j’ai dit à Madame Turtelboom qu’il fallait une régularisation pour sortir les gens de cette situation de blocage. À partir du moment où on est depuis plus de cinq ans sur le territoire en procédure, il faut régulariser. Sinon, pour les gens c’est très mauvais. La rapidité de procédure est un facteur d’intégration. »

« Turtelboom ne mettait pas les moyens pour accélérer et bloquait la régularisation pour des raisons idéologiques en disant qu’elle ne pouvait pas aller vers son électorat avec une régularisation massive. L’accord laissait entendre qu’il y aurait plus de régularisations que ce qui se faisait traditionnellement. Mais nous n’avons jamais plaidé pour une régularisation collective. On avait des critères clairs, transparents et rapides. Et on restait sur le cas-par-cas. C’est ce qui se fait aujourd’hui. Turtelboom a brandi le spectre de la régularisation collective qui, j’en conviens, lui aurait posé problème au niveau flamand. »

Le désaccord sur cette régularisation semble donc avoir bloqué tout le reste. « Embaucher plus de personnes pour les instances qui traitent les dossiers plus vite, continue Madame Arena, ça veut dire aboutir à des régularisations ou à des expulsions. Autant la population a peur des premières, autant elle n’aime pas les secondes. Et les deux compétences étaient celles de la ministre Turtelboom. Si elle mettait plus de moyens dans ses administrations ça aurait abouti à deux choses qui lui auraient posé difficulté : la régularisation qu’elle ne pouvait pas vendre et l’expulsion qu’elle ne pouvait pas vendre non plus. »

Pour Marie Arena, il s’agit davantage d’un calcul que d’une myopie politique. « Bloquer les choses n’a pas arrangé les choses, on voit où ça a mené. Je pense que ce n’était pas du tout de la myopie politique, Annemie Turtelboom savait tout à fait à quoi ça allait aboutir. Elle savait que ça ce n’était pas de sa compétence, c’est l’accueil, c’était ma compétence. Elle savait clairement que ça allait retomber sur moi. »

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