Journée spéciale “demandeurs d’asile et crise de l’accueil” : résumé

Lesoir.be a organisé, ce mercredi 30 mars 2011, une journée de discussions autour de la problématique des demandeurs d’asile et de la crise de l’accueil. Cette journée marque le passage vers la seconde phase de ce reportage.

Pour discuter avec les internautes, nous avons invité :

  • Philippe Courard, Secrétaire d’État à l’Intégration Sociale, responsable de l’agence Fedasil ;
  • Bob Pleysier, ex-directeur du centre du Petit-Château et ex-directeur de Fedasil ;
  • le CIRÉ, plateforme regroupant diverses associations travaillant autour de la problématique ;
  • Benoît Dispa, bourgmestre de Gembloux qui a vu s’installer un centre d’urgence dans sa commune ; et
  • Pierre Beck, directeur adjoint du département Accueil des Demandeurs d’Asile, à la Croix-Rouge de Belgique.

Des heures de discussions denses et complexes, résumées pour vous.

PHILIPPE COURARD

Interrogé lors de notre chat, le Secrétaire d’État à l’intégration sociale Philippe Courard plaide pour une politique humaine vis-à-vis des requérants d’asile, mais rappelle que dans le même temps, la solution passe par un traitement plus rapide des dossiers.

Interrogé sur la possibilité de limiter le nombre d’arrivées sur notre territoire, Philippe Courard, Secrétaire d’État à l’intégration sociale, se montre clair à ce sujet. « Il est actuellement impossible de limiter les venues dans notre pays. Les frontières n’existent plus et sont de plus inefficaces. Il faut par contre aider les pays a pouvoir assumer leurs responsabilités et offrir des conditions de vies acceptables sur place. Selon moi, l’Europe devrait faire plus d’efforts de solidarité et de répartition. La Belgique est certes à la 4ème place en termes de demandeurs d’asile, mais globalement, l’Europe accueille beaucoup moins de réfugiés que l’Afrique, qui en capte des millions dans des conditions inacceptables ».

Certains participants au chat s’interrogent sur l’action politique et celle de Fedasil, mais Philippe Courard rappelle les actions déjà entreprises : « On ne peut pas parler d’immobilisme de Fedasil, ni du politique. Tout n’est pas parfait, mais chacun tache de faire son possible. En ce qui me concerne, j’ai créé presque 7.000 places d’accueil et obtenu du gouvernement l’accélération de certaines procédures, ce qui permet de décider plus vite de l’accueil ou non des requérants, ceci en respectant toujours les droits des uns et des autres ».

« Réactiver le plan de répartition »

Afin de soulager les centres d’accueil, certains internautes proposent de réactiver le plan de répartition. Philippe Courard déplore le manque de volonté politique à ce niveau. « Je suis favorable au plan de répartition, mais il est malheureusement rejeté par une majorité de partis, particulièrement au nord du pays. Il y a un blocage au gouvernement au niveau de l’ application, mais aucune volonté parlementaire non plus. D’ailleurs, certains proposent d’abolir purement et simplement ce plan de répartition ».

D’autres participants au chat se demandent enfin pourquoi la situation actuelle est plus difficile qu’en 2000, alors qu’à cette date, on comptait le double de réfugiés. Pour Philippe Courard, il s’agit une fois de plus d’une question de moyens. « En 2000, il y avait le double de demandeurs d’asile qu’actuellement (à ce jour, 23.000 personnes sont recensées dans les centres). A l’époque, il y avait donc beaucoup plus de réfugiés, mais ils étaient dispersés dans les communes et ils recevaient une aide financière pour se loger, se nourrir, etc… Depuis quelques années, ils reçoivent uniquement une aide matérielle et on les regroupe donc dans des centres pour les loger ».

Reportage elisA : Entretien avec Philippe Courard, Secrétaire d’Etat responsable pour l’accueil des demandeurs d’asile.

BOB PLEYSIER

Pour Bob Pleysier, qui fut d’abord directeur du centre du Petit-Château avant de devenir le premier directeur de Fedasil de 2002 à 2007, il n’est pas question d’envahissement de demandeurs d’asile, plutôt d’une très mauvaise gestion. L’immobilisme de l’agence fédéral pour les demandeurs d’asile résulterait d’un immobilisme politique. « Une crise qui dure trois ans, écrit-il, et pour laquelle il n’y a pas, aujourd’hui, de perspective de solutions, il faut en trouver les raisons. » Pour lui, « on devrait arriver à une situation où les demandeurs d’asile sont logés dans un centre d’accueil sont d’abord logé dans un centre d’accueil avant de passer, pour ceux qui semblent avoir de bonnes chances de rester, à un logement individuel à charge d’un CPAS. » Pour les autres, écrit Monsieur Pleysier, il faudrait qu’ils soient « hébergés dans un centre ouvert de retour ».

« Fedasil dispose d’une certaine autonomie d’action, fait remarquer un internaute, pourtant la plupart des nouvelles places sont créées par des partenaires (comme la Croix-Rouge), subsidiés par l’agence fédérale elle-même. N’y aurait-il pas là un constat d’incapacité de l’État à gérer l’accueil des demandeurs d’asile. »

« En effet, répond Monsieur Pleysier, Fedasil a été tellement paralysé par le politique et surtout par le manque d’accord entre les responsables de la procédure et de l’accueil qu’il a fallu déléguer la création de nouveaux centres à la Croix-Rouge et aux CPAS. »

Revenant sur les centres de retour évoqués par Bob Pleysier, une internaute remarque que le projet est « un échec complet aux Pays-Bas, parce que les gens disparaissent dans la nature plutôt que de s’y rendre » et demande comment Monsieur Pleysier envisage le projet. Celui-ci nuance les propos en disant que ces centres donnent le signal clair que les autorités veulent et son capables d’exécuter leurs décisions. Selon lui, « les résultats aux Pays-Bas sont là » et il ajoute qu’il est « difficile de gérer le retour volontaire sans lien direct avec les retour forcés. Pour l’instant, c’est compliqué : tout le réseau Fedasil/Croix-Rouge/CPAS fait comme si tous leurs clients (sic) allaient rester en Belgique. Ce n’est pas raisonnable. »

Pour les internautes, Fedasil est victime de la lenteur des procédures. « Il n’y a pas de solutions miracles, dit l’un d’eux, il faut que le CGRA aie le temps d’instruire les dossiers et il faut lui donner plus de moyens pour le faire. » À un internaute qui écrivait que la Belgique ne donnait pas de signal clair, Bob Pleysier ajoute que les responsables ont peut de développer une politique d’asile et de migration « généreuse mais ferme ».

« Plus de places n’est pas une solution »

Pour Bob Pleysier, « donner plus de moyens à Fedasil n’est pas une solution. Plus on crée de centres et plus il y aura de clients pour y séjourner. » À la place, il suggère l’ouverture d’un centre ouvert de retour pour résoudre la crise où tous les demandeurs d’asile en fin de procédure entreraient. Cela aurait l’avantage de vider les autres centres. « Je suis persuadé, ajoute-t-il, qu’une place en centre de retour vaut, quantitativement, cinq places en centre d’accueil. »

À la question de savoir pourquoi le plan de répartition prévu n’a pas été réactivé, Monsieur Pleysier précise qu’un plan de répartition avec une aide financière des CPAS doit être éviter à tout prix. À la place, il est favorable à un plan de répartition en Initiatives Locales d’Accueil. Ce à quoi le CIRÉ (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers) répond que « sur les 2.000 places censées être ouvertes par les ILA, actuellement seules 360 sont effectives » et d’ajouter que « en appliquant pas le plan de répartition aujourd’hui, on renvoie quand même les gens non-désignés vers les CPAS pour une aide financière, ce qui est un mauvais signal. »

Reportage elisA : 7 solutions pour sortir de la crise

CIRÉ (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers)

« La Belgique n’accueille pas toute la misère du monde, écrit quant à lui le CIRÉ, mais elle a comme les autres pays européens des obligations en matière de protection. Quant aux personnes poussées sur les routes de l’exil pour des raisons économiques ou politiques, regardons ce qui est fait en matière de politique européenne dans ces domaines. Nous n’accueillons pas toute la misère du monde mais des politiques menées en notre nom contribuent à la créer et à la maintenir. »

Pour le CIRÉ, la proposition de centre ouvert de retour énoncée par Bob Pleysier ne fonctionnerait pas et provoquerait le départ des demandeurs d’asile vers la clandestinité.

Aux internautes qui s’inquiètent de trouver « un pilote dans l’avion », une possibilité de s’en sortir, le CIRE évoque l’application du plan de répartition voté en 2009, « la loi est votée, il suffit de l’appliquer, ajoute l’association, mais l’aide financière dérange certains membres du gouvernement. »

Reportage elisA : un blocage symbolique et politique

BENOÎT DISPA

En décembre, le bourgmestre de Gembloux, Monsieur Benoît Dispa, a vu s’ouvrir dans sa commune un centre pour demandeurs d’asile, créé en urgence pour accueillir 200 personnes.

« L’ouverture d’un centre de transit à Gembloux n’a évidemment pas suscité d’enthousiasme débordant, écrit-il, d’autant qu’elle n’avait été précédée d’aucun contact préparatoire. Dès le début, nous avons essayé de réagir avec modération et je suis heureux qu’aucune forme de racisme larvé ne se soit exprimée. Les inquiétudes des riverains n’ont pas été rejetées d’un revers de la main. Une réunion d’information a eu lieu, qui a permis de lever certaines appréhensions. »

Soulignant la qualité du travail de la Croix-Rouge, avec qui il a entretenu un dialogue ouvert dès le début, Monsieur Dispa nuance : « évoquer des retombées positives serait excessif, si ce n’est le sentiment de participer à un effort général d’accueil, qui nécessite une certaine solidarité. Celle-ci se manifeste notamment par une implication, très appréciée, des bénévoles de la Croix-Rouge locale. »

« Quant aux impacts négatifs, il faut être de bon compte : ils ne sont pas inexistants, mais relativement limités. Parfois, du porte-à-porte mal ressenti, une présence dans les commerces ou dans la piscine communale qui peut indisposer, mais à proprement parler aucun problème d’insécurité véritable. »

Aux internautes qui lui demande quelles étaient les craintes majeures à l’annonce de l’ouverture du centre, Benoît Dispa évoque la peur de l’inconnu qui suscite la méfiance, et souligne « l’importance de prévoir une forme d’apprivoisement mutuel, via des réunions publiques, un comité d’accompagnement, des activités mêlant demandeurs d’asile et population locale. Le tissu associatif peut jouer un rôle précieux, ajoute-t-il. »

« Plus généralement, conclut Monsieur Dispa, il faut parvenir à concilier la rigueur nécessaire dans les procédures de traitement des demandes (y compris jusqu’au refus éventuel et les suites qui en découlent) et la dignité qui doit caractériser l’accueil des demandeurs durant tout ce temps. »

PIERRE BECK

Notre dernier invité pour cette journée de discussion sur la problématique des demandeurs d’asile et de la crise de l’accueil était Pierre Beck, directeur adjoint du département “Accueil des Demandeurs d’Asile” de la Croix-Rouge de Belgique.

Pour lui, si « d’un côté il y a la vulnérabilité de ces personnes que nous ne pouvons ignorer et donc l’exigence d’une réponse immédiate et adaptée ; d’un autre côté, nous sommes convaincus qu’on ne peut gérer cette crise que par des actions d’urgence et que des dispositions de plus long terme doivent être prises. » Des dispositions de plus long terme comme, par exemple, accélérer le processus de traitement des dossiers.

« Force est de constater, continue Monsieur Beck, que beaucoup reste à faire afin d’arriver à un système de gestion efficace des demandes d’asile. En tant que Croix-Rouge, nous apportons une aide dans cette crise en vertu de nos principes humanitaires, mais nous ne manquons pas de relayer également les blocages persistants et les mesures qui nous semblent devoir être prises. »

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11 réponses à Journée spéciale “demandeurs d’asile et crise de l’accueil” : résumé

  1. Mandalay dit :

    Miracle, le soir laisse une possibilité de commenter dans le domaine de l’asile… Gageons que les question et les commentaires qui paraîtront seront ceux et celles qui indiqueront une volonté ferme et unique d’importer deux ou trois trillions de réfugiés “politiques” supplémentaires dans notre pays.

    Si, par miracle, tel n’était pas le cas, voici ma question / mon commentaire: en ne prenant pas de décision rapide et, quand la décision est négative, en ne l’appliquant pas immédiatement et fermement, en dépit des bêlement des organismes moralisateurs qui font leurs choux gras du business de la charité, est ce que l’Etat n’ouvre pas la porte toute grande à l’invasion?

    Et si tel est bien le cas, quel est l’intérêt des hommes politiques qui gèrent cette pétaudière?

    • Merci pour vos questions (l’enrobage n’était pas nécessaire). Je profite de votre commentaire pour rappeler qu’il y a plusieurs articles dans ce reportage et pour vous inviter à les consulter, peut-être qu’ils répondront à vos interrogations ou en feront naître d’autres! (en j’en profite aussi pour rappeler que la modération des commentaires se fait sur base d’une charte très simple)

  2. dom dit :

    une seule question: avec quel argent? vu que la majorité devient allocataire notre secu ne tiendra pas

  3. Jacques dit :

    2010 était l’année européenne de lutte contre la pauvreté, quel bilan en tirez-vous ?

  4. dom dit :

    @admin on ne tchatte pas apres ta censure, ce que vous faites est un monologue

    • Bonjour et merci pour votre réaction. Il s’avère que votre question s’adressait plus particulièrement au Secrétaire d’Etat Courard (dotation, pourcentage des réfugiés qui dépendent du CPAS après l’octroi d’un statut positif, pendant combien de temps ceux-ci restent dépendant du CPAS, etc.) qui n’y a malheureusement pas répondu.

  5. Balaen dit :

    Félicitation pour votre travail, vraiment précieux et qui j’espère permettra au plus grand nombre d’appréhender mieux des faits dont la réalité est généralement mal perçue (pour ne pas dire carrément imaginée).
    Je voulais vous signaler cette info, que je viens de trouver sur un blog (au départ du journal le Monde). Je pense que c’est aussi une info qui mérite à être connue…
    => http://tinyurl.com/5wodoyp

    Bonne continuation !

    • Merci pour votre commentaire et pour le lien : nous n’étions pas passé à côté, le rapport du HCR est présent dans notre section “chiffres” mais c’est bien de le remettre un peu en avant comme ça. Dans ce rapport il y a pas mal de choses intéressantes à savoir : – le nombre de demandeurs d’asile dans le monde a baissé de moitié durant la dernière décennie ; le nombre de demandes d’asile déposées par des ressortissants serbes en 2010 était comparable à celui de 2001, peu après la crise du Kosovo ; Dans l’ensemble, ce sont toujours les pays en développement qui accueillent le plus de réfugiés.

  6. Annah dit :

    Je voulais simplement vous féliciter pour ce blog, pour votre souci à essayer de lier une certaine lucidité, voire objectivité journalistique à un sujet ô combien humain, difficile et subjectif par définition, pour votre attention à essayer de produire un panel aussi large que possible d’intervenants et de témoignages, pour vos essais à essayer de détricoter la problématique complexe et à l’expliquer à tous ceux qui se donnent la peine de venir lire vos articles.
    En fait, je voulais aussi vous dire que votre blog m’a définitevement convaincu de m’inscrire en tant que bénévole à la Croix Rouge… chose faite depuis aujourd’hui…. pas grand chose, grain de sable, mais les grains de sable font les plages ou les déserts n’est-ce-pas?
    Bonne continuation.

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