Lorsque la procédure d’un demandeur d’asile se solde par un avis négatif et que celui-ci est invité à quitter le territoire belge, plusieurs options s’offrent à lui. L’une d’elles est le retour volontaire. Pour assister et encourager ce type de retour, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a mis en place, avec ses partenaires, le programme REAB (Retour et Émigration des Demandeurs d’Asile en Belgique).
« (…) les migrants ont, à un moment ou l’autre, prononcé les mêmes mots, exprimés les mêmes inquiétudes et ressenti une angoisse indicible face aux défis imminents auxquels ils allaient devoir faire face dans l’espoir d’une vie meilleure et d’un avenir plus radieux pour leur famille. Selon les paroles d’un groupe de rock anglais bien connu, la question demeure ”Should I stay or should I go ?” (”Devrais-je rester ou partir ?”). Chacun d’eux a formulé cette question à sa façon, parfois avec enthousiasme et parfois avec regret, souvent avec espoir mais presque toujours dans la crainte d’un avenir incertain. » C’est ce qu’écrit Pascal Reyntjens, responsable du département d’Assistance au Retour Volontaire et à la Réintégration. Je m’entretiens avec lui dans les bureaux de l’OIM de Bruxelles.
D.S. – l’OIM travaille-t-elle seulement sur le retour des migrants dans leur pays d’origine ?
P.R. – On ne travaille pas seulement sur le retour, loin de là. Ça a été une activité traditionnelle quand on a été créé en 1951 à l’initiative des États-Unis et de la Belgique pour, entre autre, organiser le retour des populations déplacées par la seconde guerre mondiale. On a été présent pendant toutes les grandes crises et maintenant on se défini comme étant quelque part des spécialistes de la migration. On est là pour dire que la migration est un phénomène réel, existant et qui peut bénéficier à tous : aux migrants et aux différents états qui ont ce phénomène chez eux.
C’est un phénomène qui demande aussi une certaine gestion avec toutes les difficultés que ça peut comporter, parce que si ce n’est pas géré il y a tous les dangers liés à la migration irrégulière, comme l’exploitation par exemple.
La migration de retour est une des composantes de la gestion de la migration et, selon nous, elle doit pouvoir s’adresser de deux manières : au niveau des États, et certainement aussi au niveau des individus, des migrants eux-mêmes. L’assistance au retour volontaire est une alternative et une option offerte au migrant. Une alternative à des décisions administratives prises par les gouvernements en fonction des réalités légales ; et une option pour le migrant en fonction de ses choix individuels. Le migrant doit pouvoir prendre une décision informée.
Comment ça se gère la migration ?
La crise en Libye est là pour le prouver, la migration se gère de manière réactive à des mouvements existants. Ça veut dire qu’on n’est pas là pour prévenir les mouvements migratoires mais pour s’en rendre compte et y réagir afin que les gens puissent bénéficier de manière positive de ces phénomènes.
Par exemple, on peut constater un phénomène de migration irrégulière liée au travail entre deux pays, et une des réactions qu’on peut imaginer serait de voir dans quelle mesure il serait possible de mettre en place une politique de migration circulaire, ou de migration liée au travail, entre les deux pays, puisque de facto elle existe déjà mais demande à être consolidée de manière légale.
En Belgique, s’il n’y a pas vraiment de politique d’immigration, à la place on a l’impression qu’il y a plutôt une politique d’émigration.
Depuis 1974 en Belgique et dans d’autres pays européens les possibilités d’immigration régulière sont limitées. Elles existent malgré tout : la migration de personnel qualifié, la réunification familiale, les études. Une petite porte d’entrée reste et est utilisée : c’est la migration liée à une demande de protection, qui n’est pas faite pour la migration économique. Lorsque les possibilités d’entrée sont de plus en plus limitées, un migrant va tenter de trouver d’autres portes.
La mise en place d’une politique d’immigration plus cohérente résoudrait-elle la crise de l’accueil à laquelle la Belgique doit faire face ?
Avant la crise financière de 2008, la Belgique et d’autres pays européens conscients du vieillissement de leur population qui a pour corollaire, entre autres, la garantie de la pérennité de la sécurité sociale et de la force de travail, imaginaient de pouvoir aller plus loin dans leur politique en matière d’immigration liée au travail. Et puis malheureusement est arrivée une crise financière et une crise économique. En général, la première chose qui arrive en réaction c’est une espèce de fermeture des frontières. Et le thème de la migration étant plus présent qu’avant dans les médias, étant plus commenté par le public moyen, le grand public, cela ralenti la prise de certaines décisions. Mais il faut être plus courageux à certains moments.
La plus grande difficulté de la politique migratoire c’est qu’elle ne peut pas exister au niveau régional, c’est un phénomène global pour différentes raisons. Ce qui est important, alors, c’est de garder un dialogue entre tout ceux qui sont impliqués dans ces politiques migratoires : au niveau des États, entre les pays de transit, les pays d’origine et les pays d’accueil. Ce dialogue doit pouvoir permettre de trouver des solutions qui ne soient pas seulement au court-terme et pas seulement dans une direction migratoire unique.
Les pays d’origine dont on parle n’offrent pas les mêmes possibilités socio-économiques aux gens, on peut donc en venir à discuter des politiques de développement. Tant qu’on ne fonctionne pas sur une approche globale, on ne résout pas grand chose. L’articulation entre les différents acteurs n’est pas simple parce qu’il y a des enjeux politiques, financiers et stratégiques. Mais au bout du compte, quels que soient ces enjeux, les migrants sont déjà là, ils vivent déjà au jour-le-jour des situations parfois très positives, parfois négatives.
Pour ce qui concerne spécifiquement la Belgique, qu’est-ce qui est mis en place ?
Le programme REAB (Retour et Émigration des Demandeurs d’Asile de la Belgique) existe depuis 1984. C’est un programme financé via Fedasil, sous la compétence de Monsieur Courard, et complémenté par des fonds européens sur cinq ans. La politique du retour volontaire dépend de l’administration Fedasil. Le programme s’adresse aux demandeurs d’asile, à ceux qui ont reçu une réponse négative et aux personnes en situation irrégulière.
Combien de personnes font appel à vos services pour l’assistance au retour volontaire ?
Dans le cadre du programme d’assistance au retour volontaire on aide environ 3.000 personnes annuellement. Dans retour volontaire il y a le mot « retour » qui est déjà un frein à la discussion dès le départ. Il faut pouvoir passer au-dessus. Il faut pouvoir donner l’éventail de toutes les possibilités et laisser le libre choix à la personne tout en tenant compte des réalités administratives et légales.
Au niveau de la mise en place d’une activité génératrice de revenus dans l’aide à la réintégration on a une limite de 1.500 € par personne. Il y a un suivi de la personne et de son projet pendant un an, au niveau de nos collègues sur place.
Comment ça se passe lorsqu’un demandeur d’asile a pris la décision du retour volontaire?
La personne dont la procédure se solde par un avis négatif reçoit un ordre de quitter le territoire et a la possibilité de faire appel à l’assistance au retour volontaire et à la réintégration. Pour ce faire, la personne peut contacter directement l’OIM ou l’un de ses partenaires sur tout le territoire belge.
Soit la personne a déjà pris la décision de retour, soit pas encore. La première chose que nous faisons c’est de voir si sa demande est bien de retourner. Si la décision est vraiment prise, on peut donner des renseignements complémentaires sur la situation qui prévaut dans le pays d’origine à toute sorte de points de vue. On veut que la personne puisse prendre une décision informée.
Si, avec tous ces renseignements la personne confirme qu’elle est demandeuse de rentrer alors on s’assure qu’elle a bien tous les documents qui vont lui permettre de voyager. On voit ensuite d’où la personne est originaire, de quelle ville, et puis en terme d’assistance à la réintégration, ce qu’on peut faire pour elle, si elle en a besoin.
On fait en sorte que ce soit la personne qui mette en avant ses besoins plutôt que de proposer les choses à la carte. Souvent, les gens ont été déshumanisés pendant un certain temps, en attente de décision. Alors on essaye de voir si la personne entretien toujours des contacts avec sa famille, avec la communauté sur place. Le retour pourrait être vécu négativement auprès de la communauté d’origine parce que la personne portait les espoirs de toute sa communauté en étant celui ou celle qui a réussi à migrer. Il faut faire en sorte que le retour soit gagnant, positif.
Certaines personnes pourraient s’offusquer de la situation : un demandeur d’asile vient en Belgique, pendant tout le temps que dure le traitement de sa procédure (ce qui prend souvent plus d’un an), il est logé, nourri, blanchi, et si cette procédure se solde par un avis négatif, on le renvoie de toute façon gratuitement dans son pays et on l’aide à y développer une activité. Que répondriez-vous à ceux qui s’offusquent ?
Je leur demanderais quelles sont les alternatives que eux proposent. L’assistance au retour volontaire est aussi une alternative au retour forcé. En plus de pouvoir offrir une solution sociale et humaine auprès des individus, elle coûte beaucoup moins cher que toute autre initiative en terme de retour. C’est prouvé, ce n’est pas discutable. C’est ma réponse, simple et directe.



Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.