Le CIRÉ (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers) est une ASBL qui travaille depuis 1954 sur des questions liées à la problématique des demandeurs d’asile, des réfugiés et des étrangers avec ou sans titre de séjour. Le CIRÉ regroupe plusieurs associations actives dans les mêmes domaines.
Je rencontre Malou Gay, directrice-adjointe du CIRÉ, pour lui demander ce que pense son association de cette crise dont on ne semble définitivement pas sorti alors que l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) annonce qu’elle va devoir refuser de nouveaux arrivants, trois mois après la mise en place de mesures d’urgence.
« Les mesures prises au mois de septembre, commence Madame Gay, tout le monde savait qu’elles ne seraient pas suffisantes pour sortir de la crise si l’arriéré dans le traitement des dossiers n’est pas résorbés (il était au 28 février 2011 de 11.826 dossiers, ndlr). Des personnes ont été engagées par les instances d’asile, il faut le temps de les former. »
Selon Malou Gay, les mesures prises ont trop tardé, la situation a été laissée à pourrir. « Il y a deux ans, continue-t-elle, ou même au moment où on a voté la loi de janvier 2007, on savait que ça allait prendre plus de temps, on savait qu’il y avait un manque de places à ce moment là, on savait que si les instances d’asile n’étaient pas renforcées, on allait aboutir à une situation comme celle d’aujourd’hui. On avait eu l’espoir qu’il y allait avoir une réactivation du plan de répartition (où les demandeurs d’asile repassent de l’aide matérielle à l’aide financière après un an de procédure et sont répartis sur tous les CPAS du territoire, ndlr) au moment où le réseau serait occupé à plus de 94 %. Tout le monde était d’accord de dire que c’était la solution quand il y a crise et pas, comme certains le disent, un appel d’air. Ce plan pouvait faire sortir du réseau les gens pour lesquels les instances d’asile ne parvenaient pas à prendre une décision dans l’année. »
Le plan de répartition
(Voir la vidéo)
« Le plan de répartition est prévu dans la loi, explique Madame Gay, mais est soumis à une décision du conseil des ministres, qui doit voter pour le mettre en œuvre. Dès qu’un partenaire bloque c’est terminé. Depuis deux ans, pas un seul conseil des ministres n’a réussi à sortir la réactivation de ce plan. Cette situation là je ne l’ai jamais vue. Ce n’est pas la première fois qu’on le réactiverait. Il existe depuis 2004 et a déjà été appliqué avant, plus de 15 fois. Aujourd’hui, alors que c’est eux qui l’ont créé, le SP.A bloque aussi ce plan de répartition et invoque l’appel d’air. Aujourd’hui le VLD dépose sur la table de la chambre une proposition qui veut supprimer ce qui a été voté en 2009. »
« J’ai du mal à croire que le gouvernement, en 2009, alors que c’était le même que celui qui est là aujourd’hui au niveau de la transition, aie voté quelque chose qu’on n’arrive pas, après presque deux ans, à mettre en place. C’est vraiment quelque chose qui me dépasse. »
« Tout le monde reconnaît au niveau politique que ça fait effectivement partie de la solution, mais le blocage est purement symbolique et politique. C’est incompréhensible pour nous. Les solutions sont là. Il y a une responsabilité du politique qui nous écœure. Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’il y ait un drame ? Que la situation soit complètement pourrie ? et si oui pour qui ? Ça favorise qui ? On a vraiment l’impression que ça favorise ceux qui veulent durcir tout le système et qui veulent démontrer qu’il faut absolument des lois plus sévères pour sortir de la crise. »
L’appel d’air
L’argument qui revient pour s’opposer à la réactivation du plan de répartition est celui de l’appel d’air, où le passage de l’aide matériel à l’aide financière créerait une augmentation du flux migratoire. Pour Malou Gay, s’il y a appel d’air, c’est à cause du mauvais fonctionnement du réseau et de la procédure. Selon elle, « on se cache derrière l’appel d’air que créerait le plan de répartition si on reparle d’aide financière. Mais je pense, dit-elle, que les politiques ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre ce qui est demandé par le réseau d’accueil. Ce plan de répartition ce n’est pas pour les gens qui arrivent, c’est peur ceux qui sont dans le réseau depuis un an et qui sont toujours en procédure d’asile. Parler d’un appel d’air, ça ne tient pas la route. S’il y a un appel d’air c’est le dysfonctionnement de l’asile et de l’accueil qui le provoquent, avec la non-gestion de ces dossiers. »
« Il n’y a pas de gouvernement, continue-t-elle, et les responsabilités sont réparties. Est-ce qu’on va demander à un gouvernement démissionnaire de re-démissionner ? On profite du contexte politique d’aujourd’hui pour se renvoyer la balle et ne pas prendre ses responsabilités. Les solutions sont là, elles sont simples, il faut 5 minutes de courage de la part du gouvernement. Au lieu de faire un calcul électoral, il faut prendre les choses en main et décider ce qu’il faut faire aujourd’hui sur la situation. »
Déstructurer le système de l’accueil
« Ce qu’on fait au niveau de l’accueil est tout à fait illégal, explique Madame Gay, on invente des règles qui n’existent pas dans la loi. Les centres de transit qui ont été créés, 3.000 places : on sait que dans la loi c’est prévu pour 10 jours d’accueil. Aujourd’hui, on a accepté que ça soit 10 semaines, sans accompagnement juridique de qualité, sans toute une série de droits qui doivent être accordés, sans la scolarité des enfants. Mais à force de croire pendant deux ans que certaines choses sont provisoires, elles deviennent structurelles. »
« Les hôtels c’est pareil. Oui il y a eu diminution mais vu qu’on dit qu’on n’a plus assez de places, on va continuer les hôtels, et on va continuer le transit. Et donc on accepte à chaque fois que des choses momentanées deviennent structurelles. On parle de personnes humaines qui viennent demander une protection et qui ne sont pas accompagnées par rapport à leur dossier. »
« On est dans une situation où on accepte de plus en plus l’inacceptable, où on repousse les limites de la loi. Les solutions d’urgence, qui s’en plaindrait ? C’est mieux que la rue mais ça reste complètement anormal. »
« Les acteurs de l’accueil s’en rendent compte : on participe à déstructurer tout le système d’accueil. On participe à créer l’illégalité de ce système à tous les niveaux. À un moment il faut dire stop. Même pour des raisons humanitaires il y a des limites. On ne peut pas continuer à se dire qu’on va pousser les murs. Ça va s’arrêter où ? »
Et qu’est-ce qu’on attend pour mettre fin à cette crise ? (Voir la vidéo)


Journaliste indépendant, écrivain et poète, j'ai collaboré avec maelstrÖm reEvolution à l’organisation de plusieurs événements culturels internationaux. Mes pas m’ont conduit d’Europe en Afrique, du Liban en Inde. Correspondant aux États-Unis pour les élections de mi-mandat 2010. Envoyé spécial en Égypte pour la révolution 2011. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que je réside.
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