Une (non-)politique

Pour donner de l’oxygène aux administrations qui croulent sous les dossiers en retard et la pression des nouveaux arrivants, il existe une disposition légale : un plan de répartition qui ferait passer les demandeurs d’asile toujours en procédure après un temps exagéré (par exemple : plus de douze mois) de l’aide matérielle à l’aide financière en les répartissant sur les CPAS du territoire. Un accord au niveau du conseil des ministres est néanmoins nécessaire pour l’activer. Il semblerait que le consensus ne soit plus possible, comme c’était le cas par le passé. On évoque un effet d’appel d’air, où la perspective d’une aide financière augmenterait le flux migratoire, comme les régularisations, les astreintes, ou les hôtels l’auraient fait. Ce même appel d’air, le gouvernement en a tellement peur qu’il a préféré laisser des familles entières dans la rue l’hiver dernier, en croisant les doigts pour que personne n’y meure. (Voir la vidéo)

Interrogé sur les causes du problème, Melchior Wathelet (volet « asile ») se plaint comme tout le monde d’un manque de moyens. Lui qui signait « des chèques d’un montant colossal (sic) » pour sauver les banques, verrait bien quelques zéros politiques s’ajouter au budget de son cabinet pour augmenter davantage les effectifs d’un CGRA dont le retard de traitement de dossiers a augmenté de 66 35,6 % en l’espace d’un an (entre le 1/1/2010 et le 1/1/2011). Il y a bien le plan de répartition mais, selon lui, le CD&V (parti d’Yves Leterme) et le VLD n’en veulent pas. Alors Monsieur Wathelet fait ce qu’il peut, comme tout le monde : il va dans les Balkans pour décourager au départ ; il engage (enfin?) du personnel pour les instances de traitement avec, en plus, « un monitoring et un plan de gestion pour en améliorer la productivité » ; il fait un effort sur les retours (volontaires, de préférence, « c’est moins cher et c’est plus humain »).

Pour Philippe Courard (volet « accueil »), ça serait Mission Accomplished malgré l’aveu de faillite de son administration. Les places ont été ouvertes et on ne peut pas continuer d’en ouvrir indéfiniment. Les centres de transit créés en urgence sont déjà en train de devenir structurels, tout comme les hôtels. Ce qu’il faut, selon lui, c’est limiter le délais d’attente, donc la durée de la procédure (compétence de Mr Wathelet). Loger des gens dans des conditions désastreuses, au déni de leur droit minimum et de leur dignité ? Pour Monsieur Courard, « c’est plus acceptable que la rue et c’est mieux que de payer une astreinte ».

Selon Marie Arena, qui occupait auparavant le poste de Monsieur Courard, il y avait deux crises à son époque. D’abord, une augmentation du flux migratoire. Ensuite, une mauvaise estimation des moyens alloués à l’accueil, sur base d’une analyse erronée de la loi qui prévoyait une procédure bouclée en un an sans se donner les moyens de régler l’arriéré ni de rencontrer les nouvelles dispositions concernant l’accueil matériel sur tout le temps de la procédure. Marie Arena avait proposé de libérer des places en régularisant certains candidats, sous certaines conditions. La régularisation était à l’époque la compétence d’Annemie Turtelboom, qui rendait celle-ci plus difficile. Pour Madame Arena, ce blocage, « ça n’a pas arrangé les choses, on voit où ça a mené ».

Cette régularisation a finalement eu lieu, et « on voit où ça a mené », répète Annemie Turtelboom, qui avait à l’époque les responsabilités de Monsieur Wathelet. Pour elle, les raisons de la crise actuelle sont toutes trouvées : la régularisation a fait appel d’air. Il aurait fallu renforcer le retour volontaire ou forcé. Et le plan de répartition ? « On ne peut pas résoudre un problème avec un autre problème », en clair ça serait un nouvel appel d’air. Ce qu’elle veut, ce sont des solutions au fond, et une accélération dans le traitement des dossiers, comme tout le monde.

Bref, on est pas sorti de l’auberge. Un plan de répartition, alors qu’il pourrait donner l’oxygène nécessaire au CGRA pour traiter les dossiers en retard en évitant à Fedasil de devoir renvoyer de nouveaux demandeurs d’asile à la rue, pourrait aussi faire appel d’air et aggraver la situation. Qu’on observe les choses avec l’œil gauche ou l’œil droit, c’est l’asphyxie. Si dans le monde politique, les opportunistes se trouvent vite une vocation de défenseur des droits de l’homme, en attendant, dans la cour de récré de Monsieur 800.000 voix, la politique du c’est-pas-moi-c’est-l’autre, enrobée de clientélisme et cachée derrière les affaires courantes, fait des victimes collatérales. En outre, sans perspective globale sur la problématique, un effet de vases communicants persistera entre les pays qui respectent leurs obligations et ceux qui les bafouent. Si une harmonisation des approches n’a pas lieu au niveau européen (ce qui n’a pas l’air d’être pour demain), les mesures prises sur le plan national n’auront pas les effets escomptés.

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Une réponse à Une (non-)politique

  1. sailor dit :

    Aussi longtemps que la politique de gestion des migrations se basera sur la politique de gestion des réfugiés, la confusion rendra impossible toute politique cohérente. Une des moins mauvaises voies d’accès aux ressources de notre pays restent la demande d’asile. Beaucoup sont fondées, beaucoup sont non fondées. Parmi les demandes d’asile non-fondées, beaucoup repésentent une tentative de survie dont les éléments constitutifs sont suffisamment pressant pour motiver une arrachement au sol natal. Mieux mal ici, que mal là-bas même avec le mal du pays. Mais ces facteurs ne sont pas analysés, comme le sont les critères établis par Genève. Alors on parle de n’importe quoi en l’identifiant à n’importe qui. De gauche ou de droite, la politique proposée et exécutée à la pteite semaine est incohérente et fait le lit des cerveaux vides. La chanson de la régularisation et le refrain de l’appel d’air. Quel fou peut prétendre arrêter les fluxs migratoires massifs? Une fois que les gens décident de risquer leur vie, dépensent toute leur économie et au-delà pour tenter la chance, soit ils trouvent satisfaction, soit ils meurent, peu retourent mourrir dans leur pays. Alors, vu le différentiel de richesse, si vis pacem, para bellum?
    Actuellement, dans notre pays, les problématiques les plus complexes se discutent par slogans interposés et provocations médiatiques. Plus de place à la négociation. Et à un moment critique, personne pour dire aux flamands qu’on les aime et qu’on va les aider à protéger leur(s) beau(x) langage(s) et leur(s) belle(s) culture(s) et personne non plus pour dire se pencher politiquement sur la question de savoir combien rapporterait à l’Europe d’investir en développement durable avec les pays d’origine.
    Oublié le contrat gagnant – gagnant. Meurt, canidé!

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