Aux Doms, le samedi, c’est jour des ministres

Ce n’est pas encore une tradition mais on s’en approche. Le 9 juillet, premier samedi du festival, le Théâtre des Doms accueillaient les ministres Rudy Demotte et Fadila Laanan. Normal, tous deux sont des habitués des lieux. Le Théâtre des Doms dépend directement de Rudy Demotte, ministre président de la Région Wallonne et de la Communauté française, tandis que les compagnies qui s’y produisent reçoivent des subsides de la ministre de la culture Fadila Laanan. Ambassadeur de Belgique en France, représentants du Centre Wallonie-Bruxelles et de la Communauté française à Paris, membres du CA des Doms, représentants de Wallonie-Bruxelles International et autres officiels, artistes ou représentants d’institutions étaient également de la fête.

A l’occasion du prochain départ de Philippe Grombeer, actuel directeur des Doms depuis leur création, la journée donnait lieu à quelques discours officiels. A l’issue de ceux-ci, Philippe Grombeer transmettait à Isabelle Jans,  qui se prépare à lui succéder, quelques kilos de clés permettant d’ouvrir toutes les portes d’un théâtre où chacun se sent chez soi.

C’est si vrai que ce samedi 16 juillet, une autre ministre débarquait à son tour : Joke Schauvliege, ministre de la culture de la Commuanuté flamande. Après les trois heures de « Jan Karski (mon nom est une fiction) » à l’Opéra-Théâtre, la ministre et son équipe, emmenée par Hugo de Greef (ex-directeur du Kaaitheater et de Flagey), avaient bien besoin de se détendre un peu autour des grandes assiettes variées de la cuisine des Doms. Avant de découvrir le spectacle clôturant chaque soir sa programmation : « Coalition » par les collectifs  Transquinquennal et Tristero. Soit un compagnie de la Communauté française et une compagnie de la Communauté flamande jouant en commun un spectacle parlant de la peur et de l’accident, devant une ministre flamande de la culture dans le théâtre de la Communauté française à Avignon. Qui a dit que la Belgique était morte ?

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Un instant de grâce avec Anne Teresa De Keersmaeker

Tout le monde l’attendait et elle n’a pas déçu. Anne Teresa De Keersmaeker est de retour dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes où elle s’était produite une seule fois, en 1992, avec Mozart/Concert Arias. L’an dernier, elle créait En Atendant, au crépuscule, sans éclairage extérieur ni amplification. Cette année, elle convie le public à 4h30 du matin pour Cesena, sa nouvelle création.
A l’heure dite, ce samedi, la grande majorité du public attend encore paisiblement sur la vaste esplanade devant le Palais des Papes. Du café est offert, les gens parlent à voix presque basse, l’ambiance est calme et patiente. Le temps que les 2000 spectateurs soient installés, ce n’est qu’un peu avant 5 heures que le spectacle peut commencer. Deux heures plus tard, des applaudissements nourris font la fête aux 19 interprètes. Treize danseurs de Rosas et six chanteurs du Graindelavoix soudés en une seule équipe où tout le monde danse et chante. Envol sublime des voix vers le ciel qui s’éclaircit peu à peu, apparition des premiers corps dans la pénombre avant que la lumière du jour les révèle petit à petit.
Mélange subtil de sacré et de sensualité, ce « Cesena », baigne dans les chants polyphoniques de l’Ars Subtilior, musique née à la cour des papes d’Avignon à la fin du XIVe siècle. Avec pour tout décor la muraille du Palais, les 19 interprètes nous entraînent dans une expérience fascinante où les silences sont de vrais silences, où le frottement des pieds sur le sol s’entend jusqu’au dernier gradin, où la danse peut être tour à tour paisible, enjouée, possédée, mystique, violente, sensuelle…
A 7 heures, le public acclamait une dernière fois les interprètes de « Cesena » avant de s’éparpiller devant le Palais des Papes. Certains prenaient d’assaut (en toute quiétude) les premières terrasses ouvertes pour un petit déj’ bien gagné. Beaucoup continuaient à traîner sur la place par petites grappes, échangeant leurs impressions, jouissant simplement du calme de la ville et savourant le bonheur d’avoir vécu un moment exceptionnel. Un de ces moments uniques que seul Avignon peut offrir. A condition d’avoir sous la main une artiste aussi exigeante, talentueuse et inspirée qu’Anne Teresa De Keersmaeker.

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Les goûts et les couleurs

Pour ceux qui en douteraient encore, les goûts et les couleurs, non seulement ça se discute mais parfois même, ça se dispute. A Avignon, c’est particulièrement visible avec le “Mademoiselle Julie” de Frédéric Fisbach, interprété par Juliette Binoche.
Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette production où la star de cinéma sait se faire oublier pour se mettre totalement au service de son personnage. Le tout dans une mise en scène de Frédéric Fisbach faisant entendre comme jamais les différentes facettes du texte de Strindberg. Dans Libération, René Solis va dans le même sens, célébrant le talent de l’actrice en même temps que la qualité de l’ensemble de la production.

Tout autre son de cloche dans Le Monde où Brigitte Salino parle d’une “Juliette Binoche piégée par Julie”. “Ce spectacle est une catastrophe dont on ne voit guère comment elle pourrait être réparée, au fil des représentations”, balance la journaliste qui flingue ensuite la mise en scène, la pièce elle-même (“bancale, encombrée d’un fatras psychologique qui relègue Strindberg loin derrière Henrik Ibsen (…), elle n’est plus en phase avec nos centres d’intérêt”), le comédien Nicolas Bouchaud (“Il semble remonté par un mécanisme qui le fait s’agiter en tous sens”) et ne trouve des excuses qu’à Binoche (elle “souffre de sa tenue, qui l’enferme dans le cliché de femme moderne folle de son corps” mais “pourtant elle joue bien”).

Nathalie Simon n’est pas plus tendre dans le Figaro, parlant d’une “Mademoiselle Juliette sans âme”, affirmant que le metteur en scène “massacre le chef d’oeuvre de Strindberg” et descendant même Juliette Binoche “à côté de la plaque” (“Elle trébuche sur les mots comme une débutante”). A l’inverse, sa collègue du même Figaro, Armelle Héliot, évoque sur son blog “Une très grande réussite de la mise en scène, de la direction d’acteurs, de l’interprétation très haute et originale des trois comédiens”. A propos du partenaire de Juliette Binoche, elle affirme: “En tout cas Nicolas Bouchaud est du premier au dernier mot parfait”. A propos de Juliette Binoche: “C’est une interprétation aussi fine, discrète, qu’intelligente et bouleversante. Jamais on n’aura si bien compris les souffrances de celle qui a perdu sa mère, de celle qui a été élevée comme un garçon, de celle qui est désespérée et suicidaire. ” Et de conclure: “Jamais on n’aura si bien touché l’enfance des personnages, le lieu de la naissance des souffrances et des blessures inguérissables”.

On vous le disait, les goûts et les couleurs…

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Mademoiselle Julie efface la star Juliette

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Tout avait mal commencé. Dans la presse locale, on s’offusquait des exigences de Juliette Binoche, star de cinéma débarquant à Avignon pour la première fois. Comme la plupart des personnalités de son calibre, l’actrice avait exigé de voir les images réalisées par les photographes locaux avant publication. Scandale, manif des photographes, mea culpa de la coupable et petite polémique sans intérêt comme Avignon en suscite régulièrement. Reste qu’à l’entrée du Gymnase Aubanel, certains débarquaient avec la ferme intention de se payer le scalp de l’intruse. Non mais quoi? Ce n’est pas parce qu’on cumule les César et les Oscar qu’on peut se permettre de se pavaner sur les planches. Bien d’autres s’y sont d’ailleurs cassé les dents au fil des ans. Bien d’autres mais pas Juliette Binoche. En l’espace d’une séquence d’ouverture où elle danse en fond de scène au milieu de la foule, la star se faisait oublier pour laisser toute la place à son personnage. Une Mademoiselle Julie vibrante, sensible, cassante par moment, suppliante à d’autres. Un personnage bouleversant auquel Juliette Binoche apporte toute la subtilité de son jeu cinématrographique. Pas un geste de trop, pas un éclat de voix inutile. Tout est dans la subtilité et le naturel absolu. Même quand la technique défaille (micro inaudible lors de la première), Mademoiselle Juliette fascine et scotche le spectateur. Du grand art. Pas de doute, il y a star et star.

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L’enfance de l’art

On nous l’avait dit et répété, cette année à Avignon, l’enfant serait roi. Sur scène en tout cas, car pour le reste, les spectacles s’adressent majoritairement aux adultes. Mais il est vrai que plusieurs créateurs s’intéressent cette année à l’enfance et prennent le risque de travailler avec des équipes de bambins. Résultat des courses? Mitigé. Anne-Karine Lescop fait danser à des enfants une pièce ancienne d’Odile Duboc, “Petit projet de la matière”. Sympathique mais la maîtrise nécessaire pour un tel travail manque évidemment à ces apprentis danseurs et l’ensemble (30 minutes) reste très superficiel. Même impression avec “Sun” de Cyril Teste qui part d’un faits-divers (deux enfants fuguant vers l’Afrique pour s’y marier) pour créer une pièce poétique mais très tirée en longueur. Les gosses maîtrisent déjà plus leur sujet mais la mise en scène, quoique très léchée et technologiques, n’apporte pas grand-chose. Heureusement, il y a aussi Boris Charmatz qui, contrairement aux deux précédents, n’hésite pas à secouer les bons sentiments dans un spectacle où les enfants sont tour à tour manipulés puis manipulateurs. “Enfant” est un vrai grand moment de spectacle et d’émotion, créé dans la Cour d’Honneur et qu’on pourra voir chez nous au prochain Kunstenfestivaldesarts. A ne pas manquer.

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On n’en a pas fini avec Bérénice

Curieuse ambiance à Avignon. Chaque jour, on espère découvrir enfin la perle de l’année et chaque jour on repart un peu déçu. On voit des choses intéressantes mais peu, très peu de vrais grands moments. La faute peut-être à nos attentes démesurées envers certains créateurs. Ainsi, on attendait avec impatience Faustin Linyekula et son « Pour en finir avec Bérénice ». Hélas, le danseur, chorégraphe et metteur en scène congolais s’emmêle les pinceaux dans un parallèle entre la fameuse pièce de Racine et l’indépendance du Congo. De nombreuses bonnes idées émaillent le spectacle et certaines scènes sont de très belles réussites mais l’ensemble reste bancal. A la fois figé dans la forme et ambigu dans le propos. Et la danse du metteur en scène, à la gestuelle toujours aussi fascinante, fait regretter son virage vers un théâtre qu’il maîtrise moins bien. Le spectacle sera visible chez nous la saison prochaine. Il aura sans doute pas mal bougé d’ici là.

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Une ville transformée en scène géante

Il y a du monde à Avignon. Et on en voit de toutes les couleurs. Sur la seule soirée d’hier nous avons croisé deux jeunes femmes jouant de la vieille dans une ruelle où ne passe rigoureusement personne. La casquette posée devant leurs pieds restait désespérément vide. A notre question de savoir pourquoi elles avaient choisi cet endroit, elles répondaient avec un grand sourire : « C’est plus calme ! ». Ah ben oui, évidemment, vu comme ça.

Non loin de là, dans une rue nettement plus fréquentée, un rappeur d’une quarantaine d’années s’époumone sans susciter le moindre intérêt des passants. « On est là tous les jours de 17 à 22 heures » lance-t-il avec un enthousiasme intact.

Au Théâtre des Doms, la liste d’attente s’allonge pour tous les spectacles et on refuse du monde régulièrement. Y compris au restaurant où il faut réserver et parfois faire la file pour obtenir une table. La convivialité belge fait un carton et c’est avec un petit regard inquiet que les Français nous interrogent régulièrement sur l’avenir du pays.

Dans la cour, deux jeunes femmes incroyablement sexy et court vêtues s’installent à une table. Tout le monde les observe à la dérobée mais personne ne s’approche. Elles mangent tranquillement puis se lèvent et quittent les lieux sans que personne sache rien d’elles. Une performance peut-être ?

Partout dans la ville, des parades, des gens qui distribuent des tracts, des musiciens. On a beau avoir du mal à supporter toute cette agitation plus de quelques heures, Avignon reste un lieu unique où le théâtre et le spectacle s’emparent de toute une ville durant près d’un mois. Etrange phénomène.

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Christie-Brown : un tandem tout en délicatesse

lgende__.JPGC’est avec un de ces spectacles dont il a le secret que le Belge Bernard Foccroulle termine la première saison aixoise dont il assume pleinement la programmation. Il collabore pour l’occasion à nouveau avec Trisha Brown, déjà responsable d’un mémorable Orfeo de Monteverdi, repris au Théâtre de l’Archevêché, l’année même de sa création. Pour l’occasion, il réunit deux artistes américains puisque c’est William Christie qui est associé à la chorégraphe dans un spectacle consacré cette fois à Rameau. Pas de tragédie lyrique intégrale toutefois mais plutôt une sélection de morceaux choisis d’ Hippolyte et Aricie, suivi en deuxième partie par l’exécution intégrale de l’acte de ballet de Pygmalion, cette histoire d’un sculpteur tombé amoureux de sa statue. Continuer la lecture

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La fête des Belges dans le Sud

affichet.JPGProvence, province belge ? Durant l’été, les accents liégeois, anversois, namurois, bruxellois ou gantois résonnent dans tout le sud de la France. Mais en Provence, nos compatriotes occupent également les scènes, les podiums, les lieux d’exposition. Continuer la lecture

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Quatre pièces « belges » à voir

Avignon, c’est aussi l’occasion, pour nombre de spectateurs belges de voir des spectacles qui ont marqué la saison de nos théâtres. S’il est parfois difficile de trouver une soirée libre durant l’année, à Avignon, tout invite à découvrir ici ces petits bijoux. En voici quatre à ne pas manquer. Continuer la lecture

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