Au bout du marathon, l’ovation

incendies1.JPG Minuit trente dans la Cour d’Honneur. Le public est de retour, en rangs toujours aussi serrés pour la suite de la trilogie de Wajdi Mouawad (pour ceux qui prennent ce blog en marche, la soirée à commencé à 20 heures). A peine quelques déserteurs. « Incendies » démarre sur un plateau quasiment nu, réutilisant divers éléments de « Littoral ».

Chacun s’emmitoufle dans les couvertures brunes posées sur les sièges donnant à l’assemblée un air étrange monacal. Notre voisine s’interroge sur le sens de certaines expressions québecoises. « Ah ! vous êtes Belge. Mais alors c’est normal que vous compreniez ce qu’ils disent ». Ah ! bon.

[Galerie non trouvée]

« Incendies » démarre sur un plateau quasiment nu, réutilisant divers éléments de « Littoral ». Et nous voici embarqués d’emblée dans cette histoire de jumeaux découvrant à la mort de leur mère, que leur père qu’il croyait disparu est encore vivant et qu’ils ont aussi un frère. Une nouvelle histoire de famille, démarrant au Québec pour aboutir là-bas, en Orient. Une histoire de guerre, de trahison, d’amitié, d’amour, de douleurs, de folie. Mais aussi une histoire de lutte contre l’ignorance, pour que ne se reproduisent plus les atrocités d’hier. A travers ce texte magistral, Wajdi Mouawad livre une nouvelle preuve de sa passion pour les tragédies grecques avec leur mélange de réalisme saisissant, de faits historiques et d’éléments imaginaires proches du surnaturel.

Un peu après trois heures du matin, un nouveau déluge d’applaudissements saluent les acteurs. Cette fois, l’entracte est court. Trente minutes pour faire la file aux toilettes, s’enfiler un ou deux cafés gracieusement offerts par le festival et papoter avec l’un ou l’autre.

A 3h50, il fait franchement frisquet mais la foule est toujours là, sous ses couvertures. Comme dans un gigantesque camp de base en altitude. « Forêts » démarre sur une fête joyeuse qui virera bientôt au drame. Dernière affaire de famille du jour qui plonge cette fois dans les conflits de la vieille Europe et remonte le temps pour tenter de comprendre une malédiction familiale.

5h20. Fin de la première partie. Le jour se lève doucement sur un mini entracte d’un quart d’heure. Nos voisins abandonnent. « Là, on n’en peut plus. » s’excusent-ils en souriant tristement. Un quart d’heure plus tard, pourtant, ils sont de retour, comme tout le monde. « On s’est dit qu’on ne pouvait quand même pas partir maintenant ». Il est 5h35 et il fait franchement clair. Les acteurs repartent à l’assaut du plateau pour le dénouement final démontrant que la famille n’est pas tout et que, parfois, les promesses anciennes nous marquent bien plus que les liens du sang. Une fois encore, les mots et les images se marient magnifiquement, portés par des acteurs en état de grâce. Par dessus nos têtes, le soleil brille  quand un tonnerre d’applaudissements éclate à l’issue de la dernière scène. Une standing ovation de plus de dix minutes face à des acteurs applaudissant eux-mêmes le public qui les a suivis dans cette formidable aventure.

7h45. Les spectateurs sortent de la Cour, encore emmitouflés dans leurs polaires, leurs gros pulls, leurs doudounes. Les Avignonnais qui se rendent au travail en fine chemise d’été les regardent d’un drôle d’œil. Croissants à la boulangerie et en route pour la maison. Aujourd’hui, beaucoup chaussent leurs lunettes de soleil en regagnant leur pénates. Et pour une fois, ce n’est pas un effet de coquetterie.

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Oh30. Tout le monde s’emmitoufle dans les couvertures

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