Tout avait mal commencé. Dans la presse locale, on s’offusquait des exigences de Juliette Binoche, star de cinéma débarquant à Avignon pour la première fois. Comme la plupart des personnalités de son calibre, l’actrice avait exigé de voir les images réalisées par les photographes locaux avant publication. Scandale, manif des photographes, mea culpa de la coupable et petite polémique sans intérêt comme Avignon en suscite régulièrement. Reste qu’à l’entrée du Gymnase Aubanel, certains débarquaient avec la ferme intention de se payer le scalp de l’intruse. Non mais quoi? Ce n’est pas parce qu’on cumule les César et les Oscar qu’on peut se permettre de se pavaner sur les planches. Bien d’autres s’y sont d’ailleurs cassé les dents au fil des ans. Bien d’autres mais pas Juliette Binoche. En l’espace d’une séquence d’ouverture où elle danse en fond de scène au milieu de la foule, la star se faisait oublier pour laisser toute la place à son personnage. Une Mademoiselle Julie vibrante, sensible, cassante par moment, suppliante à d’autres. Un personnage bouleversant auquel Juliette Binoche apporte toute la subtilité de son jeu cinématrographique. Pas un geste de trop, pas un éclat de voix inutile. Tout est dans la subtilité et le naturel absolu. Même quand la technique défaille (micro inaudible lors de la première), Mademoiselle Juliette fascine et scotche le spectateur. Du grand art. Pas de doute, il y a star et star.
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