Les goûts et les couleurs

Pour ceux qui en douteraient encore, les goûts et les couleurs, non seulement ça se discute mais parfois même, ça se dispute. A Avignon, c’est particulièrement visible avec le “Mademoiselle Julie” de Frédéric Fisbach, interprété par Juliette Binoche.
Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette production où la star de cinéma sait se faire oublier pour se mettre totalement au service de son personnage. Le tout dans une mise en scène de Frédéric Fisbach faisant entendre comme jamais les différentes facettes du texte de Strindberg. Dans Libération, René Solis va dans le même sens, célébrant le talent de l’actrice en même temps que la qualité de l’ensemble de la production.

Tout autre son de cloche dans Le Monde où Brigitte Salino parle d’une “Juliette Binoche piégée par Julie”. “Ce spectacle est une catastrophe dont on ne voit guère comment elle pourrait être réparée, au fil des représentations”, balance la journaliste qui flingue ensuite la mise en scène, la pièce elle-même (“bancale, encombrée d’un fatras psychologique qui relègue Strindberg loin derrière Henrik Ibsen (…), elle n’est plus en phase avec nos centres d’intérêt”), le comédien Nicolas Bouchaud (“Il semble remonté par un mécanisme qui le fait s’agiter en tous sens”) et ne trouve des excuses qu’à Binoche (elle “souffre de sa tenue, qui l’enferme dans le cliché de femme moderne folle de son corps” mais “pourtant elle joue bien”).

Nathalie Simon n’est pas plus tendre dans le Figaro, parlant d’une “Mademoiselle Juliette sans âme”, affirmant que le metteur en scène “massacre le chef d’oeuvre de Strindberg” et descendant même Juliette Binoche “à côté de la plaque” (“Elle trébuche sur les mots comme une débutante”). A l’inverse, sa collègue du même Figaro, Armelle Héliot, évoque sur son blog “Une très grande réussite de la mise en scène, de la direction d’acteurs, de l’interprétation très haute et originale des trois comédiens”. A propos du partenaire de Juliette Binoche, elle affirme: “En tout cas Nicolas Bouchaud est du premier au dernier mot parfait”. A propos de Juliette Binoche: “C’est une interprétation aussi fine, discrète, qu’intelligente et bouleversante. Jamais on n’aura si bien compris les souffrances de celle qui a perdu sa mère, de celle qui a été élevée comme un garçon, de celle qui est désespérée et suicidaire. ” Et de conclure: “Jamais on n’aura si bien touché l’enfance des personnages, le lieu de la naissance des souffrances et des blessures inguérissables”.

On vous le disait, les goûts et les couleurs…

Cette entrée a été publiée dans avignon, théâtre, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>