posté le 7 mars 2007 |
catégorie LES INTERVIEWS
Tout a déjà été dit (ou presque) et écrit (ou presque) sur l’importance de Funeral, le premier album de la formation de rock alternatif Arcade Fire. Transcendés par des concerts incandescents, ces multi-instrumentistes réunis autour du couple formé par l’Américain Win Butler et la Canadienne Régine Chassagne reviennent aux affaires après avoir fait chavirer la planète rock. De David Bowie à David Byrne, en passant par Chris Martin ou Bono, tout le monde ne jure plus que par Arcade Fire.
Mais pourquoi eux ? Le groupe a beau être un peu surestimé, force est de reconnaître que leur utilisation d’un large panel d’instruments (au hasard : harpe, xylophone ou cor de chasse) et leurs compositions, amples, intelligentes, baroques et lyriques, apportent un souffle nouveau et bienvenu dans le paysage actuel. La fibre émotionnelle qui se dégage de leurs chansons (leurs hymnes ?) – et ça continue avec leur deuxième album, nettement plus sombre – n’a aucun mal à faire mouche auprès de n’importe quel fan de rock normalement constitué.
Début février, nous rencontrions Win Butler, dans un hôtel au bord de la Tamise. Un homme certes affable, mais surtout lucide, honnête, humble et pas dupe du tout.
Comment avez-vous vécu ces deux dernières années de folie ?
Nous avons essayé d’ignorer tout ça. Lorsque nous avons terminé la tournée, nous voulions rentrer à la maison, mais sans oublier que nous sommes dans un groupe de rock. Jouer de la musique ensemble reste la chose la plus importante pour nous. En même temps, nous sommes extrêmement conscients de la chance que nous avons. Nous avons construit notre propre studio, dans une ancienne église, et nous nous sommes concentrés sur nos nouvelles chansons. Quel luxe ! Pour ce nouvel album, nous sommes allés jusqu’à Budapest, enregistrer avec un grand orchestre. Nous avons vraiment fait ce que nous avions envie de faire. Sans pression sur les épaules. C’est très confortable.
Décrivez-nous cette église transformée en studio.
Il y a des chambres au sous-sol, une immense table de cuisine. En fait, on vivait là cinq jours par semaine. Ce n’est qu’à 45 minutes de Montréal, parfois on faisait un saut en ville, mais c’était très relax. Par contre, nous avons fait la chanson pour Six feet under dans un studio en ville.
Ce nouvel album, outre son titre, « Neon Bible », a une dimension biblique. Certaines chansons font référence à l’océan, à une espèce d’immensité…
Je pense plutôt à l’idée de la peur. D’une peur sous toutes ses formes. Il y a cette sorte de peur qui te fige et qui te protège. Une peur du changement. Ces différentes formes de peur me font songer à des vagues. Et ces vagues, tu les as lorsque tu te trouves sur un bateau. Tu es au milieu de l’océan, la terre n’est plus en vue, et tu es entouré de vagues gigantesques. Tu ne sais pas ce qui va se passer, mais tu sens, tu perçois qu’il va se passer quelque chose. C’est une peur naturelle que tu peux éprouver dans ce genre de situation, lorsqu’une force monstrueuse bouge autour de toi.
Y a-t-il une sorte d’analogie entre la force de l’océan et la religion ?
Dans un sens, oui. Certains textes de la Bible évoquent la peur de Dieu, et je pense que pas mal de gens se demandent ce que tout cela veut dire. Pour moi, c’est une idée assez confuse. Qu’est-ce que la peur de Dieu ? Vous pouvez avoir peur du monde qui vous entoure en regardant grandir vos enfants. Ce n’est pas spécialement négatif. J’ai le sentiment que pas mal de gens jettent le bébé avec l’eau du bain.
Le Québec a été une région très puritaine et catholique jusqu’aux années 60 et 70. Plus catholique qu’en Italie, crois-moi. L’Eglise avait le contrôle total des choses. Les Québécois ont vu l’explosion du mouvement hippie aux Etats-Unis et se sont demandé ce qui se passait. Ils étaient incroyablement jaloux. A Montréal, tu trouves des églises à chaque coin de rue, même si elles sont vides aujourd’hui. Il y a même des gros mots, comme « tabernacle », qui proviennent du vocabulaire religieux.
Aux Halles de Schaerbeek le 4 avril (tout est complet).
Arcade Fire reviendra cet été, en festival.
Neon Bible
Enregistré dans une église de Montréal, ce deuxième album d’Arcade Fire est plus sombre et hanté que Funeral, son prédécesseur. Habité par la voix de Win Butler, qui rappelle Ian Curtis, Adrian Borland et David Eugène Edwards (16 Horsepower), le collectif canadien signe onze chansons flamboyantes. Un grand disque, qui pourrait être leur Ocean rain (Echo and The Bunnymen) à eux.
Universal.
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