En Flandre, le festivalier est roi pendant l’été. S’il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, ce n’est pas un hasard…
Ils s’appellent Breek de Week, Strandfuif, Boerenrock… Se déroulent à Boom, Glabbeek, Kortenaken… Davantage encore qu’en Wallonie, des tas de petits festivals musicaux au Nord font danser, chanter et jazzer l’été. Ils ont germé dans les champs ou poussé sur le béton.

« Ces dix dernières années, leur nombre a considérablement augmenté, observe Dirk Steenhaut, journaliste musical du Morgen. Tout le monde s’est laissé contaminer par le virus. Presque chaque village a désormais son festival. Beaucoup sont organisés par des scouts et autres groupements de jeunes pour récolter des fonds. » Même les plus grands ont commencé ainsi ; à la base du Pukkelpop, on retrouve l’association Humanistische Jongeren Leopoldsburg, cofondée au début des années 1980 par Chokri Mahassine, alors encore étudiant… « Herman Schueremans n’est, à mon avis, pas étranger au phénomène. Il a mis sur pied ses premiers concerts dans un café avant de devenir le grand manitou du festival le mieux organisé d’Europe et de bâtir son empire… Les gens se disent : s’il a réussi, pourquoi pas moi ? »

On y pense jusqu’en Wallonie ! C’est même en guise de clin d’œil à l’homme fort de la Flandre festivalière qu’avait été monté l’artisanal Autoroute Ferrières (aujourd’hui Bucolique Ferrières Festival). Fabrice Lamproye, coorganisateur à l’époque, est devenu une cheville ouvrière des Ardentes.

Trouver une identité

Un rendez-vous de plus en Wallonie, jusque-là moins gâtée ? L’an dernier, à quelques semaines de la première édition de ces mêmes Ardentes, il jetait déjà un œil de part et d’autre de la frontière linguistique : « Le risque qu’il y ait un jour trop de festivals existe. Cela dit, sans chauvinisme, s’il doit y avoir un festival rock dans une ville wallonne, je pense que Liège est plutôt bien située, à la fois géographiquement et de par sa scène musicale. La difficulté se situe évidemment au niveau du calendrier et de la proximité géographique. Les Francos suivent assez rapidement mais leur programme n’est pas de même nature. Nous sommes plus dans le style de Dour, mais dans un autre coin de Belgique. En Flandre, il y a des festivals chaque semaine, très proches aussi… »

Werchter a évidemment pour particularité d’attirer les poids lourds. Mais chaque festival a ses spécificités. On se souvient de l’Axion Beach, et de son sable, à Zeebrugge. On pense aux Antilliaanse Feesten, le plus grand festival d’Europe consacré à la musique des Caraïbes, à Hoogstraten. Dirk Steenhaut : « Il est important de trouver un véritable profil pour se distinguer. À côté des grands rassemblements, il y a énormément de petits festivals très régionaux. Ils sont à mes yeux importants dans le sens où ils dynamisent la scène locale. Je me souviens d’une époque à laquelle Werchter n’accueillait qu’un seul groupe belge. Le premier de la journée. Aujourd’hui, 30 % environ de la programmation vient de chez nous. »

Au Sfinks, on l’a trouvé depuis longtemps, ce profil. « Au début des années 1980, explique Patrick De Groote, son coordinateur, nous avons été les premiers à résolument opter pour les musiques du monde. Nous avons grandi à notre rythme, de manière organique. Aujourd’hui, le Sfinks est un des rares festivals où du hip-hop africain côtoie du chant assyrien traditionnel, des groupes du Tibet ou des DJ’s dub. » Le public y a compris le message : « Ce festival, c’est une petite utopie multiculturelle où ceux qui s’engagent pour un monde meilleur viennent recharger leurs batteries. »

En attendant, on retrouve souvent l’une ou l’autre pointure internationale dans les champs flamands. « Werchter et le Pukkelpop ne peuvent accueillir tous les groupes en tournée, reprend Dirk Steenhaut. Pour des raisons artistiques et de calendrier. Les petits en profitent. En Wallonie, il manque quelqu’un comme Schueremans, du moins avec son poids, son carnet d’adresses. » Reste qu’on se demande quand même parfois, eu égard à la pauvreté de leur programmation, pourquoi certains festivals s’étendent sur plusieurs jours… « Parce que, pour attirer de gros noms, ils doivent accepter quatre ou cinq autres groupes sur leur affiche. » Ah oui, la loi du marché…

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