Un final de feu et de flammes

Sonic Youth photo Aude VanlathemJeudi : 40.000 festivaliers. Vendredi:40.000. Samedi: 50.000… Cette année, le Pukkelpop a une fois de plus déplacé les foules. Ce succès est notamment à mettre au compte d’une affiche copieuse qui a dû en obliger pas mal à des choix cornéliens. D’autres ont fait simple en ne quittant pas les deux chapiteaux, Boiler et Dance Hall, réservés aux musiques électroniques. L’occasion, à cet égard, de voir à l’œuvre et en live plutôt qu’en dj set un duo français aussi hype que Justice. Petite déception quand on voit avec quelle aisance leurs compatriotes de Cassius arrivent à mélanger machines et «vrais» instruments sans rien perdre de leur efficacité.

Cela dit, les organisateurs de ce cru 2007 n’ont pas commis d’erreur de casting pour boucler ce samedi particulièrement attrayant.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. C’est avec les vieux sots qu’on fait les meilleurs groupes. Après Iggy et ses Stooges jeudi, les vétérans de Sonic Youth ont offert samedi soir au Pukkelpop l’un des meilleurs concerts de l’été festivalier. Référence à la pochette de “Daydream Nation”, l’album mythique que les New Yorkais ont interprété à Hasselt dans son intégralité, une bougie est dessinée en arrière-plan. Le set est ahurissant. Savantes et envoûtantes montées, explosions de guitares… Thurston Moore avait beau a priori s’interroger sur l’intérêt de rejouer toutes ces chansons vingt ans après leur écriture, on est aux anges dès l’enchaînement «Teen age riot», «Silver socket». Kim Gordon est splendide. Magistrale. Du grand art.

Si quand il donne des interviews avec les Strokes, il est plutôt du genre taiseux et comateux, prêt à s’endormir sur votre épaule, Albert Hammond Jr n’est pas pour autant le plus fainéant du fashion groupe new-yorkais. Il a signé un excellent album solo. On lui prête l’intention d’adapter au cinéma une nouvelle («Pulp») de Bukowski. Et en plus, il livre de solides concerts!

Autant on avait pu déchanter devant Devendra Banhart, autant on aura succombé aux charmes de l’excentrique et décomplexé Patrick Wolf. Il y a l’air d’avoir du monde dans la tête de cet étrange Anglais. Au dédoublement de personnalité, nous, on préférerait parfois le don d’ubiquité… Pour, par exemple, pouvoir savourer Cocorosie au Marquee et aller écouter The Whitest Boy Alive, projet folky funky du magicien norvégien Erlend Oye, subtilement programmé au Club qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Lui, mêle la science pop de ses bucoliques Kings of Convenience et la dancing touch d’un Hot Chip.

Sur la scène principale, c’est Tool, groupe vraiment à part dans l’univers foisonnant du métal, qui a fait une dernière fois trembler la plaine de Kiewit. Avec ses visuels qu’on dirait imaginés par un Jérôme Bosch post-apocalypse nucléaire, la formation de Maynard James Keenan a aligné sans temps morts ou presque ses compos les plus génératrices de claustrophobie. Un univers complexe mais glauque, dessiné par des Californiens très peu portés sur les débordements d’ego: le guitariste et le bassiste s’activent de part et d’autre de la scène, le chanteur reste constamment au fond, à côté de son batteur. Très fort.

Il est une heure et quart du matin, les portes de l’enfer se referment enfin sur la Main Stage. Place au traditionnel feu d’artifice. Et comme au Pukkelpop, on ne fait pas les choses à moitié, la version 2007 s’avère aussi colorée qu’explosive, voire même un poil dangereuse quand on voit s’avancer dans le public quelques rampes montées sur roulettes et déversant aux alentours des torrents d’étincelles. À moins que ce ne soit pour déjà chauffer ceux qui pensent revenir à Hasselt l’an prochain. JULIEN BROQUET ET DIDIER STIERS


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