Beirut, alias Zach Condon, est l’auteur de l’album pop-rock de 2007 aux yeux du « Soir ». Un Américain hors normes.

Ce qu’il y a de passionnant avec l’Amérique et ses habitants, c’est qu’il y a toujours un hors-la-loi (du genre) pour nous les faire aimer. L’histoire de la culture nord-américaine est pavée d’individualités artistiques remettant en cause les valeurs du rêve américain.

Zach Condon est de ceux-là, de ces désaxés amoureux d’une Europe dont l’âge et le patrimoine sont garants de poésie et d’une magie autrement plus profonde que celle à portée de main dans les Disneyland du monde entier.

Zach Condon est pourtant né loin des agitations et métissages culturels propres aux grandes villes côtières comme New York ou Los Angeles. Il vient d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

Rien ne le prédestine à devenir un citoyen du monde, grand voyageur avant d’être un artiste réclamé par la terre entière : « Je dois beaucoup à mon grand frère qui vivait à New York, nous confiait-il il y a peu (le Mad du 14 novembre). En 2003, je lui demandais de me trouver des disques d’Ali Farka Touré et de Fairuz. C’est de ma passion pour la chanteuse libanaise que me vient le surnom de Beirut dont m’ont affublé les copains. Mon frère me trouvait des imports de world music que j’étais le seul de l’école à posséder. »

Zach aurait pu être un adolescent américain comme un autre. La plupart de ses amis jouaient dans des groupes de punk-rock quand lui, dans sa tête, entendait une autre musique.

beirut.jpgIl est déjà très sensible aux autres sonorités quand il découvre, à 15 ans, l’électro : « Ça me semblait déjà plus neuf, plus moderne. Puis, ça a été la révélation en découvrant Tom Waits et des groupes européens. Mon père était saxophoniste dans un groupe. J’avais 12 ans quand il m’a offert ma première trompette. Miles et Chet Baker sont vite devenus mes héros. Mais je n’ai jamais été un virtuose. J’aime le son qui en sort, et surtout les couacs. »

C’est le son qui aimante Zach vers la musique des Balkans. Goran Bregovic, le Kocani Orkestar, le Taraf de Haïdouks… Tout cela le rend marteau. C’est aussi l’époque où il préfère les voyages, pouce levé, et l’école buissonnière, aux études. Il traverse l’Europe en tous sens. Il passe par Bruxelles et Paris dont il tombe complètement amoureux. Dès qu’il peut, il y retourne vivre.

Mais c’est dans sa chambre, en solitaire, qu’il bricole ses premières chansons, celles qui figureront sur le premier EP, « Lon Gisland » : cinq chansons qui lui ouvrent les portes d’un petit label indépendant de Brooklyn où il s’installe, Ba Da Bing Records, et, en licence, du fameux label londonien 4AD à l’excellente couverture européenne. Zach n’a pas 20 ans quand sort le premier album, « Gulag Orkestar », écrit et enregistré à Albuquerque en 2005. Zach y joue de la trompette, de l’ukulélé, du piano, des orgues, de l’accordéon, de la mandoline, des percussions.

Et il chante de cette voix qui rappelle Neil Hannon de Divine Comedy. Son « Gulag Orkestar » est une vraie fanfare que ne renieraient pas les mariages et enterrements de Goran Bregovic. Zach n’est pas tzigane mais il adore les sonorités bancales.

Le succès de ce disque est immédiat. Nous le classons déjà deuxième (derrière Toumani Diabaté) dans le classement 2006 des musiques du monde. La tournée fait le tour de la planète, passe par Paris (où sa version du « Moribond » de Brel suscite l’enthousiasme général) mais pas par la Belgique.

Zach résiste mal à la pression et il arrive que son corps lâche, comme encore la semaine dernière, quand une infection l’a forcé à annuler des dates de sa tournée allemande.

Le concert au Botanique le 14 novembre dernier est à ce jour le seul sur le sol belge. Et il était souffrant. Ce qui ne l’a pas empêché, une heure durant, de livrer un concert d’une grande qualité. Sans oublier Brel qu’il adore : « Je ne l’ai découvert que récemment. Quand j’ai entendu la première fois “La valse à mille temps”, je suis devenu fou. Surtout l’orchestration, que je trouve très intelligente. J’adore le texte cynique et ironique du “Moribond”, ainsi que les arrangements. »

Entre-temps est sorti ce deuxième album qui lui vaut de trôner aujourd’hui sur la plus haute marche de notre podium. « The flying club cup » est une pure merveille mélodique et sonore.

Si son prédécesseur traduisait par le titre de ses chansons de nombreux voyages (« Prenzlauerberg », « Brandenburg », « Postcards from Italy », « Bratislava », etc.), ici ce sont des villes françaises qui ont inspiré ce concept-album.

« Nantes » croise « Cherbourg » ou « Cliquot » ainsi que les titres « Un dernier verre (pour la route) » et « La banlieue ». Vous avez dit rare ?


COLJON,THIERRY
L’année BEIRUT dans Le Soir
la chronique du disque : Un ballon d’air frais signé Beirut
La critique du concert : Beirut : Court mais beau !

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Commentaires

3 réponses à “Les albums de l’année. 1. Beirut “The flying cup club””

  1. Geof, le 28 décembre 2007 17 h 37 min

    «Nantes» est une chanson magnifique qui touche au sublime (si, si). Mais je trouve que l’album s’essouffle un peu après les 3 ou 4 premiers morceaux. Mais bon je suis globalement d’accord avec ce coup de coeur 2007.

  2. Marc, le 3 janvier 2008 13 h 54 min

    Bonjour,

    Tout d’abord, cet album est bon, mais l’année a tellement été riche que je m’étonne de retrouver ceci en aussi bonne position. D’autant plus que sur scène, les limites de certains musiciens sont assez flagrantes, même si une indéniable humanité se dégage.

    Ce qui m’étonne par contre dans l’article, c’est qu’il n’y est pas fait mention d’Owen Palett. C’est pourtant en grande partie grâce à ce musicien hors pair (en solo avec Final Fantasy ou comme violoniste d’Arcade Fire) que l’évolution entre les deux albums a pu se faire.

    Sinon, se soumettre à l’approbation et à la vindicte populaire de coupeurs de cheveux en quatre est un acte courageux.

    Une bonne année musicale et autre à toute l’équipe!

  3. Beirut décline pour Werchter :frontstage, le 7 avril 2008 18 h 56 min

    [...] Si l’on n’aurait pas boudé son plaisir d’entendre en live les morceaux de “The Flying Cup Club” , on se dit aussi qu’on préférera guetter le moment où Beirut repassera en Belgique, ou à [...]

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