syd.jpgLe groupe parisien, honnête et spontané, a enregistré un troisième disque moelleux. Détendez-vous et fermez les yeux…

Il y a toujours eu chez Syd Matters quelque chose de magique. Cette force d’attraction inexplicable, irrésistible, qui habite les grands disques comme ceux de Nick Drake, et certains d’Elliott Smith, dont il est assurément l’un des dignes héritiers.

Jonathan Morali a beau avoir intitulé son album Ghost Days, il est toujours du monde des vivants. « Les Ghost Days, ce sont les jours où j’écris des chansons, explique le barbu sympa. Lors d’un Ghost Day, je suis tout seul chez moi. Je joue un peu de guitare. Je passe un peu de temps sur l’ordi. Je regarde la télé. Deux minutes trente. Avant qu’elle ne m’énerve. Je mange un morceau et je reprends ma gratte. Je ponds un truc. Je lis sur mon lit et je ne sais plus quelle heure il est. »

Avec Syd Matters, la notion du temps s’évapore. « Je ne sais pas vraiment quand j’ai commencé à travailler sur ce disque, parce que je compose tout le temps. Disons que les chansons sont nées ces deux ou trois dernières années. Je ne voulais pas tomber dans des choses qu’on savait faire et qu’on avait déjà faites. J’ai pensé ce troisième album comme un premier. Le terme “maturité” m’effraie. Je voulais oublier ce qu’on avait pu faire avant. Aller à l’essentiel. Sans superflu. Ça voulait dire : ne pas se poser les mauvaises questions. Répondre à ses envies. Sans se soucier de cohérence. La pire des choses en musique, c’est d’engranger une expérience. Elle ne sert pas la création. »

Plus qu’une expérience, c’est une rencontre qui a profondément marqué l’ami Morali : celle de Nicolas Klotz, le réalisateur de La question humaine. Un film dont Syd Matters a composé la bande originale. « Je ne connais pas le monde du cinéma. Mais les responsabilités, les choses à gérer m’y semblent dix fois plus nombreuses que dans la musique. Dans un cinéma d’auteur qui connaît des problèmes de financement, de production, Nicolas a tout géré sans jamais perdre le fil de son propos. On s’est rencontré en 2004 ou 2005. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Pendant qu’il préparait son film, nous commencions à réfléchir à sa musique. Il intègre réellement les gens à ses projets, ne choisit personne par hasard. Pour moi, le voir évoluer fut une immense leçon. »

Plus que A whisper and a sigh et Someday we will foresee obstacles, Ghost Days est l’œuvre d’un groupe. « On travaille ensemble depuis cinq ans. La façon de s’organiser sur scène, d’arranger les morceaux, n’était pas la relation d’un artiste chanteur avec les musiciens qui l’accompagnent. C’était une cohésion de groupe. Chacun avait quelque chose à dire et a poussé la musique dix fois plus loin que ce que j’aurais pu faire tout seul. Nous venons du home studio. Le home studio, c’est super. Tu as accès à plein de choses très vite. Sans avoir besoin de beaucoup de matériel et d’énormément d’argent. Mais tu attrapes très vite des tics, et nous avions besoin de spontanéité. De surprise. »

Le groupe a ainsi enregistré, partiellement, dans un manoir. « Tu ne chantes pas pareil avec la lumière du jour ou dans une cave. L’album a été composé chez moi et il y a beaucoup de chez moi dans ce disque-là. Il y a l’âme de mon appartement. Celle du manoir. L’endroit influence, j’en suis convaincu, la manière dont tu fais la chose. Mais c’est sans doute moins mystique que ce que les gens peuvent imaginer. Nous ne ressentons pas physiquement la présence des morts. »

Quelques âmes planent tout de même sur cet album. « Michel Sardou ? Il n’est pas mort… Plus sérieusement, des albums m’ont séduit par leur son, même s’ils ne ressemblent pas au mien. Je pense au Funeral d’Arcade Fire. Au Cripple Crow de Devendra Banhart. Ces disques ont un son particulier qui fait partie de l’ambiance générale et presque des compositions. » Celles de Syd Matters sont toujours fascinantes.

JULIEN BROQUET

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Commentaires

Une réponse à “Syd Matters ne vend pas son âme”

  1. Albertine, le 10 février 2008 16 h 33 min

    Force d’attraction inexplicable, oui peut-être…
    Le texte parle beaucoup aussi :
    « After all these years »
    « Why don’t we get any closer » (“Anytime now”)

    A découvrir…

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