posté le 12 avril 2008 |
catégorie LES FESTIVALS
Le scepticisme est évidemment au rendez-vous par rapport à notre initiative de renoncer à publier quoi que ce soit sur l’album de dEUS jusqu’au 15 avril. Et sans doute plus grand encore maintenant que Le Soir a décidé de briser l’embargo fixé par Universal. A quoi joue-t-on? Ne cherche-t-on que le coup d’éclat, le buzz, comme certains le croient? Assurera-t-on de la sorte la meilleure publicité qui soit pour l’album de dEUS?
Ce sont deux questions qui ne sont, à aucun moment, apparues au cours de ces trois derniers jours. Il n’était pas plus question de revêtir la casaque du chevalier blanc de la presse.
Il y avait beaucoup d’attitudes possibles par rapport à l’embargo fixé par Universal par contrat pour pouvoir interviewer dEUS, notamment celle de renoncer purement et simplement à rencontrer Tom Barman comme l’ont fait notre confrère de Télémoustique. Simplement boycotter l’entretien. Le monde n’en aurait pas tourné plus mal et cela ne nous aurait probablement empêché d’écrire une chronique du disque.
On aurait pu aussi choisir de ne pas du tout publier d’interview, de ne rien publier sur “Vantage Point”, d’imposer la loi du silence à la maison de disques. Le geste aurait été courageux, aussi, mais n’aurait guère éclairé personne sur la situation présente.
Le Soir en a décidé tout autrement. Pas pour se faire mousser. Pas non plus pour s’offrir une exclu à bon prix. L’objectif n’était pas, ici, de prendre de vitesse qui que ce soit. Nous aurions été ravis de voir nos confrères se joindre à nous dans ce geste; chacune de son côté, les rédactions en ont décidé autrement. Dommage. Une sortie simultanée de la part des différents quotidiens du pays aurait démontré que l’enjeu est moins ici de briser un embargo que de dénoncer les conditions de réalisation d’une interview. Rappelons-le, une simple interview.
Il ne s’agit pas non plus d’opposer maisons de disques et organes de presse; on peut comprendre que, face à la course que les différents journaux et magazines se livrent, les maisons de disques prennent des mesures. La chose est même admise, souvent. Elle est moins bien tolérée quand les dates de sortie pour toute la presse est fixée en fonction d’un accord passé entre un magazine et la même maison de disques.
Ce n’est pourtant pas encore ça qui justifie notre décision d’anticiper la parution de l’interview de dEUS, de trois jours par rapport à l’agenda fixé par Universal. Ce qui le dicte, c’est la mesure intolérable prise, d’assortir le respect de l’embargo d’une somme de 25 000 euros. Si tant est que la notion d’embargo repose sur la confiance entre un journaliste et ses interlocuteurs, celle-ci a été complètement brisée. Ce n’est pas qu’une question d’astreinte financière, d’autant plus que des extraits d’entretien avec le groupe, ou des morceaux en écoute gratuite en streaming sont déjà à disposition sur le web. On s’étonne qu’Universal ait pris conscience, à cette occasion, que les choses se jouent aujourd’hui au-delà des petites frontières de notre pays. Il est évidemment moins facile de tout contrôler sur la communication d’un groupe quand les violons ne sont pas accordés avec les autres pays européens. Et pour cause, puisque Vantage Point paraît chez V2 dans le reste de l’Europe.
Si on assurera une meilleure publicité à dEUS avec tout ce ramdam? Qu’importe, puisque ce n’est pas le rôle premier du journaliste, tout comme il n’est pas de faire en sorte qu’un disque ne trouve pas d’écho auprès du public. On ne croit pas qu’il y ait de lien immédiat entre les ventes d’un disque et les critiques parues dans la presse, cela se saurait. Aucune importance que ce soit dEUS, ou U2, ou qui que ce soit d’autre, un bon album ou une sombre daube, un groupe belge ou un groupe américain. (Quoi que très personnellement, si l’affaire fait du bruit, je préfère que ce soit autour de dEUS qu’autour de Christophe Maé, pour prendre le premier exemple qui me vient).
A présent, on demande juste une chose: pouvoir faire notre métier de journaliste, d’abord, musical ensuite. Il y a assez de disques qui sortent chaque semaine, d’artistes qui défendent des chansons, partout, pour qu’on ne s’arrête pas là. Par exemple, et pour rester dans les environs proches de dEUS, celui d’Elbow, “Grounds for divorce”.
C.Pt
Réservez dès maintenant vos tickets pour TW Classic, le samedi 23 juin à Werchter, avec Sting, Lenny Kravitz...
Un autre son de cloche :
http://casacosmani.blogspot.com/2008/04/one-man-army.html
Et encore un autre : http://newkicksontheblog.blogspot.com/2008/04/deus-la-libert-de-la-presse-et-carla.html
Et les gars, on s’en fout de tout ce buzz. On se fout d’Universal, on chope l’album sur le net, on l’écoute et si cela nous plait on achète l’album quand il sera à 10€. Rien de bien compliqué, le reste c’est du blabla pour faire du bruit. Retournons à l’essentiel, retournons à la musique…
ça devient fatigant, à la fin, de voir ce blog pollué par des mecs qui n’ont rien d’autre à faire que systématiquement démolir tout ce que “le Soir” entreprend. Personnellement, j’ai pris grand plaisir à lire ce matin les articles consacrés à dEUS. Cette “affaire” nous éclaire sur les pratiques et relations entre médias et firmes de disques. Je trouve l’explication (justification?) de Cédric très pertinente. Merci à tous en tout cas et continuez le combat… Je tiens à ce que mon “Soir” reste de qualité.
S’il y a des choses qui méritent d’être remises en question, il est sain que tout le monde s’exprime sur le sujet : c’est plutôt les commentaires “on s’en fout” qui n’ont rien à faire dans le débat…
Don Quichotte.
Beaucoup de blabla mais moi je me réjouis surtout de voir ce que ça va donner sur scène ! Et oui, on l’oublie mais album = concerts = plaisir!
ok je viens de me rendre compte que passé le 12, la discussion est logiquement translatée ici. Donc, non encore accoutumé de ce blog, je copie/colle ma question d’abord posée sous le billet du 9 avril…
“Hum, publier l’interview le 12 c’est bien, dire qu’ON va balancer la purée, c’est de bonne guerre et ça gonfle les corones de celui qui s’exprime. Mais ce que je me demande, c’est pourquoi le principal intéressé (celui qui dit JE me suis énervé et MA parole n’a pas suffit, celui qui, je présume, à signé le dit contrat) signe l’interview, mais délègue la tâche du coup de gueule à Daniel Couvreur. Quand JE suis vexé et que JE m’énerve, JE ne demande pas qu’ON vide mon sac à MA place…
Enfin, je suppose qu’il y a une stratégie là derrière également de la part du journal Le Soir et que la fameuse liberté de la presse tient gentiment sa place dans tout ça. Ce n’est certainement pas elle qui décide de toute façon…
Toute cette affaire m’a donné envie de participer aux discussions de Fronstage, bien plus relevées que sur la plupart des sites culturels (et je sais malheureusement de quoi je parle)…”
ok je commence par un faux pas et me fiant uniquement au site web du journal, je suis passé à côté du véritable coup de gueule de l’intéressé (plus bas et un peu plus planqué) que je découvre à l’instant. C’est court, mais ça me rassure un peu quand même. Les propos sont couverts par d’autres articles pour miser sur le classique argument d’autorité. La voilà la stratégie. Les conséquences ne devraient pas être catastrophiques et les billets d’avion continueront probablement à se négocier à la rédac’ (qui doit de toute façon être accoutumée à la pratique). Les labels procèdent de la sorte depuis des lustres avec les films…
Ah oui, j’oubliais qu’il faut faire sa pub ici, comme il parrait que c’est à la mode de parler de dEUS :
http://jb-raph.skynetblogs.be
N’empêche, le coup de pub est réussi. Malin les guaillards! Maintenant faut assurer sur scène!
Dingue, Raph’, que tu puisses en arriver à te dire que c’est un coup de pub.
C’est dingue comme tout le monde donne son avis ici, sans vraiment connaître le fonds de l’histoire. Du coup, ça y va à coups d’approximations risibles (Merci, Etienne) ou de préjugés crétins sur lesoir.be. Ce n’est pas parce que Coosemans a un oeuf à peler depuis des siècles avec Thierry Coljon qu’il faut prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant
@ Domeniko: faut aussi savoir lire. Daniel Couvreur n’a pas écrit le moindre coup de gueule, mais assumé la part la plus factuelle du dossier.
Merci de boycotter ma réponse à Joel B, Le Soir.
Décidément…
en lisant tous ces commentaires depuis samedi, je remarque que le niveau (aussi bien des pour que des contre) reste intéressant. Le débat vaut la peine d’être mené, je trouve. Si le journaliste n’avait pas signé, on en aurait été privé. Universal doit s’en mordre les doigts de ne pas s’être contenté d’un accord verbal préalable de l’intervieweur. Certains semblent reprocher au “Soir” (et à Universal) de faire leur pub sur le dos, soit de la liberté d’expression, soit des artistes. Mais ce sont des firmes privées, dans un contexte capitaliste, il me semble, non ? Où est le problème? dEUS et son CD ne sont en rien concernés…
=> JoelB
Non non, je ne pense pas que ce soit un coup de pub orchestré, je constate juste que ça aura fait de la pub (ou plutôt du bruit), peut-être à l’insu du plein gré des premiers intéressés.
Je ne pense pas qu’un Tom Barman et cie aient besoin de cela, leur business est déjà bien en place.
Pour le reste, le soufflé va vite retomber car ça n’intéresse pas grand monde je pense, à part la petite poignée de bloggeurs, public du milieu pop-rock et 2-3 journalistes qui se font une éternelle gueguerre sans grand intérêt.
Sujet clos pour moi, c’est sur scène que ça m’intéresse.
http://jb-raph.skynetblogs.be
“Pour le reste, le soufflé va vite retomber car ça n’intéresse pas grand monde je pense, à part la petite poignée de bloggeurs, public du milieu pop-rock et 2-3 journalistes qui se font une éternelle gueguerre sans grand intérêt.”
C’est bien dommage car ce n’est pas la liberté d’expression, le capitalisme ou même Le Soir, dEUS et Universal qui sont les véritables sujets de ce débat mais bien la qualité même de l’information que l’on vous sert.
Serge, je ne te comprends pas.
De quoi tu parles quand tu évoques “la qualité de l’information que l’on vous sert”.
Sans refaire tout le débat, est-ce qu’on aurait jamais entendu parler de cette histoire d’embargo si Le Soir n’avait pas sorti l’info mercredi dernier? Non, sans doute : tous les médias sauf Moustique ont signé l’embargo; l’interview serait parue mardi, dans chacun des journaux, l’air de rien.
Ca n’aurait pas rendu l’info plus qualitative que personne n’évoque les conditions de la réalisation de l’interview.
Après, je m’en tape que ça vienne du Soir ou du Morgen, que ce soit pour dEUS ou les Black Lips.
Bien d’accord avec Raph’, ça n’intéresse pas grand monde. Triste d’ailleurs : il est en effet bien question de la “qualité de l’information” que tu évoques. On dirait que beaucoup préfèrent qu’on leur parle de Carla Bruni et du Standard. Certains disent “et la liberté de presse en Chine”. mais quand je lis les forums du Soir ou d’autres sites, pas l’impression que ce soit non plus ce qui passionne les foules. par contre, que les Ch’tis battent un record, ça, ça marche. Le JT de RTL, c’est ça l’info? Je trouve, perso, que ça nous questionne sur notre propre consommation.
d’information.
Enfin, comme Raph’, je tourne la page. Tout le reste, les opinions vite balancées dans les commentaires, sans autre intention que de s’immiscer pour le simple plaisir de se sentir exister, je trouve ça limite pitoyable.
très bon: lire ce que http://www.kweb.be écrit à ce propos, très mesuré, très bien pesé…
Là dessus, vais m’enfiler un peu de MGMT. Pas vous?
“Il y avait beaucoup d’attitudes possibles (…) notamment celle de renoncer purement et simplement à rencontrer Tom Barman comme l’ont fait notre confrère de Télémoustique. Simplement boycotter l’entretien. Le monde n’en aurait pas tourné plus mal et cela ne nous aurait probablement empêché d’écrire une chronique du disque.”
Voilà qui aurait effectivement été bien plus honnête.
“Serge, je ne te comprends pas.
De quoi tu parles quand tu évoques “la qualité de l’information que l’on vous sert”.”
Tout cela est expliqué en long et en large sur mon blog. La façon dont Le Soir a présenté cette affaire, c’est méchant label contre liberté de la presse. Or la réalité est bien davantage ambigue et tant qu’à faire un ramdam voulu de tous les diables, il fallait alors tout sortir, au risque de remettre en question ses propres pratiques par rapport aux labels et reconnaître la position pas claire du tout ainsi que les cafouillages de ses propres journalistes.
Le Soir aurait pu marquer un grand coup ce week-end en lançant un débat de fond sur les rapports presse/labels, débat de fond qui -on peut toujours rêver- aurait peut-être remis profondément en question ce système agonisant et depuis des années complètement pourri. A la place, on a ce dossier un peu fantasque s’élevant soi-disant contre le grignotage de la liberté d’expression mais qui passe au-dessus de la tête de 80% des lecteurs tant il s’évertue à tourner autour du pot.
Ah parce que tu penses que les rapports labels – journalistes passionnent les lecteurs? Toi, peut-être. Mais un blog comme le tien et un journal comme Le Soir, il y a quand même une différence de taille critique, non?
Là ce serait carrément 97 pc des lecteurs qui s’en taperaient, des rapports labels-journaux.
Par ailleurs, j’insiste, mais après, je passe à autre chose: ou as-tu lu que le soir parlait de “méchants labels”?
“Atteinte à la liberté d’expression” et “pressions intolérables”, c’est pas spécialement synonyme de gentil dans le jargon journalistique, tu sais…
Ah oui. C’est bien ce que je pensais, c’est ton interprétation!!! Merci quand même pour l’explication.
C’est bien ce que je pensais : tu te refuses de voir l’évidence.
“Là ce serait carrément 97 pc des lecteurs qui s’en taperaient, des rapports labels-journaux”
C’est triste de lire ça. Le but ce serait de savoir depuis quand la presse est-elle devenue un élément de capitalisation ? Depuis quand le financier a-t-il pris le pas sur l’information ?
Remettre tout ça en question est fondamental. Mais ce serait remettre tout le système capital en question et c’est tout bonnement impossible à moins de créer un grand parti marxiste-léniniste.
Le Soir a eu une réaction juste, mais complètement désespéré, je trouve. Depuis le jour où les moutons ont suivi le berger, c’est trop tard de revenir en arrière…
C’est gentiment désespére, ton post, Pitchomeirda…
Je suis lecteur du soir depuis plus de 15 ans, je consulte des blogs depuis environ deux ans, et cette histoire d’interview tombe à point pour mettre certaines choses en évidence : d’un côté, une information devenue creuse et sans épaisseur, l’interview de dEUS en est un vibrant exemple ;
de l’autre côté, des prises de risque, une diversité d’opinion et une critique assumée.
Pourquoi cette différence dans le trairement des informations? Le fossé est de plus en plus béant, pour voir plus loin que le consensuel, pour se faire titiller les méninges, cap sur le net.
Je continue à lire le soir, mais les manquements dans l’information me sautent au yeux quand je compare avec ce qui se dit ailleurs.
Irréversible?
Bravo Pogo! Les chroniques de disques en 3 lignes insensées de Thierry Coljon, on en a marre. Sans parler de ses comptes-rendus de concert bidon…