Nuit cocoon au Bota

Soirée sensible et délicate ce samedi aux Nuits Botanique dans une Rotonde où l’on se sent bien… comme dans un cocon.

L‘album-photo des Nuits Bota

C’est Chris Garneau, songwriter new-yorkais sans doute un brin surévalué qui se charge de l’ouverture. Voix (un peu trop) emphatique et empruntée, écriture relativement commune, on peine à se sentir transporté par sa formule piano-voix. Il faut reconnaître, ceci dit, que derrière les décharges électriques des guitares aiguisées de ces deux derniers jours (Apse, Black Mountain, The Germans, Blood Red Shoes) et après les inévitables excès de la veille (comment y échapper dans un Botanique hautement bibitif par ce climat quasi exotique ?), sa poignée de chansons douces aux vertus apaisantes tombe à point nommé. Une prestation parasitée, ceci dit, par un baffle défaillant et insupportablement crachotant à l’avant droite de la salle.

On se positionne donc stratégiquement à l’avant gauche de la Rotonde pour accueillir Cocoon. Ils sont beaux, jeunes, talentueux… mais tellement sympas qu’on n’arrive même pas à les détester ne fut-ce qu’un tout petit peu. Bref, Mark et Morgane de Cocoon ont tout pour plaire. A commencer par cette capacité, chaplinesque en diable, d’attendrir, émouvoir et faire marrer, tout ça dans la même seconde. Car si les deux Auvergnats dégagent de prime abord une image de gentils jouvenceaux au cœur pur, ils sont suffisamment malins pour désamorcer l’effet guimauve qui les guette à coup de blagues potaches, d’une attitude nature et d’une bonne dose d’autodérision. Sans compter qu’à bien y tendre l’oreille, leurs textes, étonnamment justes et matures, semblent sortis tout droit d’une plume qui aurait trempé dans une encre rare, à la fois acide, spleenesque et délicieusement ironique. Musicalement, la preuve n’est plus à faire : les compos volent très haut. Si bien qu’à côté des merveilleux « Tell Me », « Cliffhanger » et « Hummingbird », leur reprise du « Hey Ya » de Outkast fait figure, ce soir, de parenthèse tout à fait dispensable. Plus les morceaux se font désarmants et plus le duo semble ressentir le besoin de blaguer dans les transitions. Ainsi on fait connaissance avec leurs blaireaux et pandas (animal fétiche du groupe) en peluche, leur Mister Potato flambant neuf, on vante la nouvelle toilette de Morgane, on rigole de son récent célibat, on se moque des douze poils sur le torse de Mark, on a droit à un nouveau morceau sur les bébés phoques, un autre sur les sushis, avant d’apprendre que le deuxième album de Cocoon, en cours d’écriture, traitera des animaux marins. Rien que ça. Un peu de baume sur les coeurs, un large sourire sur les visages : les concerts de Cocoon devraient être accessibles sur simple présentation de prescription médicale.

Un paravent, un fauteuil rouge éclairé par un abat-jour de la même couleur, des musiciens en costumes d’époque : quand les franco-américains de Moriarty investissent la petite scène de la Rotonde on pense en un éclair au Venus théâtral des tout débuts, celui qui ouvrait en 98 pour Sophia… aux Nuits Botanique. Même si la formule, sorte de country-folk traditionnel aux accents de blues rural, est beaucoup moins rock ici. Une chose est sûre : grâce notamment à un sens maîtrisé de la mise en scène, Moriarty se montre nettement plus convaincant en live que sur un premier album, « Gee Whiz But This Is A Lonesome Town », où le groupe peine quelque peu à emballer derrière le mini-tube « Jimmy ». Dans la famille Moriarty, on ne manque pas d’humour non plus : alors qu’on avait mimé des dinosaures agonisants avec Cocoon, on se retrouve à reproduire les piaillements d’oiseaux mourants dans une Rotonde transformée pour l’occasion en improbable ménagerie. Tandis qu’un peu plus loin, la chanteuse Rosemary entonne le « Enjoy The Silence » de Depeche Mode en berçant doucement une tête de chamois empaillée. Comme quoi, il est possible de passer une excellente soirée placée sous le signe des animaux morts… (N.Cl)


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2 commentaires

  1. Delphine

    12 mai 2008 à 19 h 30 min

    Cocoon, tout simplement génial.
    Une bonne heure à discuter avec eux, à raconter des conneries, et franchement très envie de les revoir :)

  2. lio

    12 mai 2008 à 20 h 37 min

    un autre point de vue (plutot proche) sur ce concert sur notre blog…
    bonne suite de nuits à tous

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