Couleur Café a assuré l’essentiel

Bilan positif pour une édition 2008 qui a attiré moins de monde, mais n’a pas démérité pour autant.

La dix-neuvième édition de Couleur Café, ce week-end, s’est déroulée dans la bonne humeur et le calme, que ni la pluie ni un incendie ne sont venus perturber, cette année. Tout s’est déroulé sans incident ni bousculade, grâce notamment à une affluence en déclin par rapport à l’an dernier. On peut bien sûr penser aux vacances que certains prennent de plus en plus tôt, nous dit-on. Mais la vraie raison semble être une affiche musicale moins alléchante sur le papier. Ces artistes, souvent vus ici ou ailleurs, ont pourtant tenu leur rang et réussi le principal : faire danser le public venu les écouter.

Prenons Kassav’. A priori, cela n’intéresse plus grand monde, si l’on prend le baromètre en chute libre de leurs ventes de disques. On ne s’est pas poussés comme pour Tiken Jah Fakoly au chapiteau Titan, samedi, mais ceux qui étaient là ne l’ont pas regretté, dansant comme des malades sur ce zouk qui n’a pas pris une ride. Jocelyne Béroard et Jacob Desvarieux ne changent pas, gardant cette énergie qu’on leur a toujours connue.

Bernard Lavilliers, comme MC Solaar la veille, a également été à la hauteur de sa réputation. En plus, le public de Couleur Café est tout ce qu’il faut pour mettre de l’eau à son moulin engagé – davantage sans doute que ne le sera l’audience plus familiale des Francofolies de Spa. Ainsi, pour « Question de peau », Nanard n’a pas manqué de se payer la « tête à claques » de Brice Hortefeux, le ministre français de l’Identité nationale, « qui serait capable de renvoyer Tiken Jah Fakoly au Mali ou en Côte d’Ivoire ». Tiken Jah en remettra une couche, rejoignant par là même le thème (d’actualité) « Clandestino » du Solidarity Village consacré à l’immigration, aux sans-papiers et aux enfants en centres d’enfermement.

Il suffit d’ailleurs que tous les deux citent le mot « Sarkozy » pour que le public se mette à huer ou siffler comme des fous. Ça marche aussi bien que le mot « Bush », très à la mode il y a peu encore.

Même si le vent frais, qui soulevait des nuages de poussière aveuglante, n’avait pas que des avantages, sous le ciel clément, on a vu de bonnes choses cette année à Couleur Café. Mais pas nécessairement du côté des têtes d’affiche. Celles-ci manquaient peut-être de prestige pour attirer la grande foule des années d’or du festival.

Le public de base était bien là, fort jeune en fait, pour fêter la fin des examens. Attirés avant tout par l’ambiance exotique d’une manifestation qui a construit tout son succès sur ces détails : l’accueil et l’organisation, parfaits et exemplaires.

Une nouvelle formule ?

L’an prochain, pour la vingtième édition, qui se déroulera encore – c’est certain – à Tour & Taxis, avant un déménagement forcé qui se rapproche de plus en plus, l’équipe de Couleur Café mettra le paquet pour fêter ces deux décennies en beauté.

Pour la suite, peut-être qu’un nouveau site donnera ce coup de fouet nécessaire. La formule n’a pas fait son temps – tout reste remarquable : l’expo, la déco, les à-côtés… – mais le public se lasse vite, veut sans cesse du changement. Ce sera l’occasion de rénover une formule attachante sans en perdre l’esprit ouvert, tout de tolérance et fraternité, auquel tout le monde tient. Car on n’imagine pas un monde sans Couleur Café.

THIERRY COLJON


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3 commentaires

  1. Magali

    30 juin 2008 à 15 h 40 min

    Félicitation!
    C’était super!!!!
    Avec pleins de bonnes surprises: la fanfare du Commando Fete, par exemple.
    Super génial mais trop court!
    On en redemande…

  2. Dimitri

    1 juillet 2008 à 14 h 49 min

    Que venait faire Brussels Airlines à Couleur Café ? Ca contrastait vraiment avec le village. Avec tous les problèmes récents de cette compagnie aérienne liés aux expulsions, cela explique peut-être cette impression que les artistes du vendredi et du samedi ont “assuré leur contrat” sans vraiment se donner à fond.
    A moins que ce ne soit à cause de la mésaventure de Konono ???
    Dommage dommage.
    Espérons que pour les 20 ans les organisateurs reviendront aux vraies valeurs et prendront moins leur festival (qui est aussi le festival d’un public avant toute chose) pour une grosse machine à pognon.

  3. Luc Mathieu

    2 juillet 2008 à 14 h 39 min

    Merci à Kassav’ pour la bonne et chaleureuse ambiance et surtout pour la qualité du son. Le reste, par exemple MC Solaar laissant sérieusement à désirer. C’est une terrible surenchère de décibels ( trop is te veel ou le nombre de sources sonores est too much). Pour avoir fait plus de 10 festivals, ceci aura été le dernier, à cause de cette démesure…..

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